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Aux États-Unis, quel libéralisme face au COVID-19 ?

Revue de presse 16 avril – 23 avril 2020

par Antoine BOURGE, le 28 avril 2020

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Plus de 52 000 morts ont officiellement été causées par le coronavirus aux États-Unis. Dans un premier temps sous-estimée par Trump et son administration, l’épidémie s’abat impitoyablement sur les plus vulnérables dans un système où la santé a un coût exorbitant et où la qualité de la protection sociale est fonction des revenus. La fracture sociale induite par le libéralisme économique est béante, mais le confinement suscite aussi de nombreuses manifestations en faveur des libertés et contre l’oppression de l’État.

WHAT IS « ETAT SOCIAL » ?

Passivité cou­pa­ble de Trump

 Un pro­blème de pré­ro­ga­tive se pose puis­que Trump, au niveau fédé­ral, est accusé de ne pas avoir déblo­qué suf­fi­sam­ment de moyens finan­ciers et maté­riels, et d’avoir laissé chaque État gérer la situa­tion. Cette situa­tion est rele­vée sur Mediapart :

« (…) faute d’inter­ven­tion fédé­rale mas­sive, chaque État livré à lui-même suren­ché­rit contre les autres pour acqué­rir les res­pi­ra­teurs et les équipements hos­pi­ta­liers qui lui font défaut. La situa­tion est folle. C’est dingue, expli­que dans le Financial Times le pré­si­dent de la confé­rence des maires amé­ri­cains, Tod Cochran. « Vous ima­gi­nez pen­dant la Seconde Guerre mon­diale les gens suren­ché­ris­sant les uns sur les autres pour avoir ce dont ils ont besoin ? Il faut une per­sonne, une ins­ti­tu­tion qui cen­tra­lise tout ça. » »

 Les prises de déci­sions sont timi­des, notam­ment pour aider les pré­cai­res, les tra­vailleurs pau­vres et tous les oubliés du rêve Américain. Sur le Huffington Post signale :

« Le Congrès amé­ri­cain a adopté (le 18 mars) un plan d’aide sociale d’envi­ron 100 mil­liards de dol­lars et Donald Trump l’a signé dès le len­de­main. Son but, ren­for­cer la pro­tec­tion sociale des Américains face à la pan­dé­mie (...). Il pré­voit notam­ment “le dépis­tage gra­tuit pour toute per­sonne ayant besoin d’être testée, y com­pris celles qui n’ont pas d’assu­rance”. Les frais et tests annexes au test ne seraient eux pas pris en charge par contre, a priori. »

 L’aide sera fina­le­ment de 2000 mil­liards de dol­lars Courrier International repro­duit un docu­ment dis­po­ni­ble en anglais sur le site How Much(EN) où l’on peut cons­ta­ter que le total des aides à la santé publi­que et des allo­ca­tions socia­les (aide ali­men­taire, ban­ques ali­men­tai­res, etc.) s’élève à près de 180 mil­liards de dol­lars, les aides aux États est également assez faible avec une aide de près de 340 mil­liards dont 274 mil­liards pour lutter contre le COVID-19, tandis que peti­tes entre­pri­ses et gran­des entre­pri­ses (comme les com­pa­gnies aérien­nes) rece­vront 877 mil­liards et les ména­ges des aides direc­tes (300 mil­liards de ver­se­ments directs). Cette info­gra­phie a le mérite de sou­li­gner la dis­pro­por­tion entre les aides ver­sées direc­te­ment – près de 1140 mil­liards – dans une logi­que indi­vi­dua­liste plutôt que de miser sur les sec­teurs à large impact social (hôpi­taux, accès aux médi­ca­ments, …) – envi­ron 860 mil­liards.

