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Les prétendus communautarismes contre la communauté politique

par Denis COLLIN, le 8 novembre 2017

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L’échange marchand dissout les communautés

En lisant atten­ti­ve­ment Marx et notam­ment l’extra­or­di­naire Livre I du Capital, on tombe sur des pas­sa­ges qui mon­trent com­ment l’échange mar­chand est un puis­sant dis­sol­vant de toute com­mu­nauté. L’échange mar­chand pré­sup­pose que les indi­vi­dus se fas­sent face comme des étrangers pos­ses­seurs de choses alié­na­bles. Une telle situa­tion, nous dit Marx, n’existe pas dans la « com­mu­nauté natu­relle », quel­les que soient ses formes :

L’échange des mar­chan­di­ses com­mence là où se ter­mi­nent les com­mu­nau­tés, à leur point de contact avec des com­mu­nau­tés étrangères ou avec des mem­bres de com­mu­nau­tés étrangères. Mais une fois que cer­tai­nes choses ont com­mencé d’être des mar­chan­di­ses à l’exté­rieur, elles le devien­nent aus­si­tôt par contre coup dans la vie inté­rieure des com­mu­nau­tés [1].

De cela, nous pou­vons tirer une double conclu­sion : là où il y a com­mu­nauté, il n’y a pas échange mar­chand et là où il y a échange mar­chand, il n’y a pas de com­mu­nauté. Si le com­mu­nisme est la com­mu­nauté humaine réa­li­sée, il sup­pose que l’échange mar­chand se soit éteint – car évidemment on ne peut l’abolir d’un seul coup, par décret.

L’individu-roi

Marx nous permet ainsi de com­pren­dre quel­ques-uns des phé­no­mè­nes sociaux les plus impor­tants de notre époque. Analysés par de nom­breux socio­lo­gues et essayis­tes, la trans­for­ma­tion de nos socié­tés en socié­tés d’indi­vi­dus – la société liquide de Zygmunt Bauman – est un fait patent. Mais ce fait n’est que la consé­quence des pro­fon­des trans­for­ma­tions socia­les et anthro­po­lo­gi­ques qu’a pro­dui­tes le mode de pro­duc­tion capi­ta­liste. Jusqu’au XXe siècle le capi­tal n’a pu se déve­lop­per que sur la base léguée par les socié­tés ancien­nes avec les­quel­les il a com­posé et dont il a uti­lisé aussi les res­sour­ces socia­les et idéo­lo­gi­ques qui lui ont permis d’asseoir sa domi­na­tion : famille patriar­cale, reli­gion, res­pect des « hié­rar­chies natu­rel­les », confor­misme social et idéo­lo­gi­que. Rien de tout cela n’était consub­stan­tiel au mode de pro­duc­tion capi­ta­liste mais tout cela lui a servi de béquilles. Ceci, bien des gens, qui ont tou­jours le regard dans le rétro­vi­seur, ne veu­lent pas le com­pren­dre, eux qui conti­nuent de voir dans la lutte contre les rési­dus de la société d’avant-hier l’arché­type d’une lutte radi­cale contre le capi­tal. Dans la phase his­to­ri­que qui est la nôtre, celle que le jeune phi­lo­so­pha ita­lien Diego Fusaro appelle « le capi­ta­lisme absolu », la société n’est plus seu­le­ment une société domi­née par le mode de pro­duc­tion capi­ta­liste, mais bien une société capi­ta­liste jusque dans ses moin­dres rami­fi­ca­tions et c’est pré­ci­sé­ment pour­quoi toutes les com­mu­nau­tés humai­nes exis­tan­tes sont pul­vé­ri­sées par le triom­phe de l’indi­vidu-roi, qui n’est roi qu’en ima­gi­na­tion alors qu’il est réel­le­ment l’indi­vidu désolé, privé de sol et condamné à une soli­tude crois­sante.

