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Le communautarisme radical du PIR à l’assaut de la république laïque et sociale

par LA SOCIALE, le 20 novembre 2018

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Ce texte de Dejan Kuzmanovic circule sur les réseaux sociaux. D. Kuzmanovic est membre du GA (Groupe d’appui de la France insoumise) JR. Hebert. Il nous semble que les questions qu’il soulève sont essentielles pour l’avenir du mouvement commencé avec la campagne présidentielle de 2017 derrière Jean-Luc Mélenchon.

Dès que les poten­tiel­les ou déjà convain­cues « ouailles » d’Houria Bouteldja se sont permis de bran­dir le dra­peau fran­çais, mani­fes­tant ainsi un cer­tain atta­che­ment à la République (en Russie, lors des splen­di­des vic­toi­res des jeunes foot­bal­leurs de l’équipe natio­nale), dès donc qu’un tel évènement ris­quait de retar­der la mise en pra­ti­que du pro­gramme ultra-com­mu­nau­ta­riste de son (dixit) « minus­cule » Parti des Indigènes de la République, cette « légen­daire » et funeste porte-parole du PIR s’est mise une fois de plus à cra­cher son venin raciste et avant tout anti­ré­pu­bli­cain : « Quelles que soient les rai­sons de l’eupho­rie qui s’annonce , non à l’inté­gra­tion, ni par jambon, ni par foot ! ».

A quel genre d’inté­gra­tion Houria et les siens disent-ils un grand Oui ?

Même si cer­tains de la FI ne veu­lent tou­jours rien enten­dre, répé­tons-le une fois de plus. Cette nou­velle « Avant-garde » pro­fon­dé­ment anti­ré­pu­bli­caine, le Parti des Indigènes de la République, dit oublier les notions de clas­ses socia­les et leurs luttes, et les rem­pla­cer par celles de races socia­le­ment déter­mi­nées et les luttes racia­li­sées… Notre objec­tif est de pren­dre le pou­voir et par consé­quent d’ense­ve­lir « le monde de la blan­cheur pour­rie », de démon­trer la non uni­ver­sa­lité (car trop « blan­ches ») des valeurs issues des Lumières et de la Révolution de 1789, et, puisqu’elle est « colo­niale », de détruire cette République fran­çaise « à la sauce jaco­bine » et « les rap­ports raciaux et impé­riaux sur les­quels elle repose ». Vaste pro­gramme !

La pré-condi­tion per­met­tant la réa­li­sa­tion de ces sinis­tres objec­tifs est de mettre au centre de la société fran­çaise le conflit car­di­nal (selon eux) entre la « com­mu­nauté post­co­lo­niale » des blancs et celle des éternelles vic­ti­mes du colo­nia­lisme fran­çais, des domi­nés, oppres­sés, privés même de dignité…, à savoir « la com­mu­nauté des noirs, arabes et musul­mans » (sic). L’Avant-garde (aux cou­leurs jadis plutôt « bolcho, trotsko, marxo » et main­te­nant sur­tout islamo-com­mu­nau­ta­riste) a donc trouvé son « pro­lé­ta­riat », sa « base maté­rielle », ses « damnés de la terre », aux­quels elle a dédié le rôle si ingrat de chair à canons, lors des assauts contre la République une et indi­vi­si­ble, laïque et sociale.

Mais, les diri­geants du PIR ne sont pas tota­le­ment déments : le conglo­mé­rat de gens ô com­bien dif­fé­rents, cette popu­la­tion des ban­lieues et autres quar­tiers popu­lai­res, tous ces « noirs, arabes et musul­mans » vivant en France ne sont au mieux qu’une com­mu­nauté « en soi ». Pour qu’ils devien­nent une force réel­le­ment agis­sante, « la force maté­rielle », il faut abso­lu­ment y intro­duire un « ciment spi­ri­tuel », une idéo­lo­gie mobi­li­sa­trice. Il s’ensuit que le prin­ci­pal théo­ri­cien/idéo­lo­gue, - le cama­rade Sadri Khiari - décrète : « L’islam est déco­lo­nial » ! N’étant ni infes­tées ni « souillées » par le colo­nia­lisme fran­çais, toutes les lec­tu­res du Coran, y com­pri­ses les plus dog­ma­ti­ques et com­mu­nau­ta­ris­tes, peu­vent et doi­vent accom­plir ce rôle. En résumé : racia­li­ser les luttes socia­les + isla­mi­ser et com­mu­nau­ta­ri­ser les popu­la­tions des ban­lieues, voila les meilleu­res maniè­res pour enclen­cher l’éclosion de ce « nou­veau monde », débar­rassé de l’Etat raciste et de la République domi­née par « la blan­cheur pour­rie ».

