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Et si Trump perdait ?

par Jean-Paul DAMAGGIO, le 12 octobre 2020

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Par défi­ni­tion un pré­si­dent sor­tant est réélu aux USA pour un deuxième et der­nier mandat. Par défi­ni­tion car les deux partis domi­nants sont tou­jours for­te­ment frac­tu­rés en consé­quence, pas ques­tion de se priver du ciment que cons­ti­tue le sor­tant. D’autant que, si on ne parle en France que de la pré­si­den­tielle, il ne faut pas oublier que le ême jour se tien­nent les élections des par­le­men­tai­res, et avec un pré­si­dent en situa­tion de gagner c’est un plus pour les can­di­dats du parti du pré­si­dent. En France l’effet est le même mais sur­mul­ti­plié puis­que les légis­la­ti­ves se tien­nent juste après la pré­si­den­tielle sur déci­sion his­to­ri­que du gou­ver­ne­ment de Lionel Jospin.

Depuis des décen­nies il arriva une seule fois qu’un sor­tant soit battu et cette défaite de Jimmy Carter est pleine d’ensei­gne­ments.
Il faut se sou­ve­nir que sa vic­toire avait été fra­gile face à un pré­si­dent faus­se­ment sor­tant puis­que Gérald Ford était le vice pré­si­dent qui avait rem­placé Nixon, et dans un contexte de divi­sion pro­fonde des Républicains, Ronald Reagan ayant failli empor­ter l’inves­ti­ture.

La défaite de Jimmy Cater en 1980 s’est pro­duite après la révo­lu­tion isla­miste en Iran et après l’inva­sion de l’Afghanistan par l’URSS, deux événements qui, avec la vic­toire de Reagan son­nent l’heure de la (contre) révo­lu­tion conser­va­trice.
Pour le dire autre­ment, la défaite d’un pré­si­dent sor­tant est le signe d’une muta­tion his­to­ri­que et celle de 2022 s’annonce pas moins impor­tante que celle de 1980.
On parle pour le moment de crise sani­taire mais elle masque la pro­fonde crise économique qui va s’en suivre et qui est aujourd’hui, le gagnant de cette crise ? la Chine ! Les com­plo­tis­tes vont pou­voir s’en donner à cœur joie : la Chine à l’ori­gine de la pan­dé­mie qui tire les mar­rons du feu, n’est-ce pas étrange ?
Nous devons reve­nir à la deuxième pré­si­dence de Nixon qui, pas plus tôt réélu, lais­sera dans les mémoi­res sont alliance avec la Chine de Mao scel­lée le 21 février 1972 (sa démis­sion inter­vien­dra en 1974).

Les USA vont pro­pul­ser la Chine dans l’ère indus­trielle pour contrer l’ennemi n°1, l’URSS qui en aidant le Vietnam fai­sait aussi de l’ombre à la Chine. La nou­velle divi­sion inter­na­tio­nale du tra­vail délé­guait à la Chine les fabri­ca­tions indus­triel­les pen­dant que les USA pour­raient mieux se pro­je­ter vers le nou­veau siècle en se consa­crant à l’uni­vers de la com­mu­ni­ca­tion (la révo­lu­tion infor­ma­tion­nelle ont dit quel­ques économistes marxis­tes fran­çais sans être pris au sérieux par leur parti, le PCF).
En 2020 c’est le retour du bâton : la puis­sante Chine est en mesure d’obli­ger les USA à mettre genou à terre ! Sur le plan indus­triel comme sur la chasse gardée des USA, la révo­lu­tion numé­ri­que !

Le sys­tème économico-poli­ti­que de la Chine serait-il donc meilleur que celui des USA ? Une revan­che du com­mu­nisme ? Une revan­che de la dic­ta­ture sur la démo­cra­tie ?
Beaucoup se sont inter­ro­gés sur le sys­tème économique de l’ex-URSS : un capi­ta­lisme d’Etat ? un sys­tème en route vers le com­mu­nisme ?
Que dire de celui de la Chine ? Celui qui a promis au Nicaragua de cons­truire un grand canal hors de prix ? Celui qui a acheté l’aéro­port de Toulouse pour le reven­dre une fois les béné­fi­ces engran­gés ? Celui qui s’impose en Afrique ? Un mélange d’économie diri­gée et d’économie capi­ta­liste ? Un choix entre effi­ca­cité économique et liber­tés civi­les ?
En fait l’élève a su piller le maître dans les gran­des lar­geurs !
Il n’y a pas si long­temps, pour célé­brer la mul­ti­po­la­rité du monde des économistes ont célé­bré le BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) mais du BRIC il ne reste plus que le C !

La défaite de Trump peut donc signi­fier la fin d’un cycle né en 1945 !
On a parlé alors de l’impé­ria­lisme US s’impo­sant dans un monde où, n’ayant pas reçu la moin­dre bombe sur son ter­ri­toire, il était en mesure économiquement de deve­nir encore plus fort en « aidant les autres ». Un sys­tème subtil que les Italiens ont dési­gné du nom : « impero su invito » . Non pas un impé­ria­lisme imposé mais invité. Les diri­geants de France et d’Italie (et d’autres) ont appelé les USA à l’aide tout en gar­dant leur marge de manœu­vre. Comme l’Afrique aujourd’hui appelle la Chine à l’aide sans donner le moins du monde l’appa­rence d’une colo­ni­sa­tion à l’ancienne ! Un impé­ria­lisme invité !

Dans ce contexte l’UE ne peut que regar­der passer le train deux fois : sous l’effet du modèle des USA mais, inca­pa­ble de le piller, elle tombe sous l’effet de l’ancien élève des USA ! Et les citoyens devi­nent qu’ils ne devien­nent, dans TOUS les cas, que de sim­ples jouets de forces qui les dépas­sent plus que jamais, car ils sont placés dans un laby­rin­the d’infos en continu !

Dans ce nou­veau rap­port des forces mon­dial nous allons décou­vrir com­ment un pays (aujourd’hui la Russie) peut vendre des armes aux deux bel­li­gé­rants, en les invi­tant ensuite à venir signer une trêve, tout comme les mafias qui ven­dent de la drogue et qui, avec une petite part des béné­fi­ces, cons­trui­sent des cen­tres de désin­toxi­ca­tion.
Il faut cepen­dant conclure par une note d’espoir : nous pour­rons célé­brer les mul­ti­ples révol­tes popu­lai­res qui, avant le COVID, firent trem­bler les pou­voirs au Chili, au Liban, en Algérie, en France et ailleurs. Il y avait bien eue aupa­ra­vant les révol­tes du dit « prin­temps arabe » en Tunisie, Syrie, Egypte mais là c’est déjà l’hiver depuis long­temps ! Sauf que les fleurs refleu­ris­sent tou­jours à la bonne saison !

Jean-Paul Damaggio

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