Commençons par la famille. Ceux qui font de la lutte contre la « famille patriar­cale » un enjeu de notre époque peu­vent être satis­faits. Les prin­ci­paux diri­geants de l’Union euro­péenne ne sont pas des « pater fami­lias » puisqu’ils n’ont pas d’enfants. C’est le cas d’Emmanuel Macron, de la chan­ce­lière alle­mande Angela Merkel, du Premier minis­tre bri­tan­ni­que Theresa May, du Premier minis­tre ita­lien Paolo Gentiloni, du Premier minis­tre néer­lan­dais Mark Rutte, du Premier minis­tre sué­dois Stefan Löfven, du Premier minis­tre luxem­bour­geois Xavier Bettel, ou encore du pré­si­dent de la Commission euro­péenne Jean-Claude Juncker. L’actuel pre­mier minis­tre belge, Charles Michel, a deux enfants, mais son pré­dé­ces­seur, Élio di Rupo, était un homo­sexuel sans enfant. Exit la famille. Et c’est d’ailleurs pour­quoi les poli­ti­ques fami­lia­les sont dans le col­li­ma­teur des réfor­ma­teurs. La famille coûte cher mais c’est aussi un boulet qui limite la mobi­lité des indi­vi­dus de nos « socié­tés liqui­des ». Et comme si ça ne suf­fi­sait pas pour scel­ler son sort, elle est aussi « le der­nier refuge » (voir le livre éponyme de Christopher Lasch) où une cer­taine soli­da­rité peuT s’exer­cer, laquelle contre­vient évidemment aux lois bien com­pri­ses du marché par­fait. C’est aussi à cette aune que l’on peut appré­cier l’engoue­ment subit des clas­ses diri­gean­tes pour toutes les formes du « mariage pour tous ». C’est aussi la raison pour laquelle on déploie toutes les res­sour­ces du droit et de la science pour faire de la pro­créa­tion sans père et bien­tôt sans mère (grâce à l’ecto­ge­nèse ou « utérus arti­fi­ciel ») la nou­velle norme.

Sur le ter­rain des rela­tions socia­les, c’est la même pous­sée vers l’indi­vi­dua­li­sa­tion qui s’impose. Les conven­tions col­lec­ti­ves sont atta­quées et bien­tôt rédui­tes à des chif­fons de papier par les « réfor­mes du marché du tra­vail » impul­sées dans tous les pays et dont la der­nière en date est celle des ordon­nan­ces prises par Emmanuel Macron. Les sala­riés ne doi­vent plus cons­ti­tuer un col­lec­tif qui pour­rait exer­cer col­lec­ti­ve­ment son action. Chaque sala­rié est « entre­pre­neur de lui-même » et il doit d’abord com­pren­dre que son ennemi est tout sim­ple­ment son voisin de tra­vail – il s’agit seu­le­ment de savoir qui sera licen­cié en pre­mier lors du pro­chain « dégrais­sage ». On connaît les effets par­ti­cu­liè­re­ment délé­tè­res de ce nou­veau mana­ge­ment « indi­vi­dua­lisé » des « res­sour­ces humai­nes » (un terme qu’on ose à peine écrire tant il est obs­cène) sur les condi­tions de vie, sur la santé et sur l’éducation des enfants.

