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L’UE est morte, mais elle ne le sait pas encore.

par Denis COLLIN, le 4 avril 2021

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L’UE est morte, mais elle ne le sait pas encore.

La pan­dé­mie a fait une vic­time de taille : l’UE. Sous la pres­sion des cir­cons­tan­ces, tout l’édifice plus digne de la « Demeure du chaos » de Saint Romain que l’art des bâtis­seurs de cathé­dra­les, s’est fis­suré en de mul­ti­ples lignes et n’attend plus que la secousse minime qui le mettra à bas. Quelques exem­ples suf­fi­sent.

Face la pan­dé­mie, on allait voir ce qu’on allait voir. Sous la hou­lette de Mme Ursula von der Leyen, l’UE devait assu­rer l’achat des vac­cins, leur répar­ti­tion et la coor­di­na­tion de l’action dans tous les pays. Le résul­tat est pro­bant : les contrats avec les pro­duc­teurs de vac­cins ont été rédi­gés par des ama­teurs et sans le moin­dre risque de sanc­tion les indus­triels de « big pharma » aug­men­tent leurs tarifs et limi­tent les livrai­sons. Le seul pays de l’UE qui s’en sort à peu près bien est… le Royaume-Uni qui, jus­te­ment, s’en sort parce qu’il s’est sorti de l’UE et que son gou­ver­ne­ment a relevé les man­ches et sorti les mil­liards de livres ster­ling quand il l’a fallu.

Puissance économique de pre­mier plan, sur le papier, l’UE est révé­lée n’être qu’un « tigre en papier » comme on disait dans la Chine maoïste. Des 27 pays qui com­po­sent l’UE, aucun n’a été capa­ble de pro­duire un vaccin. Certes le vaccin Pfizer est inventé par un labo­ra­toire alle­mand, mais, signe des temps, c’est un indus­triel amé­ri­cain qui le pro­duit. On connais­sait depuis long­temps le même phé­no­mène en infor­ma­ti­que : une « star­tup » euro­péenne déve­loppe un pro­duit (en géné­ral avec l’aide de l’État) puis, si ça marche, elle est rache­tée par l’un des mem­bres de la bande des quatre qui sont cinq (GAFAM). Tout cela est révé­la­teur du déclin pro­fond et peut-être irré­ver­si­ble de la vieille Europe, qui pourra, si la pan­dé­mie s’arrête un jour, se recy­cler en parc à thèmes pour riches tou­ris­tes chi­nois. Au sein de l’UE, les pays fon­da­teurs sont par­ti­cu­liè­re­ment tou­chés : la France d’abord qui a connu une débâ­cle sani­taire que le com­men­ta­teur Jacques Julliard, d’ordi­naire très modéré, com­pare à la débâ­cle mili­taire de 1940. Rien de moins ! Sous la férule de l’agent de Goldmann-Sachs, Mario Draghi, l’Italie est sur les genoux. Mais l’Allemagne ne va pas beau­coup mieux.

Du coup l’UE, qui devait être un espace unifié, per­met­tant aux hommes et aux capi­taux de cir­cu­ler libre­ment, retrouve les vertus des fron­tiè­res natio­na­les. Test PCR par­tout, qua­ran­tai­nes, contrô­les, inter­dic­tions… On a même redé­cou­vert qu’il y avait une fron­tière entre la France et la Principauté de Monaco, micro­royaume d’opé­rette, spé­cia­lisé dans les scé­na­rios pour gazet­tes à scan­dale et dans le recy­clage du fric des mafias russes. Du point de vue de tous les gou­ver­ne­ments euro­péens — et du point de vue sani­taire aussi — ces his­toi­res de fron­tiè­res sont dépour­vues de sens. Un Français peut se dépla­cer de Menton à Beausoleil (moins de 10 km), mais il ne peut se rendre à Vintimille qui n’est pas plus éloignée. Le virus ne cir­cu­le­rait donc pas entre Menton et Beausoleil alors que le pas­sage de la fron­tière le ren­drait viru­lent ? Cette absur­dité n’a qu’un sens : quand tout va mal, il ne reste que l’État-nation et ses fron­tiè­res. La mul­ti­pli­ca­tion des res­tric­tions au dépla­ce­ment des citoyens de l’UE est la signa­ture que plus aucun gou­ver­ne­ment ne « croit » à l’UE.

Ne par­lons pas du « plan de relance », décidé voilà plu­sieurs mois, approuvé le 21 février 2021, et dont pas un seul euro n’a été dépensé. Si : le plan « faci­lité reprise et rési­lience » (FRR) pré­voyait 750 mil­liards d’euros et après le vote on s’aper­çoit qu’il est retombé à 672,5 mil­liards. Pendant ce temps, les États-Unis, moins peu­plés que l’UE, ont voté et com­mencé de mettre en œuvre un plan de relance de 1700 mil­liards de dol­lars ! Le plan amé­ri­cain sera financé par la plan­che à billets, c’est-à-dire la puis­sance amé­ri­caine, appuyée sur sa puis­sance mili­taire qui va se déve­lop­per grâce à des inves­tis­se­ments mas­sifs. Le plan euro­péen FRR sera financé… en taillant dans les retrai­tes et les droits sociaux des citoyens des 27 pays.

Caton ter­mi­nait ses dis­cours par « Carthago delenda est ». « UE delenda est », l’UE doit être détruite, il n’y a pas d’alter­na­tive.

Le 4 avril 2021