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Inde, les paysans contre la libéralisation économique de l’agriculture

Revue de presse du 13 février 2021

par Antoine BOURGE, le 15 février 2021

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Par la grève du 26 novembre 2020, plus de 250 millions d’Indiens se sont rassemblés pour demander l’abandon des trois lois sur l’agriculture. Ce chiffre est historique mais il n’a pas fait reculer Modi et son gouvernement autoritaire. Depuis, le mouvement n’a cessé de se structurer malgré la répression exercée par le gouvernement.

Les facteurs de la révolte

1 – Le projet de loi pour la libé­ra­li­sa­tion de l’agri­culture

 On trouera dans Le Monde Diplomatique un très bon résumé des lois en ques­tion :
« La pre­mière loi, dite « de pro­mo­tion et de faci­li­ta­tion du com­merce et de l’échange des pro­duits agri­co­les », auto­rise les agri­culteurs à vendre en dehors des mandis. Ces der­niers, conçus à l’ori­gine pour réduire le pou­voir des inter­mé­diai­res, ont vite été domi­nés par de gran­des famil­les. Des mono­po­les locaux de fait — cor­res­pon­dant sou­vent aux domi­na­tions de caste — se sont cons­ti­tués pour le rachat, l’échange et le trans­port des pro­duits agri­co­les. Plutôt que de réfor­mer ces mandis, le gou­ver­ne­ment cen­tral entend pro­mou­voir des « mar­chés alter­na­tifs », plus concur­ren­tiels. »

« La deuxième loi, dite « d’accord sur le prix », cher­che à encou­ra­ger les contrats entre les pay­sans et les ache­teurs selon un cadre et des tarifs conve­nus avant la récolte. Là encore, le gou­ver­ne­ment met en avant la « liberté » de l’agri­culteur de choi­sir où il veut vendre. Mais que pèse celui-ci face aux géants de l’indus­trie agroa­li­men­taire et de la grande dis­tri­bu­tion ? De plus, cela risque d’encou­ra­ger la mono­culture spé­cu­la­tive inten­sive plutôt que la diver­si­fi­ca­tion agroé­co­lo­gi­que des cultu­res. »
« Le troi­sième texte, dit « d’amen­de­ment sur les pro­duits essen­tiels », retire de la liste des den­rées jusqu’à pré­sent sou­mi­ses à régu­la­tion publi­que l’huile, les oignons ou les pommes de terre. (…) Les pau­vres ris­quent la pénu­rie, et les autres consom­ma­teurs une hausse des prix de détail. « Cette loi ne joue pas seu­le­ment contre les pay­sans, mais également contre “l’homme ordi­naire” de ce pays. C’est un feu vert à l’infla­tion », sou­li­gnait le minis­tre en chef de l’État de Delhi et diri­geant du Parti de l’homme ordi­naire (AAP), M. Arvind Kejriwal (…). »

« Ces trois lois com­pren­nent également une série de dis­po­si­tions rédui­sant les pos­si­bi­li­tés de recours des citoyens auprès de l’admi­nis­tra­tion en cas de conten­tieux avec un quel­conque acteur privé. Enfin, elles ne s’atta­quent pas aux coûts sociaux et envi­ron­ne­men­taux du modèle hérité de la « révo­lu­tion verte ». Pas plus qu’elles ne se sou­cient des tra­vailleurs agri­co­les sans terre, qui, selon les régions, for­ment jusqu’à un quart de la popu­la­tion active rurale. »

 Le projet de loi a été décrié à l’Assemblée haute comme en témoi­gne cet arti­cle du site de France Info :
« Votées en sep­tem­bre 2020, les trois lois de libé­ra­li­sa­tion du marché agri­cole met­tent fin au mono­pole des gou­ver­ne­ments locaux sur le prix des céréa­les. Elles intro­dui­sent, expli­que le média The Conversation, "un nouvel espace d’échange, où le prix sera direc­te­ment fixé par les inves­tis­seurs et l’agro-busi­ness sur la base de la demande et imposé aux agri­culteurs, ce qui se tra­duira par une baisse géné­rale des prix de vente". Lors du vote à l’Assemblée, l’atmo­sphère est électrique, rap­porte Le Monde : "A la Chambre haute, (...) les dépu­tés en sont pres­que venus aux mains, les uns déchi­rant les copies du projet de loi, les autres hur­lant et cas­sant les micros." »