 La mol­lesse de Trump, d’ordi­naire prompt à bondir en tous sens, est jugée cou­pa­ble selon cer­tains mem­bres de l’esta­blish­ment, comme le révèle Mediapart :

« Glenn Kirschner, ancien pro­cu­reur fédé­ral à Washington, qui estime que Trump devrait être pour­suivi après son départ de la Maison Blanche pour ses négli­gen­ces mul­ti­ples dans la crise sani­taire, et d’éventuels « homi­ci­des volon­tai­res ou invo­lon­tai­res ». Sénatrice de l’État d’Ohio, Tavia Galonski aime­rait voir Trump pour­suivi pour « crimes contre l’huma­nité ». « Il a intro­duit de la confu­sion dans l’esprit des gens, dit-elle. Il leur fait peur, des gens vont être tués à cause de lui. Donald Trump n’a guère de souci à se faire de ce côté-là : après le 11-Septembre, les États-Unis se sont reti­rés du traité ins­ti­tuant la Cour pénale inter­na­tio­nale. »

Protection sociale faible et pour une mino­rité aisée

 L’Humanité signale que les Américains cumu­lent trois peines :

« 22 mil­lions d’Américains ont perdu leur emploi en quel­ques semai­nes, dont une bonne pro­por­tion qui a, du jour au len­de­main, vu s’envo­ler l’assu­rance-santé qui y était liée. Les 330 mil­lions d’habi­tants des États-Unis subis­sent une triple peine : le coro­na­vi­rus (comme l’ensem­ble de la pla­nète), un sys­tème de santé et de pro­tec­tion sociale défaillant et le trum­pisme, entre déni et dar­wi­nisme social rentré. »

 Dans L’Humanité, Christophe Deroubaix com­pare la part des dépen­ses de santé en France et aux États-Unis :

« Le pays (les États-Unis) consa­cre 18 % de son PIB aux dépen­ses de santé (11 % en France), dont un quart est avalé par les frais admi­nis­tra­tifs, reflet de la com­plexité quasi kaf­kaïenne de l’édifice inté­gra­le­ment géré par les com­pa­gnies pri­vées. L’Obamacare comme les contrats d’entre­prise n’assu­rent qu’une prise en charge mini­male. Les famil­les doi­vent régu­liè­re­ment mettre de leur poche ou renon­cent à se soi­gner. En 2018, 44 % des Américains ont reporté une visite médi­cale en raison de son coût. »

 Dans le contexte de la pan­dé­mie les consé­quen­ces sont déplo­ra­bles pour la majo­rité des Américains mal cou­verts ou qui, avec le confi­ne­ment, ont perdu leur emploi. A lire sur Mediapart :

« Cent cin­quante mil­lions d’Américains béné­fi­cient d’une assu­rance santé finan­cée par leur employeur : l’explo­sion du chô­mage va donc priver des mil­liers d’entre eux de cou­ver­ture. Une grande partie des ména­ges, sou­vent endet­tés, n’ont pas d’économies et les ban­ques ali­men­tai­res sont prises d’assaut, bien plus encore que lors de la crise finan­cière de 2008. »

 On trou­vera plu­sieurs témoi­gna­ges sur le site du Huffington Post, dont celui-ci :

« Cette Américaine a souf­fert du Covid-19 et s’en est heu­reu­se­ment sortie. Non cou­verte par une mutuelle santé, comme 27,5 mil­lions d’Américains, elle a par contre reçu une fac­ture de 34.927,43 dol­lars (envi­ron 33.000 euros) pour le trai­te­ment et les tests qu’elle a subis. »

Et plus loin, on peut mesu­rer l’ampleur du désas­tre poli­ti­que autant qu’humain :

« Avec une mutuelle santé four­nie par son tra­vail, l’Américaine aurait décou­vert une fac­ture bien moins salée, mais aurait reçu une fac­ture tout de même. Aux États-Unis, 32% de la popu­la­tion active a des dettes médi­ca­les, selon un son­dage mené en février 2020. Parmi ces per­son­nes dans le rouge, 28% ont une ardoise de 10.000 dol­lars ou plus à régler à cause de leurs trai­te­ments ou exa­mens. »

L’économie avant tout

 Cet arti­cle trouvé dans Courrier International est cari­ca­tu­ral mais repré­sen­ta­tif d’une partie de l’Amérique :

