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Une étrange démission

par André BELLON, le 24 juillet 2018

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Un vent d’Ancien régime souf­fle sur la France avec ses cour­ti­sans, ses favo­ris, ses pri­vi­lè­ges, son arbi­traire. La situa­tion oscille entre un pou­voir ultra auto­ri­taire et la cour du roi Pétaud.

Un peuple déso­rienté se sent de moins en moins en République, de moins en moins en démo­cra­tie. Car il y a un peuple, car il y a une aspi­ra­tion répu­bli­caine. La grande mani­fes­ta­tion après le mas­sa­cre de Charlie hebdo en fut une pro­jec­tion. Les ras­sem­ble­ments spon­ta­nés dans toute la France, et sym­bo­li­que­ment sur les Champs Elysées, à l’occa­sion de la vic­toire à la coupe du monde de foot­ball en furent une autre de même que les décla­ra­tions des joueurs affir­mant leur atta­che­ment à la France et à la République. On peut évidemment gloser sur le côté « popu­liste » de tels gestes. Mais laisse-t-on aux citoyens d’autres voies pour affir­mer leur exis­tence, leur fra­ter­nité, leurs aspi­ra­tions ?
Les citoyens sont de plus en plus coin­cés entre un pou­voir cen­tral qui ignore leurs droits et des com­mu­nau­ta­ris­tes qui veu­lent les ren­voyer à des iden­ti­tés par­cel­lai­res. Nous avions déjà évoqué, il y a quel­ques lois, le cas de Rokaya Diallo qui dénonce avec per­ma­nence un sup­posé « racisme d’Etat » à la fran­çaise. Apparemment appré­ciée par la presse amé­ri­caine, elle vient de se répan­dre dans les colon­nes du Washington Post pour y stig­ma­ti­ser une fois de plus la France. Se sentir plus à l’aise aux Etats-Unis n’est pas nou­veau ; fus­ti­ger une his­toire de France en se réfé­rant à celle des Américains est pour le moins étrange. Faut-il par exem­ple rap­pe­ler que ceux-ci n’acce­ptè­rent de livrer du maté­riel à la 2ème DB de Leclerc qu’à la condi­tion qu’il n’y aurait plus de com­bat­tants noirs dans ses rangs ? Faut-il rap­pe­ler que les Noirs amé­ri­cains n’obtin­rent la citoyen­neté qu’en 1964 ?

Toute l’Histoire de la République est un combat per­ma­nant pour la citoyen­neté, l’égalité au-delà de toutes les dif­fé­ren­ces, pour les prin­ci­pes énoncés par la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. Il est quand même signi­fi­ca­tif de voir les défer­le­ments racis­tes dans d’autres pays euro­péens après la vic­toire de la France, comme si le mélange par­ti­cu­lier dans cette équipe était inad­mis­si­ble, impen­sa­ble, condam­na­ble. Mais non, les com­mu­nau­ta­ris­tes n’en ont cure : le modèle fran­çais est, à leurs yeux, par essence dia­bo­li­que.

Qu’il y ait en France des racis­tes est évident, mais la République n’est pas raciste.
Le retour des argu­men­tai­res eth­ni­ques est la consé­quence de poli­ti­ques qui tour­nent le dos à un contrat social huma­niste et social, qui s’éloignent de plus en plus des prin­ci­pes qui sont à la base de nos ins­ti­tu­tions répu­bli­cai­nes. Tant de grou­pes ensuite mani­pu­lent cette situa­tion pour faire avan­cer leurs inté­rêts par­ti­cu­liers sans réflé­chir à l’inté­rêt géné­ral. Et l’auto­ri­ta­risme du pou­voir fait son miel de ces divi­sons arti­fi­ciel­les.

Nous vivons une étrange démis­sion. La volonté d’affai­blir l’Etat, de rela­ti­vi­ser la volonté humaine, s’étend de plus en plus et les der­niè­res pali­no­dies autour du gou­ver­ne­ment et de la Présidence rédui­sent l’inté­rêt géné­ral à la dimen­sion de la peau de cha­grin. Faut-il s’étonner alors de voir chaque groupe, chaque com­mu­nauté, reven­di­quer sa part ? L’explo­sion n’est pas iné­vi­ta­ble, mais il faut, dès aujourd’hui, un véri­ta­ble sur­saut répu­bli­cain au-delà des dif­fé­ren­ces. Appeler à l’élection d’une Assemblée cons­ti­tuante est le sym­bole démo­cra­ti­que et paci­fi­que qui pourra ras­sem­bler les volon­tés aujourd’hui par­cel­li­sées.