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Libertés très contrôlées

Revue de presse 9 avril – 16 avril 2020

par Antoine BOURGE, le 20 avril 2020

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Une bonne moitié de l’humanité est confinée. Du strict respect de cette mesure coercitive dépendrait la liberté qui devrait nous être rendue prochainement. Mais... n’est-ce pas le prétexte, décrit par dans La stratégie du choc de N. Klein, pour rogner sur l’état de droit, entraver le Parlement ou attaquer nos libertés fondamentales ?

AUTORITARISMES

Une pan­dé­mie d’auto­ri­ta­risme en Europe de l’Est

D’aucuns aiment à rap­pe­ler que l’Europe est le ber­ceau de la démo­cra­tie, on pourra cons­ta­ter à la lec­ture des extraits sui­vants que le COVID-19 permet d’en douter.

 Dans Contrepoints Maria Chaplia recense les atta­ques contre les liber­tés fon­da­men­ta­les en Europe de l’Est depuis le début de l’épidémie, pre­mier exem­ple en Hongrie :

« En Hongrie, le Parlement a voté une loi accor­dant à Viktor Orban le pou­voir de gou­ver­ner par décret pour une durée indé­ter­mi­née. Le gou­ver­ne­ment natio­na­liste peut main­te­nant empri­son­ner sans procès toute per­sonne ren­dant publics des faits qu’il consi­dère soit faux, soit « nui­si­bles à la défense effi­cace » de la santé publi­que, soit sus­cep­ti­bles de créer « une confu­sion ou une agi­ta­tion » liée au coro­na­vi­rus. Un tel pou­voir dis­cré­tion­naire accordé au gou­ver­ne­ment Orban est une condam­na­tion à mort pure et simple de la liberté d’expres­sion en Hongrie. »

 On trouve dans le même arti­cle l’exem­ple de la Pologne :

« En Pologne, le minis­tère polo­nais de la Santé a rendu illé­gal l’émission d’avis indé­pen­dants de consul­tants médi­caux sur la situa­tion épidémiologique, l’état des hôpi­taux et les métho­des de pro­tec­tion contre les infec­tions. Évoquer la pénu­rie d’équipements de pro­tec­tion peut coûter son emploi à un méde­cin polo­nais. »

La France n’est pas en reste

D’habi­tude cham­pionne des droits de l’Homme, la France ne l’est actuel­le­ment pas plus ver­ba­le­ment qu’en actes. Le pré­cé­dent de la vio­lente répres­sion contre les Gilets Jaunes avait déjà montré jusqu’où l’État poli­cier était près à aller. Les dépen­ses somp­tuai­res en LDB, gre­na­des lacry­mo­gè­nes, etc. sont autant de lignes bud­gé­tai­res pour la santé publi­que qui dis­pa­rais­sent. Les lois d’excep­tion et la Constitution de la Ve République aidant, le pré­si­dent de la République peut être consi­déré comme un monar­que répu­bli­cain, une sorte de Napoléon III porté par les milieux d’affai­res, avec la majo­rité à l’Assemblée et ina­mo­vi­ble pen­dant cinq ans.

 L’asso­cia­tion entre les puis­san­tes firmes phar­ma­ceu­ti­ques et le pou­voir ne sont pas sans rap­pe­ler une carac­té­ris­ti­que des régi­mes tota­li­tai­res. Les conflits d’inté­rêt au sein du comité scien­ti­fi­que qui conseille Macron sou­li­gnent la main­mise des inté­rêts privés sur la santé et donc sur les les prises de déci­sions de l’exé­cu­tif. Comme on peut le lire dans Le Monde Diplomatique ou encore dans Marianne :

« Pierre Frouard expli­que que « les deux cibles prio­ri­tai­res des firmes sont d’une part les méde­cins qui pres­cri­vent des médi­ca­ments et d’autre part les lea­ders d’opi­nion, qui assu­rent la cré­di­bi­lité de leurs recher­ches ». Les experts des deux comi­tés placés auprès du pré­si­dent de la République appar­tien­nent à cette der­nière caté­go­rie. Le conseil scien­ti­fi­que est chargé des éclairages immé­diats (le confi­ne­ment, les hos­pi­ta­li­sa­tions) tandis que le Care se concen­tre sur les ques­tions pure­ment scien­ti­fi­ques, à plus longue échéance. Et l’on cons­tate que les firmes phar­ma­ceu­ti­ques, qui se démè­nent pour trou­ver des solu­tions contre le coro­na­vi­rus, sont par­ti­cu­liè­re­ment bien intro­dui­tes auprès de ces méde­cins stars. Près de 450.000 euros ont ainsi été dépen­sés par les indus­triels pour… neuf méde­cins de ces deux ins­tan­ces. »

