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Menteurs, incompétents et liberticides

par Denis COLLIN, le 9 octobre 2020

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« (…) Ne nous leur­rons pas. Ces mesu­res que vous nous pré­sen­tez comme seu­le­ment tran­si­toi­res ne le sont pas. (…) Ce texte n’a d’autre fina­lité que de faire déri­ver notre état de droit vers des ter­ri­toi­res inconnus et dan­ge­reux. Ce que nous crai­gnions dans le pré­cé­dent examen de loi en juillet est une réa­lité. Ce régime a voca­tion à per­du­rer et à s’ins­crire de manière indé­lé­bile dans le droit commun. (…) Le droit de se réunir paci­fi­que­ment est désor­mais anémié du fait des res­tric­tions post-confi­ne­ment qui ont été ins­ti­tuées. Le gou­ver­ne­ment entre­tient tou­jours un climat anxio­gène et culpa­bi­li­sant. Nous pou­vons donc légi­ti­me­ment nous deman­der si la situa­tion sani­taire n’est pas deve­nue le par­fait pré­texte pour res­trein­dre dura­ble­ment nos liber­tés. (…) »

Ces paro­les clai­res ne vien­nent pas d’un oppo­sant de prin­cipe au gou­ver­ne­ment. Ni de quel­que « com­plo­tiste » d’extrême gauche ou d’extrême droite. C’est Martine Wonner, exclue du groupe LREM en mai 2020, qui les a pro­non­cées lors du vote à l’Assemblée natio­nale de la loi ins­ti­tuant la pro­lon­ga­tion de l’état d’urgence jusqu’en avril 2021. Nous vivons sous l’état d’urgence depuis les atten­tats du Bataclan en 2015, puis­que Macron a fait ren­trer les dis­po­si­tions de l’état d’urgence de l’époque dans la loi ordi­naire. Avec la Covid-19, c’est un état d’urgence nou­veau, super­posé à l’ancien qui vient res­trein­dre encore le champ de liber­tés indi­vi­duel­les et publi­ques. Et n’en dou­tons pas, comme le dit la dépu­tée ex-LREM, cette situa­tion est appe­lée à durer. Chaque drame, chaque catas­tro­phe, confor­mé­ment aux ana­ly­ses de Naomi Klein, devient le pré­texte pour d’un nou­veau « tour de vis » dans la marche vers un État auto­ri­taire, voire tota­li­taire. Quand la Chine a confiné la pro­vince du Wuhan, les res­pon­sa­bles poli­ti­ques et les com­men­ta­teurs à gage disaient : « nous ne pou­vons pas faire ça chez nous, nous ne sommes pas un État auto­ri­taire comme la Chine… » et quel­ques semai­nes plus tard à peine, la « méthode chi­noise » était appli­quée dans la plu­part des pays « démo­cra­ti­ques » d’Europe. L’épisode est révé­la­teur et nous permet de saisir pré­ci­sé­ment ce qui est en cause aujourd’hui.
Mais, nous dira-t-on, il faut bien agir face à l’urgence de la « deuxième vague » ? Le pro­blème est double. D’une part, ce gou­ver­ne­ment a tou­jours menti, depuis le début et même cer­tain de ses mem­bres, à com­men­cer par Mme Buzyn (ex-minis­tre de la Santé), Mme Parly (minis­tre de la Défense) et Mme N’Diaye (ex-porte-parole du gou­ver­ne­ment), ont reconnu ces men­son­ges qui étaient commis « pour notre bien », étant donné que nous, citoyens, devons être trai­tés comme des enfants à qui on fait peur avec des his­toi­res de loup-garou. Ils ont menti sur la réa­lité de l’épidémie, ils ont menti sur les tests, menti sur les com­man­des d’urgence qu’ils avaient pré­ten­du­ment faites, menti sur l’état du sys­tème de santé, etc.

Ils conti­nuent de mentir avec des sta­tis­ti­ques inco­hé­ren­tes qui ser­vent à guider la poli­ti­que face à l’épidémie. On annonce chaque jour des mil­liers de cas sup­plé­men­tai­res, sans pré­ci­ser que, dans leur immense majo­rité, il ne s’agit pas de mala­des ! Combien de mala­des parmi ces cas ? Mystère ! Selon les sta­tis­ti­ques, il y a eu 600 000 cas depuis le début (en fait beau­coup plus, mais on l’ignore puis­que de mars à mai, le test n’était « notre poli­ti­que ») et plus de 90 000 guéris et 30 000 morts. Où sont passés les 480 000 autres ? Sont-ils guéris ? Sont-ils morts sans qu’on le sache ? On ne connaît d’ailleurs pas le nombre de mort de la Coivid-19 dans les EHPAD et le nombre de morts de la mala­die Covid-19 est inconnu en vérité. La moyenne d’âge des morts de cette mala­die est au-delà de 83-84 ans et la plu­part des morts sont « mul­ti­fac­to­riel­les » et concer­nent des sujets affec­tés d’autres patho­lo­gies lour­des. L’INED d’ailleurs divise par deux les chif­fres de la mor­ta­lité due à l’épidémie. Après les petits et les gros men­son­ges, les sta­tis­ti­ques se révè­lent comme des armes puis­san­tes pour embrouiller les esprits. Signalons tout de même que la France n’est pas seule à pro­cé­der de manière aussi dou­teuse. Les sta­tis­ti­ques ita­lien­nes ne sont pas plus fia­bles pour ne rien dire des espa­gno­les ou des anglai­ses. Quant à l’OMS qui a mul­ti­plié les annon­ces catas­tro­phis­tes, elle vient de reconnaî­tre qu’il y avait dans le monde non pas 35 mil­lions de conta­mi­nés, mais 780 mil­lions (plus de 20 fois l’esti­ma­tion d’hier !). En appli­quant les cor­rec­tifs OMS, on pour­rait esti­mer à 12 mil­lions les conta­mi­nés en France et donc la courbe de pro­gres­sion des tests posi­tifs a encore de beaux jours devant elle !