Le Gourou n’a pas tou­jours tort

Sur cer­tains points, le Gourou a vu assez juste. Depuis de nom­breu­ses années, nous sommes tous (ceux qui veu­lent voir) témoins d’une extra­or­di­naire défer­lante dans l’espace public de com­por­te­ments, us et cou­tu­mes pro­pres à tous les com­mu­nau­ta­ris­mes à forte conno­ta­tion reli­gieuse. Si l’ensem­ble de ces « régres­sions fécondes » (dixit Sadri) n’ouvre pas immé­dia­te­ment « le cycle émeutier », il est la mani­fes­ta­tion éclatante de la « réis­la­mi­sa­tion des ban­lieues ». « Pour les musul­mans dans les quar­tiers, leur volonté d’appli­quer les pré­cep­tes de l’Islam, selon les inter­pré­ta­tions qui sont les leurs, ne relève géné­ra­le­ment pas d’une action de résis­tance poli­ti­que. Et pour­tant leur choix bous­cule pro­fon­dé­ment les équilibres répu­bli­cains, déve­loppe de nou­vel­les formes de soli­da­rité col­lec­tive inter-indi­gè­nes et met en ten­sion les rap­ports raciaux ».

Nos pro­pres obser­va­tions dans la 17ème cir­cons­crip­tion de Paris auprès d’un cer­tain nombre de famil­les nom­breu­ses, d’ori­gine prin­ci­pa­le­ment magh­ré­bine et sub­sa­ha­rienne toutes d’obé­dience musul­mane, confir­ment en partie ladite ana­lyse. Il faut également sou­li­gner qu’avant que la vague de « réis­la­mi­sa­tion des ban­lieues » ne sub­merge cette partie du 18ème arron­dis­se­ment, les famil­les en ques­tion obser­vaient un Islam dépourvu de pro­sé­ly­tisme. Ainsi (entre autres), les enfants pour­sui­vaient leurs études dans des établissements sco­lai­res publics sans avoir besoin de porter le voile et de fré­quen­ter les écoles cora­ni­ques ; les parents, notam­ment ceux qui étaient embau­chés dans de gran­des socié­tés (genre SNCF), par­ti­ci­paient tout natu­rel­le­ment à la vie de la cité, cer­tains au sein de leurs syn­di­cats res­pec­tifs, la plu­part assu­mant scru­pu­leu­se­ment leurs devoirs de citoyens. Certains auraient même voté Mélenchon en 2012.

Et puis, avec tous ces « Printemps », vin­rent s’ins­tal­ler dans les quar­tiers de « drôles d’oiseaux prê­cheurs ». Ainsi, nous avons pu obser­ver des effets de leur « déploie­ment », autre­ment dit, de l’acti­vité de ces nou­veaux « acteurs spi­ri­tuels » pro­pa­geant dis­crè­te­ment mais d’une manière extrê­me­ment effi­cace, notam­ment parmi la jeu­nesse, les pré­cep­tes du cou­rant sala­fiste dit quié­tiste. « L’éducation popu­laire » y fonc­tionne à mer­veille. Si les jeunes hommes, géné­ra­le­ment après avoir brus­que­ment inter­rompu leurs études ou/et car­riè­res spor­ti­ves (foot­ball, boxe…), ont pu béné­fi­cier « par mira­cle » - en sup­plé­ment de très rapi­des maria­ges arran­gés - d’un ‘job’ stable, les jeunes filles (bien évidemment elles aussi aus­si­tôt mariées) pou­vaient songer à pour­sui­vre leurs études, aspi­rer à une car­rière pro­fes­sion­nelle quel­conque, par­ti­ci­per acti­ve­ment à la vie publi­que de la cité…, en priant que « la mon­ta­gne vienne à Mohamed », autre­ment dit, en deman­dant que la République se plie aux exi­gen­ces de la com­mu­nauté.

