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Après le confinement, quelques pistes...

par Jean-Pierre BATTAIS, le 20 mai 2020

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Les prin­ci­pa­les idées force pour appré­hen­der la situa­tion que la covid 19 a déclen­chée pro­cè­dent d’abord de l’ana­lyse économique. Ce sont les chan­ge­ments dans cette situa­tion qui déter­mi­nent les rap­ports de force entre le monde du tra­vail et du capi­tal.

Le levier de la dette va peser encore plus fort que l’après 2008. Aucun gou­ver­ne­ment social qui pour­rait s’ériger en rem­pla­ce­ment de celui de Macron du fait de son effon­dre­ment de gou­ver­nance ne tien­drait pas plus d’un déjeu­ner de soleil s’il pré­ten­dait res­ti­tuer les acquis sociaux dans le cadre des ins­ti­tu­tions finan­ciè­res actuel­les.

C’est la raison pour laquelle, tout projet poli­ti­que d’émancipation vers une société fiable et rési­liente accou­chée d’une cons­ti­tuante doit être mis en pers­pec­tive avec son archi­tec­ture économique et finan­cière pour rendre cré­di­ble sa mise en appli­ca­tion et son déploie­ment.

Alors que le bilan de la crise covid est catas­tro­phi­que pour le capi­ta­lisme ultra libé­ra­lisé et son gou­ver­ne­ment, il reste encore un chemin à par­cou­rir pour réunir les forces suf­fi­san­tes afin de s’oppo­ser vic­to­rieu­se­ment aux pré­ten­tions de l’oli­gar­chie finan­cière et ouvrir la voie à un chan­ge­ment de société.

Il s’agit pour l’avant-garde regrou­pée dans les syn­di­cats lutte de classe et les gilets jaunes de former une majo­rité en s’alliant avec la couche petite bour­geoise qui est repré­sen­tée glo­ba­le­ment par ceux qui ont pu fonc­tion­ner en télé­tra­vail pen­dant le confi­ne­ment.

Cette conver­gence ne peut se faire que par des voies péda­go­gi­ques lui démon­trant qu’elle aurait tout à gagner à rompre avec le mana­ge­ment.

La mise en sus­pen­sion de l’économie par Macron démon­tre ce que pen­dant plu­sieurs mois, ce que peut pro­duire la finance quand c’est l’état qui en prend la direc­tion.

La des­crip­tion faite par Romaric Godin est d’une pré­ci­sion et d’une clarté iné­ga­lée : https://www.media­part.fr/jour­nal/france/050520/quel­les-poli­ti­ques-face-la-crise-eco­no­mi­que

  • L’économie en suspension

Encore quel­ques jours avant le début du confi­ne­ment, les rap­ports entre les peu­ples et leurs gou­ver­ne­ments étaient cadrés par l’aus­té­rité exigée à la suite du krach de 2008.

Cela impli­quait la conti­nuité des bas salai­res ini­tiée en 1983, l’ampu­ta­tion à marche forcée de tous les acquis de civi­li­sa­tion héri­tés du pro­gramme du CNR.

L’impôt était drainé des cou­ches infé­rieu­res de la popu­la­tion au profit des très riches et du sou­tien à la com­pé­ti­ti­vité des entre­pri­ses, c’est-à-dire main­te­nir les pro­fits.

Soudain, du jour au len­de­main, il sus­pend le fonc­tion­ne­ment de la majeure partie de l’économie quel qu’en soit le coût !

  • Premier enseignement pour les masses :

« Ainsi, le cir­cuit économique est-il main­tenu tant bien que mal en vie par la grâce des auto­ri­tés poli­ti­ques : en théo­rie, les ména­ges peu­vent consom­mer ce qui peut encore l’être, payer leurs loyers et acquit­ter leurs diver­ses fac­tu­res, tandis que les entre­pri­ses peu­vent conser­ver leurs effec­tifs, payer leurs four­nis­seurs et assu­rer un mini­mum de pro­duc­tion. Mais ce cir­cuit n’est pos­si­ble non plus parce que les échanges de biens et ser­vi­ces lui don­nent les moyens de fonc­tion­ner, mais seu­le­ment parce que l’État s’est sub­sti­tué au marché comme source de finan­ce­ment pri­maire. » -*

Notons au pas­sage com­bien le rôle veule des assu­ran­ces est dévoilé. En tant que pilier du capi­ta­lisme, il est inca­pa­ble d’assu­mer les ris­ques sur le prin­cipe mutua­liste.