 Sur Contrepoints, Maria Chaplia notait « (…) le cau­che­mar de l’urgence pour­rait deve­nir notre réa­lité per­ma­nente en don­nant carte blan­che aux gou­ver­ne­ments dans l’appli­ca­tion de lois contrai­gnan­tes. ». Un éclairage appro­fondi sur les lois d’excep­tion qui devien­nent la norme nous est donné sur Mediapart par Paul Alliès :

« (…) le gou­ver­ne­ment Edgar Faure fait voter, le 3 avril 1955 une loi sur l’état d’urgence pour ren­for­cer la guerre qui ne dit pas son nom en Algérie. La loi est conçue comme une autre ver­sion de l’état de siège, pour ne pas aban­don­ner le pou­voir aux mili­tai­res. Mais aussi pour éviter de donner aux révo­lu­tion­nai­res algé­riens le statut de « com­bat­tant ». La défi­ni­tion de « l’urgence » est par­ti­cu­liè­re­ment floue (alors que celle de l’état de siège est simple et claire grâce à la juris­pru­dence qui l’accom­pa­gne). Elle permet d’ins­tau­rer un couvre-feu, d’inter­dire les ras­sem­ble­ments publics, de pro­cé­der à des sai­sies en dehors du moin­dre contrôle judi­ciaire. Socialistes et com­mu­nis­tes votent contre. »

Et plus loin :

« Pour la pre­mière fois de son his­toire, elle va s’appli­quer, le 13 novem­bre 2015 à tout le ter­ri­toire de la République sans excep­tion. Au motif de la lutte anti-ter­ro­riste, elle donne aux auto­ri­tés gou­ver­ne­men­ta­les et admi­nis­tra­ti­ves des pou­voirs (« régime civil de crise ») sans garan­ties judi­ciai­res dans le domaine du res­pect de la vie privée, de la liberté de mou­ve­ment (déjà) et d’asso­cia­tion. »

Une grave remise en cause de la sûreté [1] :

« (…) le par­le­ment votera le 21 juillet 2016 une pro­ro­ga­tion de l’état d’urgence. Celui-ci, 6 fois reconduit, sera donc resté en vigueur deux années. Sa sortie sera toute rela­tive puis­que « gérée » par la loi « ren­for­çant la sécu­rité inté­rieure et la lutte contre le ter­ro­risme » du 30 octo­bre 2017. Le résul­tat : la sus­pi­cion comme nou­velle base d’enga­ge­ment de pour­sui­tes grâce à la notion iné­dite de « raison sérieuse de penser » (on ne sera plus jugé pour ce qu’on a fait mais pour ce que la police et des magis­trats pen­sent qu’on est sus­cep­ti­ble de faire) ; l’avè­ne­ment d’une jus­tice pré­dic­tive, sans preu­ves, sans faits avérés, fondée sur des pro­nos­tics, des sta­tis­ti­ques, des vues de l’esprit du gou­ver­nant ; un ren­for­ce­ment et une exten­sion des pou­voirs de police dans les per­qui­si­tions (« dès que le com­por­te­ment de per­son­nes, même mineu­res cons­ti­tue une menace »), la créa­tion de « péri­mè­tres de pro­tec­tion », la pos­si­bi­lité pour le Préfet d’assi­gner à rési­dence ; la fer­me­ture de lieux de culte faci­li­tée ; la sub­sti­tu­tion des pro­cu­reurs aux juges judi­ciai­res. »

 Le Parlement est lui-même soumis au régime d’excep­tion et le Conseil cons­ti­tu­tion­nel valide la loi d’urgence sani­taire, comme le déplore Paul Alliès sur Mediapart :