Devenus pra­ti­quants assi­dus, ces jeunes gens se sont assez rapi­de­ment « enfon­cés » dans les « ténè­bres spi­ri­tuel­les » de leur com­mu­nauté res­pec­tive. Ainsi, une voi­sine de palier qui, depuis son mariage avec un défen­seur résolu de la cause sala­fiste, n’a plus quitté son beau niqab noir, avouait car­ré­ment : « Je hais la France » ! Lors d’un autre entre­tien, une jeune fille, « fraî­che­ment » conver­tie, s’est sérieu­se­ment appli­quée pour m’appren­dre qu’elle est non seu­le­ment « sala­fiste », mais encore et sur­tout que les sun­ni­tes sont « les seuls vrais musul­mans ». A ma remar­que « et les chii­tes ? », sa réponse fut « tran­chante » : « les chii­tes ne sont pas musul­mans » (sic). Ce sec­ta­risme doc­tri­naire de la douce radi­ca­li­sa­tion n’empê­che en rien l’appli­ca­tion quasi per­ma­nente de la consi­gne : il faut « occu­per du ter­rain », intro­duire autant que cela se peut dans l’espace public les par­ti­cu­la­ris­mes com­mu­nau­tai­res et ainsi rela­ti­vi­ser le prin­cipe de la laï­cité. La der­nière « conquête » : dans la belle petite rue pié­tonne, rue de l’Olive, les « mecs barbus », orga­ni­sés en « troïka », ser­mon­nent de plus en plus sou­vent les jeunes magh­ré­bins et autres sup­po­sés musul­mans tout sim­ple­ment parce que confor­ta­ble­ment ins­tal­lés sur les ter­ras­ses, ils s’adon­nent à la consom­ma­tion modé­rée de bois­sons alcoo­li­sées.

Restant à la sur­face des choses, on pour­rait conclure qu’ici comme ailleurs il s’agit certes de mani­fes­ta­tions impor­tan­tes d’un pro­sé­ly­tisme effi­cace, les­quel­les cepen­dant ne débou­chent pas, en règle géné­rale, sur l’ouver­ture d’un nou­veau « cycle émeutier ». Mais, ce que ni le Maître à penser (Sadri) ni sa fidèle dis­ci­ple - notre Députée de la 17ème cir­cons­crip­tion de Paris (dans ses savan­tes dis­ser­ta­tions sur la notion de « radi­ca­li­sa­tion ») - ne veu­lent voir, encore moins com­bat­tre, c’est le phé­no­mène sui­vant : la très grande proxi­mité entre dif­fé­ren­tes cou­rants sala­fis­tes aug­mente la pro­ba­bi­lité que les quié­tis­tes bas­cu­lent dans des bran­ches « ché­ris­sant » la guerre sainte et les atta­ques ter­ro­ris­tes…

Ainsi, autre­fois bon élève (bac ES), bon spor­tif mais taci­turne Français d’ori­gine tchét­chène, le jeune Khamazat Azimov (accom­pa­gné et « entraîné » par deux jeunes femmes aux allu­res de radi­ca­li­sa­tion avan­cée) a séjourné et effec­tué ses ulti­mes pré­pa­ra­tifs - avant de com­met­tre son atten­tat - dans un hôtel, rue Pajol, au cœur donc de cette 17ème cir­cons­crip­tion et à 200m du QG de D.O.

Curieusement, ce gra­vis­sime évènement (un de plus dans le genre) n’a pas sus­cité une grande émotion. Certains se sont pro­ba­ble­ment lassés, tout en essayant de se convain­cre qu’il faut « s’adap­ter » car il s’agit d’un mal pour l’ins­tant « incu­ra­ble ». D’autres se sont tus, crai­gnant de trans­gres­ser la fameuse direc­tive : « Surtout pas d’amal­game » et, par consé­quent, de s’expo­ser aux trai­te­ments réser­vés aux « méchants isla­mo­pho­bes »…

Les deux stars poli­ti­ques face à cet événement

Quelle fut la réac­tion de H. Bouteldja et D. Obono ?
A notre connais­sance, Houria Bouteldja n’a pas émis le moin­dre « com­mu­ni­qué ». Pas besoin. Car les phé­no­mè­nes du ter­ro­risme san­glant commis par ceux qui, de près ou de loin, peu­vent res­sem­bler à un « indi­gène », elle les a déjà depuis long­temps « com­pris » et même « expli­qués » lors de l’affaire Merah. « Mohammed Merah c’est moi, et moi c’est lui », autre­ment dit, nous sommes tous les deux vic­ti­mes de la même his­toire, celle du racisme au quo­ti­dien et des bom­bar­de­ments de Gaza (sic)… « Nous sommes de la même ori­gine et sur­tout de la même condi­tion. Nous sommes des sujets post­co­lo­niaux. Nous sommes des indi­gè­nes de la République ». Il faut être sacre­ment dérangé (poli­ti­que­ment) pour être capa­ble d’inven­ter un tel déter­mi­nisme !

