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Défense du syndicalisme étudiant

par Pascal MORSU, le 27 mars 2021

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Ayant été mili­tant et res­pon­sa­ble inter­mé­diaire de l’UNEF ID au tour­nant des années 70-80, ce n’est pas sans colère que j’assiste aux débats actuels autour de l’UNEF et du syn­di­ca­lisme étudiant. Je désire donc appor­ter mon éclairage à ces dis­cus­sions, et espère ainsi aider les jeunes qui dési­rent com­bat­tre l’injus­tice et l’obs­cu­ran­tisme à se réap­pro­prier cette Histoire, ses Hauts Faits comme ses fai­bles­ses.

Cette contri­bu­tion semble d’autant plus néces­saire que nous assis­tons à une offen­sive ter­ri­ble contre l’Enseignement Supérieur et la Recherche Publique de la part du gou­ver­ne­ment Macron. Inutile de le cacher : la récente loi de pro­gram­ma­tion de la Recherche (la LPR) est un coup impor­tant porté aux étudiants et aux uni­ver­si­tai­res. Pour résis­ter, les étudiants ont besoin d’un authen­ti­que syn­di­cat.

Retour sur l’Histoire de l’UNEF

On se sou­vient qu’en 1968, la grève géné­rale avait mis en lumière l’impor­tance de la ques­tion uni­ver­si­taire (projet de réforme Fouchet). On sait aussi que l’UNEF y eut un rôle déter­mi­nant, per­met­tant de cen­tra­li­ser le combat des étudiants contre De Gaulle et Pompidou.

La Grève Générale jugu­lée, le gou­ver­ne­ment De Gaulle-Pompidou fit voter la loi Edgar Faure qui ins­tau­rait la coges­tion à l’Université. Afin d’être en mesure de bais­ser les res­sour­ces allouées à l’Enseignement Supérieur, d’endi­guer la montée du nombre d’étudiants, l’UNEF et les syn­di­cats ensei­gnants étaient invi­tés à s’asso­cier à la mise en place des plans du gou­ver­ne­ment, en pre­mier lieu dans les conseils d’Université et les conseils d’UER.

C’est fon­da­men­ta­le­ment cette ques­tion qui fit voler en éclat l’unité de l’UNEF en 1971 : l’UNEF allait-elle ou pas s’asso­cier à la poli­ti­que anti-uni­ver­si­taire du régime gaul­liste ? Et après toutes ces années, nous res­tons convain­cus qu’en refu­sant le sys­tème de la Participation, dans un contexte où le gau­chisme le plus déli­rant fai­sait les dégâts qu’on sait dans les campus, le main­tien d’une UNEF (sous le sigle « Unité Syndicale ») permit de pré­ser­ver l’avenir – quel que soit son affai­blis­se­ment d’alors.

Les années qui sui­vi­rent furent dif­fi­ci­les pour l’UNEF (US). Il fallut recons­truire pied à pied face aux sar­cas­mes gau­chis­tes et aux pres­sions des par­ti­sans de la coges­tion, sou­vent liés à un PCF en plein recul, et à l’UNEF Renouveau. En tout cas, l’acti­vité de cette géné­ra­tion, qui pré­céda la mienne, permit à une force syn­di­cale indé­pen­dante de réé­mer­ger à l’Université, de façon limi­tée mais réelle.

C’est sur une orien­ta­tion pré­cise qu’eut lieu ce début de recons­truc­tion. A partir du milieu des années 70, l’UNEF (Unité Syndicale) n’eut cesse de mener un combat quo­ti­dien, quasi-obses­sion­nel, pour les reven­di­ca­tions étudiantes, contre les conseils de ges­tion uni­ver­si­taire et la par­ti­ci­pa­tion à ceux-ci. Dans com­bien d’UER avons nous exigé le dédou­ble­ment des TD, des exa­mens qui ne soient pas des concours dégui­sés, etc. ! Et puis il y avait la défense des œuvres uni­ver­si­tai­res… Sans aucun doute avons nous été moins brillants avec la MNEF, dont nous avons ménagé la direc­tion (liée au PS et notoi­re­ment étrangère au monde étudiant, pour le dire cour­toi­se­ment). Mais au final le bilan de cette géné­ra­tion poli­ti­que est plus qu’hono­ra­ble.