« Il ne man­quait qu’à voir le Conseil cons­ti­tu­tion­nel (qui n’avait pas eu à se pro­non­cer sur la loi de 2007) vali­der « les mesu­res excep­tion­nel­les ». Il s’exé­cuta, le terme n’est pas trop fort, de la pire des maniè­res. Sa déci­sion du 26 mars sur la loi orga­ni­que votée avec la loi sur l’état d’urgence sani­taire du 23 mars[4] déclare qu’on peut déro­ger à la Constitution en raison des « cir­cons­tan­ces excep­tion­nel­les » de la crise sani­taire. »

Et plus loin :

« Cette paresse va avec une autre énormité : l’abso­lu­tion donné au gou­ver­ne­ment vio­lant la Constitution dont l’arti­cle 46 exige un délai de 15 jours pour voter un texte (une loi orga­ni­que) por­tant sur le fonc­tion­ne­ment des ins­ti­tu­tions afin de lais­ser un temps à la réflexion et au débat des par­le­men­tai­res. A tout cela s’ajoute la pro­ba­bi­lité de voir l’examen des Questions prio­ri­tai­res de cons­ti­tu­tion­na­lité (QPC) ren­voyées aux calen­des grec­ques. En résumé, il n’y a plus de contrôle cer­tain ni garanti, a priori comme a pos­te­riori, des textes léga­li­sant l’état d’urgence. »

 Sur Marianne, Louis Hausalter nous alerte sur les dan­gers de la mise en ser­vice de l’appli­ca­tion « StopCovid » avec un débat sans vote à l’Assemblée natio­nale et au Sénat. La mise hors jeu de l’oppo­si­tion et du Parlement, un gage démo­cra­ti­que cer­tai­ne­ment ? :

« Un minis­tre jus­ti­fie : « A ce stade, ce n’est pas du domaine de la loi puis­que ce serait sur une base volon­taire... si ça se fait. » Autrement dit, puis­que ce dis­po­si­tif n’est pas coer­ci­tif, il n’aurait pas à figu­rer dans un texte voté en bonne et due forme par le Parlement. Un choix qui fait tiquer jusque dans la majo­rité pré­si­den­tielle. « Un Parlement qui ne décide pas, c’est un sujet », grince un député influent de La République en marche, dont une partie de l’aile gauche s’oppo­sait déjà à une telle appli­ca­tion, en s’inquié­tant pour les liber­tés publi­ques. A droite, on gri­mace aussi. « Le Parlement doit pou­voir donner son avis sur un sujet qui touche aux liber­tés publi­ques. Nous vou­lions abso­lu­ment un débat et nous l’avons obtenu, même si nous aurions pré­féré qu’il soit accom­pa­gné d’un vote », indi­que Damien Abad, le pré­si­dent du groupe LR à l’Assemblée natio­nale. »

 Dans Le Monde Diplomatique, on trou­vera une ana­lyse fine du rôle que joue l’indé­bou­lon­na­ble Constitution de la Ve République dans l’assise du pou­voir auto­ri­taire macro­niste :

« La « sta­bi­lité » se paie donc au prix fort pour la démo­cra­tie fran­çaise. Le dis­cré­dit des der­niè­res années de la IVe République, dont le débat ins­ti­tu­tion­nel a hérité, a permis pen­dant long­temps d’empê­cher toute réflexion sur l’impé­rieuse néces­sité démo­cra­ti­que. Invoquée depuis comme un talis­man, la « sta­bi­lité » inverse les hié­rar­chies, rétro­gra­dant la légi­ti­mité popu­laire au second rang : il importe au pou­voir de durer, pas for­cé­ment d’avoir un sou­tien des citoyens. Si un régime par­le­men­taire peut défi­gu­rer la démo­cra­tie sous l’effet d’une obses­sion simi­laire, la concen­tra­tion actuelle des pou­voirs dans la main pré­si­den­tielle, sans équivalent dans l’Occident démo­cra­ti­que, rend la vie poli­ti­que dépen­dante des qua­li­tés per­son­nel­les du loca­taire de l’Élysée, qui peut user et abuser de sa situa­tion sans contre­poids. »

La presse

Cette période trou­blée permet qu’éclate au grand jour la fra­gi­lité de Macron qui s’atta­che pro­fon­dé­ment à son image, à la com­mu­ni­ca­tion plus qu’aux liber­tés fon­da­men­ta­les comme la liberté de la presse. On n’est pas loin de la Pologne ou de la Hongrie. Sur Français.rt.com, on peut lire ceci :

