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Printemps 2018 : avis de tempête sur l’hôpital public

par Elisabeth DES, le 8 juin 2018

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En ce mois de mai 2018 il risque de s’avérer bien dif­fi­cile de pré­ten­dre igno­rer la vio­lence à l’œuvre der­rière les murs de l’hôpi­tal public cible des direc­ti­ves « santé » de l’Union Européenne et du plan de régres­sion d’Emmanuel Macron. Les récen­tes mobi­li­sa­tions des 5,15,22 et 26 mai, la des­crip­tion de mieux en mieux dif­fu­sée de la situa­tion réelle dans les hôpi­taux –entre­pri­ses, la tra­gé­die stras­bour­geoise qui a couté la vie à une toute jeune femme ne peu­vent guère être long­temps occultées même dans le tor­rent d’infor­ma­tions actuel mêlant essen­tiel et acces­soire…

Ainsi le 15 mai der­nier c’est sur l’avenue des Champs-Elysées ce sont 600 soi­gnants hos­pi­ta­liers sur­mon­tant fati­gue et risque de décou­ra­ge­ment qui sont venus témoi­gner de leur refus de la des­truc­tion de ces splen­di­des struc­tu­res si long­temps fierté natio­nale par la qua­lité et la sécu­rité des soins qu’ils offraient. Face à eux les CRS ont enlevé leurs cas­ques et abaissé leurs bou­cliers…

Et bien loin des dis­cus­sions plus ou moins déri­soi­res sur le nombre réel de mani­fes­tants dont les vagues ont déferlé dans 150 villes fran­çai­ses com­ment nier que la par­ti­ci­pa­tion de plus de 60 orga­ni­sa­tions, partis poli­ti­ques, syn­di­cats et asso­cia­tions soit une pre­mière annon­cia­trice de futu­res mobi­li­sa­tions peut-être de plus grande ampleur ?
Ironiser comme le Premier minis­tre Edouard Philippe sur le faible coef­fi­cient de la marée popu­laire du 26 mai parait d’ailleurs assez mal venu, 78 ans jour pour jour après le début de l’opé­ra­tion Dynamo d’évacuation du camp retran­ché de Dunkerque … Comment avoir alors rai­son­na­ble­ment la cer­ti­tude que près de 340000 hommes seraient évacués du gigan­tes­que bra­sier dun­ker­quois sous les infer­naux bom­bar­de­ments enne­mis ?

A Toulouse en 2008 et 2009 c’étaient tout au plus quel­ques dizai­nes de soi­gnants hos­pi­ta­liers et quatre méde­cins qui mani­fes­taient pour l’hôpi­tal mais à l’automne 2016 des mil­liers de soi­gnants ont suivi le drak­kar de la révolte dans les rues de la ville rose…

Le 28 mai le pro­fes­seur Philippe Halimi co-auteur du « livre-choc » paru le 4 avril der­nier « Hôpitaux en détresse, patients en danger » réaf­firme face à Marina Carrère d’Encausse l’insou­te­na­ble entrave à l’exer­cice opti­mal de la méde­cine. L’impu­nité accor­dée aux har­ce­leurs promus alors même qu’ils ont fait l’objet de condam­na­tions par la jus­tice est clai­re­ment dévoi­lée…

Cette jus­tice fran­çaise ,thème de la qua­trième émission de Jacques Cotta pour le Media-TV « Dans la gueule du loup .Déficit de moyens témoi­gnant d’un défi­cit de volonté poli­ti­que, limi­tes du bra­ce­let électronique, mode alter­na­tif de règle­ment des dif­fé­rends, dif­fi­cultés d’accès aux juges, condi­tions de l’incar­cé­ra­tion, pré­do­mi­nance de la préoc­cu­pa­tion sécu­ri­taire ,caren­ces du tra­vail salu­taire de réin­ser­tion mais également cri­mi­na­li­sa­tion de l’action syn­di­cale, inclu­sion de l’état d’urgence dans la loi com­mune ont entre autres abor­dés et débat­tus grâce aux magis­trats et poli­ti­ques pré­sents…

La désor­mais tris­te­ment célè­bre « affaire Jean-Louis Megnien’’ devrait en tout cas trou­ver son dénoue­ment dans les pro­chains mois…Le jour­nal anglais « The Independant’’ lui consa­crera-t-il encore un arti­cle ? pré­sent, le Pour être invi­si­ble, la mons­trueuse vio­lence psy­cho­lo­gi­que qui se déchaîne dans l’hôpi­tal public peut aussi sûre­ment tuer que les bombes lar­guées par les Stukas au cours de l’infer­nale bataille vécue par fran­çais et anglais…