Puis il y eut le projet de réforme Saunier-Seité qui visait au rap­pro­che­ment Université-entre­pri­ses, à en finir avec le sys­tème natio­nal d’Enseignement Supérieur. Durant la grève étudiante que sus­cita ce projet, les mili­tants de l’UNEF (US) mirent toutes leurs forces dans la bataille pour infli­ger une défaite à Giscard d’Estaing, notam­ment en défen­dant la pers­pec­tive d’une montée natio­nale à Paris. Cette montée n’eut pas lieu, mais les liens de l’UNEF avec les étudiants se ren­for­cè­rent. Quant au mot d’ordre de montée à Paris, on sait l’impor­tance qu’il prit dix ans plus tard, lors de l’affron­te­ment avec Devaquet, qui, fon­da­men­ta­le­ment, vou­lait pour­sui­vre dans la voie tracée par Saunier-Seïté.

C’est tout ce tra­vail qui fait qu’à la fin des années 70, l’UNEF était incontes­ta­ble­ment deve­nue la force domi­nante des campus. A Grenoble, à Clermont, à Dijon, dans cer­tai­nes uni­ver­si­tés pari­sien­nes (Nanterre, Jussieu...), l’UNEF réu­nis­sait alors plu­sieurs cen­tai­nes d’étudiants chaque semaine.

Inséparablement, des étudiants venant d’autres hori­zons rejoi­gni­rent l’UNEF : socia­lis­tes, mili­tants de la Ligue Communiste (ancê­tre du NPA), etc. On notera que la place des étudiants non affi­liés à un parti ou un autre res­tait faible, ce qui donne idée du chemin qui res­tait à par­cou­rir….

Au final, ce sont ces pro­grès quan­ti­ta­tifs et qua­li­ta­tifs qui per­mi­rent de pro­cla­mer l’UNEF Indépendante et Démocratique en 1980. Ce n’était pas encore la grande UNEF de l’après-guerre, mais des pro­grès réels avaient été réa­li­sés. Et répé­tons-le : l’orien­ta­tion d’alors du syn­di­cat était celle d’un combat continu contre la coges­tion. Aucune recons­truc­tion ne peut se faire sans mener cette acti­vité.

La chute

En 1981, le gou­ver­ne­ment Mitterrand émit une vague pro­messe d’abro­ga­tion de la loi Faure à propos de laquelle per­sonne ne pou­vait s’illu­sion­ner (il s’agis­sait tout au plus de « moder­ni­ser » le sys­tème coges­tion­naire).

Pourtant, sous ce pré­texte, la direc­tion d’alors de l’UNEF décida d’inté­grer le jeu de la Participation et ses intri­gues soit-disant pour « faire entrer le chan­ge­ment à l’Université ». En fai­sant ce choix, les diri­geants de l’UNEF rom­paient avec la propre his­toire de l’orga­ni­sa­tion et l’enga­geaient dans la voie du déclin. Tout le tra­vail des années 70 allait être balayé en quel­ques années.

Partout, les struc­tu­res de l’UNEF, ses comi­tés d’action s’étiolèrent. La mobi­li­sa­tion de 1986, contre le projet Devaquet, est lar­ge­ment un chant du cygne. Le rôle de l’UNEF, ser­vant d’épine dor­sale à la coor­di­na­tion natio­nale étudiante, y fut déci­sif et contri­bua gran­de­ment à la défaite de Devaquet et Chirac. Mais l’UNEF était déjà exsan­gue, trans­for­mée en champ clos des affron­te­ments de mili­tants divers et de leurs peti­tes ambi­tions, sou­vent très maté­riel­les.

Désormais réduite à un appa­reil de plus en plus désin­carné, à une pou­pon­nière du Parti Socialiste, l’UNEF s’est sur­vé­cue à elle-même pour un temps. D’autant plus que les gou­ver­ne­ments, bons prin­ces, n’hési­taient pas à sub­ven­tion­ner une « action syn­di­cale » aussi com­plai­sante. Les « élus » étudiants dis­po­sent désor­mais d’un statut, ce qui les rend d’autant plus étrangers à la vie réelle des amphis.

