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QUE NOUS DIT L’AFFAIRE BENALLA DU REGIME, DE L’ELYSEE ?

Les violences de nervis élyséens, des faits d’une grande gravité

par Jacques COTTA, le 20 juillet 2018

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En Afrique on connait de longue date les mili­ces pri­vées char­gées de liqui­der les oppo­sants. En Amérique Latine, on connait aussi les esca­drons dont la mis­sion est l’assas­si­nat, l’enlè­ve­ment, la vio­lence contre tout contes­ta­taire, tout mani­fes­tant… En Grèce, qui n’a pas en mémoire les sinis­tres bar­bou­zes des colo­nels, dont Costa Gavras donne un aperçu dans son film « Z » ? Et en France ?

L’affaire du garde du corps de Macron, Alexandre Benalla, est-elle en fait l’affaire Benalla ou bien plutôt l’affaire Macron ? Ne s’ins­crit-elle pas, toute pro­por­tion gardée, dans cette triste lignée, cette appli­ca­tion du pou­voir per­son­nel où plus rien ne doit pou­voir se mettre en tra­vers de l’auto­crate et de la caste au pou­voir ?

On connait main­te­nant les faits, non grâce à l’admi­nis­tra­tion élyséenne qui s’est bien gardée de saisir la jus­tice -comme la loi pour­tant l’exige- mais grâce à un simple inter­naute pré­sent sur les lieux qui a publié les images de son télé­phone por­ta­ble prou­vant l’iden­tité du nervis, l’usur­pa­tion de fonc­tion (port de casque et bras­sard de poli­cier), les coups et bles­su­res volon­tai­res contre de pré­ten­dus mani­fes­tants, et pour cou­ron­ner le tout, des mena­ces de mort à l’encontre de celui qui a immor­ta­lisé la scène. Dans cau­seur.fr, Regis de Castelnau indi­que fort pré­ci­sé­ment le nombre d’infrac­tions au code pénal com­mi­ses par le nervis de l’Elysée, et par l’admi­nis­tra­tion élyséenne au plus haut niveau qui loin d’aler­ter la jus­tice, a cou­vert la sortie mus­clée d’hommes du pré­si­dent.

Benalla, un illu­miné isolé, ou le sommet d’un ice­berg, ou encore le membre d’une bande orga­ni­sée ? Pour désa­mor­cer la bombe, avec beau­coup de retard, Roger Bruno Petit, ancien jour­na­liste qu’on avait connu avec un autre sens de l’humour lorsqu’il offi­ciait dans le ser­vice poli­ti­que ou le ser­vice des sports de France 2, a évoqué un deuxième cas. Celui de Vincent Crase, autre col­la­bo­ra­teur de l’Elysée, autre proche d’Emmanuel Macron, qui aurait également été mis à pied pen­dant deux semai­nes après les faits évoqués. Benalla, Crase, et à qui le tour ?

Derrière ces faits, il y a le sen­ti­ment d’impu­nité par­tagé par les pro­ches d’Emmanuel Macron, à l’image des tares déjà connues du maitre des lieux : nar­cis­sisme, mépris des « petits », vio­lence ver­bale , atti­tude pro­vo­cante… Et la mise en garde à vue de Thierry Solere, fidèle macron­niste, soup­çonné de fraude fis­cale, vient donner un contenu aux faits du moment. Entre les métho­des des ser­vi­teurs et le fond poli­ti­que, il y a tou­jours un lien.

C’est un régime aux abois, un régime qui veut tout concen­trer, un régime sans limite et auto­dis­ci­pline que l’affaire Benalla-Macron vient révé­ler.
Benalla un fusi­ble ? Ou bien un révé­la­teur qui devrait mettre dans l’oeil du cyclone judi­ciaire, poli­ti­que et démo­cra­ti­que son patron, Patrick Strzoda, un ancien préfet au bord de la retraite et aujourd’hui direc­teur de cabi­net de Macron, et le patron du patron, le maitre des lieux, Emmanuel Macron en per­sonne…