« “La vraie ques­tion est la sui­vante : allons-nous couler toute l’économie pour sauver 2,5 % de la popu­la­tion qui, en règle géné­rale, 1/ coû­tent cher à la société et 2/ ne sont pas pro­duc­tifs ?” Ces quel­ques mots publiés sur Twitter diman­che 22 mars par Scott McMillan sont rapi­de­ment deve­nus viraux aux États-Unis. Cet avocat cali­for­nien s’est attiré les fou­dres de nom­breux uti­li­sa­teurs du réseau social, mais il est loin d’être la seule voix à expri­mer face à la pan­dé­mie de Covid-19 ce que le New York Magazine qua­li­fie de “conser­va­tisme viru­lent spé­ci­fi­que aux répu­bli­cains amé­ri­cains”. Lundi 23 mars, le lieu­te­nant gou­ver­neur du Texas Dan Patrick a ainsi sug­géré sur la chaîne Fox News que “les grands-parents, dont lui-même, seraient heu­reux de sacri­fier leur vie pour pré­ser­ver le bien-être finan­cier de leurs enfants et petits-enfants”, rap­porte le Washington Post. »

 Autre sacri­fice sur l’autel du profit, cer­tains pays afri­cains devraient servir de cobayes pour tester des trai­te­ments expé­ri­men­taux contre le COVID-19. L’affaire de la fon­da­tion Bill Gates, rela­tée par Mediapart, a attiré notre atten­tion :

« (…) l’influence de Gates en Afrique est pro­por­tion­nelle au poids de son por­te­feuille : sur les quel­que 3 mil­liards de dol­lars inves­tis chaque année par sa struc­ture, près de la moitié « béné­fi­cie » au conti­nent. Rien qu’au Burkina, la fon­da­tion a investi plus de 100 mil­lions de dol­lars ces der­niè­res années, dans les domai­nes de l’agri­culture, la nutri­tion et la pla­ni­fi­ca­tion fami­liale. BMGF (Bill and Melinda Gates Foundation) est en outre l’un des prin­ci­paux bailleurs de l’Organisation mon­diale de la santé (OMS) – en 2017, elle en était le deuxième plus gros contri­bu­teur, avec un apport de 324 mil­lions de dol­lars, der­rière les États-Unis, mais loin devant le Royaume-Uni, le Japon ou l’Allemagne. L’un des grands com­bats de la fon­da­tion concerne les orga­nis­mes géné­ti­que­ment modi­fiés (OGM). Gates, qui sou­tient à grands frais l’agri­culture chi­mi­que et bio­tech­no­lo­gi­que au détri­ment des semen­ces libres, de l’agri­culture vivrière et des petits pay­sans, est aujourd’hui consi­déré comme le prin­ci­pal pro­mo­teur des OGM sur le conti­nent. »

LIBERTE CONTRE PROTECTION

L’État fédé­ral contre les États

 Le Point donne un bon aperçu du sys­tème à deux niveaux en vigueur aux États-Unis, avec d’un côté les États et de l’autre l’État fédé­ral :

« Le 10e amen­de­ment de la Constitution limite les pou­voirs du gou­ver­ne­ment fédé­ral à des domai­nes expli­ci­te­ment men­tion­nés (diplo­ma­tie, impôts, armée...). Tout le reste, par défaut, est ’réservé aux États’. En 1824, dans un arrêt inti­tulé Gibbons v. Ogden, la Cour suprême des États-Unis a étendu le pou­voir de police des États en cas de crise sani­taire, en les auto­ri­sant à décla­rer des mises en qua­ran­taine, des couvre-feux ou toutes autres mesu­res néces­sai­res pour répon­dre à une épidémie. C’est pour­quoi, depuis un peu plus d’un mois, les gou­ver­neurs ont adopté des mesu­res de confi­ne­ment de leur popu­la­tion plus ou moins contrai­gnan­tes, avec des déro­ga­tions variées et des échéances dif­fé­ren­tes. Une poi­gnée s’en sont même abs­te­nus. A aucun moment, le gou­ver­ne­ment fédé­ral n’a donné de consi­gne qui s’appli­que­rait dans l’ensem­ble des États-Unis, et aujourd’hui il n’est pas plus en mesure d’ordon­ner un déconfi­ne­ment géné­ral. Avec ses der­niers propos, Donald Trump ’a lar­ge­ment sures­timé son auto­rité cons­ti­tu­tion­nelle’, estime donc Mark Rozell, pro­fes­seur de poli­ti­ques publi­ques à l’Université George Mason en Virginie : ’Il ne peut pas forcer un gou­ver­neur à aban­don­ner des mesu­res sani­tai­res pro­tec­tri­ces par un décret pré­si­den­tiel’. »

Quelles liber­tés garan­ties ?