Nous nous sommes permis de hisser notre Députée, D. Obono, sur le pié­des­tal d’une des stars de la vie poli­ti­que fran­çaise, très proche du PIR, pour les rai­sons sui­van­tes :
a. Une des prin­ci­pa­les sour­ces de sa for­ma­tion idéo­lo­gi­que est la pro­duc­tion théo­rico-idéo­lo­gi­que du pré­cité cama­rade Sadri Khiari. Toute jeune mili­tante d’extrême-gauche, elle a eu l’immense « pri­vi­lège de réa­li­ser et publier une impor­tante ‘inter­view’ avec son Maître à penser ;
b. Membre de la Direction du NPA (entre autres), la cama­rade Obono a été « obli­gée » de fré­quen­ter les porte-parole du PIR, car ce Nouveau Parti Anticapitaliste signe (dès 2005) « l’Appel des indi­gè­nes de la République » et par­ti­cipe acti­ve­ment au déve­lop­pe­ment de la mou­vance, appe­lée tout au début le MIR. Les liens tissés au fil des années sont si forts que, même à l’Assemblée Nationale, Danièle Obono défend cou­ra­geu­se­ment l’hon­neur d’Houria Bouteldja ;
c. Au cours de la fameuse ren­contre des figu­res emblé­ma­ti­ques de cette mou­vance (MIR), orga­ni­sée sous l’ensei­gne « Mélenchon est-il notre pote ? », à ce moment-là, la « toute fraî­che » Députée de Paris déclare que « l’Avenir en commun », le pro­gramme de la FI n’a rien de révo­lu­tion­naire, autre­ment dit, qu’il s’agit d’un tas de mesu­res rele­vant d’un « simple réfor­misme » ;
d. Les 4, 5 et 6 mai (2018) se déroule la « Grand’Messe » à la Bourse du Travail de Saint Denis : « Bandung du Nord, vers une Internationale déco­lo­ni­sée ». Y par­ti­ci­pent (côté inter­na­tio­nal) de nom­breux invi­tés, telles les illus­tres figu­res de ce qui reste du mou­ve­ment Black Panthers, Andjela Devis et Fred Hampton Jr., mais aussi le redou­ta­ble « ani­ma­teur social et mili­tant anti­co­lo­nia­liste », Nordine Saïdi (celui qui, en Belgique, de la même façon que Houria, « com­prend » et « expli­que » les atten­tats ter­ro­ris­tes mais s’obs­tine à ne pas les condam­ner), l’Irakien Muntadhar al-Zaidi et tant d’autres…
Côté hexa­gone : 1. La fine fleur de l’intel­li­gent­sia indi­gène, racia­liste et déco­lo­niale : uni­ver­si­tai­res, cher­cheurs, ensei­gnants, éditeurs, jour­na­lis­tes, syn­di­ca­lis­tes, repré­sen­tants des prin­ci­paux grou­pus­cu­les d’extrême-gauche, des Black Blocs, pro­ba­ble­ment quel­ques « pau­vres cama­ra­des de la FI »... Et pour que la tragi/comé­die soit à son comble, on y trouve la per­sonne qui s’occupe de la fon­da­tion Fanon du nom de Mireille Fanon Mendès-France… 2. Les fortes têtes de l’islam poli­ti­que sont en sur­nom­bre, aussi bien le porte-parole du CCIF et autres Frères Musulmans, les adep­tes de ce « beau et intel­li­gent » Tariq Ramadan, que ceux qui se récla­ment de la ten­dance isla­miste chiite (l’HRC), ouver­te­ment pro-Hezbollah…
Dans le prin­ci­pal dis­cours (dont le contenu fut au préa­la­ble « approuvé » par Félix Boggio Ewanjé-Epée, Houria et Sadri), la va-t’en-guerre Stella Magliani Belkacem a tout d’abord « dégou­pillé une véri­ta­ble bombe » : dans les luttes qui s’annon­cent contre l’Etat raciste post­co­lo­nial, sa police et ses pri­sons, les Indigènes de la République vont tenter une nou­velle « régres­sion féconde », l’alliance avec les Black Blocs ! Ce n’est donc pas du tout le fruit du hasard si l’une de deux per­son­nes les plus ova­tion­nées fut le « héros » du jour, Antonin Bernanos, le gars jugé et condamné dans l’affaire de la voi­ture brûlée et du tabas­sage du jeune poli­cier sta­giaire.