Ce sont aussi les com­mu­nau­tés natio­na­les qui doi­vent être détrui­tes. C’est l’objec­tif cons­ciem­ment pour­suivi par l’impé­ria­lisme amé­ri­cain qui n’admet dans le monde qu’un seul natio­na­lisme, le sien. Encourager les séces­sion­nis­mes, les régio­na­lis­mes, les reven­di­ca­tions de chaque groupe par­ti­cu­lier, voilà ce que les diri­geants des gran­des puis­san­ces ont fait depuis des décen­nies. On rap­pel­lera le pré­cé­dent you­go­slave et ses fameux bom­bar­de­ments huma­ni­tai­res. Mais il n’y a pas que la diplo­ma­tie et les armes pour mener à bien la tâche de détruire les nations. Le « soft­po­wer » joue son rôle. Il ne s’agit pas seu­le­ment de la domi­na­tion cultu­relle – par exem­ple celle du cinéma hol­ly­woo­dien – et idéo­lo­gi­que. Il s’agit de l’impo­si­tion de normes, comme les normes comp­ta­bles ou les pro­cé­du­res juri­di­ques. Il s’agit aussi de la des­truc­tion des lan­gues natio­na­les au profit non pas de l’anglais mais du « glo­bish », cet anglais des clas­ses domi­nan­tes qu’il faut parler sous peine d’être relé­gué dans la caste des intou­cha­bles. Il s’agit de l’enva­his­se­ment des lan­gues natio­na­les par des termes « anglais » créo­li­sés. Il vaut mieux établir un plan­ning plutôt qu’un calen­drier, « upda­ter » plutôt que mettre à jour, rele­ver un chal­lenge plutôt qu’un défi, etc. Il suffit d’écouter Macron et ses sbires pour enre­gis­trer tous les échantillons de ce vola­puk qui est devenu une marque de dis­tinc­tion sociale de la classe des « cré­tins éduqués » (l’expres­sion est d’Emmanuel Todd) qui tient les rênes du pou­voir. C’est aussi la mode amé­ri­caine du « poli­ti­que­ment cor­rect » qui tient lieu d’idéo­lo­gie à la gauche et à l’extrême-gauche. Dernier exem­ple en date : l’inva­sion du fran­çais écrit par cette abo­mi­na­ble « écriture inclu­sive » que des têtes creu­ses pren­nent pour un pro­grès de l’égalité des hommes et des femmes, alors qu’elle n’est plus l’écriture d’une langue mais un sal­mi­gon­dis illi­si­ble. On retrouve là tout ce que le gau­chisme intel­lec­tuel « post-soixante-hui­tard » a pro­duit de pire. Je pense à la leçon inau­gu­rale de Roland Barthes au col­lège de France, en 1977 dans laquelle il qua­li­fiait la langue comme essen­tiel­le­ment « fas­ciste », ce qui, logi­que­ment aurait dû le conduire, lui, au silence… Est venu un temps où la défense de la culture natio­nale, de « grande culture » et de la tra­di­tion huma­niste est un devoir révo­lu­tion­naire.

Mais ce sont aussi toutes les pra­ti­ques les plus quo­ti­dien­nes qui sont main­te­nant péné­trées de cet indi­vi­dua­lisme mou­ton­nier. Tous se pré­ci­pi­tent pour ache­ter le der­nier gadget de telle ou telle marque, voilà ce qui fait preuve de liberté indi­vi­duelle ! Mais accep­ter une règle com­mune, per­met­tant de vivre avec les autres, ça, c’est insup­por­ta­ble. On le voit avec les reven­di­ca­tions extra­va­gan­tes des parents et des élèves concer­nant les can­ti­nes sco­lai­res : après le casher et le hallal, voilà qu’on exige des repas végé­ta­riens et « végans ». Rien de commun ! Voilà le mot d’ordre.

Le nouveau visage du gauchisme

Dans cette société pul­vé­ri­sée, où chacun doit soi­gneu­se­ment s’occu­per de n’avoir rien en commun avec son voisin, le com­mu­nau­ta­risme, sous toutes ses formes, pour­rait appa­raî­tre comme une réac­tion, fina­le­ment plutôt sym­pa­thi­que, puisqu’il s’agi­rait d’essayer de recons­truire des com­mu­nau­tés. En réa­lité, il n’en est rien. Le com­mu­nau­ta­risme n’est que la reven­di­ca­tion poli­ti­que des droits abso­lus de l’indi­vidu-roi contre la com­mu­nauté poli­ti­que, contre ce que les Grecs appe­laient la polis. Emblématiques, les com­mu­nau­tés des pré­ten­dus « mino­ri­tés sexuel­les » (gays, les­bien­nes, « bi » et « trans ») : il s’agit de mettre en avant un trait qui vous carac­té­rise pour reven­di­quer un trai­te­ment spé­cial. Car rien ne peut évidemment arrê­ter la méca­ni­que de ce genre com­mu­nau­ta­risme qui se frac­tionne aussi sou­vent qu’on le sou­haite. Les gays végans gau­chers peu­vent bien faire une com­mu­nauté qui aura du mal à coha­bi­ter avec les gays non végans… Chacun veut bien faire com­mu­nauté mais uni­que­ment avec ceux qui lui res­sem­blent. Il ne s’agit donc plus de com­mu­nauté mais d’iden­ti­ta­risme et de domi­na­tion de la « mêmeté ». Toutes les reven­di­ca­tions « d’ouver­ture à l’autre », si typi­ques du « bon­nisme » (les Italiens par­lent du « buo­nismo » pour dési­gner l’esprit des bons sen­ti­ments un peu niais), sont fina­le­ment les reven­di­ca­tions des indi­vi­dus qui pré­ci­sé­ment ne veu­lent pas s’ouvrir à qui n’est pas comme eux. Le seul autre accep­ta­ble, c’est le même.