Ils ont menti en annon­çant qu’on allait voir ce qu’on allait voir, qu’on allait ren­for­cer le sys­tème de santé « quoi qu’il en coûte » et on a même fait un « Grenelle de la santé dans lequel se sont vau­trées cer­tai­nes cen­tra­les syn­di­ca­les dont FO diri­gée par le sous-marin macro­niste Yves Verrier. En fait rien n’a changé. Le per­son­nel, notam­ment infir­mier, fait tou­jours dra­ma­ti­que­ment défaut, et ce d’autant plus qu’il y a main­te­nant une véri­ta­ble fuite des infir­miers et méde­cins vers le privé, voire vers d’autres métiers, compte tenu des condi­tions de tra­vail déplo­ra­bles, des primes pro­mi­ses et jamais ver­sées à ceux qu’on applau­dis­sait hier comme des héros. Plus : les res­tric­tions des plans anté­rieurs conti­nuent de s’appli­quer : fer­me­ture de lits d’hôpi­tal, fer­me­ture de ser­vi­ces entiers. Si deuxième vague il y a, le sys­tème l’hos­pi­ta­lier l’abor­dera en situa­tion plus dif­fi­cile qu’en mars der­nier ! Telle est la réa­lité telle qu’elle remonte du ter­rain et telle que l’expri­ment les grèves qui éclatent ici et là dans les hôpi­taux.

Menteurs, par­ju­res et incom­pé­tents, ils ont trouvé la parade : un reconfi­ne­ment sour­nois qui achè­vera de liqui­der les sec­teurs les plus fra­gi­les de l’économie — cf. notre der­nier papier, “Covid et capi­ta­lisme” — et mas­ques par­tout. On pour­rait dis­cu­ter à perte de vue de l’effi­ca­cité des mas­ques en plein air, de leur effi­ca­cité en géné­ral (car il s’agit des mas­ques non chi­rur­gi­caux) d’autant plus que la conta­mi­na­tion semble se faire moins par les voies aérien­nes que par les mains. Dans la rue, on ver­ba­lise les indi­vi­dus qui mar­che­raient le nez au vent et pen­dant ce temps-là d’autres s’entas­sent dans le métro, s’accro­chent comme ils le peu­vent aux mêmes barres et, vu la pro­mis­cuité, mas­ques ou pas mas­ques, se conta­mi­nent aussi par voie aérienne : la buée qui s’accu­mule sur les lunet­tes passe aussi à côté… Mais le masque a deux avan­ta­ges : donner l’illu­sion que le gou­ver­ne­ment ne reste pas inac­tif (les amen­des dis­tri­buées par la maré­chaus­sée rap­por­tent aux cais­ses de l’État alors que payer des infir­miers, ça coûte) et, de plus, on habi­tue les citoyens à obéir à des ordres inco­hé­rents, voire absur­des.

En atten­dant, on peut être des mil­liers dans des rames de métro, mais les réu­nions sont stric­te­ment contrô­lées, les ras­sem­ble­ments auto­ri­sés au compte-gout­tes et Véran, l’iné­nar­ra­ble Véran, pro­pose qu’on porte le masque même chez soi. On sup­pose qu’ils vont bien­tôt recom­man­der la dis­tan­cia­tion dans les rap­ports amou­reux ! Comment tout cela est-il devenu pos­si­ble ? Il y a des rai­sons psy­cho­lo­gi­ques de fond : nous sommes deve­nus des pau­vres bêtes apeu­rées, soumis à un dis­cours anxio­gène pour une mala­die dont la léta­lité doit se situer aux alen­tours de 0,1 %. Mais sur­tout chacun est ren­voyé à lui-même. Aucun parti, aucun syn­di­cat pour pren­dre sérieu­se­ment la défense des liber­tés démo­cra­ti­ques, per­sonne pour s’oppo­ser au dis­cours gou­ver­ne­men­tal. Les macro­nis­tes et la droite sont der­rière Macron. Et la gauche a dis­paru, cachée dans les replis du macro­nisme. Une fois de plus reste ouverte la ques­tion : com­ment cons­truire un bloc popu­laire face au gou­ver­ne­ment du capi­tal ? Comment remet­tre les ques­tions poli­ti­ques au centre — par exem­ple, celle du budget 2021 ?
Le 9 octo­bre 2020.
Denis Collin

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