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L’UE pratique la torture contre la Grèce

Le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas l’a reconnu

par LA SOCIALE, le 26 avril 2020

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Nous publions ce texte qui émane d’un diplomate grec, Leonidas Chrysanthopoulos. Il est une très juste caractérisation de ce qu’est l’UE.

Ministre des Affaires Étrangères Allemand: : la troïka était un outil de tor­ture imposé à la Grèce

20/04/2020

Par Leonidas Chrysanthopoulos

Ambassadeur ad hono­rem

16.4.20

Sur le site offi­ciel du minis­tère alle­mand des Affaires étrangères, nous lisons l’extrait sui­vant d’une inter­view du minis­tre des Affaires étrangères Heiko Maas dans son inter­view avec Der Spiegel : ’Dans cette crise, nous avons besoin d’une aide rapide sans outils de tor­ture tels que la troïka ou des mesu­res d’aus­té­rité sévè­res ...’

Nous ne pou­vons condam­ner cette décla­ra­tion parce que le minis­tre alle­mand dit la vérité, une vérité que la majo­rité des Grecs ont res­sen­tie.Cependant, c’est la pre­mière fois qu’un minis­tre alle­mand décrit la troïka et les mesu­res d’aus­té­rité rigou­reu­ses comme des outils de tor­ture, des outils qui pour dix ans ont tor­turé le peuple grec.

Ce sont les mesu­res d’aus­té­rité stric­tes qui ont réussi à l’effon­dre­ment du sys­tème de santé grec en rédui­sant d’envi­ron 42,5% du budget alloué aux soins de santé, qui ont aug­menté le chô­mage à 28% et le chô­mage des jeunes à 60%, ont fait passer les décès annuels de 70 000 à 124 000 , et obli­ger envi­ron 800000 Grecs à quit­ter leur pays tor­turé pour trou­ver du tra­vail à l’étranger, prin­ci­pa­le­ment dans d’autres pays de l’UE. Des erreurs ont été com­mi­ses en impo­sant ces mesu­res au peuple grec, des erreurs reconnues même par la troïka et le FMI. L’ancien pré­si­dent de l’’Eurogroupe J.Dijsselbloem dans une inter­view qu’il a accor­dée aux jour­nal grec « Ta Nea » publiée le 27 août 2018 a admis que des erreurs avaient été com­mi­ses par les Européens dans la ges­tion de la crise grec­que, affir­mant qu’au départ, ils avaient expé­ri­menté et qu’il leur avait fallu quatre ans pour mettre en place des méca­nis­mes pour faire face à la crise.Il a admis qu’une poli­ti­que dif­fé­rente aurait dû être mise en œuvre en Grèce, car les pro­gram­mes de sau­ve­tage étaient très stricts et leurs mise en œuvre a été très dif­fi­cile. L’ancien membre de la Commission euro­péenne, Pierre Moscovici, a déclaré plus ouver­te­ment sur son blog du 20 août 2018 : « Des erreurs ont également été com­mi­ses - à Athènes, Bruxelles, Berlin et Washington - pro­lon­geant inu­ti­le­ment la crise. Nous avons également sous-estimé l’état désas­treux dans lequel se trou­vait la Grèce au début de la crise, ce qui sem­blait être une crise bud­gé­taire unique était en réa­lité une crise pro­fonde de l’État et de l’économie grec­que. Il a donc fallu plu­sieurs années pour l’appré­cier cor­rec­te­ment. En consé­quence, la concep­tion des trois pro­gram­mes d’assis­tance finan­cière consé­cu­tifs était impar­faite…. L’exper­tise finan­cière du FMI était ini­tia­le­ment néces­saire et avait été utile ; mais cer­tai­nes posi­tions étaient trop bru­ta­les et per­son­nel­les, ont créé des pro­blè­mes avec les Grecs et même conduit l’Eurogroupe à adop­ter des réfor­mes qui, à mon avis, ont été trop dures, en par­ti­cu­lier celles sur les pen­sions qui devraient débu­ter en 2019.Huit ans de crise, c’est beau­coup trop long. Les poli­ti­ciens ont une res­pon­sa­bi­lite sur cette his­toire et j’accep­te­rai la mienne. …… .Il faut reconnaî­tre que les métho­des uti­li­sées ont par­fois été intru­si­ves et que ces fonc­tion­nai­res ont eu une influence majeure sur le pro­ces­sus ……… ”

Et bien sûr, même la raison offi­cielle pour laquelle les pro­gram­mes de mémo­randa ont été impo­sés à la Grèce, à savoir la réduc­tion de la dette publi­que de 120% du PIB en 2010, a échoué, attei­gnant aujourd’hui 185% du PIB.

Le récent rejet par la troïka de la demande du gou­ver­ne­ment grec d’étendre la pro­tec­tion juri­di­que de la rési­dence prin­ci­pale est un autre exem­ple de l’uti­li­sa­tion de l’outil de tor­ture, lais­sant des dizai­nes de mil­liers de Grecs dans l’agonie de perdre leur maison même au milieu la situa­tion sans pré­cé­dent du coro­na­vi­rus pan­dé­mi­que et ses effets dévas­ta­teurs sur l’économie.

En reconnais­sant que la troïka et les mesu­res d’aus­té­rité stric­tes sont des outils de tor­ture, le minis­tre Maas admet que la tor­ture a été uti­li­sée en Grèce au cours des dix der­niè­res années et qu’il s’agit d’une vio­la­tion mas­sive des droits de l’homme de 11 mil­lions de per­son­nes, qui était alors la popu­la­tion de la Grèce. Par consé­quent, le gou­ver­ne­ment grec n’a plus aucune obli­ga­tion de conti­nuer à payer les obli­ga­tions de mémo­randa, mémo­randa qui ont été impo­sés au pays et à son peuple. Il existe également deux rap­ports d’experts indé­pen­dants des Nations Unies sur les effets de la dette exté­rieure et d’autres obli­ga­tions finan­ciè­res inter­na­tio­na­les des États sur la pleine jouis­sance de tous les droits de l’homme, celui de Cephas Lumina (A / HRC / 35/50 / Add. 1. 7.3.2014) et de Pablo Bohoslavski (A / HRC 31 ? 60 / add.2 29.2.16 Ces rap­ports reconnais­sent les vio­la­tions des droits de l’homme en Grèce en raison des obli­ga­tions de mémo­ran­dums.

Le gou­ver­ne­ment grec doit désor­mais infor­mer l’Allemagne et les autres créan­ciers qu’il ne peut plus conti­nuer à effec­tuer les paie­ments annuels des mémo­randa , qui ont été impo­sés à la Grèce sous la tor­ture, afin que ces fonds puis­sent être uti­li­sés pour sou­te­nir la popu­la­tion de la Grèce pen­dant la crise des coro­na­vi­rus. .

Nous remer­cions le minis­tre Maas pour sa hon­nê­teté.

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