C’est dans ce cadre géné­ral qu’on peut appré­cier les com­mu­nau­ta­ris­mes des « raci­sés », portés par un cer­tain nombre de grou­pes comme le CRAN (un pré­tendu conseil repré­sen­ta­tif des asso­cia­tions noires), le PIR (parti des indi­gè­nes de répu­bli­que) et d’autres moins connus. Ils se sont fait remar­quer par l’orga­ni­sa­tion de « jour­nées d’études déco­lo­nia­les », sou­vent patron­nées par des uni­ver­si­tai­res et même des uni­ver­si­tés, et « inter­di­tes aux blancs ». À l’ini­tia­tive de ces mou­ve­ments, on trouve sou­vent des mili­tants issus des mou­van­ces de l’extrême gauche (NPA et quel­ques débris du trots­kisme) voire du PCF, spé­cia­le­ment dans le dépar­te­ment de la Seine-Saint-Denis. Bien qu’ils se pré­sen­tent comme l’expres­sion poli­ti­que des « damnés de la terre », ces grou­pes sont, en réa­lité, typi­ques de la nou­velle petite bour­geoi­sie, sou­vent issue de l’immi­gra­tion, et qui a entamé son ascen­sion sociale et réclame sa part du gâteau. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’ils ren­contrent une telle bien­veillance dans les clas­ses supé­rieu­res intel­lec­tuel­les. Les diri­geants du PIR peu­vent pro­fé­rer les plus abo­mi­na­bles slo­gans racis­tes, reven­di­quer leur anti­sé­mi­tisme, les péti­tion­nai­res atti­trés n’y ont jamais trouvé à redire et pas un tri­bu­nal n’a eu à les juger. La remise au goût du jour des cri­tè­res « raciaux » et le déve­lop­pe­ment d’une « haine des blancs » qui serait néces­saire pour en finir avec l’oppres­sion colo­niale, tout cela ne gêne nul­le­ment le gratin du gau­chisme uni­ver­si­taire, ceux qui ont table ouverte à France-Culture et ont orga­nisé l’igno­ble procès contre le pré­tendu « réac­tion­naire » Marcel Gauchet.

Une fois de plus, on voit com­ment le gau­chisme post-soixante-hui­tard (qui n’a rien avec cette mala­die infan­tile du com­mu­nisme dont par­lait Lénine) tout à la fois exprime et nour­rit la phase du capi­ta­lisme absolu dans laquelle nous sommes entrés. Ce qui s’est vendu sous le nom étrange d’« inter­sec­tion­na­lité des luttes » et a fait les déli­ces des bavards déchaî­nés de « Nuit debout », c’est cette étrange alliance des LGBT, des « racia­li­sés » et de toutes les grou­pes por­teurs des lubies du moment, tota­le­ment indif­fé­rents à la situa­tion de la grande masse du peuple, satis­faits de la mar­gi­na­li­sa­tion et de la divi­sion du mou­ve­ment ouvrier et tout fiers de leur auto-pro­mo­tion au rôle de nou­velle avant-garde de l’his­toire. Ils rejouent les déli­res des len­de­mains de l’échec de mai 68, mais la deuxième fois c’est une farce. Une farce qui accom­pa­gne le macro­nisme dont elle est l’autre visage.

Un nouveau fascisme ?

Les anti­fas­cis­tes sans fas­cisme que bro­car­dait Pier Paolo Pasolini tout à leur via hal­lu­ci­née pro­cu­rent l’indis­pen­sa­ble pro­tec­tion au mou­ve­ment le plus réac­tion­naire du moment qu’est l’islam poli­ti­que sous ses trois varian­tes, dji­ha­dis­tes, sala­fis­tes et « Frères musul­mans » et avec la béné­dic­tion des « isla­mis­tes modé­rés ». C’est en effet, sur le ter­reau de la dis­lo­ca­tion des vieilles soli­da­ri­tés des tra­vailleurs et la montée de l’indi­vidu-roi que se déve­loppe un mou­ve­ment poli­ti­que réac­tion­naire radi­cal, celui de l’isla­misme. Mais comme l’isla­misme appa­raît comme opposé à la nation, à la répu­bli­que et aux lois com­mu­nes, il est promu au rang de nou­veau mou­ve­ment révo­lu­tion­naire. C’est ainsi que l’ex-trots­kiste Plenel s’est fait le chan­tre de Tariq Ramadan, que la « cama­rade » Boutelja du PIR se réjouis­sait des pen­dai­sons d’homo­sexuels à Téhéran tout rece­vant le sou­tien de grou­pes pro LGBT comme le NPA. Cette incroya­ble confu­sion – qui est sans doute une des formes de « l’inter­sec­tion­na­lité des luttes » – repose sur des mots d’ordre com­muns : feu sur la répu­bli­que, feu sur la laï­cité, feu sur la liberté de penser et la raison, feu sur la nation. Mots d’ordre qui sont non seu­le­ment inof­fen­sifs pour les clas­ses domi­nan­tes mais encore entrent par­fai­te­ment dans leurs vues.