Le passé éclairant par­fois le pré­sent, le décès après un retard de prise en charge de la toute jeune Naomi Musenga s’il révèle entre autres dif­fi­cultés et limi­tes de la régu­la­tion télé­pho­ni­que et a sus­cité émotion, révolte et contro­ver­ses ne redonne-t-il pas un éclairage par­ti­cu­lier à la démis­sion du res­pon­sa­ble et de l’équipe de méde­cins du SAMU de Toulouse où il est né en 1968 ,même si bien sûr Toulouse n’est pas Strasbourg ? C’est là aussi à la jus­tice que va incom­ber la lourde tâche de tran­cher …sans avoir accès à des dizai­nes, des cen­tai­nes d’heures d’enre­gis­tre­ments d’appels au SAMU…

Combien de décès de patients qui auraient pu être évités sont-ils sur­ve­nus depuis 18 ans dans les hôpi­taux rongés par la mai­trise comp­ta­ble, contraints au Programme de médi­ca­li­sa­tion du sys­tème d’infor­ma­tion (PMSI),à la tari­fi­ca­tion à l’acte (T2A)le mana­ge­ment par la peur, la flexi­bi­lité ? Combien de ser­vi­ces seront-ils sup­pri­més lors de l’ins­tal­la­tion défi­ni­tive des Groupements hos­pi­ta­liers de ter­ri­toire ?

La détresse des patients, leur mise en danger sont par­ti­cu­liè­re­ment bien mises en évidence dans le cha­pi­tre de l’ouvrage des pro­fes­seurs Halimi et Marescaux consa­cré à notre brillante consoeur car­dio­lo­gue réa­ni­ma­trice du CHRU de Limoges pas­sion­né­ment inves­tie dans l’acti­vité de trans­plan­ta­tion car­dia­que puis d’assis­tance cir­cu­la­toire méca­ni­que et de soins inten­sifs au sein de son ser­vice de chi­rur­gie tho­ra­ci­que cardio-vas­cu­laire et d’angio­lo­gie, le doc­teur Florence Rollé …74 patients trans­plan­tés sont privés du suivi médi­cal adé­quat…se heur­tent à l’incom­pré­hen­sion de l’ARS, du Ministère de la Santé et des Solidarités ,appel­lent à l’aide les jour­naux locaux… .Neuf patients sont déjà décé­dés.

En Nouvelle-Aquitaine toute une filière de patients n’est plus prise en charge des direc­teurs d’hôpi­taux demeu­rant sourds aux recom­man­da­tions for­mu­lées à deux repri­ses par l’IGAS. Les trois réfé­rents de cette région sont confron­tés à l’impos­si­bi­lité de tra­vail en commun L’impres­sion­nant chemin de croix de cette pro­fes­sion­nelle hors pair dénon­çant si cou­ra­geu­se­ment l’innom­ma­ble est de toute évidence à décou­vrir et dif­fu­ser le plus lar­ge­ment pos­si­ble…

Les patients aux­quels est en prin­cipe voué l’hôpi­tal public seront légi­ti­me­ment au cœur du second docu­men­taire que pro­jet­tent de réa­li­ser Caroline Chaumet et Bernard Nicolas. Des patients enfants et adul­tes bru­ta­le­ment privés des soins d’un brillant neuro-chi­rur­gien et d’endo­cri­no­lo­gues pas­sion­né­ment inves­ties témoi­gnaient déjà dans leur pre­mier docu­men­taire consa­cré à la situa­tion au CHU de Grenoble qui a lar­ge­ment contri­bué à la prise de cons­cience et au déclen­che­ment de pro­po­si­tions …

La révolte, la colère, les luttes incluant des grèves de la faim des plus dévoués des pro­fes­sion­nels, la parole qui se délie de plus en plus dans l’espace public inci­tent à garder espoir envers et contre tout, à résis­ter, à affron­ter la vora­cité des appé­tits sus­ci­tés par le si copieux marché de la santé…

Le vent semé par la mar­chan­di­sa­tion vio­lente de l’hôpi­tal n’a pas fini de récol­ter la tem­pête…Et il serait illu­soire de croire réel­le­ment pos­si­ble la pri­va­ti­sa­tion du bien commun par excel­lence…le ser­vice public de la santé super­be­ment cons­truit par ceux qui ayant connu l’enfer ont contre vents et marées cru à un avenir meilleur…
Il y a un siècle était-il ques­tion de ren­ta­bi­lité dans les hôpi­taux où étaient soi­gnés et sauvés les vaillants piou-pious ?
Tolérer une telle régres­sion est tota­le­ment impos­si­ble…