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Pourquoi les appels à changer le monde ne le changeront pas.

par Jean-François COLLIN, le 27 mai 2020

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Pourquoi les appels à chan­ger le monde ne le chan­ge­ront pas.

Pour Nicolas Hulot « le temps est venu » de poser les pre­miè­res pier­res d’un nou­veau monde soli­daire, relo­ca­lisé, res­pec­tant l’envi­ron­ne­ment. » À quel­ques jours de là, cent cin­quante per­son­na­li­tés de gauche ont signé un appel à l’orga­ni­sa­tion d’une conven­tion du monde commun. Les appels à la cons­truc­tion d’un monde plus écologique, plus beau, plus coo­pé­ra­tif se mul­ti­plient et qui pour­rait être en désac­cord avec ces décla­ra­tions d’inten­tions ? Peu de gens sou­hai­tent un monde plus dur, des iné­ga­li­tés plus gran­des, des res­sour­ces natu­rel­les gas­pillées, même si beau­coup s’en accom­mo­dent.

D’ailleurs, ceux qui nous gou­ver­nent aujourd’hui, et leurs pré­dé­ces­seurs ont adopté au cours des der­niè­res années des docu­ments inter­na­tio­naux et natio­naux qui disent la même chose que tous ces appels et même par­fois plus.

Lisez « l’agenda 2030 » adopté par l’ONU en 2015. Rien n’y manque. Les 17 « objec­tifs de déve­lop­pe­ment dura­ble » qui cons­ti­tuent cet agenda visent à éradiquer la pau­vreté, les dis­cri­mi­na­tions, à per­met­tre l’accès de tous aux ser­vi­ces essen­tiels (eau, électricité, éducation, santé), à ren­for­cer la démo­cra­tie et la par­ti­ci­pa­tion des citoyens, à réduire la consom­ma­tion des res­sour­ces non renou­ve­la­bles, la pol­lu­tion, à déve­lop­per une agri­culture saine et dura­ble, à assu­rer la paix et la soli­da­rité inter­na­tio­nale. Pour s’assu­rer de la mise en œuvre de ces objec­tifs, l’ONU a défini 232 indi­ca­teurs. La « feuille de route » fran­çaise pré­sen­tée par E. Borne, le 29 sep­tem­bre 2019, tra­duit en « pro­gramme d’action » pour la France cette réso­lu­tion de l’ONU. La mise en œuvre en sera contrô­lée grâce à 98 indi­ca­teurs.

Il fau­drait, pour être com­plet, ajou­ter les plans pro­duits à la chaîne, un jour en faveur de la bio­di­ver­sité, le len­de­main pour éradiquer la pau­vreté, le jour sui­vant en faveur de l’hôpi­tal, par des minis­tè­res qui ont d’autant plus d’ambi­tion qu’ils ont moins de moyens pour agir.

La situa­tion du monde s’en est-elle trou­vée amé­lio­rée ? Si l’on en croit les dis­cours catas­tro­phis­tes tenus par les signa­tai­res d’appels, il ne semble plutôt que non.

Alors pour­quoi cela ne marche-t-il pas ?

Il me semble que c’est en raison d’un diag­nos­tic erroné, d’une sous-esti­ma­tion des dif­fi­cultés et d’une erreur de méthode. Seule la démo­cra­tie peut nous sortir de cette impasse.

  • Une erreur de diagnostic
    Les êtres humains ne détruisent pas l’environnement parce qu’ils sont animés par de mauvaises intentions, mais parce qu’ils vivent dans des sociétés structurées par une rationalité qui ne peut pas prendre en charge, autrement qu’en paroles, les objectifs de développement durable.

