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Elections au Chili

par Jean-Paul DAMAGGIO, le 21 novembre 2017

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Depuis le départ de Pinochet par une alliance per­ma­nente le PS et la Démocratie chré­tienne se par­ta­geait le pou­voir. C’est la droite de Sebastián Piñera (appelé le Berlusconi chi­lien) qui est venue mettre en échec cet accord en 2010 au moment où c’était à la Démocratie Chrétienne de suc­cé­der à la socia­liste Michelle Bachelet. En 2014, la can­di­da­ture reve­nant aux socia­lis­tes Michelle Bachelet a pu retrou­ver le pou­voir.

Cette fois il n’y a pas eu accord donc d’un côté un can­di­dat socia­liste et de l’autre une can­di­date Démocrate chré­tienne Carolina Goic qui n’a fait que 5,8%.

Avec 36,6% des voix le can­di­dat de droite Sebastian Piñera est dans la four­chette basse des son­da­ges. Mais son adver­saire majeur, le séna­teur socia­liste Alejandro Guillier (64 ans) (avec appui des com­mu­nis­tes), n’est pas dans la four­chette haute avec 22,7 % des votes. Donc où est la sur­prise.

Le Frente amplio (une nou­velle gauche style Podemos) arrive à 20,2% malgré la cam­pa­gne féroce pour le vote utile à gauche en faveur du socia­liste. La jour­na­liste Beatriz Sanchez peut être fière d’elle. Avec le Frente amplio une page de l’his­toire du Chili vient de se tour­ner. Comme le can­di­dat du PS, elle vient des médias, où elle est une popu­laire com­men­ta­trice radio. Quelle posi­tion pour le second tour qui s’annonce plus ouvert que prévu ?

En Amérique latine le second tour est tou­jours une nou­velle élection en soi et se déroule donc un mois après le pre­mier pour lais­ser à chacun le temps de pré­ci­ser sa stra­té­gie.

Mais là aussi autre phé­no­mène mon­dial : la pous­sée de l’extrême-droite dotée de 1% et qui arrive à 7,9% pre­nant donc des voix au can­di­dat de droite. José Antonio Kast ne cache pas son admi­ra­tion pour Pinochet. Sa cam­pa­gne s’est fondé sur le rejet de l’immi­gra­tion clan­des­tine.

Le parti pro­gres­siste de Marco Enriquez Ominami qui a tenté de "réno­ver la gauche depuis 2010 a échoué en ne fai­sant que 5,7%.

Cependant il serait grave de ne pas obser­ver un autre phé­no­mène lui aussi global : la montée de l’abs­ten­tion. Il y a un an, pour les muni­ci­pa­les, la par­ti­ci­pa­tion était de 35% seu­le­ment et cette année pour les pré­si­den­tiel­les elle est de 46,3% ce qui conti­nue une baisse régu­lière puisqu’aux pré­cé­den­tes nous étions à 49,3%.

Depuis 2012 le vote obli­ga­toire a été aban­donné et le taux de par­ti­ci­pa­tion est un indi­ca­teur nou­veau de la mobi­li­sa­tion citoyenne. Dans un pays ayant connu la dic­ta­ture récente, ce faible taux inquiète for­te­ment les démo­cra­tes et l’explo­sion du bipar­tisme ne semble pas rame­ner des électeurs vers les urnes.

Pendant le vote obli­ga­toire la par­ti­ci­pa­tion avait déjà for­te­ment chuté car le vote était obli­ga­toire mais pas l’ins­crip­tion or à pré­sent l’ins­crip­tion sur les listes est deve­nue obli­ga­toire mais pas le vote.

Sur le jour­nal El Ciudadano le socio­lo­gue Carlos Ruiz (Frente Amplio) a tiré la leçon du scru­tin : "C’en est fini de l’hégé­mo­nie de la Concertation sur la gauche du Chili." Il reste cepen­dant à étudier les résul­tats des élections légis­la­ti­ves et des séna­to­ria­les pour mieux saisir l’ampleur des évolutions.