Ce mélange entre l’extrême réac­tion vio­lente et la décom­po­si­tion intel­lec­tuelle d’une cer­taine « gauche radi­cale » a un pré­cé­dent his­to­ri­que : le fas­cisme. Les fas­cis­tes n’étaient pas, loin de là, de vieilles bader­nes réac­tion­nai­res, mais aussi des jeunes intel­lec­tuels révo­lu­tion­nai­res et anti­confor­mis­tes, des bour­geois et des mécè­nes richis­si­mes mais aussi des « damnés de la terre », des mécréants et des inté­gris­tes reli­gieux, et ainsi de suite. Ils ont su séduire des intel­lec­tuels et des artis­tes de renom et par­fois de valeur. Il y a quel­que chose de la même tam­bouille qui se noue aujourd’hui autour de tous ces com­mu­nau­ta­ris­tes. La cris­tal­li­sa­tion ne s’est pas encore opérée. Mais à une autre étape, tout devien­dra pos­si­ble.

Quoi qu’il en soit, il convient, poli­ti­que­ment, d’être par­fai­te­ment au clair quant à la nature tant des isla­mis­tes (y com­pris quand ils pré­sen­tent avec un visage « anti-impé­ria­liste ») que de la gauche radi­cale multi-cultu­ra­liste et dif­fé­ren­tia­liste. Ces cou­rants ne sont en aucun cas des « alliés poten­tiels » dans la lutte contre la domi­na­tion capi­ta­liste mais bien des enne­mis jurés. Leur exis­tence est un pro­duit de la décom­po­si­tion engen­drée par le mode de pro­duc­tion capi­ta­liste dans la phase pré­sente et rien d’autre. Construire un vaste mou­ve­ment popu­laire de résis­tance au macro­nisme, cela exige qu’aucune conces­sion ne soit faite à ces cou­rants anti­ré­pu­bli­cains et anti-ouvriers. Construire un tel mou­ve­ment, c’est cher­cher à gagner les gens ordi­nai­res, ceux qui souf­frent de la dis­lo­ca­tion des soli­da­ri­tés pro­fes­sion­nel­les ou loca­les et du désor­dre dans les esprits et dans la cité. La ligne d’un tel mou­ve­ment ne peut être qu’orwel­lienne : décence com­mune ou décence ordi­naire, patrio­tisme du peuple, valo­ri­sa­tion du tra­vail et de l’hon­nêté.

Post-scrip­tum : Puisque j’ai évoqué Orwell, il faut signa­ler à quel point la langue ordi­naire de la poli­ti­que « radi­cale » est proche de la « nov­lan­gue ». L’anti­ra­cisme d’aujourd’hui prône la sépa­ra­tion des « races », s’oppose au métis­sage et classe les indi­vi­dus selon la cou­leur de leur peau. Le fémi­nisme ne réclame plus l’égalité des femmes et des hommes mais leur abso­lue dif­fé­rence. L’anti­fas­cisme – qui n’a en face de lui aucun mou­ve­ment fas­ciste réel – défend au fond des pra­ti­ques et des valeurs pro­ches du fas­cisme, notam­ment le culte de la vio­lence et l’alliance avec la voyou­cra­tie, même si c’est la voyou­cra­tie des « quar­tiers ». Quant à l’anti­sio­nisme, il n’est plus que le masque trans­pa­rent du bon vieil anti­sé­mi­tisme.


[1Capital, livre I, traduction Lefebvre, PUF Quadrige, p.100