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Catalogne : les pauvres coûtent cher aux riches ?

par Jean-Paul DAMAGGIO, le 21 septembre 2017

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Pendant long­temps les "pau­vres" vou­laient être indé­pen­dants des "riches" pour moins se faire exploi­ter. Ainsi dans le Sud de la France (exploité par le Nord) cer­tains inven­tè­rent le thème erroné du colo­nia­lisme inté­rieur.

Puis au tour­nant des années 1980, avec la révo­lu­tion conser­va­trice qui a mis sens dessus des­sous les ana­ly­ses, les riches ont décou­vert que les pau­vres leur coû­taient chers ! L’Italie du Nord a consi­déré la Sicile comme un boulet et la Catalogne a pensé de même de l’Andalousie. Sauf que si une Région est "riche" c’est par l’exploi­ta­tion de ceux qui y tra­vaillent, et qui dans la dite Région font figure de pau­vres ! On ne peut sub­sti­tuer la concur­rence entre Régions à la lutte des clas­ses. Comment peut-on penser une minute que le "pauvre" est en mesure d’exploi­ter le "riche" ? Économiquement, idéo­lo­gi­que­ment, socia­le­ment ?

La ques­tion serait fis­cale. L’Espagne pren­drait plus d’impôt à la Catalogne qu’elle ne lui reverse, et là serait le frein au déve­lop­pe­ment de la dite Catalogne dont les indus­tries inon­dent de pro­duits tout le pays.

La fis­ca­lité dans une société plus ou moins démo­cra­ti­que existe à des fins de redis­tri­bu­tion et non pour rendre aux riches ce qu’elle leur prend (elle ne peut rien pren­dre aux pau­vres). Le rai­son­ne­ment est donc tota­le­ment tordu ! En consé­quence remet­tons l’his­toire sur ses pieds.

Oui la Catalogne a été brimée par le Franquisme (économiquement, socia­le­ment, cultu­rel­le­ment) mais depuis la mort du dic­ta­teur c’est la même droite locale qui gou­verne la Région en par­ti­ci­pant par­fois à la direc­tion du pays lui-même, soit avec le PP soit avec le PSOE.

Ce pou­voir ayant fini par être cor­rompu jusqu’à l’os, a eu besoin de se refaire une santé pour tout chan­ger afin que rien ne change. Il a donc fait appel à la fibre natio­na­liste avec l’aide de l’extrême gauche car la dite fibre permet tous les amal­ga­mes (et l’ultra­gau­che est habi­tuée par­tout à une telle gym­nas­ti­que). Cette muta­tion est bizar­re­ment inter­ve­nue au moment où une alter­na­tive poli­ti­que démo­cra­ti­que se fai­sait jour à tel point qu’elle emporta la mairie de Barcelone. Ainsi va naître la belle embrouille capa­ble de briser l’élan social. Pour les his­pa­no­pho­nes voici Adau Colau (maire de Barcelone) et Manuela Carmena (maire de Madrid)qui débat­tent.

La déci­sion de Rajoy de passer à l’action confor­mé­ment à la Constitution, plutôt que de cher­cher le dia­lo­gue, est la meilleure façon de confor­ter les natio­na­lis­tes dans leurs impas­ses. La boule est bou­clée.

Là comme ailleurs il faut oser sortir du piège, oser dire d’une part qu’un réfé­ren­dum peut s’orga­ni­ser léga­le­ment en fai­sant glo­ba­le­ment évoluer les règles de l’Espagne, et oser dire NON aux natio­na­lis­tes au nom du pro­grès social.

La ques­tion touche à la cons­truc­tion euro­péenne. Non, la Grèce ne peut pas être le boulet empê­chant l’Allemagne de se déve­lop­per mais bien au contraire le déve­lop­pe­ment de la Grèce per­met­trait la créa­tion d’un marché béné­fi­que aux pro­duits alle­mands !

Je ne peux que repren­dre la preuve par l’absurde appor­tée par les événements de 1968 en France : alors que les puis­san­ces économiques consi­dé­raient que toute aug­men­ta­tion du SMIG serait une catas­tro­phe pour elles, la dite aug­men­ta­tion impo­sée par les grèves a démon­trée en 1969 que loin de la dite catas­tro­phe, l’économie avait pris un nouvel élan.

Ce sont les féo­daux de la finance et de l’indus­trie qui sont un coût pour les tra­vailleurs et pas seu­le­ment à causes des gas­pilla­ges mais bien à cause du sys­tème.

Tous les événements de Catalogne ne visent qu’à per­pé­trer le dit sys­tème et les masses dans les rues ne chan­gent rien à ce phé­no­mène. Il s’agit d’un des cons­tats nés de la révo­lu­tion conser­va­trice : la rue n’appar­tient plus seu­le­ment à la gauche comme le vou­lait l’ancienne tra­di­tion. Et là aussi en juin 1968 de Gaulle en a apporté la preuve défi­ni­tive uti­li­sée ensuite dans des cir­cons­tan­ces dif­fé­ren­tes.

L’affron­te­ment actuel en Catalogne est révé­la­teur d’un état global de nos socié­tés avec des médias en pointe pour jeter de l’huile sur le feu plutôt de d’infor­mer sérieu­se­ment sur le sujet. On m’a tou­jours expli­qué qu’une maison qui brûle fait vendre du papier alors qu’une maison où on dia­lo­gue n’a aucun inté­rêt. Ensuite les médias en ques­tion s’étonnent que Trump ait été élu.