« « Ces der­niè­res semai­nes, à plu­sieurs repri­ses, les équipes de l’Elysée ont [...] empê­ché ou inter­rompu des jour­na­lis­tes lors de prises de vue ou de sons lors d’échanges du chef de l’État », s’inquiè­tent les auteurs du com­mu­ni­qué de l’APP, publié le 9 avril. « Cette crise sani­taire est une épreuve pour la démo­cra­tie. Moins que jamais, la com­mu­ni­ca­tion du pou­voir ne peut tenir lieu d’infor­ma­tion des citoyens », peut-on encore lire dans [un] texte, rédigé à l’issue du récent dépla­ce­ment d’Emmanuel Macron à l’hôpi­tal du Kremlin-Bicêtre, dans le Val-de-Marne. »

Et plus loin :

« L’épisode n’est pas sans rap­pe­ler le tri des jour­na­lis­tes lors de dépla­ce­ments pré­si­den­tiels, qui avait été dénoncé par la presse en 2017, ou le bla­ck­lis­tage assumé de jour­na­lis­tes de RT en salle de presse de l’Élysée. »

SURVEILLER ET PUNIR

« Coronajustice »

 La jus­tice est ralen­tie par les condi­tions d’exer­cice en temps de pan­dé­mie, cela est peu sur­pre­nant. Ce qui est plus grave en revan­che ce sont les liber­tés prises avec les droits des pri­son­niers. Marianne en donne un aperçu :

« Depuis le début de la crise du coro­na­vi­rus, l’appa­reil judi­ciaire tourne au ralenti... et laisse de nom­breux déte­nus sur le car­reau. Prolongation auto­ma­ti­que des déten­tions pro­vi­soi­res, audien­ces repous­sées ou a contra­rio expé­di­ti­ves, il ne fait pas bon d’être jugé en temps de coro­na­jus­tice. »

 Paul Alliès , sur Mediapart, dénonce également cette situa­tion :

« [la] bana­li­sa­tion de l’état d’excep­tion est inlas­sa­ble­ment jus­ti­fiée par son carac­tère pro­vi­soire. C’est l’antienne reprise dès le 26 mars sur France Inter par la garde des sceaux, Nicole Belloubet dans la pire langue de bois. Ce qui lui a fait signer une scan­da­leuse cir­cu­laire d’inter­pré­ta­tion de l’ordon­nance du même jour (26 mars) pro­lon­geant la déten­tion pro­vi­soire de 3 à 6 mois. Elle a ainsi ni plus ni moins décidé que « toutes les déten­tions pro­vi­soi­res étaient de plein droit pro­lon­gées » (pour 21.000 per­son­nes) en sup­pri­mant donc toute audience où juges et avo­cats déli­bè­rent du sort de chaque détenu. C’est une atteinte sans pré­cé­dent au droit à un procès équitable et aux droits de la défense. Pour mémoire : long­temps Belloubet s’est complu au PS et au Conseil cons­ti­tu­tion­nel… »

Vos voi­sins vous veu­lent du bien

 Quant ce n’est pas la police qui vous ver­ba­lise, ce sont peut-être vos voi­sins, qui, oisifs, n’ont trouvé d’autre moyen de s’occu­per qu’en vous dénon­çant parce que vous sortez un peu trop sou­vent. Une mau­vaise habi­tude qui revient au galop... Contrepoints s’en fait l’écho :

« Celui qui dénonce aujourd’hui pour­rait bien être le dénoncé de demain. L’ennemi ce n’est pas votre voisin qui subit le confi­ne­ment avec moins de force d’âme que vous, mais celui qui vous enlève la liberté de cir­cu­ler comme avant. Ce n’est pas parce que la popu­la­tion tout entière en a été privée qu’il faut se retour­ner contre son pro­chain, tout imbé­cile qu’il puisse être. »

 Ou encore sur Contrepoints :

« Les cen­tres d’appel d’urgence de la police et de la gen­dar­me­rie sont aujourd’hui sub­mer­gés par les dénon­cia­tions et les com­mé­ra­ges. Certains indi­vi­dus esti­ment de leur devoir de dénon­cer leurs voi­sins qui sor­tent un peu trop, font du jog­ging aux heures indues ou encore ne res­pec­tent pas suf­fi­sam­ment les dis­tan­ces de sécu­rité ou les « gestes bar­riè­res ». »