2 – Un modèle agri­cole en crise que la « concur­rence » libé­rale va accroî­tre

 Reporterre pro­pose une cri­ti­que du sys­tème des mandis héri­tage de la révo­lu­tion verte es années 1960 :
« Le sys­tème de mandi indien est effec­ti­ve­ment loin d’être par­fait. On ne compte que 6.000 de ces mar­chés publics, iné­ga­le­ment répar­tis sur le ter­ri­toire. Les cas de cor­rup­tion y sont avérés. « Pour beau­coup d’agri­culteurs, soit le prix mini­mum (MSP) pour leurs pro­duits est trop bas soit les mandis sont trop loin ou sim­ple­ment inexis­tants dans leur région », décrit Bruno Dorin, cher­cheur du Cirad affecté au Centre de scien­ces humai­nes à New Delhi. « L’essen­tiel est centré sur le blé et le riz, le reste est sur papier. » Engagées dans le sillage de la « révo­lu­tion verte » des années 1960, ces sub­ven­tions aux prix, cou­plées à des sub­ven­tions aux intrants (semen­ces hybri­des, engrais chi­mi­ques, puits et électricité pour pomper l’eau), ont permis de nour­rir l’Inde. Mais au prix d’une hyper­spé­cia­li­sa­tion agri­cole dévas­ta­trice pour l’envi­ron­ne­ment, décrit le cher­cheur. « Les agri­culteurs du Pendjab et de l’Haryana ont été inci­tés à la mono­culture chi­mi­que du riz et du blé. Aujourd’hui, les sols sont sans vie, les nappes phréa­ti­ques s’épuisent, les eaux sont pol­luées par les nitra­tes et les pes­ti­ci­des, et les agri­culteurs endet­tés par des intrants et semen­ces indus­triel­les pour­tant sub­ven­tion­nés. » »

 Toujours sur Reporterre on trouve des pistes pour faire évoluer l’agri­culture vers un modèle plus écologique :
« Sortir de l’impasse — qui ne date pas de ces nou­vel­les lois — impli­que donc de pro­po­ser une alter­na­tive agri­cole, expli­que Bruno Dorin. « Il fau­drait réfor­mer et inves­tir mas­si­ve­ment dans le déve­lop­pe­ment des mandis pour per­met­tre à tous les pay­sans et aux acteurs privés de se retrou­ver sur un marché où les prix et qua­li­tés sont négo­ciés équitablement. » Ceci faci­li­te­rait la tran­si­tion vers une autre agri­culture en Inde. « L’urgence est de déve­lop­per l’agroé­co­lo­gie, fondée sur une mul­ti­pli­cité d’espè­ces végé­ta­les et ani­ma­les en syner­gie. » »

 France Info pré­cise les consé­quen­ces des lois néo­li­bé­ra­les de Modi dans un contexte économique et social de grande fra­gi­lité :
« (…) 86% des fer­miers culti­vent moins de deux hec­ta­res", expli­que Bénédicte Manier, jour­na­liste à l’AFP, auteure de Les Routes vertes de l’Inde (éd. de l’Echiquier). Avec les nou­vel­les lois, les mani­fes­tants crai­gnent l’arri­vée des gran­des entre­pri­ses agro-ali­men­tai­res qui pour­raient impo­ser leurs prix. »
Un peu plus loin on peut lire :
« Dans les années 1960, ces fer­miers et en par­ti­cu­lier ceux du Nord avaient été le fer de lance de la "révo­lu­tion verte", qui avait assuré l’auto­suf­fi­sance ali­men­taire du pays (1,3 mil­liard d’habi­tants aujourd’hui). "Ils ont nourri l’Inde, ils l’ont rendue indé­pen­dante, mais le prix écologique et social est aujourd’hui élevé, estime Bénédicte Manier. Très consom­ma­trice en eau, en engrais, en pes­ti­ci­des, la révo­lu­tion verte a enfermé les fer­miers dans un cercle d’endet­te­ment." »

