Accueil > Actualité > Les premières leçons du 17 novembre...

Les premières leçons du 17 novembre...

... Lorsque la "lutte des classes" se réaffirme comme moteur de l’histoire

par Jacques COTTA, le 17 novembre 2018

Enregistrer au format PDF

La jour­née du 17 novem­bre mar­quera sans aucun doute la vie poli­ti­que du pays.

1-Par le nombre des mani­fes­tants. Les 126 000 annon­cés par le minis­tère de l’inté­rieur, puis les 244 000, relè­vent de la pure dés­in­for­ma­tion. Les quel­ques images qui par­vien­nent de la France entière indi­quent que ce sont beau­coup plus de nos conci­toyens qui ont mani­festé ou bloqué durant cette jour­née.

2-Par la com­po­si­tion sociale des mani­fes­tants. C’est la "France d’en bas", celle qui se lève tôt pour se cou­cher tard après une jour­née de tra­vail, qui s’est retrou­vée dans la rue. Ce sont les sala­riés, les ouvriers, les petits pro­duc­teurs, les arti­sans..., ceux pour qui le 20 du mois quand ce n’est pas le 15, com­men­cent les pro­blè­mes pour se nour­rir et nour­rir les siens. Cette jour­née du 17 remet à l’ordre du jour en toute clarté ce qui, pen­dant tout un temps a été consi­déré dans l’idéo­lo­gie domi­nante comme une insulte, et qui pour­tant est une simple réa­lité, "la lutte des clas­ses" qui s’affron­tent pour vivre tout sim­ple­ment.

3-Par son contenu poli­ti­que.
a/Les mani­fes­tants tien­nent à ce que leur mobi­li­sa­tion ne soit confis­quée par per­sonne. Une des façons de l’expri­mer insiste sur le carac­tère "non poli­ti­que" de la mobi­li­sa­tion.
b/Les mêmes scan­dent des mots d’ordre spon­ta­né­ment qui ne lais­sent planer aucune ambi­guïté : "Macron Dehors", "Rends l’ISF d’abord".
C’est donc sur le fond une mobi­li­sa­tion pro­fon­dé­ment poli­ti­que qui agite le peuple dans sa pro­fon­deur.

Dans ce contexte la ques­tion de la suite est pré­sente dans toutes les têtes.

a/ Le gou­ver­ne­ment d’Emmanuel Macron est devant un pro­blème qu’il lui sera dif­fi­cile de résou­dre. D’une part des annon­ces déjà faites, arc­bou­tées sur l’affir­ma­tion qu’il " s’agit de ne pas céder", d’autre part des "mesu­res" des­ti­nées à calmer le peuple -de la prime à la casse au chan­ge­ment des chau­diè­res au fioul- qui se révè­lent être d’une totale inef­fi­ca­cité.

b/ Ses argu­ments "rai­son­na­bles" font flop. Les cen­tai­nes de mil­liers et plus encore savent que la ques­tion du réchauf­fe­ment cli­ma­ti­que, des émissions de CO2, ou toute autre ne sont que des jus­ti­fi­ca­tions vaines pour faire payer le "petit peuple" lors­que des cadeaux sont faits à l’ISF...

c/ Alors qu’il dési­rait can­ton­ner le sujet du 17 aux taxes et pour­quoi pas à la seule pres­sion fis­cale -ce qui aurait permis sans doute d’épargner tou­jours plus les plus riches au détri­ment de tous les autres- c’est le pou­voir d’achat dans son ensem­ble qui est posé. Les salai­res, l’emploi, les retrai­tes, ... Autant de sujet qui pose la ques­tion du sys­tème dans son ensem­ble.

d/ Le gou­ver­ne­ment peut comp­ter sur les appels à la divi­sion qui émanent là de Philippe Martinez qui pour la CGT se déso­li­da­rise au pré­texte de la "pré­sence du FN et de patrons dans les mani­fes­ta­tions" ou des Jadot et autres qui se retran­chent der­rière l’argu­ment écolo pour appor­ter un sou­tien objec­tif au gou­ver­ne­ment. Mais là encore ces posi­tions n’ont pas vrai­ment mini­misé le 17...

 Dés lors pour la suite une ques­tion est posée à laquelle nul ne semble avoir de réponse à cette heure. Si la plu­part des mani­fes­tants sem­blait déter­mi­née à faire per­du­rer le mou­ve­ment jusqu’à satis­fac­tion, c’est la ques­tion des moyens dans la durée qui est posée.
Pour l’objec­tif, le blo­cage du pays ? Pour les moda­li­tés, la para­ly­sie de l’énergie des raf­fi­ne­ries ?