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Gilets jaunes : le pouvoir au peuple !

par Jean-Paul DAMAGGIO, le 16 décembre 2018

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Quand le 17 novem­bre à 6 h 15 du matin sur le rond-point de Castelsarrasin j’entends une brève inter­ven­tion pour dire les reven­di­ca­tions, appe­ler à la sécu­rité, et qui s’acheva par « Macron démis­sion » qui pou­vait penser qu’on allait assis­ter au pre­mier recul du pré­si­dent de la République. Il avait été inflexi­ble sur le code du tra­vail, face à la puis­sante grève uni­taire de la SNCF et là, il a fini par cra­quer.

Parfois je m’inquiète un peu de la façon de mini­mi­ser ce succès.

Cela étant, le mou­ve­ment ayant pris l’ampleur qu’il a prise, les reven­di­ca­tions socia­les de départ se sont élargies et la partie satis­faite est deve­nue insuf­fi­sante. Puis, il res­tait la reven­di­ca­tion majeure : Macron démis­sion. Sur ce point il n’y avait rien à atten­dre en consé­quence est montée en pre­mière ligne la demande d’un réfé­ren­dum pour pou­voir le des­ti­tuer. Incontestablement si 2 mil­lions de per­son­nes avaient pu appe­ler à un réfé­ren­dum Macron était rayé de la carte poli­ti­que.

Ce mou­ve­ment n’a pas une ligne toute tracée et son évolution est deve­nue tout autant que sa réa­lité l’enjeu de mul­ti­ples hési­ta­tions. La plu­ra­lité des visa­ges, la plu­ra­lité des formes fait sa force autant que sa fai­blesse.

Et telle est mon ana­lyse au sujet de la reven­di­ca­tion placée au centre du mou­ve­ment : le réfé­ren­dum d’ini­tia­tive citoyenne (RIC). Elle a ten­dance, dans les médias, à relayer au second plan les reven­di­ca­tions socia­les. Pourquoi ne pas repren­dre, à côté, la reven­di­ca­tion qui en Espagne vient de sur­pren­dre tout le monde : une aug­men­ta­tion du SMIC de 22% ? Et sur­tout pour­quoi ne pas garder au pre­mier plan, le retour de l’ISF car l’essen­tiel n’est pas le recul de Macron mais une autre répar­ti­tion des riches­ses puis­que tous les com­men­ta­teurs sont d’accord là-dessus : qui va payer les reculs obte­nus ? Des emprunts aux ban­ques qui vont être ravies de voir aug­men­ter la dette ?

Je sais très bien que les cahiers de doléan­ces expri­ment la diver­sité des reven­di­ca­tions mais com­ment en arri­ver à cette forme ! « Une seule reven­di­ca­tion le RIC » ?

Le RIC n’a rien de révo­lu­tion­naire quand on se sou­vient que pen­dant la der­nière cam­pa­gne électorale il était sur les pro­gram­mes de plu­sieurs can­di­dats : Jean Lassalle, François Asselineau, Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan. C’est vrai PS et droite, une fois de plus unis, avaient négli­gés ce point !

Surtout le RIC n’a rien de révo­lu­tion­naire car après avoir obtenu la des­ti­tu­tion de Macron, il est rem­placé de manière tem­po­raire par le pré­si­dent du Sénat et le vote sui­vant se fait dans les mêmes condi­tions avec certes la pos­si­bi­lité d’une nou­velle des­ti­tu­tion qui va obli­ger le nou­veau pré­si­dent à écouter le peuple sauf que le chan­ge­ment de poli­ti­que n’est pas seu­le­ment une ques­tion d’écoute.

Je le pré­cise : la reven­di­ca­tion me semble tota­le­ment juste mais ce qui m’inquiète c’est la place qu’elle prend ! J’ai étudié pas mal de réfé­ren­dum dans le monde (dont cer­tains d’ini­tia­tive popu­laire) aux USA, en Equateur, au Venezuela, en Italie et j’ai pu cons­ta­ter qu’ils n’étaient qu’une face mineure de la recons­truc­tion d’une démo­cra­tie. Le cas du Venezuela est frap­pant : alors que le pays se fait fort d’avoir le réfé­ren­dum révo­ca­toire (ce qui enchante Mélenchon) il n’est pas négli­gea­ble de cons­ta­ter que Maduro n’a pas permis sa mise en place ce qui avait été pos­si­ble avec Chavez.

Le grand mérite des gilets jaunes tient au fait que les reven­di­ca­tions ne sont pas cloi­son­nées avec d’un côté le social et de l’autre le poli­ti­que. Comme dans la vie tout se mêle, mais de ce mélange il reste une part ampu­tée. Sur le plan social, l’adver­saire direct n’est pas le patron (comme pour un syn­di­cat), et sur le plan poli­ti­que Macron ne peut pas être le seul adver­saire.