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La gauche européenne, du PCF à Tsipras, pour sauver l’UE avec Macron…

… au nom évidemment du danger d’extrême droite chanté sur tous les tons.

par Jacques COTTA, le 3 novembre 2018

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En vue des pro­chai­nes élections au par­le­ment euro­péen, toutes les for­ma­tions qui veu­lent pré­sen­ter une pos­ture res­pon­sa­ble cher­chent des allian­ces euro­péen­nes pour affi­cher un front « cohé­rent », même si par­fois les blocs sont faits de bric et de broc… Le « parti de la gauche euro­péenne » est un bon exem­ple. Dans un projet de mani­feste, il se pré­sente comme « la seule alter­na­tive » face aux conser­va­teurs et à l’extrême droite. En réa­lité, la gauche euro­péenne est aujourd’hui préoc­cu­pée par les moyens à mettre en oeuvre pour tenter de sauver l’UE que les peu­ples, à chaque occa­sion, rejet­tent mas­si­ve­ment.
De la crise à son trai­te­ment

La langue de bois dont les effets dévas­ta­teurs ne sont pour­tant pas à démon­trer a tou­jours libre cours. Le projet de mani­feste de la gauche euro­péenne dénonce « les poli­ti­ques d’aus­té­rité, trop liées au dogme néo­li­bé­ral qui impose des mesu­res cri­mi­nel­les […] au cœur des pro­blè­mes que nous ren­controns ». La Gauche euro­péenne estime que l’UE « est encore empê­trée dans une crise économique, sociale et poli­ti­que pro­fonde », qui a généré une hausse de popu­la­rité de l’extrême droite et une crise de la social-démo­cra­tie par­tout en Europe.

Comment ne pas mieux dédoua­ner l’UE et ses sup­por­ters en fai­sant porter la res­pon­sa­bi­lité sur « la crise » qui vien­drait d’on ne sait où, alors que l’union euro­péenne en est la cause pre­mière, géné­ra­trice, cou­pa­ble par les ser­vi­ces rendus au capi­tal finan­cier au détri­ment du tra­vail et des tra­vailleurs, jeunes, retrai­tés ou sala­riés dans chaque pays. Assez logi­que­ment donc, le mani­feste de la gauche indi­que que « la gauche doit deve­nir un équivalent fort et une alter­na­tive poli­ti­que au natio­na­lisme et au racisme de l’extrême droite, ainsi qu’aux poli­ti­ques néo­li­bé­ra­les », ce qui en d’autres termes est la poli­ti­que suivie depuis des années par la gauche fran­çaise qui sur tous les tons a voulu pro­mou­voir la trans­for­ma­tion de l’UE pour une « Europe sociale », une « Europe plus juste » , une « Europe plus soli­daire », autant de for­mu­les n’ayant d’autre objec­tif et d’autre effet que de main­te­nir l’UE ébranlée par la volonté et le mou­ve­ment des peu­ples.

La poli­ti­que menée par le PS a été sanc­tion­née par les électeurs. Après l’effon­dre­ment de Hollande, après la déroute de Hamon, la poli­ti­que du PS a permis l’élection de Macron dés le pre­mier tour puis­que la partie était jouée avec Marine Le Pen au second.

En Italie, Mateo Renzi le pro euro­péen a été défait par la coa­li­tion Liga-5 étoiles, bap­ti­sée « popu­liste », « natio­na­liste », voire « fas­ciste », alors que sur le fond social elle s’affirme mille fois plus à gauche que la gauche offi­cielle. Les der­niè­res mesu­res du gou­ver­ne­ment actuel en témoi­gnent. Alors qu’il laisse courir les défi­cits pour satis­faire les inté­rêts du peuple ita­lien, c’est la social démo­cra­tie, Renzi en tête, qui condamne cette poli­ti­que pour « défaut de rigueur »… La gauche s’affirme ainsi par­ti­sane de l’aus­té­rité lors­que le gou­ver­ne­ment ita­lien -sous l’impul­sion prin­ci­pale du M5S- défie Bruxelles sur son budget…

« L’absence d’une réponse huma­ni­taire et soli­daire à la crise des réfu­giés a favo­risé l’émergence d’une UE plus raciste et xéno­phobe », sou­li­gnent les auteurs du mani­feste qui emboi­tent le pas d’Emmanuel Macron en ins­tru­men­ta­li­sant les migrants pour défi­nir d’une part les « pro­gres­sis­tes » , d’autre part les « popu­lis­tes », cela indé­pen­dam­ment des poli­ti­ques mises en oeuvre. La ques­tion des migrants, la sub­sti­tu­tion d’appa­rents « bons sen­ti­ments » à toute poli­ti­que per­met­tant de com­pren­dre et de répon­dre au phé­no­mène migra­toire, dans l’inté­rêt des migrants eux-mêmes, des peu­ples d’Europe et des dif­fé­ren­tes nations, sert de maitre étalon de la poli­ti­que dite « de gauche ».
Gauche euro­péenne et Macron

Emmanuel Macron et la gauche euro­péenne sont enga­gés sur la même ligne. D’un côté les « pro­gres­sis­tes », les « démo­cra­tes »… De l’autre les « popu­lis­tes », « l’extrême droite », les « fas­cis­tes ».