 L’Humanité rap­pelle la réa­lité de l’exis­tence d’un paysan en Inde, le cons­tat est acca­blant :
« « La moitié des cultu­res, dont le mil et la mou­tarde, est ache­tée au prix mini­mum de sou­tien et le reste est vendu à un prix infé­rieur. Au cours des huit der­niè­res années, le taux de la canne à sucre ou du paddy n’a qua­si­ment pas bougé  », relève Sumit Dalal, qui dit là toute la détresse des pay­sans dont la par­celle n’excède pas deux hec­ta­res en moyenne. Cette agri­culture peu pro­duc­tive est en peine face aux géants de l’agro­bu­si­ness. Ces vingt der­niè­res années, 300 000 pay­sans se sont sui­ci­dés en Inde. »

 Si bien que le mot d’ordre de beau­coup de pay­sans est qu’ils n’ont plus rien à perdre comme l’indi­que Mediapart :
« « J’ai voté pour Narendra Modi, j’ai cru à sa pro­messe de jours heu­reux, confie ce culti­va­teur de canne à sucre de l’Uttar Pradesh. Mais aujourd’hui, je dégage à peine 50 euros de béné­fice par mois. Alors je suis venu ici car je n’ai plus rien à perdre. » »

 Autre témoi­gnage de ce malaise pro­fond dans cet arti­cle de Mediapart :
« La misère des fer­miers en Inde ne date pas de ces lois. En 2019, plus de 10 000 se sont donné la mort. Pour que leur révolte soit féconde, l’enjeu pour les agri­culteurs du Pendjab et de l’Haryana est d’en entraî­ner d’autres. Récemment, un cor­tège a marché 1 500 kilo­mè­tres pour les rejoin­dre depuis le Maharashtra, l’État de Bombay. À Patna, la capi­tale de l’État du Bihar, de vio­lents affron­te­ments se sont pro­duits avec la police. Avec l’appui de onze impor­tants syn­di­cats du tra­vail, deux grèves natio­na­les ont eu lieu pour pro­tes­ter contre la libé­ra­li­sa­tion géné­rale de l’économie, accé­lé­rée en Inde depuis la pan­dé­mie. »

3 – COVID et confi­ne­ments

 La situa­tion liée au COVID et au confi­ne­ment n’a pas manqué d’ajou­ter un far­deau à la masse des dif­fi­cultés quo­ti­dien­nes comme le sou­li­gne L’Humanité :
« Ainsi, le confi­ne­ment décidé dans la pré­ci­pi­ta­tion a-t-il plongé l’Inde dans le chô­mage et la pau­vreté, alors même que 80 % de la popu­la­tion active rele­vaient déjà du sec­teur infor­mel et que le pré­ca­riat demeure la seule issue pour des mil­lions d’invi­si­bles. La pau­vreté de masse fait crain­dre le retour des fami­nes, dont le pays s’était somme toute affran­chi. Selon une enquête du Centre pour l’emploi dura­ble de l’uni­ver­sité Azim Premji (Karnataka), 66 % des tra­vailleurs inter­ro­gés ont perdu leur emploi durant le confi­ne­ment, 77 % des ména­ges consom­ment moins de nour­ri­ture qu’avant et 64 % ont vu leurs reve­nus dimi­nuer. « Nous sommes à peine capa­bles de sur­vi­vre entre la hausse des prix d’une part et les bas salai­res d’autre part. La révi­sion des lois du tra­vail nous asphyxie un peu plus », témoi­gne Sukhdev Prasad, un ouvrier de Ghaziabad, cité par le site indien d’infor­ma­tion Newsclick. »

4 – Des pay­sans trahis par Modi et un oppo­si­tion affai­blie

 L’oppo­si­tion est consi­dé­ra­ble­ment affai­blie face au parti BJP de Modi, ainsi que le note L’Humanité , ce qui laisse peu de marges de manœu­vre pour contrer Modi au sein des ins­ti­tu­tions :
« «  L’Inde se réveille avec un gou­ver­ne­ment puis­sant issu de la droite hin­doue et une oppo­si­tion extrê­me­ment affai­blie. On ne pou­vait pas rêver pire  », expli­que l’his­to­rien Vijay Prashad. Le Parti com­mu­niste d’Inde (marxiste), dont la coa­li­tion obtient neuf sièges (contre 79 en 2009, un score déjà en recul), fait également le cons­tat d’une «  vague de rejet du Congrès  ». »