  • Deuxième enseignement :

Ce ‘’socia­lisme de congé­la­tion retire au marché sa capa­cité de chan­tage à l’emploi en main­te­nant la tutelle de l’état sur l’économie mar­chande. Cela met en lumière les capa­ci­tés de l’état :

Soit pour orien­ter, déployer dif­fé­rem­ment l’appa­reil de pro­duc­tion. vers la satis­fac­tion des besoins humains, soit pré­ser­ver les rap­ports d’exploi­ta­tion pour la sortie du déco­fi­ne­ment.

  • Troisième enseignement :

De l’argent, il y en a et permet d’envi­sa­ger ce qu’il serait pos­si­ble de faire.Tout repose sur la créa­tion moné­taire effec­tuée par la BCE.

Faut-il empê­cher à tout prix les failli­tes ?

Que faire alors ? Face à cette urgence, on pour­rait aussi pour­sui­vre la « congé­la­tion » de l’économie avec le sou­tien de l’État. Si cette option est moins pro­ba­ble que la pré­cé­dente, elle n’est pas impos­si­ble dans la mesure où, avec le sou­tien de la BCE, les moyens publics sont consi­dé­ra­bles et où, sur­tout, les fron­tiè­res entre crise sani­taire et crise économique ris­quent de demeu­rer floues pen­dant long­temps.

« Dès lors, pour­quoi ne pas tout faire pour éviter les failli­tes des entre­pri­ses et pré­ser­ver l’emploi ? On peut donc ima­gi­ner que, pour que l’ajus­te­ment à la baisse soit moins vio­lent, on pour­suive et même on élargisse le sys­tème de chô­mage par­tiel pour se sub­sti­tuer aux entre­pri­ses dans le paie­ment des salai­res, avec, par exem­ple, l’élargissement des aides direc­tes aux entre­pri­ses et des prêts garan­tis par l’État.

L’argu­ment en faveur d’une telle poli­ti­que est solide : en empê­chant les failli­tes et donc les sup­pres­sions d’emplois, on freine cette spi­rale auto­nome de la crise économique. On sou­tient la demande en évitant de lais­ser tomber dans la misère et l’incer­ti­tude beau­coup de sala­riés et on favo­rise à la fois les dépen­ses des ména­ges, moins inquiets pour leurs emplois, et l’inves­tis­se­ment des entre­pri­ses, ras­su­rées par la capa­cité de consom­ma­tion future des ména­ges et par leur propre survie. Une fois le tissu économique pré­servé, le plan de relance néces­saire pour retrou­ver un équilibre socia­le­ment sou­te­na­ble sera sans doute moins fort que dans le pre­mier cas.

Dans ce cas, pour faire simple, l’inté­rêt des entre­pri­ses par­ti­cu­liè­res devien­drait l’inté­rêt géné­ral. Et la poli­ti­que sociale consis­te­rait donc à éviter les failli­tes. C’est au reste l’évidence : l’effon­dre­ment social des États-Unis qui, en un mois et demi, a vu le nombre de chô­meurs aug­men­ter de 30 mil­lions est un puis­sant contre-exem­ple de ce que ne rien faire impli­que­rait. Le régime de sub­sti­tu­tion de l’économie mar­chande par l’État devrait alors se main­te­nir jusqu’à ce que cette der­nière ait repris son auto­no­mie. »

  • Ce qui est possible

« Dès lors, la faillite n’est pas le désas­tre que l’on nous décrit, c’est une forme d’expro­pria­tion causée par le fonc­tion­ne­ment même du sys­tème capi­ta­liste. Personne n’a confis­qué le capi­tal à ses pro­prié­tai­res, ce der­nier a sim­ple­ment perdu sa valeur. La puis­sance publi­que peut alors, si elle le juge utile, repren­dre l’entre­prise pour la diri­ger, comme un repre­neur clas­si­que, dans une direc­tion qu’elle défi­nit elle-même. Mais si elle ne le juge pas utile, elle peut pro­po­ser des solu­tions aux sala­riés.

Si la prio­rité doit être donnée à l’évitement de la crise sociale plutôt qu’à sa simple ges­tion, alors il est fon­da­men­tal d’uti­li­ser la capa­cité d’action actuelle des pou­voirs publics pour redé­fi­nir les rela­tions entre l’économie et la société. Cela est pos­si­ble, dans un pre­mier temps par trois actions sim­ples : condi­tion­ner l’aide aux entre­pri­ses, envi­sa­ger la socia­li­sa­tion des entre­pri­ses et pro­té­ger les sala­riés par une poli­ti­que sociale ambi­tieuse. L’autre terme de l’alter­na­tive, c’est la pour­suite du chan­tage à l’emploi et de la sou­mis­sion du corps social aux inté­rêts du capi­tal. »

  • Ce qui est nécessaire

Bien évidemment, Il n’y a rien à atten­dre ni du gou­ver­ne­ment ni de la BCE pour s’enga­ger dans une telle voie. Pour autant, la démons­tra­tion est faite. Il faut un orga­nisme de crédit cen­tral, mais natio­nal, démo­cra­ti­que et d’uti­lité publi­que au ser­vice d’une poli­ti­que d’inté­rêt géné­ral, ce qui impli­quera de faire la dis­tinc­tion au départ entre les PME et les mul­ti­na­tio­na­les.

