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Correa, Mélenchon et l’Équateur

par Jean-Paul DAMAGGIO, le 16 avril 2021

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Rafael Correa en est per­suadé, s’il avait été dans son pays, son can­di­dat aurait gagné. Quand tout tient dans un leader, le leader détient toutes les expli­ca­tions ! Or en 2017 il a sou­tenu Lenin Moreno qui a gagné mais le cor­réisme a perdu puis­que Moreno a trahi !

En 2017 il a gagné-perdu, et en 2021 il a perdu-perdu mais son propos est triom­pha­liste quand on lit les répon­ses aux ques­tions de la BBC Mundo. Si bien que la pro­chaine fois, il gagnera !

Le score qu’il retient c’est celui du second tour d’Andrés Arauz 47,5% sauf qu’il y a une ano­ma­lie que le jour­na­liste pour­tant peu com­plai­sant évite : au pre­mier tour les trois can­di­dats de gauche tota­li­saient 67%.

En fait Andrés Arauz s’est pris au piège : au pre­mier tour il a fait réfé­rence à Correa pour ras­sem­bler les cor­réis­tes qui en effet pèsent autour de 30%, puis au second il a tenté de s’en dis­tan­cer mais pas assez car Correa n’enthou­siasme plus au-delà de 30%. C’est ce qu’avait réussi en 2017 Lenin Moreno qui savait que l’ombre de l’ancien pré­si­dent est source d’échec.

Le long entre­tien de BBC Mundo reste à la super­fi­cie des ques­tions en cen­trant le propos sur la cor­rup­tion. J’ai noté que Mélenchon fai­sant sa revue de la semaine fait de même pour­tant à la fin il évoque, sans être précis, le « sec­ta­risme » (c’est son mot) de cette gauche qui a fat battre Arauz. Pour com­pren­dre il faut écouter Yaku Pérez le can­di­dat de la gauche rurale, la gauche pay­sanne et sou­vent indi­gène :

« Le cor­réisme tient un dis­cours anti-impé­ria­liste mais s’age­nouille devant l’impé­ria­lisme chi­nois [1], il prône l’écologie mais ensan­glante la Pachamama, il se dit socia­liste et il pri­va­tise les ports, la com­pa­gnie de télé­phone, les zones pétro­liè­res et les mines. »

Andrés Arauz n’ayant pas de véri­ta­ble projet propre s’est contenté de répé­ter au second tour que son adver­saire était un ban­quier ce que toute le monde savait depuis très long­temps puis­que c’est sa troi­sième pré­sence au second tour !

Alors oui Andrés Arauz a subi les coups des adver­sai­res car telle est la guerre poli­ti­que, mais à l’heure du bilan il ne suffit pas de dire comme le fait Mélenchon, qu’autre­fois au second tour la gauche savait s’unir, et qu’il est triste de cons­ta­ter que ce n’est plus le cas. Il ne s’agit pas de tirer des leçons géné­ra­les à partir du cas de l’Equateur, un pays avec lequel j’ai un lien phy­si­que, mais de bien mesu­rer les réa­li­tés. La gauche qui ne veut pas s’unir avec Correa s’était unie à lui, au départ, mais après dix ans de règne, elle juge les faits, et non plus les inten­tions. A un moment de son propos sur sa chaine Youtube Mélenchon rap­pelle les liens his­to­ri­ques entre des forces démo­cra­ti­ques d’Equateur et la révo­lu­tion fran­çaise or jus­te­ment cette gauche là, que j’ai envie de dire élitiste, bour­geoise, a tou­jours craché sur les pay­sans indi­gè­nes et leurs luttes, au nom de la supré­ma­tie de l’urbain et de la classe ouvrière.

Le mou­ve­ment indi­gène qui a appelé for­te­ment au vote blanc (16%), bien que classé à gauche, a consi­déré que ses mobi­li­sa­tions seraient plus écoutées par Guillermo Lasso que par Andrés Arauz. Cette expé­rience a pu être véri­fiée avec Lenin Moreno qui a cédé devant les mani­fes­ta­tions popu­lai­res, quand Correa ne cédait jamais.

Et voilà que Mélenchon note lui aussi, que Guillermo Lasso est peut-être de nature à calmer la conflic­tua­lité dans le pays.

Mais Rafael Correa est-il capa­ble de tirer les leçons de l’élection ?

Il est prêt à faire une auto­cri­ti­que : il n’aurait pas dû choi­sir Lenin Moreno comme son suc­ces­seur, puis­que c’est lui qui a orga­nisé la mort du cor­réisme en refu­sant que Correa soit can­di­dat au poste de pré­si­dent comme au poste de vice-pré­si­dent. Et comme Mélenchon, il espère que le nou­veau pré­si­dent, bien que de droite, saura être plus indul­gent avec lui puis­que son conseiller Jaime Durán Barba a affirmé que « Correa a été pour­suivi par Moreno de manière absurde ». Jaime Durán Barba a aidé Macri à gagner en Argentine et son propos n’a qu’une fonc­tion électoraliste, Correa devrait le savoir. En fait Lasso va faire ce que tout pré­si­dent de droite sait faire : accroî­tre le fossé entre les forces d’émancipation pour qu’une telle divi­sion empê­che la nais­sance d’une alter­na­tive. Et en face, s’il y en a un qui est inca­pa­ble de réduire la frac­ture c’est bien Correa. J-P Damaggio

Sources :

https://www.bbc.com/mundo/noti­cias-ame­rica-latina-56740650

https://melen­chon.fr/2021/04/15/rdls135-les-lecons-de-lequa­teur-vac­cins-levez-les-bre­vets-com­bat­tre-le-law­fare/


[1Ce qu’a fait aussi Moreno en acceptant des intérêts à 6,5% pour un prêt financier de la Chine.