La porte-parole du PIR a également établi un bilan cri­ti­que « du par­te­na­riat pri­vi­lé­gié » avec les dif­fé­rents partis et mou­ve­ments de gauche tels que NPA, Ensemble, PCF, les syn­di­cats soli­dai­res… et le monde de la « Mélenchonerie » (lire la FI). Dans la meilleure tra­di­tion extrême-gau­chiste (notam­ment trots­kyste), la foudre s’est abat­tue sur « le pôle d’Insoumis (qui) n’est pas seu­le­ment social-chau­vin et isla­mo­phobe, il est aussi hors de portée parce que les mili­tants de base (pro­ches du PIR) qui se récla­ment de la France insou­mise, autant vous le dire, n’ont aucun poids en interne ». Plus tard, Houria Bouteldja a rec­ti­fié le tir en ren­dant un véri­ta­ble hom­mage à sa cama­rade Danièle Obono. Notre Députée de la 17ème cir­cons­crip­tion de Paris a été cette deuxième per­sonne la plus ova­tion­née par « les indi­gè­nes de tous les pays, unis­sez-vous » !

Un tel hom­mage ne pou­vait lais­ser per­sonne indif­fé­rent. La réac­tion fut prompte et zélée. La « Magnifique » orga­nisa en grande pompe une réu­nion sous la ban­nière évocatrice : « Police par­tout, Justice nulle part ? ». Et ce, bras dessus bras des­sous avec l’ancien porte-parole du CCIF, l’isla­miste avéré Marwan Muhammad. Bien évidemment, on débat­tit des thèmes si chers aux indi­gè­nes : isla­mo­pho­bie, racisme, contrô­les au faciès… Par contre, aucune pré­ci­pi­ta­tion à réagir, ni même à émettre un quel­conque com­men­taire à propos du phé­no­mène de sala­fi­sa­tion/com­mu­nau­ta­ri­sa­tion (aux consé­quen­ces si néfas­tes) de sa cir­cons­crip­tion.

PS : en forme de lettre adres­sée à la va-t’en guerre Stella Magliani Belkacem
Camarade Stella, votre haine de « tout exis­tant » vous rend pres­que aveu­gle… Ainsi, la situa­tion au sein de ce que vous appe­lez « la Mélenchonerie » n’est guère si déses­pé­rante (pour vous et les vôtres). Les acti­vi­tés diver­ses et variées de cer­tains mili­tants de base et de quel­ques caci­ques (et pas des moin­dres) qui s’adon­nent (au sein de la FI) à une sorte de « double jeu » ne sont, loin de là, si inef­fi­ca­ces comme vous le pré­ten­diez dans votre exé­cra­ble exposé. A titre d’illus­tra­tion, voici quel­ques exem­ples :
1. Lors des der­niè­res élections légis­la­ti­ves, les « Insoumis » pro­ches du PIR ont assez bien « brouillé les cartes » en sou­te­nant aux « pri­mai­res » des can­di­dats qui, pour être les heu­reux élus, ont accepté de « côtoyer le diable ». Il n’est donc pas étonnant qu’actuel­le­ment la moin­dre ten­ta­tive d’un « groupe d’action » (en l’occur­rence le groupe J.R. Hébert) pour orga­ni­ser un débat démo­cra­ti­que et donc contra­dic­toire sur le thème de l’entrisme islamo-com­mu­nau­ta­riste pro­vo­que une véri­ta­ble pani­que et des « réac­tions irra­tion­nel­les » sur et autour du navire FI. A ce point que les auto­pro­cla­més « inqui­si­teurs de l’Exécutif » (et ce, en dépit des pro­cla­ma­tions toni­truan­tes du genre « chez nous, pas de police de pensée ») pro­non­cent une sen­tence d’exclu­sion !
2. Existent également des « col­lec­tifs » dont les mem­bres, tout en pré­ten­dant être « plus insou­mis, tu meurs », n’ont qu’une seule ambi­tion : Abolir toutes les lois qui depuis 2003 res­trei­gnent le port du voile ;
3. Quelle ne fut pas ma sur­prise (agréa­ble bien enten­due) quand j’ai trouvé dans la Contribution concoc­tée pour être débat­tue lors de Congrès du Parti de Gauche 2018 un para­gra­phe qui disait à peu près ceci : Nous devons com­bat­tre toute forme d’essen­tia­lisme, aussi bien celui prôné par les Indigènes de la répu­bli­que que celui en pro­ve­nance de l’extrême-droite… Pour véri­fier cette bonne nou­velle, je me suis rendu à la réu­nion de la FI/PG orga­ni­sée seu­le­ment quel­ques jours avant l’ouver­ture de ce Congrès.