Et au final, il y eut cette réu­ni­fi­ca­tion sinis­tre de 2001, où quel­ques poi­gnées de mem­bres de l’UNEF Solidarité Étudiante acce­ptè­rent de se prêter à la comé­die de la « Grande UNEF » dans un congrès où fut défi­ni­ti­ve­ment enter­rée toute réfé­rence à la lutte contre la coges­tion. Évidemment, les grands absents de ce cirque, ce furent les étudiants qui savaient bien que tout ceci ne les concer­nait pas. Certes, en 2006, l’UNEF eut encore un rôle réel dans la mobi­li­sa­tion contre le CPE – encore qu’il ne soit pas com­pa­ra­ble à qu’elle avait eu en 1986. Une agonie n’est jamais linéaire.

Il faut le reconnaî­tre : nous sommes sans doute au terme de ce long déclin. Nationalement, l’UNEF est lar­ge­ment deve­nue une coquille vide, incontes­ta­ble­ment mino­ri­taire (voire mar­gi­nale) dans les campus. L’état de sa direc­tion reflète lar­ge­ment celui de la gauche offi­cielle. Nationalement, l’implo­sion du PS a permis à une nou­velle direc­tion, encore plus imma­ture, pro­fon­dé­ment étrangère au mou­ve­ment ouvrier et à ses tra­di­tions, de pren­dre la direc­tion de l’orga­ni­sa­tion. Seules quel­ques sub­ven­tions per­met­tent à un état-major d’une poi­gnée de mem­bres de faire le tour d’AGE [1] au sein de laquelle se réu­nis­sent rare­ment plus d’une dizaine d’étudiants. C’est ça l’UNEF ?

Désorientation maximale

Concluons. Quiconque observe l’acti­vité de l’UNEF actuelle voit bien com­bien celle-ci est deve­nue lar­ge­ment étrangère aux étudiants.

À l’Université, la récente loi de pro­gram­ma­tion de la Recherche est un pas très impor­tant dans la voie du déman­tè­le­ment-pri­va­ti­sa­tion de la Recherche publi­que, du déman­tè­le­ment du statut d’Enseignant-cher­cheur, de la régio­na­li­sa­tion de l’Enseignement Supérieur (auquel nous résis­tons depuis au moins 1976 !). Cette loi vient même d’être com­plé­tée par une ordon­nance qui, uti­li­sant le pré­texte de la pan­dé­mie, auto­rise les conseils à déro­ger au code de l’Éducation. Mais qui siège dans ces conseils, qui met en place ces mesure ? Les diri­geants de l’UNEF, entre autre.

Autre exem­ple. La pan­dé­mie, qui dure depuis un an, a plongé dans la misère des jeunes par mil­liers. Face à cette misère, les CROUS doi­vent pren­dre en charge le ravi­taille­ment gra­tuit des étudiants, les cités U doi­vent être mises à dis­po­si­tion gra­tui­te­ment de tous les étudiants qui en ont besoin. Mais de tout ceci, les diri­geants de l’UNEF ne par­lent guère, voire pas du tout.

Une complaisance assumée envers l’aliénation religieuse

« Le 59ème congrès de l’UNEF réaf­firme la néces­sité d’un syn­di­cat regrou­pant la grande masse des étudiants pour la défense de leurs inté­rêts maté­riels et moraux, indé­pen­dam­ment de leur opi­nion reli­gieuse poli­ti­que ou phi­lo­so­phi­que. Ce syn­di­cat c’est l’UNEF ».

A l’opposé de ces lignes tou­jours aussi actuel­les, la direc­tion de l’UNEF s’est trou­vée une nou­velle croi­sade, « l’anti­ra­cisme » soit-disant « poli­ti­que ». Sans doute y a t il der­rière ceci la volonté de trou­ver des accords avec des orga­ni­sa­tions étrangères à la démo­cra­tie, au mou­ve­ment ouvrier. On survit comme on peut.

Mais il faut être concret. En 2016, eut donc lieu une scène stu­pé­fiante lors de la réu­nion du Collectif National de l’UNEF :

« En octo­bre 2016, à l’uni­ver­sité de Nanterre, se tient le col­lec­tif natio­nal où William Martinet doit faire ses adieux. Quelques « cama­ra­des » ont une demande très par­ti­cu­lière. Ils veu­lent dis­po­ser d’une salle pour prier. La déci­sion est prise de leur lais­ser une pièce qui doit servir, plus tard, à un ate­lier de for­ma­tion. Un SMS est même envoyé pour dire que l’on peut y prier si on le désire » (Le Monde, 6.X.2017).

