Accueil > Actualité > Quelle sortie de crise ?

Quelle sortie de crise ?

par Jean-Paul DAMAGGIO, le 2 décembre 2018

Enregistrer au format PDF

Marine Le Pen pro­pose que le pré­si­dent ren­contre les chefs des partis poli­ti­ques. Autant dire, sans le moin­dre esprit polé­mi­que, qu’elle démon­tre ainsi sa méconnais­sance du mou­ve­ment car je doute qu’une telle réu­nion apporte un peu de lumière.

Jean-Luc Mélenchon pro­pose la dis­so­lu­tion de l’assem­blée mais pour abou­tir à de nou­vel­les élections dans la foulée ? Et pour quel résul­tat ? La pro­po­si­tion me semble peu adap­tée à la situa­tion.

Des gilets jaunes pro­po­sent des assem­blées citoyen­nes qu’ils orga­ni­se­raient, et pour moi là est une pos­si­ble sortie de crise, mais je suis sans illu­sion, Macron n’en fera rien puisqu’il pro­pose ses pro­pres assem­blées, aussi les gilets jaunes doi­vent-ils eux-mêmes, en lancer rapi­de­ment leur mise en place natio­nale.

Des assem­blées citoyen­nes qui auraient à répon­dre aux clas­si­ques trois ques­tions de l’abbé Siéyès :

« Qu’est-ce que le peuple [il disait le Tiers-Etat] ? Tout.

Qu’a-t-il été jusqu’à pré­sent dans l’ordre poli­ti­que ? Rien.

Que demande-t-il ? A y deve­nir quel­que chose. »

1 ) Qu’est-ce que le peuple ? Tout

Le même jour, de telles assem­blées pour­raient se tenir, pour un dépar­te­ment comme le notre en cinq lieux : Caussade, Montauban, Castelsarrasin-Moissac, Montech et Valence (je prends la réfé­rence des lieux avec lycées géné­raux). Elles se devraient de rete­nir après débat et vote quatre doléan­ces majeu­res qui ne seraient pas le Tout du peuple mais son essen­tiel.

2 ) Qu’a-t-il été jusqu’à pré­sent dans l’ordre poli­ti­que ? Rien.

Après la déter­mi­na­tion des doléan­ces majeu­res, quatre délé­gués seraient dési­gnés par vote, pour les porter à l’échelon supé­rieur à savoir le dépar­te­ment, et ensuite le natio­nal. Le dépar­te­ment aurait pour fonc­tion de syn­thé­ti­ser, dans la mesure du pos­si­ble, les vingt doléan­ces appor­tées mais sans en reje­ter aucune, et l’ensem­ble des délé­gués seraient parti pre­nante de l’assem­blée citoyenne natio­nale. Nous en aurions donc 20 pour le Tarn-et-Garonne ; comme il y a envi­ron 2800 lycées en France, nous aurions 10 000 délé­gués. Je mesure l’impor­tance de ce nombre mais il est indis­pen­sa­ble si on veut garder le lien direct entre l’élu de base et l’acteur du sommet. Comme il y aurait quatre grands thèmes les délé­gués pour­raient se regrou­per en quatre assem­blées d’envi­ron 2500 per­son­nes et là sui­vant l’orga­ni­sa­tion rete­nue, il y a moyen de tra­vailler.

3 ) Que demande-t-il ? A y deve­nir quel­que chose.

Par cette assem­blée citoyenne natio­nale le peuple pour­rait deve­nir quel­que chose et à ce moment là seu­le­ment, le pou­voir pour­rait lais­ser sa place.

Ceci peut faire penser à l’assem­blée cons­ti­tuante que demande La France insou­mise or il n’en est rien. La pre­mière ques­tion n’est pas de débat­tre d’une abs­trac­tion comme une cons­ti­tu­tion, dont nous savons que les arti­cles les plus géné­reux ne reçoi­vent pas la moin­dre appli­ca­tion, mais bien des mesu­res concrè­tes à mettre en avant. D’un tel effort pour­rait surgir le besoin d’en arri­ver à une nou­velle cons­ti­tu­tion mais le pro­ces­sus est ici inversé. Le point de départ n’est pas la Constitution, qui, par contre, peut deve­nir un point d’arri­vée.

Dans l’ordre pra­ti­que :

Le calen­drier devrait être fixé clai­re­ment et natio­na­le­ment :

 Les dates des assem­blées loca­les, dépar­te­men­ta­les et natio­na­les

 Les moyens finan­ciers pour faire fonc­tion­ner ces assem­blées

 Les rému­né­ra­tions pour les délé­gués.

A tous les niveaux les débats étant publics leur accès doit être facile sur inter­net. A Montauban les délé­gués gilets jaunes qui ont ren­contré le préfet ont démon­tré qu’il était pos­si­ble de filmer en direct les ren­contres ce qui doit être un point basi­que pour toutes les échanges en pré­pa­ra­tion.

Il appar­tient aux gilets jaunes de garder l’ini­tia­tive et une telle démar­che n’est pas incom­pa­ti­ble avec le désir de blo­quer économiquement le pays pour se faire enten­dre. Mais sans les moyens mis en place pour avan­cer démo­cra­ti­que­ment des solu­tions, le risque est de faire émerger l’idée que face à cette « chien­lit » seule la méthode forte peut sauver la situa­tion, et comme tou­jours, il n’est pas impos­si­ble que des gilets jaunes vien­nent appor­ter leur contri­bu­tion à une telle opé­ra­tion, étant entendu que la méthode forte serait employée… à de bonnes fins !