Les déci­sions prises par les gou­ver­ne­ments et les agents économiques sont ration­nel­les dans un monde orga­nisé pour pro­duire et échanger des mar­chan­di­ses sur un marché. Dans ce monde-là, notre capa­cité à accé­der aux biens et ser­vi­ces essen­tiels (et beau­coup d’entre nous n’y ont pas accès) aussi bien que super­flus (mais qui en décide) dépend du revenu généré par les acti­vi­tés de pro­duc­tion et d’échanges. La capa­cité d’action des États est liée au mon­tant des impôts qu’ils pour­ront pré­le­ver sur ces acti­vi­tés, donc à la crois­sance économique. Dans ce monde de la gou­ver­nance par les nom­bres (Alain Supiot), notre bien-être économique est mesuré en termes de PIB par habi­tant, il se com­pare à celui des autres, sa pro­gres­sion (ou sa dégra­da­tion) est visi­ble et chif­frée.

La « science économique » a pris le pas sur les autres scien­ces socia­les pour deve­nir la pensée com­mune. Elle consi­dère que nous agis­sons tous pour maxi­mi­ser les satis­fac­tions que nous pou­vons tirer de la consom­ma­tion et de l’échange mar­chand et que nos déci­sions sont pour cette raison ration­nel­les ; elle consi­dère aussi que le marché permet d’ajus­ter de la moins mau­vaise façon pos­si­ble les besoins indi­vi­duels et les déci­sions col­lec­ti­ves. Cette des­crip­tion de la réa­lité s’appuie sur une métri­que qui permet de rame­ner nos com­por­te­ments à une mesure com­mune.

Elle est très contes­ta­ble. Nous savons depuis long­temps que la crois­sance du PIB ne fait pas le bon­heur et même qu’il y a de moins en moins de cor­ré­la­tion entre la crois­sance du PIB et les indi­ca­teurs de bien-être social (espé­rance de vie, éducation, opti­misme sur l’avenir). Les socio­lo­gues, les phi­lo­so­phes et les spé­cia­lis­tes de mar­ke­ting savent que nos déci­sions sont loin d’être ration­nel­les, influen­cées qu’elles sont par celles des autres, par les phé­no­mè­nes mimé­ti­ques, par les pré­sup­po­sés du moment. C’est pour­quoi la croyance dans la force du « signal prix », si chère aux économistes, est si sou­vent déçue. Peu importe puis­que de crise en crise, les échanges mar­chands pro­gres­sent.

Ce sys­tème économique, le capi­ta­lisme, est sans doute condamné parce que sa ten­dance à l’expan­sion per­pé­tuelle se heurte aux limi­tes phy­si­ques des res­sour­ces qu’il mobi­lise, aux désé­qui­li­bres écologiques qu’elle entraine et qui mena­cent non pas la pla­nète, mais l’huma­nité. Mais comme nous vivons en igno­rant notre mort cer­taine, le capi­ta­lisme vit en igno­rant la sienne.

Cependant, si l’économie domi­nante ment en décri­vant un équilibre qui n’existe pas, elle tra­duit une partie de la vérité de notre monde fondé sur le féti­chisme de la mar­chan­dise et la réduc­tion du com­merce entre les humains au com­merce tout court.

Nous ne pas­se­rons pas d’une ratio­na­lité à une autre, d’une repré­sen­ta­tion du monde à une autre par la seule vertu d’appels à la res­pon­sa­bi­lité et sans que le monde change. C’est là toute la dif­fi­culté car le chan­ge­ment des men­ta­li­tés ne peut résul­ter que d’un pro­ces­sus long au cours duquel nous chan­ge­rons le monde en même temps que nous nous trans­for­me­rons.

2 — Une sous-esti­ma­tion de l’impor­tance des chan­ge­ments à opérer

Les écologistes accé­dant aux res­pon­sa­bi­li­tés ont pris cons­cience que leurs som­bres pré­dic­tions sur notre avenir et leurs appels aux renon­ce­ments de toute sorte ris­quaient de ne pas séduire les foules. Ils ont donc aban­donné « l’écologie puni­tive » au profit d’un récit plus coloré dans lequel la « tran­si­tion écologique » n’était plus por­teuse que de bonnes nou­vel­les pour nous tous. Les nou­veaux conver­tis, de gauche et de droite leur ont emboîté le pas : « ne crai­gnez rien, l’écologie n’est pas une contrainte, mais une pro­messe ».