En effet, par­tant d’une économie hau­te­ment déve­lop­pée, tout le monde a vu que l’accu­mu­la­tion du capi­tal ne sert plus qu’à enri­chir des action­nai­res. Le révé­la­teur étant que les aides de l’état font sur­na­ger les PME, alors que les mul­ti­na­tio­na­les en pro­fi­tent pour verser des divi­den­des.

Par consé­quent, la mon­naie suffit comme ins­tru­ment de mesure des flux de quan­tité de tra­vail échangés dans le pro­cess de pro­duc­tion. C’est une source de crédit qui doit être ni plus ni moins qu’une anti­ci­pa­tion de reve­nus futurs si les inves­tis­se­ments cor­res­pon­dent à l’amé­lio­ra­tion du bie­nê­tre de l’ensem­ble de la société.

Le contre-exem­ple : C’est pour cette raison que les pays émergents font appel au FMI, alors que le but de cette orga­ni­sa­tion ne consiste pas à les amener à un stade d’auto­no­mie, mais d’en faire une com­po­sante sup­plé­tive de l’économie amé­ri­caine, inter­di­sant toute for­ma­tion de capi­tal indis­pen­sa­ble à la cons­truc­tion d’une économie interne solide (Martine Orange 7/05/20 »

Nous sommes bien à la croi­sée des che­mins : le retour à la ‘’nor­male’’, ou au véri­ta­ble chan­ge­ment.

C’est abso­lu­ment vital car la reprise dans le carcan macro­nien de l’économie libé­rale, c’est la voie assu­rée vers le chaos et l’achè­ve­ment de la pri­va­ti­sa­tion des ser­vi­ces publics via les par­te­na­riats public -privé. (I.e. : voir l’arti­cle de Godin).

  • Mais c’est là qu’il faut résoudre la plus grande des difficultés : Le faire comment ?

Dans cette période de concur­rence exa­cer­bée dans le cadre de la mon­dia­li­sa­tion, la jus­tesse des reven­di­ca­tions et la puis­sance des orga­ni­sa­tions syn­di­ca­les ne peu­vent pas faire céder le pou­voir si elles res­tent sur le ter­rain économique qui permet à l’oli­gar­chie finan­cière de divi­ser et sou­met­tre la majo­rité de la popu­la­tion par le levier de la dette.

Avec la dis­pa­ri­tion ou la fai­blesse des partis ins­ti­tu­tion­nels dits de gauche, a dis­paru tout ce qui pou­vait en période de crise sys­té­mi­que faire surgir les reven­di­ca­tions économiques sur le ter­rain poli­ti­que. Parce qu’elles s’ins­cri­vaient dans la pers­pec­tive d’une société socia­liste pérenne seule capa­ble de pou­voir conci­lier la satis­fac­tion des reven­di­ca­tions avec la liberté et le bie­nê­tre, la bour­geoi­sie crai­gnait de tout perdre.

Ce qui avait com­mencé avec ce que Marx appe­lait ‘’un spec­tre hante l’Europe’’ en 1848, incarné par la Commune de Paris en 1870 et conti­nué avec la révo­lu­tion russe, le com­mu­nisme a été battu en brèche par le sta­li­nisme et est devenu une chi­mère avec la chute du mur de Berlin.

Par consé­quent, la démons­tra­tion appor­tée par la crise du covid res­ti­tue la cré­di­bi­lité d’une trans­for­ma­tion socia­liste.de la société, capa­ble de convain­cre les cou­ches peti­tes bour­geoi­ses ou du moins d’en obte­nir une bien­veillante neu­tra­lité, pour autant que les moyens d’y par­ve­nir ne soient pas ceux de la mora­li­sa­tion du capi­ta­lisme.

Avec qui ?

L’his­toire ne se répète pas et les masses ne délé­gue­ront à aucun parti passé ou en deve­nir leur pou­voir tant elles ont expé­ri­menté la gan­grène de la bureau­cra­tie et ses tra­hi­sons.

Pour autant, elles ont besoin de se cen­tra­li­ser face à un appa­reil d’état prêt à déchaî­ner la vio­lence pour la défense de l’ordre établi, alors qu’elles ont tout inté­rêt à pro­po­ser un chan­ge­ment par des voies paci­fi­ques.