Dans la salle pas mal du monde, y com­pris deux ou trois femmes voi­lées… Pourquoi pas… A un moment donné, j’ai sou­levé (au sein d’un petit groupe) la ques­tion concer­nant la pré­ci­tée bonne nou­velle. Aussitôt, un jeune méde­cin urgen­tiste et « cadre » du PG m’a dit : « stop ! On ne peut pas parler ainsi. Beaucoup de gens ici pré­sents ne tolè­re­raient pas une telle atta­que contre D. Obono (sic). De toute façon, nous avons d’ores et déjà amendé ce para­gra­phe. Il s’agit désor­mais de com­bat­tre les com­mu­nau­ta­ris­mes ». Un peu déçu, j’ai acquiescé…

Ma défi­ni­tive désillu­sion se pro­dui­sit quand la Coordinatrice du PG a abordé la ques­tion de la lutte contre le com­mu­nau­ta­risme : « Nous avons à Paris un grave pro­blème : ce sont les crè­ches diri­gées par la com­mu­nauté des Loubavitch et « en même temps » finan­cées par des fonds publics… » Une bonne partie de la salle a applaudi… C’était cer­tai­ne­ment per­ti­nent mais cyni­que­ment réduc­teur… Voyez-vous, cama­rade Stella, vous n’avez rien à crain­dre. Ici comme ailleurs, pas un seul mot contre votre com­mu­nau­ta­risme, celui qui combat et com­bat­tra réso­lu­ment la laï­cité, l’élément cons­ti­tu­tif de la République fran­çaise, même si un beau jour elle devient la 6ème !

Dans les 18ème, 19ème et 20ème arron­dis­se­ments, la Députée de Paris D. Obono contrôle la situa­tion et en quel­que sorte dirige les res­pon­sa­bles des « forces poli­ti­ques orga­ni­sées » (Ensemble, PG), celles et ceux qui il n’y a pas si long­temps étaient ses « tuteurs ». Bel exem­ple du fonc­tion­ne­ment dans la vie poli­ti­que de la dia­lec­ti­que hégé­lienne dite du maître et de l’esclave.
4. Tout cela est visi­ble­ment bon pour vous cama­rade Stella ; très, très mau­vais et plus que déce­vant pour moi. Car c’est jus­te­ment ce point qui me rend malade, me donne la nausée : Comment est-il pos­si­ble que ceux qui diri­gent un parti « défri­cheur » et même « éclaireur »…, qui s’apprê­tent à inven­ter « un nouvel ordre ima­gi­naire » (sic) et par consé­quent, par­ti­ci­per au déve­lop­pe­ment d’un « nou­veau projet de société » au-delà de ce « simple pro­gramme pré­si­den­tiel » (sic, sic), qui enfin veu­lent créer les condi­tions per­met­tant (non seu­le­ment en France, mais encore et sur­tout en Europe) l’éclosion d’un « nouvel huma­nisme écosocialiste »…, com­ment ces ultra-pré­ten­tieux diri­geants du PG peu­vent-ils un ins­tant penser que ces immen­sé­ment nobles objec­tifs soient com­pa­ti­bles avec l’insup­por­ta­ble indul­gence vis-à-vis des islamo-gau­chis­tes, prê­cheurs d’un si archaï­que et apo­ca­lyp­ti­que com­mu­nau­ta­risme ?!

Cette indul­gence est si intense qu’elle frise par moment une forte dose d’aveu­gle­ment et même de sou­mis­sion. On dirait que les caci­ques du PG (sur­tout ceux et celles de Paris) et par consé­quent de la FI n’ont pas entre­pris la moin­dre ana­lyse cri­ti­que des der­niè­res élections, notam­ment légis­la­ti­ves.