 Sur le plan des liber­tés indi­vi­duel­les. Pour cer­tains Américains, reven­di­quer un État peu inter­ven­tion­niste consiste à dénon­cer le confi­ne­ment comme étant un abus de pou­voir et une vio­la­tion des liber­tés fon­da­men­ta­les de la part des gou­ver­neurs. Voici com­ment Français.rt.com rend compte des mani­fes­ta­tions contre les mesu­res de confi­ne­ment :

« Au sein des mani­fes­tants, des sup­por­ters du pré­si­dent Donald Trump mais également des mili­tants liber­ta­riens : « C’est la nou­velle norme. On ne revien­dra pas à l’ancienne norme : Je refuse [ça] ! », s’est insur­gée une mani­fes­tante de cette mou­vance à Denver dans le Colorado, arbo­rant une pan­carte sur laquelle était écrit « Le gou­ver­ne­ment est non-essen­tiel ». »

Dans le même arti­cle, on trouve aussi cette cri­ti­que de bon sens adres­sée aux gou­ver­neurs sur le plan économique. Sur quel­les bases fermer les peti­tes entre­pri­ses et lais­ser les géants conti­nuer à pros­pé­rer ? :

« Maryland, Idaho, Etat de Washington, Colorado, Texas, Arizona, Nevada... des ras­sem­ble­ments et mani­fes­ta­tions ont eu lieu dans plu­sieurs États des États-Unis pour deman­der la levée des mesu­res de confi­ne­ment et le retour au tra­vail. « Fermer les entre­pri­ses en choi­sis­sant les gagnan­tes et les per­dan­tes, dans les­quel­les il y a les essen­tiel­les et les non-essen­tiel­les, est une vio­la­tion de la cons­ti­tu­tion fédé­rale et de l’Etat », a déclaré Tyler Miller, l’ingé­nieur à l’ori­gine de cette mani­fes­ta­tion auprès de Reuters. »

 La non-inter­ven­tion de l’État serait fina­le­ment à géo­mé­trie varia­ble : réser­vée au domaine économique quand il pro­fite au « big busi­ness ». Ainsi, on pourra lire dans Courrier International que, dans le cadre de la lutte contre contre le COVID-19, l’inter­ven­tion de l’État n’est pas tou­jours judi­cieuse :

« Le Texas, en par­ti­cu­lier, s’est révélé être un labo­ra­toire de la ges­tion de la pan­dé­mie par les conser­va­teurs. Comme l’Ohio, l’Alabama et quel­ques autres États diri­gés par des gou­ver­neurs répu­bli­cains, il a dans un pre­mier temps ins­crit l’avor­te­ment sur la liste des inter­ven­tions médi­ca­les “non urgen­tes” qui devraient atten­dre que la menace immé­diate du virus soit passée. Et quand, à la fin mars, les auto­ri­tés ont ordonné la fer­me­ture des écoles et des com­mer­ces non essen­tiels, le pro­cu­reur géné­ral répu­bli­cain de l’État, Ken Paxton, a pré­venu les établissements pra­ti­quant l’IVG qu’ils “s’expo­saient aux sanc­tions les plus sévè­res pré­vues par la loi” s’ils conti­nuaient à rece­voir des patien­tes. »

 Malgré le confi­ne­ment, de nom­breu­ses grèves ont vu le jour aux États-Unis, où le droit de grève n’est pas aussi bien enca­dré qu’en France. Commun Commune nous four­nit quel­ques don­nées sur les mobi­li­sa­tions des « invi­si­bles » :