Regroupés dif­fé­rem­ment pour des rai­sons his­to­ri­ques, l’avant-garde est cons­ti­tuée du pro­lé­ta­riat orga­nisé dans les syn­di­cats lutte de classe et les gilets jaunes. Ils ont tou­jours pris leurs res­pon­sa­bi­li­tés pour la défense de leurs reven­di­ca­tions. La raison pour laquelle elles n’abou­tis­sent pas et ne peu­vent pas abou­tir tient au fait que les diri­geants des syn­di­cats refu­sent de pren­dre les leurs.

Les gilets jaunes nés d’un mou­ve­ment spon­tané a été capa­ble de faire trem­bler le pou­voir sur ses bases en s’expri­mant dans la rue. Les syn­di­cats agis­sent au niveau de l’entre­prise et sont confron­tés à la fois au patro­nat et au pou­voir en place avec les limi­tes que nous connais­sons.

L’alliance entre les syn­di­cats et gilets jaunes peut évoluer dans un rap­port démo­cra­ti­que sur un projet de société fondé sur la défense de l’inté­rêt géné­ral, à condi­tion que les syn­di­ca­lis­tes se don­nent les moyens d’emme­ner leurs direc­tions plus loin qu’elles ne le vou­draient dans la voie de la rup­ture avec la bour­geoi­sie.

En clair, la base a tou­jours pris ses res­pon­sa­bi­li­tés en ne cédant rien à la volonté de voir abou­tir ses justes reven­di­ca­tions, malgré la vio­lente adver­sité que leur oppose le gou­ver­ne­ment. Par contre, les direc­tions syn­di­ca­les, non seu­le­ment ne les pren­nent pas, mais elles camou­flent leur sou­tien au sys­tème en ne se situant jamais au-delà du ter­rain de la dénon­cia­tion. C’est pour cette raison qu’elles recondui­sent sem­pi­ter­nel­le­ment des grèves et des mani­fes­ta­tions sans len­de­main.

De ces faits, elles se défaus­sent de leur rôle à pro­mou­voir la lutte pour l’abo­li­tion du sys­tème capi­ta­liste. Il faut exiger d’elles qu’elles resi­tuent le syn­di­cat sur ses fon­de­ments en met­tant en avant les reven­di­ca­tions de natio­na­li­sa­tion et d’ôter la finance des mains pri­vées.

La fin du confi­ne­ment et la crise sociale qui va s’ensui­vre va décu­pler les pos­tu­res de dénon­cia­tion qui ne débou­chent jamais sur des pro­po­si­tions de des­ti­tu­tion du pou­voir actuel, sauf par les voies par­le­men­tai­res habi­tuel­les.

On ne sur­mon­tera pas cette dif­fi­culté sans reve­nir sur la ques­tion que sou­lève Pinçot Charlot : https://la-bas.org/la-bas-maga­zine/textes-a-l-appui/moni­que-pincon-char­lot-c’est-la-pre­miere-secousse-d’un-seisme-plus-pro­fond ‘’le marché de la contes­ta­tion sociale.’’

Autant il est néces­saire qu’il y en ait qui infor­ment pour éclairer le juge­ment de leurs conci­toyens, façon les échappés de la caverne de Platon. (Lanceurs d’alerte, jour­na­lis­tes, socio­lo­gues, cer­tains économistes du CNRS etc.) autant il y a ceux qui en font com­merce. C’est bien leur droit, mais c’est inac­cep­ta­ble de la part de ceux qui se sont portés à la tête d’orga­ni­sa­tion pour le chan­ge­ment.

VERS UNE ASSEMBLEE CONSTITUANTE

Macron porte le cha­peau de la faillite du sys­tème capi­ta­liste. En tant que Bonaparte des ins­ti­tu­tions de la Vème répu­bli­que, il concen­tre la ques­tion du pou­voir.

Tous les argu­ments mili­tent pour exiger sa des­ti­tu­tion, mais cette ques­tion ne peut pas être abor­dée sans mettre en pers­pec­tive la cons­ti­tuante.

C’est une voie paci­fi­que qui permet de réconci­lier la légi­ti­mité et la léga­lité. Les cir­cons­tan­ces met­tent ce projet à portée.

En outre, cela permet de cen­tra­li­ser les forces de chan­ge­ment sans en passer par la férule des partis qui ne font que main­te­nir le par­le­men­ta­risme, le meilleur para­vent de la dic­ta­ture de l’oli­gar­chie finan­cière depuis A. Thiers

J-P Battais 14/05/2020

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