Ainsi, par exem­ple, dans cette oh ! déjà com­bien de fois évoquée 17ème cir­cons­crip­tion, c’est le can­di­dat du PCF qui a joué à fond la carte de l’islam poli­ti­que. Lui aussi a rêvé d’un raz-de-marée grâce aux voies des « islamo-com­mu­nau­ta­ris­tes enga­gés ». Il a même réussi à former une « équipe » de femmes voi­lées, les­quel­les ont (il est vrai) cou­ra­geu­se­ment tracté sur les mar­chés ainsi qu’autour des bou­ches de métro… Tout cela pour un résul­tat médio­cre : le cama­rade Ian Brossat a été éliminé au pre­mier tour des légis­la­ti­ves ! Mr Brossat et ses pro­ches col­la­bo­ra­teurs n’ont pas voulu com­pren­dre que les gens, une fois pris en main par les imams et autres doc­tri­nai­res de l’islam poli­ti­que, vivant en vase clos dans leurs com­mu­nau­tés res­pec­ti­ves, peu­vent éventuellement s’enga­ger afin d’exiger la pro­pen­sion de cer­tains aspects spé­ci­fi­ques de leur mode de vie com­mu­nau­taire, mais cer­tai­ne­ment pas aller voter, par­ti­ci­per à la vie démo­cra­ti­que sous la ban­nière de tel ou tel parti soup­çonné de défen­dre même timi­de­ment le prin­cipe de laï­cité.

Notre can­di­date a été infi­ni­ment plus finaude. Se sen­tant pra­ti­que­ment intou­cha­ble car dési­gnée par les négo­cia­teurs des « forces poli­ti­ques orga­ni­sées » (PG, Ensemble…), elle n’a eu que mépris pour la pro­cé­dure de dési­gna­tion démo­cra­ti­que des can­di­dats par la « base », par les mili­tants des grou­pes (à l’époque) d’appui. Appliquant avec fougue la méthode mus­clée d’un entrisme débridé, la future Députée a tota­le­ment négligé le tra­vail sur le ter­rain auprès des poten­tiels électeurs de sa cir­cons­crip­tion. En tant qu’éminente repré­sen­tante de cette nou­velle variante du trots­kisme « indi­gène » affi­née dans la très res­treinte offi­cine NPA ainsi que dans la « cui­sine attrape-tout » de l’incontour­na­ble Madame Clémentine Autain, l’actuelle et meilleure (car la seule) Députée de Paris de la FI a réussi une ful­gu­rante ascen­sion ne s’arrê­tant qu’une fois confor­ta­ble­ment ins­tal­lée au sommet de la hié­rar­chie « gazeuse ». Cela à un point tel qu’il était pra­ti­que­ment impos­si­ble de trou­ver une seule appa­ri­tion de notre bien-aimé Leader N°1 - lors de mani­fes­ta­tions ou/et dans les médias audio-visuels - sans que D.O. ne soit accro­chée à son dos. Cet extra­or­di­naire cas de figure fut inter­prété d’une manière contra­dic­toire. Le Patron la trouve Magnifique ! Quant à vous, cama­rade Stella, vous devez pour une fois reconnaî­tre l’exploit et crier haut et fort « cha­peau bas » !
5. Cela d’autant plus au vu de cet impres­sion­nant coup de maître de notre/votre Magnifique. En effet, elle a réussi à être élue Députée de la 17ème cir­cons­crip­tion pra­ti­que­ment sans y mettre le pied. Tout au long des cam­pa­gnes, pré­si­den­tielle et pour une grande partie légis­la­tive, elle-même et les mili­tants d’Ensemble ont été aux abon­nés absents. Seule une poi­gnée de ces acti­vis­tes promis par « l’étoile » mon­tante du PG-FI ont entre­pris de trac­ter et coller des affi­ches à peine un peu plus d’une semaine avant le deuxième tour… Et pour­tant, le mira­cle s’est pro­duit !