« Alors que le pays est désor­mais le plus touché par la pan­dé­mie de Covid-19, avec plus de 23 000 morts le 14 avril, les États-Unis connais­sent une série de grèves depuis près d’un mois, pour beau­coup sau­va­ges, liées à la situa­tion sani­taire. Le site d’infor­ma­tion pay­day­re­port.com en recense pas moins de 73 sur une carte inte­rac­tive, dans un contexte où l’absence de droits sociaux surex­pose les tra­vailleurs en pre­mière ligne. »

Un État fédé­ral inter­ven­tion­niste

 Sur le site Salon, on trou­vera une cri­ti­que des par­ti­sans d’un État mini­mal, dont les poli­ti­ques de réduc­tion des finan­ce­ments dans le domaine de la santé pré­ven­tive et cura­tive ont entraîné, selon Carl Pope, la catas­tro­phe sani­taire dans laquelle les États-Unis se trou­vent :

« (…) over the past 21 years, during which time the reck­less ’we don’t need to pre­pare for any­thing except war’ brand of Republicanism igno­red repea­ted war­nings that a pan­de­mic was coming, sava­ged bud­gets for agen­cies like the NIH (National Institute of Health) and CDC (Centers for Disease Control and Prevention), star­ved state public health capa­ci­ties and allo­wed them to wither in half, drove mode­rate Republicans who sup­por­ted health-care invest­ment — such as former Sen. Arlen Specter of Pennsylvania — out of the party and pre­si­ded over a mas­sive shut­down of health care capa­city in rural America. Eventually, with the rise of the Tea Party and then the elec­tion of Donald Trump, the Republicans sur­ren­de­red their party to the nihi­lism of its only remai­ning prin­ci­ple, arti­cu­la­ted by Grover Norquist as « I don’t want to abo­lish govern­ment. I simply want to reduce it to the size where I can drag it into the bathroom and drown it in the bath­tub ». (…) we found out that « when you drown govern­ment » people die [1].’ »

 Le prin­ci­pal oppo­sant à J. Biden dans la course à l’inves­ti­ture du parti Démocrate, Bernie Sanders, bien qu’il se soit retiré, n’a pas aban­donné le combat des idées, comme nous en fait part Mediapart ici :

« Après une nou­velle série de défai­tes le mardi 10 mars, son sort sem­blait scellé et une partie de l’appa­reil démo­crate l’avait immé­dia­te­ment appelé à se reti­rer. Ces pri­mai­res appa­rais­sent comme déci­si­ves dans le choix de Bernie Sanders de se reti­rer même s’il appelle aujourd’hui à envoyer, à l’occa­sion des pri­mai­res qui conti­nue­ront à se tenir dans cer­tains États, « le maxi­mum de délé­gués » au congrès d’inves­ti­ture pour peser sur le pro­gramme démo­crate. « Nous avons gagné la bataille idéo­lo­gi­que », a ajouté Sanders, qui a de fait imposé ses thèmes de pré­di­lec­tion, à com­men­cer par la sécu­rité sociale uni­ver­selle, dans le débat démo­crate. »

 Sanders conti­nue donc à se battre pour ses idées en se fai­sant force de pro­po­si­tions mais aussi en levant deux mil­lions de dol­lars pour lutter contre le COVID-19, ainsi qu’en témoi­gne un arti­cle dans L’Humanité :

« Concernant la crise économique et ses consé­quen­ces socia­les, Bernie Sanders for­mule une bat­te­rie de mesu­res ambi­tieu­ses, qui visent à « ren­flouer les sala­riés pas les diri­geants des mul­ti­na­tio­na­les » : un chèque de 2000 dol­lars par habi­tant et par mois durant la durée de la crise, mesu­res de sau­ve­garde des PME, mora­toire sur les expul­sions loca­ti­ves, les sai­sies immo­bi­liè­res, sur les défauts de paie­ment, exten­sion de la cou­ver­ture chô­mage, pro­tec­tion des tra­vailleurs non liés par un contrat de tra­vail (gig eco­nomy), cons­truc­tion d’abris d’urgence et uti­li­sa­tion des loge­ments vides pour les cen­tai­nes de mil­liers de SDF. Enfin, le texte met l’accent sur la sur­veillance de l’évolution des prix des médi­ca­ments et enquête fédé­rale en cas de sus­pi­cion de ten­ta­tive d’enri­chis­se­ment indu de la part des com­pa­gnies phar­ma­ceu­ti­ques. »