État poli­cier

 Pour sup­pléer le gou­ver­ne­ment dans la lutte contre le COVID-19, les élus locaux et pré­fets ne man­quent pas d’ima­gi­na­tion pour faire régner l’ordre, comme le relève Contrepoints :

« Ferdinand Bernard, maire de Sanary, a inter­dit aux habi­tants de sortir à plus de 10 mètres de chez eux. Il n’en était pas à son pre­mier essai : agacé que cer­tains aillent ache­ter leur pain ou leurs ciga­ret­tes et « en pro­fi­tent » pour se pro­me­ner, il avait tenté de faire passer une inter­dic­tion d’ache­ter un seul pro­duit : il était donc obli­ga­toire d’ache­ter plu­sieurs baguet­tes et plu­sieurs paquets de ciga­ret­tes ! Il a fina­le­ment annulé ces deux arrê­tés. »

 La quan­tité d’amen­des dis­tri­buées n’est que le miroir de l’inca­pa­cité gou­ver­ne­men­tale selon cet arti­cle paru dans Contrepoints :

« Comme pour les mil­liers d’amen­des dis­tri­buées aux badauds pour les inci­ter à ren­trer chez eux, on obser­vera que l’État est plus à l’aise quand il s’agit de faire payer les contre­ve­nants que quand il s’agit d’ache­ter les mas­ques qui nous auraient empê­cher de vivre la situa­tion kaf­kaïenne que nous subis­sons aujourd’hui. »

Big Brother 2.0

 D’abord testés sur les théâ­tres d’opé­ra­tions mili­tai­res les drones appa­rais­sent aujourd’hui comme le moyen de sur­veiller les masses. Le Courrier du Soir nous en dévoile l’aspect finan­cier :

« On a appris que 565 « micro-drones du quo­ti­dien » ont été com­man­dés pour un mon­tant de 1 800 000 euros, 66 « drones de capa­cité natio­nale » pour un mon­tant de 1 580 000 euros et 20 « nano-drones spé­cia­li­sés » dont le coût est estimé à 175 000 euros. Si le gou­ver­ne­ment nie toute ten­ta­tive de sur­veiller la popu­la­tion, les médias spé­cia­li­sés en haute tech­no­lo­gie disent le contraire. »

 Régis de Castelnau, sur Vu du droit, donne quel­ques pistes pour com­pren­dre cet inves­tis­se­ment massif dans les drones et l’usage de la ver­ba­li­sa­tion à outrance :

« D’abord impo­ser leur pou­voir de la façon la plus puni­tive pos­si­ble, et ensuite quoi qu’elles en pré­ten­dent rem­plir les cais­ses de la manne dont l’État est privé avec la quasi dis­pa­ri­tion des infrac­tions auto­mo­bi­les. Répression d’ailleurs éminemment sélec­tive, puis­que sur ordre paraît-il de leur hié­rar­chie (voir le Canard enchaîné) il leur a été demandé de sur­tout ne pas inter­ve­nir dans les ban­lieues dif­fi­ci­les. (…) Il est clair que ces fautes n’auront aucune espèce de consé­quence ni de rappel à l’ordre, ni de pro­cé­du­res dis­ci­pli­nai­res vis-à-vis de corps dont ce pou­voir a eu déjà un pres­sant besoin et pense que ce sera également le cas pour le jour d’après pour affron­ter la colère popu­laire. Alors il faudra uti­li­ser la loi et former des recours contre ces procès-ver­baux abu­sifs. Et si néces­saire le moment venu saisir le juge pénal. »

 Le Comptoir nous donne un aperçu de ce qui se fait en Chine et pour­rait deve­nir un modèle pour nos diri­geants mal ins­pi­rés par les nou­vel­les tech­no­lo­gies :

« En Chine, le confes­sion­nal s’est mué en algo­rithme de nota­tion aussi impla­ca­ble que dénuée d’émotions. Big Jinping is wat­ching you et attri­bue un « crédit social » à chaque citoyen. Contrairement aux cen­tai­nes de mil­liers d’agents de la Stasi néces­sai­res pour sur­veiller la popu­la­tion de RDA, les vies sont pas­sées à la mou­li­nette d’une seule IA ayant accès aux his­to­ri­ques d’achats et de recher­che sur inter­net sans oublier nos opi­nions pos­tées sur les réseaux sociaux. Et gare à ceux dont la phi­lo­so­phie de vie diverge du stan­dard offi­ciel…