 De la part de pay­sans ayant voté pour Modi le sen­ti­ment de tra­hi­son est pro­fond. Un témoi­gnage est recensé par Mediapart :
« À Gazipur, « on est passé de 10 000 à 200 000 par­ti­ci­pants depuis le 26 », assure un orga­ni­sa­teur. Des chif­fres invé­ri­fia­bles, mais les fer­miers y affluent en masse de nou­veaux États indiens, en par­ti­cu­lier l’Uttar Pradesh et ses 200 mil­lions d’habi­tants, pour­tant fief du BJP. « Nous avons sou­tenu ce parti, qui nous a promis des prêts plus faci­les, des reve­nus en hausse, des aides de l’État, déplore Raj Pal Sharma, secré­taire géné­ral du puis­sant syn­di­cat agri­cole BKU. En vérité, il nous a trahis. » »

 Dans la Tribune des Travailleurs n°276 du 10 février 2021, on apprend que le budget pré­senté par Modi per­siste à accé­lé­rer le tour­nant anti-social, ce qui ne risque pas de rame­ner la popu­la­tion au calme :
« Le budget pré­senté par le gou­ver­ne­ment le 1er février montre à toute la popu­la­tion que le seul objec­tif du gou­ver­ne­ment BJP st d’enri­chir injus­te­ment un petit nombre de capi­ta­lis­tes et de gran­des entre­pri­ses. Le budget ne com­pote aucune des mesu­res socia­les dont a besoin la grande majo­rité de la popu­la­tion qui doit sup­por­ter le poids du virus et du confi­ne­ment, le chô­mage et les pertes de salaire. »

Gouvernement Modi : autoritarisme et répression

1 – Attaques contre la presse

 Le Monde pro­pose une com­pa­rai­son :
« la situa­tion actuelle [res­sem­ble] à celle qui a pré­valu pen­dant les vingt et un mois de l’état d’urgence ins­tauré en 1975 par Indira Gandhi. A savoir l’omerta géné­ra­li­sée. « Les télé­vi­sions, hélas, ne sont plus que le pro­lon­ge­ment des réseaux sociaux. Aller sur le ter­rain, faire du repor­tage, inter­ro­ger des gens d’hori­zons divers pour équilibrer les opi­nions, tout ça, c’est fini ! » »

Et sou­li­gne le cons­tat alar­mant fait par les asso­cia­tions évaluant la liberté de la presse :
« D’après le Free Speech Collective, asso­cia­tion de défense de la libre expres­sion en Inde, 154 jour­na­lis­tes ont été soit arrê­tés soit empri­son­nés dans l’exer­cice de leur tra­vail ces dix der­niè­res années, dont 67 au cours de la seule année 2020. »

 France Info rap­porte aussi un bilan préoc­cu­pant :
« Dans le der­nier clas­se­ment mon­dial de la liberté de la presse établi par Reporters sans Frontières, l’Inde n’est qu’au 142ème rang, sur 180. Lors des récen­tes mani­fes­ta­tions, plu­sieurs repor­ters ont été inquié­tés, l’un d’eux Mandeep Punia a été arrêté. Et parmi les comp­tes Twitter sus­pen­dus ce 1er février figu­rait celui d’un célè­bre maga­zine d’inves­ti­ga­tion, The Caravan. Ça res­sem­ble for­te­ment à de la cen­sure. »

2 – Attaques contre syn­di­cats et mani­fes­tants

 Le pou­voir exé­cu­tif tente d’inti­mi­der les lea­ders syn­di­caux par des enquê­tes et orches­tre la répres­sion poli­cière contre les mani­fes­tants, et ne recule devant aucun moyen. Le Monde :
« Trente-sept diri­geants syn­di­caux sont visés par ces enquê­tes pré­li­mi­nai­res men­tion­nant des accu­sa­tions de « ten­ta­tive de meur­tre » et « d’émeute et de cons­pi­ra­tion cri­mi­nelle ». La police de Delhi soup­çonne « un plan pré­conçu et bien coor­donné » pour rompre l’accord conclu entre la police et les syn­di­cats d’agri­culteurs sur le dérou­le­ment et le par­cours de la mani­fes­ta­tion. »
Plus loin dans l’arti­cle on peut lire :
« A Singhu, entre Delhi et l’Etat de l’Haryana, la pré­sence poli­cière a également été ren­for­cée, des tran­chées ont été creu­sées, des bar­riè­res de béton sup­plé­men­tai­res ont été ins­tal­lées pour couper en deux le cam­pe­ment des pay­sans, l’un des plus impor­tants autour de la capi­tale. Des dizai­nes de mil­liers d’agri­culteurs, avec trac­teurs, remor­ques et camions-citer­nes, occu­pent, depuis le 26 novem­bre, l’auto­route menant de Calcutta au Pendjab et, au-delà, à Lahore, au Pakistan. Pour affai­blir le mou­ve­ment, le gou­ver­ne­ment de l’Haryana, dirigé par un membre du parti au pou­voir, a coupé Internet depuis deux jours. »

