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Iglesias, Mélenchon et Beppe Grillo

par Jean-Paul DAMAGGIO, le 7 décembre 2017

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Le 27 avril 2017 Libération a titré : "Mélenchon, le Beppe Grillo fran­çais" lis­tant paren­tés et dif­fé­ren­ces entre les deux per­son­na­ges.

Autant étudié depuis leur nais­sance les trois phé­no­mè­nes poli­ti­ques je n’ima­gine pas un ins­tant qu’en Italie on puisse titrer : Beppe Grillo le Mélenchon ita­lien !

L’arti­cle de Libération men­tionne : "une délé­ga­tion M5S était pré­sente à la com­mé­mo­ra­tion de la mort de Chávez". J’avais décou­vert en étudiant une ren­contre pro­gres­siste en Equateur que le M5S y était pré­sent. C’est Correa, grand ami de Mélenchon, qui avait donc invité le M5S et aussi Rifondazione com­mu­nista ! Un moyen d’établir des liens au moins tech­ni­ques sinon poli­ti­ques entre les deux cou­rants ?

En fait Podemos, France Insoumise et M5S sont par leur nom même d’une grande dif­fé­rence, le nom n’étant pas anodin dans de pareils cas.

Podemos évoque le Yes we can d’Obama.

Le Cinq Etoiles est une réfé­rence aux cinq axes pro­gram­ma­ti­ques.

Et France insou­mise ne pou­vait que faire réfé­rence à la France.

Podemos est un vrai parti poli­ti­que avec adhé­sions, ten­dan­ces, élections des res­pon­sa­bles. Sur la page du site vous avez les onglets sui­vants : orga­ni­sa­tion, pro­gramme, actua­lité, finan­ces et au cha­pi­tre finan­ces vous pouvez aller jusqu’à la fac­ture des dépen­ses !

Le Cinq étoiles est une start-up poli­ti­que plus près d’En Marche que de France insou­mise. Le site inter­net est la pro­priété de Beppe Grillo et si on y trouve le pro­gramme, la réfé­rence aux élus, un forum. Pour les finan­ces cette seule note : le mou­ve­ment n’accepte aucun finan­ce­ment public.

France insou­mise pro­pose sur son site inter­net ; le pro­gramme, les grou­pes d’action, les dons, les cam­pa­gnes, les actus, l’agenda, les espa­ces, les médias.

La com­pa­rai­son ne peut pas porter sur les seuls diri­geants car aucun diri­geant poli­ti­que ne peut rien sans un col­lec­tif autour de lui. Ceci étant il n’est pas négli­gea­ble d’obser­ver que les trois diri­geants s’impo­sent par le petit écran. A partir de là nous pou­vons obser­ver qu’ils témoi­gnent chacun à leur manière des pro­fon­des évolutions socia­les nées de ce que Paul Boccara appe­lait dès 1984 "la révo­lu­tion infor­ma­tion­nelle", terme que le PCF ne vou­lait pas pren­dre en compte.

Mouvements et partis

Contrairement à une idée confuse qui court depuis des années en France (je l’ai véri­fié long­temps dans le mou­ve­ment des Alternatifs) entre la notion de mou­ve­ment et de parti l’écart est mince. Si Podemos, FI et M5S ou Syrza en Grèce signi­fie la fin d’une his­toire poli­ti­que, ils ne signi­fient en rien la fin de la struc­ture parti. La fin de la classe poli­ti­que grec­que a permis l’émergence de Syrisa qui n’est rien d’autre qu’un nou­veau parti poli­ti­que. Dans la foulée Podemos a cru qu’en Espagne le PSOE allait s’effon­drer or il n’était pas au pou­voir et il a si bien tenu que Podemos a été obligé de revoir sa poli­ti­que d’alliance en créant Unidos Podemos qui a regroupé Podemos et la Gauche Unie. Pour la France, Mélenchon a su tirer profit (mais pas plus que Macron) de l’échec de François Hollande et du PS. Mais, contrai­re­ment au slogan "France insou­mise pre­mier oppo­sant", il reste au par­le­ment un oppo­sant qui a plus de poids (la droite) et dans la société un oppo­sant qui a plus de poids, le FN, deux partis poli­ti­ques clas­si­ques.

En fait il s’agit sur­tout de se foca­li­ser sur la ques­tion : quel type d’orga­ni­sa­tion. Un copier-coller du fonc­tion­ne­ment cen­tra­liste des médias ? C’est vrai sur­tout pour Beppe Grillo. Un copier-coller de la fausse hori­zon­ta­lité des nou­veaux médias ? C’est vrai sur­tout pour les deux autres.

La place du leader

Elle est incontes­ta­ble dans les trois mou­ve­ments. N’est-elle pas la marque pre­mière d’un authen­ti­que parti poli­ti­que ?

Beppe Grillo a gagné sa place de leader sur la scène comi­que et sur son alliance avec un roi de l’inter­net. Je conseille vive­ment la lec­ture du live de Federico Mello, il lato oscuro delle stelle (le côté obscur des étoiles).

Iglesias a gagné sa place de leader par un combat beau­coup plus cultu­rel. Une chaîne de télé où il débat plus qu’il ne défend un point de vue.

Mélenchon est devenu leader par sa car­rière poli­ti­que.

Les trois dénon­cent les pou­voirs en place, l’élite, l’esta­blish­ment, la glo­ba­li­sa­tion, la caste, les ban­ques, les jour­na­lis­tes cra­pu­les et média­cra­tes, l’Europe. Autant de simi­li­tu­des qui ne peu­vent mas­quer les dif­fé­ren­ces.

Aujourd’hui, le plus près du pou­voir est le plus ancien, le M5S qui comme les deux autres, rechi­gne à des allian­ces qui pour­raient nuire à son iden­tité.

Conclusion

1 ) La péren­nité du M5S peut annon­cer celle de Podemos et de la FI car malgré la fra­gi­lité per­ma­nente de ce parti que tout le monde pen­sait éphémère, vu les condi­tions de sa nais­sance, il reste en place. Il comble un vide laissé par les autres forces.

2 ) L’élection euro­péenne de 2019, après celle de 2014, qui a vu l’entrée au par­le­ment euro­péen de Podemos (5 élus et 4 IU) et du M5S (avec 15 élus du groupe Europe de la liberté et de la démo­cra­tie directe) va cla­ri­fier les rap­ports de force. Notons ici que le groupe du M5S au par­le­ment euro­péen com­prend sur­tout l’United Kingdom Independence Party avec Nigel Farage et der­niè­re­ment Florian Philippot a pu y amener avec lui Joëlle Bergeron conseillère muni­ci­pale de Lorient.

3 ) Quelles allian­ces pour Mélenchon en Europe ? Si Podemos avait eu des élus en 2014 sans IU, au Portugal Bloque de Esquerda comme le Front de Gauche avait été une alliance avec le parti com­mu­niste (3 PCP pour Une Bloco de Esquerda). Le parti de Tsipras est tou­jours dans le même groupe, parti avec lequel le PCF conti­nue d’entre­te­nir de bonnes rela­tions mais pas Mélenchon.

4 ) Bref tous les rac­cour­cis sont néfas­tes car chaque cas reste un cas par­ti­cu­lier.