Critiquez le parti sur Internet, cessez de rendre visite à vos parents âgés ou fré­quen­tez des amis mal notés, et votre crédit social s’ame­nui­sera, tout comme vos liber­tés. Taux d’emprunt plus élevé, impos­si­bi­lité de quit­ter le ter­ri­toire, inter­dic­tion de pren­dre le train ou l’avion, temps d’attente plus long pour se faire soi­gner, ralen­tis­se­ment de la connexion inter­net etc. En revan­che, soyez un clone docile et alors vos enfants seront auto­ri­sés à fré­quen­ter les meilleu­res écoles. Vous joui­rez de réduc­tions d’impôts et d’une myriade d’avan­ta­ges réser­vés aux citoyens modè­les. »

 Gaspard d’Allens publie un excel­lent arti­cle fort détaillé sur Reporterre-https://repor­terre.net/Au-nom-du-coro­na­vi­rus-l-Etat-met-en-place-la-societe-de-controle%5Ddont] dont un flo­ri­lège ne doit pas sus­pen­dre l’envie de lire l’arti­cle dans son inté­gra­lité :

« Des start-up pro­fi­tent de la situa­tion pour faire des offres pro­mo­tion­nel­les. À Metz (Moselle), l’entre­prise Two-i, spé­cia­li­sée dans la vision assis­tée par ordi­na­teur, a trans­mis gra­tui­te­ment aux forces de l’ordre sa tech­no­lo­gie pour détec­ter les attrou­pe­ments. « Nous met­tons nos licen­ces à dis­po­si­tion des cen­tres de sûreté urbaine, en accès libre , expli­que l’un de ses fon­da­teurs dans Le Journal des entre­pri­ses. Ce n’est pas de la sur­veillance de masse mais un outil qui pour­rait per­met­tre de sortir plus rapi­de­ment du confi­ne­ment, en s’assu­rant qu’il est res­pecté. Pour Félix Tréguer, « cette start-up pei­nait aupa­ra­vant à obte­nir des mar­chés publics, elle déve­lop­pait aussi des pro­jets de reconnais­sance faciale, la crise leur donne l’occa­sion de mener une belle cam­pa­gne de mar­ke­ting », dit-il. »

Et plus loin :

« En pleine crise sani­taire, le Canard enchaîné a révélé mer­credi 25 mars que le minis­tère de l’Intérieur avait obtenu les don­nées pri­vées des opé­ra­teurs télé­coms pour évaluer pré­ci­sé­ment com­bien de Parisiens avaient quitté la capi­tale. Orange a exploité les don­nées non seu­le­ment de ses pro­pres abon­nés, mais aussi de toutes les per­son­nes qui se sont connec­tées sur le réseau mobile. Le groupe de télé­com­mu­ni­ca­tions a néan­moins assuré trans­met­tre à ses par­te­nai­res des agré­gats sta­tis­ti­ques et non des don­nées indi­vi­duel­les et « iden­ti­fian­tes ». »

Pas de preu­ves, pas de procès ?

Toutes ces nou­vel­les tech­no­lo­gies pour­raient bien un jour se retour­ner contre ceux qui les ont por­tées aux nues... Voici ce qu’on peut lire sur FL24.net :

« “Il y a même des minis­tres qui disent qu’ils s’atten­dent à un ‘Nuremberg du coro­na­vi­rus’“. Nuremberg, du nom du procès des diri­geants alle­mands après la Seconde Guerre mon­diale, condam­nés pour leurs déci­sions poli­ti­ques. “Le terme est un peu exces­sif, mais ils s’atten­dent exac­te­ment à cela“, résume-t-il. »

Enfin :

« “Les pré­fets disent que de plus en plus de com­mu­ni­ca­tions se font à l’oral ou alors par WhatsApp (mes­sa­ge­rie inter­net) pré­ci­sé­ment pour lais­ser moins de trace écrites.” »

Antoine Bourge

Le 17 avril 2020


[1Définition de « sûreté » dans le CNRTL : « Élément de la liberté individuelle consistant dans la garantie contre les arrestations, détentions et pénalités arbitraires. »