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Comment Le Média m’a censuré

par Jacques COTTA, le 19 octobre 2018

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J’ai donné ma démis­sion du Média ven­dredi 12 octo­bre après le refus d’Aude Lancelin du maga­zine DLGL que je pré­pa­rais sur le thème « L’Italie, la pénin­sule des para­doxes ». A cette occa­sion, il fut fait usage de métho­des qui auraient fait les choux gras du Media si elles avaient été mises en pra­ti­que dans tout autre organe de presse.

Pourquoi une fin de non rece­voir aussi caté­go­ri­que que bru­tale, sans dis­cus­sion pos­si­ble ? Ma pro­po­si­tion ris­quait-elle de pro­pa­ger des fake news ?
L’évocation de sim­ples para­doxes pour évoquer la situa­tion ita­lienne a été insup­por­ta­ble à Aude Lancelin, car cela remet en cause les cer­ti­tu­des confor­ta­bles. Sortir des carac­té­ri­sa­tions à l’emporte pièce -Salvini fas­ciste en l’occu­rence- pour tenter de com­pren­dre les pro­ces­sus réels, les rela­tions socia­les, les réa­li­tés, inté­rêts et affron­te­ments de « clas­ses » est étranger à une partie de la « gauche » ou de « l’extrême gauche », et à Aude Lancelin.

Aborder les para­doxes pour­tant bien réels de l’Italie revien­drait donc à « la réha­bi­li­ta­tion de l’Italie de Salvini dans un de nos pro­gram­mes ».

Après insis­tance, les argu­ments s’éclairaient. J’avais beau expli­quer qu’il ne s’agis­sait que de « trai­ter la nou­velle situa­tion poli­ti­que ita­lienne (…) en outre évoquée fré­quem­ment dans le débat publi­que fran­çais, de toutes parts, fait massif que l’on ne peut éluder », la réponse, tou­jours par mail, était sans équivoque. Je me trou­vais inter­dit d’émission sans même pou­voir m’expli­quer. Il ne res­tait, der­rière les procès d’inten­tion, qu’à me reti­rer d’un « média alter­na­tif » qui tour­nait le dos à ses objec­tifs ini­tiaux. D’autant que la cen­sure ne recu­lait devant rien. Aude Lancelin indi­quait un peu plus tard qu’un « col­lège » s’était réuni pour refu­ser mon projet. Un col­lège dont j’étais tenu à l’écart bien qu’étant direc­te­ment concerné, et dont j’igno­rais jusque là l’exis­tence. S’agis­sait-il d’un col­lège ou plutôt d’une cote­rie ?

Mon cas per­son­nel est bien secondaire au regard de l’enjeu réel, jour­na­lis­ti­que et poli­ti­que, que cette affaire révèle.

Journalistique d’abord : les métho­des dont j’ai été vic­time avec le maga­zine DLGL ne peu­vent abou­tir qu’à la fin de l’aven­ture du Media, au détri­ment des mil­liers de socios qui y ont porté leurs espoirs et versé finan­ciè­re­ment. Comment un organe de presse peut-il en effet refu­ser de débat­tre de la situa­tion ita­lienne, ou de toute autre, alors que sa fonc­tion pré­ci­sé­ment est d’expo­ser, révé­ler, com­pren­dre, expli­quer ?

Politique ensuite. Aude Lancelin m’accuse tout à fait gra­tui­te­ment de « regar­der avec les yeux de Chimène l’Italie fas­ci­sante de Salvini ». Que ne m’aurait-elle dit lorsqu’en 1992 je réa­li­sais « Front National la nébu­leuse » pour « Envoyé Spécial », et com­ment aurait-elle inju­rié pro­fes­sion­nels et télé­spec­ta­teurs qui m’octroyaient alors un « 7 d’or » ?
« Le Média ne sera jamais le lieu pour amor­cer l’union du sou­ve­rai­nisme de gauche et du popu­lisme de droite ». Elle reprend à son compte les propos du Président de la République qui indi­quait il y a peu sa volonté de repré­sen­ter « les pro­gres­sis­tes » pour affron­ter les « sou­ve­rai­nis­tes », les « natio­na­lis­tes » incar­nés par les res­pon­sa­bles ita­liens. Cette posi­tion d’Emmanuel Macron en vue des élections euro­péen­nes a sa cohé­rence. Il s’agi­rait de réé­di­ter les élections pré­si­den­tiel­les où Marine Le Pen jouait le rôle de rabat­teur et de repous­soir. Mais de la part d’un organe de presse, quelle folie !

Dans sa réponse la res­pon­sa­ble du Media réduit l’Italie à « un sujet local ». Quelle erreur !Elle consi­dère que son trai­te­ment sous l’angle de sa com­plexité, de ses para­doxes, revient à « ava­li­ser, même par­tiel­le­ment, les ruses de la droite extrême qui pointe par­tout sur le conti­nent euro­péen ». A la contra­dic­tion qui existe entre l’UE et les peu­ples, Aude Lancelin pré­fère celle qui oppo­se­rait les pré­ten­dus « pro­gres­sis­tes » aux « fas­cis­tes ». A quel point faut-il être aveu­gle pour ne pas voir qu’il n’y a meilleur ingré­dient pour la fabri­ca­tion de tous les Salvini, de toute natio­na­lité ?

Cette cen­sure est en soi une orien­ta­tion. Il s’agit de sub­sti­tuer des carac­té­ri­sa­tions établies à une poli­ti­que en mou­ve­ment.
Le gou­ver­ne­ment ita­lien sous la pres­sion non de Salvini et de la Lega, mais plus de Di Maio et du mou­ve­ment cinq étoiles, défie l’union euro­péenne sur le vote d’un budget qui pri­vi­lé­gie les retrai­tés et un revenu de citoyen­neté contre la pau­vreté au détri­ment des dik­tats de la com­mis­sion euro­péenne et du capi­tal finan­cier. Derrière l’Italie, le sujet que je pro­po­sais aurait traité évidemment la France et l’Europe, la sou­ve­rai­neté natio­nale, la réa­lité des rap­ports de clas­ses confron­tées aux orien­ta­tions pro­po­sées, les rai­sons pour les­quel­les en Italie par exem­ple plus de 60% selon des son­da­ges récents approu­vent la poli­ti­que de leur gou­ver­ne­ment et aurait permis d’explo­rer les che­mins et pro­gram­mes per­met­tant de rame­ner ici à la répu­bli­que sociale les mil­lions qui s’en détour­nent. En réa­lité la cen­sure jour­na­lis­ti­que dont j’ai été l’objet trouve comme moteur le refus d’envi­sa­ger les situa­tions non pas à partir d’à priori, d’étiquettes, mais de pro­gram­mes, de mesu­res, avec en ce qui me concerne, comme cri­tère pre­mier, la défense et l’inté­rêt des sala­riés, des ouvriers, des jeunes, des retrai­tés…