La réa­lité risque de n’être pas aussi riante, ce qui n’infirme en rien la néces­sité de chan­ger de monde et son mode de déve­lop­pe­ment, mais il vaut mieux être averti de ce que cela signi­fiera pour nous tous pour que ça réus­sisse.

Un exem­ple. L’objec­tif des poli­ti­ques publi­ques est de décou­pler la crois­sance économique de celle des émissions de gaz à effet de serre qui bou­le­ver­sent le climat de la pla­nète. L’inten­sité car­bone de l’économie fran­çaise (la quan­tité de car­bone émise par euro de PIB) dimi­nue d’un peu moins de 1,5 % par an depuis 1990. Pour attein­dre la neu­tra­lité car­bone en 2050 (c’est l’objec­tif du gou­ver­ne­ment), il fau­drait mul­ti­plier par quatre ce taux annuel de réduc­tion. Aucune tech­no­lo­gie connue ne le permet.

Soit cet objec­tif n’est qu’une décla­ra­tion de jours de fête tenue par des gens qui n’y croient pas, soit on y croit réel­le­ment et il faudra dire com­ment faire et dire que le coût social et économique d’une trans­for­ma­tion de cette impor­tance sera consi­dé­ra­ble. L’économiste Jean Tirole a le mérite de le dire ; mais il en déduit une solu­tion théo­ri­que­ment juste, mais socia­le­ment et poli­ti­que­ment impra­ti­ca­ble : une taxe car­bone de même niveau dans le monde entier puis­que l’impact d’une molé­cule de CO2 est le même, quel que soit l’endroit où elle est émise. On est prié de voir plus tard pour la com­pen­sa­tion des dom­ma­ges sociaux que crée­rait cette mesure pour les plus pau­vres. Voilà qui per­met­trait au moins la cons­ti­tu­tion d’un mou­ve­ment inter­na­tio­nal, celui des gilets jaunes.

Autre exem­ple, la finance doit deve­nir verte et cesser de finan­cer les énergies fos­si­les. C’est très juste. Mais les gran­des ban­ques pos­sè­dent dans leur bilan des dizai­nes de mil­liards d’actifs liés aux énergies fos­si­les. Si ceux-ci doi­vent être bru­ta­le­ment déva­lo­ri­sés, com­bien de ban­ques feront faillite et avec quel­les consé­quen­ces sur l’économie tout entière ? Elles sont pié­gées et nous avec. Les ban­ques euro­péen­nes res­tent sous-capi­ta­li­sées comme l’a rap­pelé Christine Lagarde lorsqu’elle diri­geait encore le FMI. Le « stress test » réa­lisé par la BCE en 2018 pour simu­ler la résis­tance des 48 prin­ci­pa­les ban­ques euro­péen­nes à une crise condui­sant à un écart de 8,3% du PIB euro­péen par rap­port au sce­na­rio de réfé­rence de l’UE en 2020 mon­trait la fra­gi­lité de cer­tai­nes d’entre elles (Barclays, Llyods, Deutsche Bank ou BNP).Une crise com­pa­ra­ble à celle de 2008 est donc tou­jours pos­si­ble. Pour ne rien arran­ger, beau­coup d’inves­tis­se­ments « verts » sont peu ren­ta­bles en raison du bas prix de la tonne de car­bone, envi­ron 44 € la tonne aujourd’hui quand il fau­drait atten­dre 250 €/tonne en 2030.
L’Europe qui signe en per­ma­nence de nou­veaux accords de libre échange avec ses par­te­nai­res com­mer­ciaux aura-t-elle la volonté et l’unité néces­saire à l’ins­tau­ra­tion d’une véri­ta­ble taxe car­bone à ses fron­tiè­res ?

Fixer des objec­tifs jamais tenus et des délais jamais res­pec­tés n’est sans doute pas le meilleur moyen de cré­di­bi­li­ser l’idée d’une néces­saire tran­si­tion écologique. Pourtant ceux qui sont fixés actuel­le­ment au sein de l’UE ne sont jamais atteints et après avoir fait ce cons­tat, les res­pon­sa­bles euro­péens concluent géné­ra­le­ment en fixant des objec­tifs plus ambi­tieux pour la période sui­vante.