 Même méthode rele­vée par France Info :
« Le gou­ver­ne­ment s’est donc saisi de cette oppor­tu­nité (les vio­len­ces de cer­tains pay­sans) pour deman­der la fer­me­ture de tous les comp­tes qu’il accuse d’inci­ter à la vio­lence. Twitter a d’abord obtem­péré. Et ces comp­tes sont donc deve­nus inac­ces­si­bles le 1er février, en tous cas sur le sol indien. Parmi les comp­tes blo­qués, ceux de plu­sieurs lea­ders de l’oppo­si­tion et de diri­geants syn­di­caux, comme celui de Kisan Ekta Morcha, 178 000 abon­nés. On pou­vait y lire, mais uni­que­ment en dehors de l’Inde "Notre compte Twitter est sus­pendu, le gou­ver­ne­ment cher­che à faire taire la voix des pay­sans". Le réseau social a obéi parce qu’il risque des pour­sui­tes péna­les s’il refuse de fermer ces comp­tes. Finalement, une réu­nion de conci­lia­tion a eu lieu avec le gou­ver­ne­ment et Twitter affirme avoir défendu le prin­cipe de la libre expres­sion. Les comp­tes en ques­tion sont à nou­veau acces­si­bles depuis ce mardi 2 février. »

 Mediapart sou­li­gne aussi la cen­sure exer­cée à l’encontre des comp­tes sur le réseau social Twitter :
« Le gou­ver­ne­ment s’engage dans une esca­lade contre Twitter, qui refuse de fermer cer­tains comp­tes au nom de la liberté d’expres­sion. Menacés de prison, les res­pon­sa­bles du réseau social en Inde ont fina­le­ment bloqué, ven­dredi 12 (février), 1 398 des 1 435 comp­tes récla­més par le pou­voir. L’ONG Internet Freedom Foundation dénonce une cen­sure établie sans base solide. »

 L’Humanité fait part des consé­quen­ces par­fois mor­tel­les de la répres­sion de la police aux ordres du gou­ver­ne­ment Modi :
« Face à l’indi­ci­ble, la vio­lence pré­ten­du­ment légi­time de l’État, il y a la parole qui dit la révolte. Le verbe qui se sou­lève face aux 150 morts et 400 bles­sés. »

3 – Rendre illé­gi­time le mou­ve­ment paysan, la stra­té­gie est-elle payante ?

 La stra­té­gie de sus­pen­sion des lois laisse crain­dre aux pay­sans qu’elles soient votées de façon dis­si­mu­lée une fois la contes­ta­tion calmée. C’est ce que rap­porte Reporterre :
« La Cour suprême a ordonné mardi 12 jan­vier la sus­pen­sion des trois lois agri­co­les, appe­lées Farm Bills, à l’ori­gine de la crise. Auparavant, de nom­breux rounds de négo­cia­tion entre les fer­miers et le gou­ver­ne­ment avaient échoué, au point que la plus haute ins­ti­tu­tion du pays a été forcée d’inter­ve­nir. »

« Les orga­ni­sa­tions pay­san­nes flai­rent le piège : faire mine de recu­ler pour mieux passer. « Cela va per­met­tre de dénon­cer nos mani­fes­ta­tions, a ainsi réagi le compte twit­ter du mou­ve­ment, bap­tisé Kisan Ekta Morcha. Les porte-paro­les du BJP vont pou­voir deman­der “pour­quoi les agri­culteurs pro­tes­tent-ils alors que les lois ont été sus­pen­dues ?” »