Non, ce n’était point un mira­cle et donc quel­que chose d’inex­pli­ca­ble. Par une « absur­dité heu­reuse », à l’ori­gine de cet extra­or­di­naire succès de la cama­rade d’Houria Bouteldja, l’enga­ge­ment inten­sif des mili­tants et sym­pa­thi­sants notam­ment du groupe d’appui J.R. Hébert occupe une place par­ti­cu­lière, ce groupe actuel­le­ment non seu­le­ment « désa­voué » mais aussi excom­mu­nié. S’ins­pi­rant d’un corpus d’idées (à l’opposé de votre « tam­bouille » idéo­lo­gi­que islamo-com­mu­nau­ta­riste) conden­sées dans l’AEC et brillam­ment expli­ci­tées dans les dis­cours ô com­bien ins­pi­rés de J.L. Mélenchon, convain­cus donc qu’aucun chan­ge­ment socio-économique pro­fond, favo­ra­ble au « peuple pour soi », aux citoyens « cons­cien­ti­sés », n’est pos­si­ble dans le cadre des sinis­tres trai­tés de l’UE, n’est envi­sa­gea­ble en dehors de l’Etat-nation plei­ne­ment sou­ve­rain et de la République (la 6ème si pos­si­ble) une et indi­vi­si­ble, laïque et sociale, ces « sim­ples » citoyens que vous, cama­rade Stella, avez l’habi­tude d’appe­ler sociaux-chau­vins (et vos épigones - dis­sé­mi­nés dans les rangs de vos « par­te­nai­res pri­vi­lé­giés » - d’une manière encore plus « raf­fi­née » : de fas­cis­tes ?!), ces citoyens ont sillonné de longs mois durant les quar­tiers du 18ème arron­dis­se­ment (et au-delà). Ils ont engagé leurs pro­pres moyens y com­pris finan­ciers. Ils ont tracté, collé des affi­ches et sont deve­nus rapi­de­ment les meilleurs ven­deurs du pro­gramme l’Avenir en commun. Mais aussi et sur­tout, dans les rues, sur les mar­chés, devant les super­mar­chés et bou­ches de métro, dans les cafés et lors de nom­breu­ses soi­rées convi­via­les, ils ont ins­tauré un dia­lo­gue per­ma­nent, autre­ment dit, ils ont appli­qué avec un succès indé­nia­ble une authen­ti­que variante de cette méthode que les cour­ti­sans pré­nom­ment pom­peu­se­ment « la méthode Alinsky ».

Ces « pau­vres naïfs » ont ainsi réussi à démon­trer que dans cette popu­la­tion dite mul­ti­co­lore, mul­ti­cultu­relle, et même, selon vous cama­rade Stella, « mul­ti­ra­ciale », nom­breux sont celles et ceux qui pro­jet­tent leur avenir au sein de la République et pas du tout enfer­més dans une quel­conque com­mu­nauté par­ti­cu­lière. Qu’il me soit permis de rap­pe­ler que c’est dans la 17ème cir­cons­crip­tion que la FI a obtenu le meilleur score à Paris intra-muros lors du pre­mier tour des pré­si­den­tiel­les. Ainsi, tout en sachant qu’elle ne le reconnaî­tra jamais, nous avons laissé à D. Obono une jolie « dot » non négli­gea­ble. Saura-t-elle l’uti­li­ser à bon escient ? Pour sa car­rière poli­ti­que, cer­tai­ne­ment ! Pour le reste, pas sûr ! Quant à nous, les « sociaux-chau­vins d’Obono’s land », nous allons conti­nuer à défen­dre l’Avenir en commun au sein de la République laïque et sociale et ce, même dans le cas figure de l’excom­mu­ni­ca­tion sur déci­sion de cette « auto­pro­cla­mée inqui­si­tion ».


 D. Obono, « Mouvements déco­lo­niaux », Entretien avec Sadri Khiari, Contretemps, his­toire, le 06 octo­bre 2009 ;
 D. Obono, « Et si on par­lait poli­ti­que », Blog de D.O., 15 octo­bre 2015 ;
 Félix Boggio Ewanjé-Epée, Stella Magliani Belkacem, « Un juste retour de bâton », Entretien avec Houria Bouteldja et Sadri Khiari, Contretemps, stra­té­gie, 30. Octobre 2012 ;
 Mathieu Renault, Du pou­voir. Sur le « Malcolm X » de Sadri Khiari, Contretemps, stra­té­gie, Théorie, 23 février 2013 ;
 Sama Moucharik, Azzédine Benabellah, Selim Nadi et Sadri Khiari, « 10 ans du Parti des Indigènes de la République (PIR) : entre­tien avec Sadri Khiari, Contretemps, stra­té­gie, 10 juin 2015 ;
 Olivier Tonneau, « L’ombre d’un doute : confes­sions d’un uni­ver­sa­liste en cours de déco­lo­ni­sa­tion », Blog : Lettres d’un engagé à ses amis qu’il dérange, 10 octo­bre 2017 ;
 Olivier Tonneau, « Dans l’ombre du doute : les indi­gè­nes, non, mais… », Blog : Lettres d’un engagé…, 14 octo­bre 2017.
 L’Avenir en commun - Le pro­gramme de la France insou­mise et son can­di­dat Jean-Luc Mélenchon. Lutter contre les causes des migra­tions, Ed. du Seuil, décem­bre 2016, pp. 93-95