3 — Une erreur de méthode

Les plans décrits ici, qu’ils émanent de l’ONU, de l’Union euro­péenne ou du gou­ver­ne­ment fran­çais font comme s’il était pos­si­ble de tout chan­ger en même temps. Tous sont également illi­si­bles. Interminables, on en a oublié le début en ache­vant leur lec­ture. Les objec­tifs qu’ils fixent sont innom­bra­bles ; ils sont assor­tis d’indi­ca­teurs de suivi beau­coup plus nom­breux encore.

Pourquoi cette com­plexité ? Parce que les sujets sont « trans­ver­saux » ; il faut donc sortir des « silos » et trai­ter tous les sujets en même temps. Comment ? Il suffit que des stra­tè­ges défi­nis­sent les objec­tifs à attein­dre dans trente ans et la société se mettra en mou­ve­ment. Les diri­geants contrô­le­ront la marche en avant de la société sur leur grand tableau de bord muni de 232 indi­ca­teurs qui brille­ront de cou­leurs dif­fé­ren­tes, rouge, orange ou verte, parce qu’il faut bien tout de même rame­ner la com­plexité du monde à des choses sim­ples et contrô­la­bles par l’admi­nis­tra­tion. Cette concep­tion de l’action publi­que s’accom­pa­gne d’une restruc­tu­ra­tion per­ma­nente des admi­nis­tra­tions qui cou­rent der­rière la trans­ver­sa­lité, en même temps que se ren­force la cen­tra­li­sa­tion du pou­voir et son illu­sion de contrô­ler « le chan­ge­ment ».

Mais la vie ne fonc­tionne pas comme cela. Ni un être humain, ni une entre­prise, ni une société ne peu­vent pour­sui­vre sérieu­se­ment un grand nombre d’objec­tifs en même temps et cer­tai­ne­ment pas 17 (c’est le nombre des objec­tifs de déve­lop­pe­ment dura­ble) et encore moins 232 (c’est le nombre de sous actions tra­dui­tes en indi­ca­teurs). Ce qui l’emporte dans nos exis­ten­ces, c’est l’habi­tude, la répé­ti­tion de gestes et de savoirs acquis sans les­quels nous devien­drions fous et per­drions beau­coup de temps. La trans­ver­sa­lité a ses limi­tes et une société tient d’abord sur les savoirs acquis et les ins­ti­tu­tions publi­ques ou pri­vées bien orga­ni­sées, la crise du coro­na­vi­rus vient encore de le démon­trer. Ce ne sont pas les ins­ti­tu­tions trans­ver­sa­les qui ont été d’un grand secours, mais les hôpi­taux, les méde­cins, les éboueurs, les pay­sans et autres chauf­feurs-rou­tiers. Une société ne peut se mobi­li­ser et se trans­for­mer qu’autour d’un ou deux objec­tifs bien défi­nis. En les attei­gnant, elle n’aura pas tout réglé, mais elle aura avancé. Le reste relève soit de la mys­ti­fi­ca­tion, du récit pour endor­mir les enfants, soit d’un rêve de pla­ni­fi­ca­tion sociale que même le sta­li­nisme n’a pas osé for­mu­ler de façon aussi cari­ca­tu­rale.

L’autre erreur est de consi­dé­rer la tran­si­tion écologique comme un ensem­ble de solu­tions tech­ni­ques à mobi­li­ser. Substituer les véhi­cu­les pro­pres (sous-entendu électrique) aux véhi­cu­les ther­mi­ques, les énergies renou­ve­la­bles aux énergies fos­si­les. Mais les tech­no­lo­gies vertes sont en partie un mirage. La voi­ture électrique est abu­si­ve­ment pré­sen­tée comme un véhi­cule sans émissions alors que son bilan car­bone intè­gre les émissions liées à sa fabri­ca­tion, qu’il dépend des condi­tions de pro­duc­tion de l’électricité qu’elle consom­mera et qu’il n’est posi­tif par rap­port à un véhi­cule ther­mi­que qu’au bout d’un nombre impor­tant de kilo­mè­tres par­cou­rus. Ses bat­te­ries requiè­rent du cobalt et du lithium, dont l’extrac­tion est très pol­luante et les réser­ves limi­tées.