 La vio­lence de cer­tains mani­fes­tants a lar­ge­ment été média­ti­sée pour affai­blir le mou­ve­ment au yeux de l’opi­nion publi­que, ce qu’ont bien com­pris les syn­di­cats d’agri­culteurs cités par Le Monde :
« Les syn­di­cats d’agri­culteurs ont bien com­pris le piège qui les menace après les vio­len­ces per­pé­trées, notam­ment lors­que les mani­fes­tants avaient envahi le Fort rouge, bâti­ment emblé­ma­ti­que de la capi­tale, sym­bole de l’indé­pen­dance : la divi­sion et la délé­gi­ti­ma­tion de leur mou­ve­ment. Ils ont condamné les actes de vio­lence et ont renoncé à une nou­velle marche sur la capi­tale, prévue le jour de la pré­sen­ta­tion du budget du gou­ver­ne­ment, le 1er février. Ils veu­lent à tout prix éviter de nou­vel­les confron­ta­tions avec les forces de l’ordre, qui pour­raient nuire à leur image et affai­blir le mou­ve­ment, jusque-là paci­fi­que et popu­laire. »

 Mais malgré les inter­dic­tions, les pay­sans conti­nuent de se battre pour obte­nir de meilleu­res condi­tions d’exis­tence. Le Monde :
« La contes­ta­tion pay­sanne en Inde prend chaque jour plus d’ampleur. Après le Pendjab et l’Haryana, elle a gagné l’Uttar Pradesh, où des mee­tings géants se tien­nent pres­que quo­ti­dien­ne­ment pour pro­tes­ter contre la réforme du gou­ver­ne­ment libé­ra­li­sant les mar­chés agri­co­les. Vendredi 5 février, plus de 10 000 pay­sans se sont ras­sem­blés dans la ville de Shamli, au cœur d’une région de culture de canne à sucre, pour assis­ter à un mee­ting, bra­vant l’inter­dic­tion du gou­ver­ne­ment régio­nal de se ras­sem­bler. »

 La déter­mi­na­tion des pay­sans est sou­li­gnée par ce témoi­gnage lu sur Mediapart :
« « Nous revien­drons à la table des négo­cia­tions une fois ces lois reti­rées, expli­que Abhishek Singh. Nous exi­geons que les prix mini­maux soient obli­ga­toi­res pour tous les types de cultu­res, et étendus à tous les États. » Des deman­des que le gou­ver­ne­ment juge inac­cep­ta­bles. Malgré de nom­breu­ses dis­cus­sions avec les unions agri­co­les, les mani­fes­tants conti­nuent donc à affluer. En ce mois de décem­bre, les nuits sont gla­cia­les autour de Delhi et au moins trente per­son­nes sont mortes de froid sur le chemin. »

4 – Soutiens du show biz

 Les pay­sans indiens ne connais­sent pas tou­jours ces sou­tiens qui ont été vive­ment cri­ti­qués par le gou­ver­ne­ment Modi.

 On se demande ce que peut appor­ter la fameuse Greta Thunberg aux pay­sans indiens... RT France nous éclaire :
« La « boîte à outils » par­ta­gée par la mili­tante écologiste sué­doise de 18 ans [Greta Thunberg] encou­rage à signer une péti­tion qui condamne la « vio­lence d’État » qui aurait lieu en Inde contre les mani­fes­tants, et men­tionne dif­fé­rents hash­tags à uti­li­ser sur Twitter pour sou­te­nir les agri­culteurs. Elle appelle également à orga­ni­ser des mani­fes­ta­tions devant les ambas­sa­des indien­nes par­tout dans le monde les 13 et 14 février, comme le relève la Deutsche Welle. »

 Deuxième exem­ple du genre, la nièce de Kamala Harris, vice pré­si­dente US. Article aussi déni­ché sur RT France :
« La nièce de la vice-pré­si­dente amé­ri­caine d’ori­gine indienne Kamala Harris a également donné de la voix. « Nous devrions tous être scan­da­li­sés par les fer­me­tu­res d’inter­net en Inde et la vio­lence de para­mi­li­tai­res contre les agri­culteurs qui mani­fes­tent », a tweeté Meena Harris. »

Antoine Bourge
Le 13 février 2021

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