Ainsi, Dimitris Papadimoulis, euro­dé­puté Syriza, estime néces­saire d’établir une alliance très large, « de Macron à Tsipras », afin de contrer l’émergence de l’extré­misme de droite. Quelle évolution ! Et quelle leçon ! Syriza qui a repré­senté un temps la résis­tance à la poli­ti­que de l’UE, qui ensuite a capi­tulé devant la troïka et mis en musi­que la par­ti­tion dictée par la BCE, le FMI et la Commission Européenne, prend l’ini­tia­tive de l’union la plus large, jusqu’à Macron, non pour s’oppo­ser à la pré­ten­due menace d’extrême droite, mais pour tenter tout sim­ple­ment de sauver l’union euro­péenne mise à mal par les peu­ples qui à chaque occa­sion, dans tous les pays, la rejet­tent mas­si­ve­ment.

Si les élus de gauche et socia­lis­tes ne sont pas contre cette idée en ce qui concerne la pro­tec­tion des valeurs euro­péen­nes, ils se disent « scep­ti­ques » quant aux pro­jets sociaux du pré­si­dent fran­çais. Ainsi sur­fent-ils sur la per­pé­tuelle escro­que­rie qui vou­drait sépa­rer les poli­ti­ques natio­na­les des direc­ti­ves et déci­sions prises au niveau euro­péen. Pour l’essen­tiel, les unes pro­cè­dent des autres. La poli­ti­que euro­péenne de Macron et de ses par­te­nai­res déter­mine celle qui est mise en pra­ti­que au niveau natio­nal. N’est-ce pas une fausse pudeur que de vou­loir l’une et de s’inquié­ter de l’autre ?
Tsipras en fer de lance et Mélenchon en coeur de cible

Tsipras, en chef de la gauche euro­péenne -ce qui en soi est déjà tout un pro­gramme- affirme que le scru­tin des euro­péen­nes « ne sera pas seu­le­ment une élection de plus, ça sera un combat de prin­ci­pes et de valeurs ». Comble de l’ironie, c’est celui qui dans un pre­mier temps avait pro­posé à son peuple de voter pour rompre avec l’UE, qui ensuite avait bafoué la déci­sion du peuple grec, qui aujourd’hui appelle toutes les forces pro­gres­sis­tes, démo­cra­ti­ques et pro-euro­péen­nes à s’unir et à com­bat­tre « le néo­li­bé­ra­lisme extrême et le popu­lisme d’extrême droite » pour ne « pas lais­ser l’Europe glis­ser vers le passé. »

La gauche euro­péenne veut res­ser­rer ses rangs pour que l’alliance des « pro­gres­sis­tes » contre les « popu­lis­tes », donc l’alliance avec Macron et com­pa­gnie pour sauver l’UE, soit sans faille. Du coup, pour « la gauche euro­péenne » et donc pour ses repré­sen­tants en France, Jean Luc Mélenchon et la FI devien­nent « l’ennemi » à attein­dre. Alors qu’ils vien­nent d’être la cible des atta­ques poli­tico-judi­ciai­res de la part du gou­ver­ne­ment, les Hamon, Laurent, Faure, Brossat et com­pa­gnie ont assuré le ser­vice mini­mum dans la soli­da­rité lorsqu’ils n’ont pas donné le baiser qui tue ou encore sim­ple­ment gardé le silence. L’atti­tude de Mélenchon le jour des per­qui­si­tions, quoi qu’on pense de son aspect oppor­tun, a été plus proche de la colère réelle du peuple contre la poli­ti­que macro­nienne que des préoc­cu­pa­tions d’une « gauche » qu’il ne sert à rien de vou­loir ral­lier, puis­que par défi­ni­tion elle se range sur le fond dans le camps pré­si­den­tiel des « pro­gres­sis­tes » contre les « popu­lis­tes », c’est à dire contre le peuple.

Gabriele Zimmer qui dirige le groupe du parti de la gauche euro­péenne, cible Jean Luc Mélenchon direc­te­ment, après la créa­tion du mou­ve­ment « Maintenant le peuple » en vue des élections de 2019. « Il doit com­pren­dre que ses choix nui­sent aux autres acteurs de gauche et que c’est pro­blé­ma­ti­que » dit Zimmer avant de pour­sui­vre « J’attends de lui qu’il en fasse plus avec les autres diri­geants de gauche et qu’il n’atta­que pas les autres sim­ple­ment parce qu’il n’est pas d’accord. »

Outre le « sim­ple­ment » qui a quel­que chose de suc­cu­lent, du point de vue de « la gauche » dont le pro­gramme est condi­tionné par la défense de l’UE, la posi­tion de Zimmer est cohé­rente.
Mais du point de vue des peu­ples, de la déso­béis­sance aux trai­tés, de la rup­ture avec l’UE avant qu’elle ne se dis­lo­que dans les pires condi­tions, prise dans ses contra­dic­tions inter­nes, il en est tout autre­ment. Que valent les réfé­ren­ces à la « Gauche », dont le pro­gramme impose la sou­mis­sion au capi­tal finan­cier, qui redou­ble d’efforts pour tenter de sauver l’UE ? Que valent les appels à faire bar­rage à l’extrême droite lors­que celle-ci n’est que le pro­duit de la poli­ti­que de l’UE, lorsqu’en Italie le gou­ver­ne­ment décide de déso­béir dans les faits aux dik­tats de l’UE en matière bud­gé­taire, décide d’enga­ger une épreuve de force avec Bruxelles au nom des inté­rêts du peuple ita­lien ? Là encore, « gauche » et « gauche de la gauche » font de Mélenchon une cible pour sa posi­tion sur l’Italie, conforme au combat déclaré contre l’UE et sa poli­ti­que aus­té­ri­taire et aux inté­rêts du peuple ita­lien…