L’expres­sion de « tech­no­lo­gies pro­pres » est un abus de lan­gage, la seule tech­no­lo­gie propre est la réduc­tion de nos consom­ma­tions et de nos dépla­ce­ments. L’inno­va­tion tech­no­lo­gi­que ne résout pas le pro­blème écologique, mais le déplace.

Le numé­ri­que est pré­senté comme un autre élément de la solu­tion à nos pro­blè­mes. Il repré­sente déjà 10 % de la consom­ma­tion d’électricité. La 5 G, dont le déploie­ment est sou­tenu par les gou­ver­ne­ments de l’Union euro­péenne et la com­mis­sion en même temps que le « Green Deal », est très énergivore, alors que la consom­ma­tion d’électricité liée aux usages crois­sants du numé­ri­que aug­mente déjà de 9 % par an. Dans cer­tains scé­na­rios, le numé­ri­que repré­sen­te­rait bien­tôt 7,5 % de la demande finale d’énergie, et 30 % de la consom­ma­tion d’électricité.

4 — La démo­cra­tie comme solu­tion à l’impasse

Je ne cri­ti­que pas les démar­ches actuel­les pour nier la néces­sité de la trans­for­ma­tion écologique du monde. Au contraire, je suis convaincu de cette néces­sité et per­suadé que nous n’y par­vien­drons que si nous ne nous leur­rons pas sur l’impor­tance des chan­ge­ments à réa­li­ser et sur les délais néces­sai­res pour y par­ve­nir. Les murailles du « pro­duc­ti­visme » ne tom­be­ront pas au bruit des appels ou parce qu’on leur pré­sen­tera les plans ima­gi­nés par des experts et leurs indi­ca­teurs de suivi.

Pour trans­for­mer la société, il faut des leviers, de ceux qui per­met­tent de sou­le­ver le monde.

J’en vois essen­tiel­le­ment un : la démo­cra­tie. La reprise en main par les peu­ples de leur destin.

Rien ne sera pos­si­ble en France sans un chan­ge­ment d’esprit des citoyens qui se méfient comme rare­ment aupa­ra­vant de leurs diri­geants et de leurs ins­ti­tu­tions. La confiance ne pourra pas être réta­blie sans une trans­for­ma­tion pro­fonde de nos ins­ti­tu­tions.

Le pré­si­dent de la République se croit tout puis­sant, mais il n’a dans les mains qu’un sabre de plas­ti­que. Le roi est nu. L’infla­tion légis­la­tive et régle­men­taire qui ne s’est pas arrê­tée avec lui, bien au contraire, est un des rares sec­teurs de crois­sance dyna­mi­que du pays. Mais elle ne change rien à la situa­tion. Des textes bâclés sont adop­tés par une assem­blée natio­nale aux ordres. Ils sont oubliés à peine votés et le contrôle sur l’exé­cu­tif et tou­jours plus défaillant.

Les déploie­ments poli­ciers sont une méta­phore de la situa­tion l’État : puis­sants face aux mani­fes­tants, à ceux qui contes­tent l’auto­rité de l’État, ils sont absents là où la popu­la­tion a besoin de pro­tec­tion.