Puis ce fut la dési­gna­tion d’une res­pon­sa­ble d’AGE por­tant le voile. Certes, aucune loi n’inter­dit à un syn­di­ca­liste d’affi­cher ses croyan­ces. Mais faire le choix d’une porte-parole affi­chant sa reli­gio­sité, quelle qu’elle soit, n’a rien d’anodin. C’est faire le choix de la divi­sion, entre ceux qui accep­tent la reli­gio­sité et ceux qui la réprou­vent.

Répétons-le : jamais à l’époque de l’UNEF, orga­ni­sa­tion qui affi­chait son uni­ver­sa­lisme, vis­cé­ra­le­ment laïque, nous n’aurions accepté qu’un de nos cadres arbore un tel accou­tre­ment.

Diviser, encore et encore

Ensuite, a eu lieu la sinis­tre affaire de Grenoble, ini­tiée par le refus fait par un prof (suivi d’un autre) d’endos­ser le concept volon­tai­re­ment ambigu d’ « isla­mo­pho­bie ». En consé­quence, toute une cam­pa­gne calom­nieuse s’est immé­dia­te­ment enga­gée visant à les pré­sen­ter comme « fachos ».

Certes, ces ensei­gnants n’ont pas tou­jours exprimé ce refus avec les mots adé­quats – ce ne sont pas des pro­fes­sion­nels de la poli­ti­que. Mais sur le fond com­ment ne pas les com­pren­dre ? Comment ne pas saisir que sous cou­vert d’anti­ra­cisme, on manie l’ambi­guïté vis-à-vis d’une reli­gion ?

Du bout des lèvres, face au scan­dale, la direc­tion de l’UNEF a pris ses dis­tan­ces avec ses mili­tants gre­no­blois, cou­pa­bles d’avoir usé de métho­des par­ti­cu­liè­re­ment hon­teu­ses. Mais sur le fond, elle n’a pas bougé d’un iota : « La défi­ni­tion de l’isla­mo­pho­bie, c’est l’hos­ti­lité envers l’islam et les musul­mans » a déclaré la pré­si­dente de ce qu’il reste de l’UNEF. Mensonge ! Un isla­mo­phobe est une per­sonne vis­cé­ra­le­ment hos­tile à l’Islam, pas for­cé­ment aux musul­mans.

Cette prise de posi­tion pro­vo­ca­trice est un cadeau de plus fait aux réac­tion­nai­res de tous poils, ceux pour qui un syn­di­cat étudiant, même dans cet état, c’est trop. Une UNEF sou­te­nant ouver­te­ment les obs­cu­ran­tis­tes de tous poils ? Rien de mieux pour ali­men­ter un climat liber­ti­cide !

Racialisme et sexisme

Et désor­mais, il y a l’affaire des réu­nions non-mixtes. Un uni­ver­si­taire défen­seur de la médio­cre direc­tion de l’UNEF, R. Morder, affirme que face aux modi­fi­ca­tions du milieu étudiant, les syn­di­cats « cher­chent d’autres modè­les, d’autres formes d’orga­ni­sa­tion, d’expres­sion », d’où ces réu­nions [2].

On peut le suivre sur un point. Effectivement, de telles réu­nions « non-mixtes », n’ont jamais existé à l’époque où la recons­truc­tion de l’UNEF était une réa­lité. Nous étions pour ras­sem­bler les étudiants sur la base des reven­di­ca­tions de la défense de l’Enseignement Supérieur, pas les divi­ser, sur­tout sur la base de leur sexe ou leur cou­leur de peau. Celui qui aurait défendu une telle idée se serait immé­dia­te­ment fait mar­gi­na­li­ser, et c’est très bien ainsi.