 Pour ter­mi­ner, il et impor­tant de men­tion­ner l’ambi­guïté de Trump sur l’usage asy­mé­tri­que qu’il fait de l’État. Doit-il être le garant des liber­tés sans res­pec­ter la sépa­ra­tion des pou­voirs ? Courrier International se fait le relais de ces cri­ti­ques :

« Le pré­si­dent amé­ri­cain a pro­vo­qué la stu­pé­fac­tion mer­credi 15 avril en mena­çant d’user de pou­voirs cons­ti­tu­tion­nels jamais employés aupa­ra­vant pour forcer la confir­ma­tion de juges et autres nomi­na­tions au Sénat. Une déci­sion qui, si elle était appli­quée, remet­trait en ques­tion l’équilibre des pou­voirs aux États-Unis, estime la presse amé­ri­caine. »

DETOURNER L’ATTENTION POUR GAGNER L’ELECTION DE NOVEMBRE ?

Biden, silence radio

 A l’opposé de Sanders, Joe Biden, le can­di­dat de l’esta­blish­ment démo­crate, ne pro­pose pas de virage radi­cal et reste dans le sillage d’Obama, ce qui est insuf­fi­sant pour la frange « gauche » du parti. L’Humanité en dit ceci, com­pa­rant Sanders et Biden :

« Il semble que sur le sujet du « Medicare for All », les Américains par­ta­gent son avis [celui de Bernie Sanders] : la pro­po­si­tion d’un pro­gramme fédé­ral, créé en 1965 sous la pré­si­dence de Lyndon Johnson, afin d’assu­rer une cou­ver­ture santé uni­ver­selle aux plus de 65 ans avec l’inten­tion de l’étendre à l’ensem­ble de la popu­la­tion. (…) Joe Biden, ne veut tou­jours pas en enten­dre parler. La pan­dé­mie et ses consé­quen­ces ne l’ont pas fait bouger d’un iota : il entend appor­ter des amé­lio­ra­tions à l’Obamacare, réforme-signa­ture des deux man­dats de Barack Obama, dont il a été le vice-pré­si­dent, mais qui a, depuis long­temps, montré ses insuf­fi­san­ces fon­da­men­ta­les puis­que 30 mil­lions d’Américains ne sont pas assu­rés et que, selon Bernie Sanders, 60 autres mil­lions sont mal assu­rés. »

Trump can­di­dat pour un deuxième mandat : « Keep America Great » ?

 Trump était en pleine cam­pa­gne pour sa réé­lec­tion au moment du déclen­che­ment de la crise sani­taire. Comme nous l’avons vu plus haut, il est accusé d’avoir mal géré la crise sani­taire et pris des déci­sions trop tar­di­ves. Certains gou­ver­neurs poin­tent du doigt le dis­cours ambi­va­lent du Président, entre ses tweets diri­gés contre le confi­ne­ment dans cer­tains États et ses dis­cours offi­ciels, qui pour­rait sou­li­gner sa fai­blesse et le des­ser­vir pour sa réé­lec­tion, comme le signale Français.rt.com :

« Ce mes­sage (pour encou­ra­ger les mani­fes­ta­tions contre le confi­ne­ment) a été cri­ti­qué par des gou­ver­neurs d’États amé­ri­cains, dont Larry Hogan, gou­ver­neur pour­tant répu­bli­cain du Maryland, qui a estimé qu’« encou­ra­ger les gens à mani­fes­ter contre un plan sur lequel vous venez de faire des recom­man­da­tions », n’avait « pas de sens ». »

 Trump n’a pas assez de tests mais une langue bien pendue pour tacler les gou­ver­neurs démo­cra­tes comme nous en informe France Info :