Oui, la sixième répu­bli­que est néces­saire, elle mettra fin à l’élection pré­si­den­tielle au suf­frage uni­ver­sel, elle ins­tau­rera une repré­sen­ta­tion pro­por­tion­nelle à l’Assemblée natio­nale et une repré­sen­ta­tion plus équilibrée au Sénat. Elle garan­tira un vrai contrôle de cons­ti­tu­tion­na­lité des lois par un conseil cons­ti­tu­tion­nel dont les mem­bres auront une com­pé­tence juri­di­que mieux assu­rée et une impli­ca­tion poli­ti­que moins immé­diate. Elle abro­gera toutes les lois d’excep­tion qui ont rogné les liber­tés indi­vi­duel­les. Elle assu­rera l’indé­pen­dance de la jus­tice et une poli­ti­que judi­ciaire digne. Elle ne mul­ti­pliera pas les lois limi­tant la liberté d’expres­sion qu’elle garan­tira au contraire, comme l’a tou­jours fait la République lorsqu’elle se res­pecte elle-même, dans les limi­tes des trou­bles graves à l’ordre public dont un juge judi­ciaire doit déci­der. Elle lais­sera les col­lec­ti­vi­tés loca­les, admi­nis­trées par des conseils également plus repré­sen­ta­tifs, exer­cer libre­ment les com­pé­ten­ces qui leur revien­nent sans inter­ven­tion per­ma­nente de l’État qui crée cet entre­lacs d’irres­pon­sa­bi­lité croi­sée. Elle fera sa place au refe­ren­dum d’ini­tia­tive citoyenne. Une partie des mem­bres des assem­blées loca­les et natio­na­les pour­rait être tirée au sort de façon à per­met­tre l’exer­cice de res­pon­sa­bi­li­tés poli­ti­ques par des citoyens n’appar­te­nant pas tous à des partis poli­ti­ques.

Elle sera fondée sur la res­pon­sa­bi­lité des diri­geants devant les citoyens et sur celle des citoyens eux-mêmes qui doi­vent être libres et res­pon­sa­bles.

La répu­bli­que fera confiance aux citoyens au lieu de s’en méfier et de les trai­ter en mineurs. Ensemble ils déci­de­ront des trans­for­ma­tions de la société. Mais il n’y aura pas de trans­for­ma­tion sans réta­blis­se­ment de la confiance et réduc­tion des iné­ga­li­tés.

L’Europe ne sur­vi­vra aux chocs suc­ces­sifs qui la frap­pent que si elle aussi devient démo­cra­ti­que. Il n’est pas pos­si­ble d’aller plus loin dans l’inté­gra­tion d’une Europe tra­ver­sée par tant d’iné­ga­li­tés entre les pays qui la cons­ti­tuent et tant de frac­tu­res poli­ti­ques. Il faut décré­ter la pause de l’inté­gra­tion. Accepter que l’Europe ne peut vivre pour le moment que comme une union de Nations sou­ve­rai­nes qui ont accepté d’en abdi­quer une partie, mais veu­lent coo­pé­rer sans dis­pa­raî­tre. À quoi sert-il d’aug­men­ter le budget euro­péen ou de créer un budget de la zone euro ou des fonds de soli­da­rité si le prix à payer doit être la pour­suite des « réfor­mes struc­tu­rel­les », expres­sion qui signi­fie à Bruxelles des­truc­tion des ser­vi­ces publics natio­naux et libre concur­rence dans un marché qui ne sait pas se pro­té­ger du dum­ping fiscal et social ? C’est pour­tant ce qui se joue en ce moment même sous nos yeux sous cou­vert de ren­for­ce­ment de la soli­da­rité euro­péenne. Pourquoi le par­le­ment euro­péen ne serait-il pas com­posé de frac­tions des par­le­ments natio­naux ? Ce sont bien les minis­tres des dif­fé­rents gou­ver­ne­ments qui se retrou­vent à Bruxelles, pas un gou­ver­ne­ment euro­péen. Pourquoi pas une frac­tion des mem­bres de ce par­le­ment rénov
é tirée au sort là aussi ?

À rebours des plans trop com­plets qui ne connais­sent jamais leur réa­li­sa­tion, il faut en reve­nir à des objec­tifs sim­ples. Le besoin de démo­cra­tie et de liberté est pri­mor­dial. Il condi­tionne la satis­fac­tion de tous les autres. C’est par là qu’il faut com­men­cer.

Le 26 mai

JF Collin