Pourtant la pra­ti­que exis­tait déjà ailleurs : la LCR, l’ancê­tre du NPA actuel, avait cons­ti­tué des grou­pes sexis­tes en son sein. Le refus de ces pra­ti­ques par la majo­rité de l’UNEF était donc un choix cons­cient et par­fai­te­ment ren­sei­gné. Cette majo­rité, proche de l’OCI « lam­ber­tiste », était farou­che­ment oppo­sée à des ini­tia­ti­ves, qui ne pou­vaient que divi­ser les jeunes. C’eut été affai­blir l’unité néces­saire au combat contre le gou­ver­ne­ment de Giscard d’Estaing.

Et puis­que Morder étale sa confu­sion sur le sujet, reve­nons sur le cas des étudiants étrangers. Le syn­di­cat étudiant encou­ra­geait bien ces étudiants à com­bi­ner leur acti­vité dans l’UNEF avec celle qu’ils menaient dans leurs pro­pres orga­ni­sa­tions natio­na­les, l’UNEM (Maroc), la FEANF (Afrique Noire), etc. Mais en aucun cas il ne s’agis­sait de mettre en place des struc­tu­res menant à la divi­sion du syn­di­cat étudiant. Ces asso­cia­tions, indé­pen­dan­tes de l’UNEF, per­met­taient avant tout à ce que les étudiants concer­nés se défen­dent face aux gou­ver­ne­ments des pays d’ori­gine (mon­tant des bour­ses, répres­sion dans ces pays, etc.).

Défense du syndicalisme indépendant

Finalement, la plus grave accu­sa­tion qu’il faut porter contre les diri­geants UNEF est que leurs pro­vo­ca­tions imbé­ci­les ne font qu’aider un des gou­ver­ne­ments les plus réac­tion­nai­res qu’ait connu la V° République, alors qu’il accen­tue autant que pos­si­ble les traits auto­ri­tai­res du régime (cf. la loi sur le Séparatisme).

En fait, au lieu de défen­dre réel­le­ment les étudiants, de les ras­sem­bler contre Vidal et Macron, les diri­geants de l’UNEF les divi­sent. La logi­que de leur acti­vité ne peut qu’abou­tir à la liqui­da­tion de l’UNEF comme authen­ti­que orga­ni­sa­tion syn­di­cale.

Pour Blanquer, Vidal et Macron : c’est une aubaine. Cette poli­ti­que folle leur permet de pren­dre la pos­ture de défen­seurs de la République mena­cée, d’oppo­sants à l’ethno-dif­fé­ren­cia­lisme. Tout ceci ne fait que légi­ti­mer la cam­pa­gne de Vidal contre l’islamo-gau­chisme, ses atta­ques contre les liber­tés aca­dé­mi­ques - au bout du compte, il y a la casse du statut des uni­ver­si­tai­res. Quant aux outran­ces de la pré­si­dente de l’UNEF, elles ont permis à Blanquer de crier au fas­cisme, d’autres dépu­tés de droite allant jusqu’à deman­der la dis­so­lu­tion du syn­di­cat.

Face à de telles cam­pa­gnes, bien naïf serait celui res­te­rait neutre en s’appuyant sur le dégoût que sus­cite la poli­ti­que des racia­lis­tes de l’UNEF.

Il ne s’agit évidemment pas pour Blanquer et Vidal de com­bat­tre « le fas­cisme ». La vérité est que la bour­geoi­sie n’a jamais renoncé à domes­ti­quer les syn­di­cats de classe, por­teurs d’authen­ti­ques reven­di­ca­tions et indé­pen­dants de l’État capi­ta­liste. Disposer d’un droit de regard de l’État sur le fonc­tion­ne­ment, les ini­tia­ti­ves de ces orga­ni­sa­tions, serait un pas impor­tant en ce sens.

C’est pour­quoi il faut s’oppo­ser à toute sanc­tion, à toute mesure de contrôle de l’UNEF. Car si Blanquer et Vidal arri­vaient à leurs fins, la recons­truc­tion d’un authen­ti­que syn­di­cat étudiant serait encore plus dif­fi­cile.

P. Morsu

Le 24.III.2021

Remerciements à V. Présumey


[1AGE : Association Générale d’Étudiants – structure de base de l’UNEF dans les villes étudiantes.

[2Il est vrai que Morder s’affirme dans ce texte partisan de l’autonomie universitaire, ce qui en dit long sur ses intentions.