« Pour réa­li­ser des tests mas­sifs, les états ont besoin du pou­voir fédé­ral. Trump assure que tout est prêt. Le gou­ver­neur répu­bli­cain du Maryland vient de décla­rer que les annon­ces de Trump étaient tota­le­ment faus­ses, et qu’il n’était pas en mesure de tester sa popu­la­tion. Et il n’est pas le seul. En fait, Donald Trump tente de reje­ter toutes les erreur sur les gou­ver­neurs, tout en essayant de main­te­nir l’image d’une homme qui a com­pris de la crise, et qui n’est res­pon­sa­ble de rien. Son seul objec­tif : ne pas perdre l’élection pré­si­den­tielle. »

 Pour détour­ner l’atten­tion de sa ges­tion plus que légère de la crise, Trump a plu­sieurs tours dans son sac. Après les encou­ra­ge­ments aux défen­seurs des liber­tés contre les gou­ver­neurs, c’est l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) qui a été la cible des atta­ques de Trump. Voici ce qu’en retient ce chro­ni­queur du New York Times, dans Courrier International :

« Certes, l’OMS mérite bien cer­tai­nes cri­ti­ques, et j’en ai moi-même for­mulé bon nombre. Elle s’est mon­trée com­plai­sante envers la Chine, a eu des décla­ra­tions intem­pes­ti­ves au début de l’épidémie (en met­tant en doute par exem­ple, le 14 jan­vier, une trans­mis­sion inte­rhu­maine du virus), et serait bien avisée de per­met­tre l’entrée de Taïwan en son sein. Cependant, elle a bien mieux géré la crise du coro­na­vi­rus jusqu’à pré­sent que ne l’a fait le gou­ver­ne­ment Trump. L’OMS a posté son pre­mier tweet d’alerte sur le coro­na­vi­rus le 4 jan­vier, avant de sonner l’alarme par divers biais pour finir par décla­rer l’épidémie “urgence sani­taire mon­diale” fin jan­vier. Elle a mis au point un test de diag­nos­tic effi­cace aujourd’hui uti­lisé dans des dizai­nes de pays, alors que les États-Unis res­tent inca­pa­bles de dépis­ter cor­rec­te­ment leur popu­la­tion. »

 Décisions déma­go­gi­ques ou de bon sens sur la sus­pen­sion de l’immi­gra­tion vers les États-Unis ? Les emplois pré­cai­res (ouvriers agri­co­les, cais­siè­res, etc.), sou­vent occu­pés par des immi­grés, per­met­tent de faire vivre ceux qui télé-tra­vaillent ou sont confi­nés. Donc l’immi­gra­tion a du bon pour pré­ser­ver la santé de la middle class et de l’upper class tout en main­te­nant des salai­res bas. Voici ce qu’en dit Français.rt.com :

« (…) d’après un arti­cle du New York Times publié le 20 avril, Donald Trump pour­rait sus­pen­dre les cartes vertes – docu­ment d’iden­ti­fi­ca­tion qui permet aux citoyens non amé­ri­cains de s’ins­tal­ler et de tra­vailler léga­le­ment aux Etats-Unis sans besoin de visa – dès les pro­chains jours, ainsi que les visas de tra­vail. En outre, Donald Trump avait dès le mois de jan­vier res­treint les dépla­ce­ments avec la Chine où le Covid-19 est apparu en décem­bre, avant d’inter­dire les voya­ges entre les États-Unis et la plu­part des pays euro­péens à la mi-mars. »

L’ORDRE INTERNATIONAL BOUEVERSE ?

 Dans un arti­cle assez long et oppo­sant diver­ses opi­nions, Mediapart sou­lève la ques­tion de la part gran­dis­sante de la Chine dans l’ordre inter­na­tio­nal bien que l’emprise des États-Unis reste puis­sante :

« Interrogé par Mediapart, le pro­fes­seur de science poli­ti­que Yves Schemeil confirme l’impor­tance du hard power sur lequel la puis­sance amé­ri­caine peut comp­ter, et que tra­dui­sent son niveau de richesse, sa capa­cité iné­ga­lée de pro­jec­tion mili­taire, son avance tech­no­lo­gi­que et son contrôle d’Internet, ou encore sa crois­sante auto­no­mie énergétique. »

Et plus loin :

« (…) un haut cadre de Morgan Stanley insiste sur la façon dont les États-Unis, après 2008, sont par­ve­nus à res­tau­rer la crois­sance de leur PIB et sa part dans la richesse mon­diale. Épicentre de la crise, ils en sont sortis « plus forts que jamais en tant que super-pou­voir finan­cier ». Le dollar reste ainsi la mon­naie de réfé­rence mon­diale, ce qui témoi­gne de la confiance que lui accor­dent les acteurs économiques et étatiques, mais accorde sur­tout du pou­voir à la puis­sance qui émet cette mon­naie. Grâce à « l’exor­bi­tant pri­vi­lège » du billet vert, les États-Unis peu­vent en effet s’endet­ter mas­si­ve­ment à moin­dre coût. De plus, leurs sanc­tions finan­ciè­res ont une portée iné­ga­la­ble (les Européens en ayant fait la cui­sante expé­rience dans le dos­sier ira­nien). »

 Le cas de la France, blâmée pour être trop dépen­dante (et c’est très vrai) de la Chine et glo­ba­le­ment de ses impor­ta­tions, notam­ment dans des sec­teurs stra­té­gi­ques (santé, infor­ma­ti­que, déchets, auto­mo­bile, etc.), révèle aussi l’extrême dépen­dance de la Chine vis-à-vis de ses pays clients. Les États-Unis et la Chine sont com­pa­rés par rap­port à leur capa­cité de relance économique :

« Contacté par Mediapart, Jean-Pierre Cabestan invite à « com­pa­rer les enve­lop­pes des dif­fé­rents plans de relance [à la suite du Covid-19 – ndlr] : le Chinois paraît bien pru­dent et maigre à côté de l’Américain ». Le sino­lo­gue ajoute que plus la para­ly­sie de l’acti­vité des Occidentaux dure, plus elle affec­tera la Chine dont un cin­quième du PIB dépend encore des expor­ta­tions. À plus long terme, si ces mêmes Occidentaux cher­chent à réduire la dépen­dance qui est la leur pour des équipements cru­ciaux, « le décou­plage [qui en résul­tera] por­tera tort à l’acti­vité économique en Chine, dans une mesure encore dif­fi­cile à esti­mer ». »

 Finalement, les Américains s’accro­chent eux-aussi péni­ble­ment aux atouts qui leurs res­tent et qui sem­blent bien fai­bles dans ce contexte : le pétrole, dont le prix à la baisse est comme un puits sans fond... faute d’ache­teurs.. Tout comme E. Todd en fai­sait le cons­tat en 2002 dans son Après l’Empire, nous pou­vons faire aujourd’hui le cons­tat de la fai­blesse amé­ri­caine dans l’arti­cle de Martine Orange sur Mediapart :

« La pan­dé­mie du coro­na­vi­rus, l’arrêt d’une grande partie de l’économie mon­diale, l’effon­dre­ment de plus d’un tiers de la consom­ma­tion mon­diale de pétrole et de plus de 50 % des prix du brut ont permis d’arri­ver à une conclu­sion jusqu’alors impen­sa­ble. Dimanche soir, l’Arabie saou­dite, la Russie et les États-Unis, les trois prin­ci­paux pays pro­duc­teurs du monde, ont annoncé avoir conclu une entente inter­na­tio­nale en vue de réduire la pro­duc­tion pétro­lière mon­diale. L’accord engage vingt-trois pays pro­duc­teurs, mem­bres ou non de l’Opep. Ces pays s’enga­gent ensem­ble à dimi­nuer chacun de 23 % leur pro­duc­tion. Cet effort par­tagé était une condi­tion posée par la Russie. À partir de mai, 9,7 mil­lions de barils par jour devraient être effa­cés du marché. »

Conclusion, même si Trump se féli­cite des trac­ta­tions, le sys­tème est à bout de souf­fle, le ser­pent se mord la queue et ça sent la fin de règne.

Antoine Bourge

Le 26 avril 2020


[1Traduction : « Je ne veux pas abolir l’État. Je veux simplement le réduire à une taille qui me permettrait de le traîner jusqu’à la salle de bain et le noyer dans ma baignoire. » (…) nous nous sommes aperçus que « quand on noie l’État » les gens meurent.