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Maudits assassins.

Luana d’Orazio et le massacre continu des travailleurs

par , le 5 mai 2021

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Les machines mangent les ouvriers parce que le profit mange tout droit de celui qui travaille, y compris le droit à la vie.

Luana, 22 ans, tra­vaillait dans une usine tex­tile à Montemurlo, Prato, en Toscane. Elle a été aspi­rée par la machine et mise en pièces. Une mort atroce, un crime qui aurait pu être évité, car depuis cent ans, il existe des normes et des dis­po­si­tifs de sécu­rité pour empê­cher les machi­nes de dévo­rer les tra­vailleurs. Si Luana s’est retrou­vée dans l’engre­nage qui l’a déchi­que­tée, cela signi­fie que ces normes et dis­po­si­tifs n’étaient pas en place, par manque d’entre­tien ou en raison de ryth­mes et d’une orga­ni­sa­tion du tra­vail incom­pa­ti­bles avec la sécu­rité. On ne peut y échapper, si les machi­nes et le tra­vail sont sûrs, un tra­vailleur ne pour­rait même pas se bles­ser volon­tai­re­ment, mais si cela se pro­duit, cela signi­fie que la pro­tec­tion de sa santé et de sa vie n’est pas assu­rée. Je suis sûr de ceci : les machi­nes man­gent les tra­vailleurs parce que le profit mange tous les droits de ceux qui tra­vaillent, y com­pris le droit à la vie.

En Italie, il y a un mas­sa­cre continu des tra­vailleurs, avec Covid, même avec l’arrêt de tant d’acti­vi­tés, ce mas­sa­cre est devenu encore plus mons­trueux. Dans les usines, sur les chan­tiers de cons­truc­tion, dans les champs, dans les rues, tous les jours des gens ris­quent leur vie pour un peu d’argent et beau­coup de profit, tout le monde le sait mais c’est normal. Si les ins­ti­tu­tions fai­saient leur devoir, de nom­breux lieux de tra­vail devraient être arrê­tés par les auto­ri­tés publi­ques parce qu’ils ne sont pas sûrs. Mais ce n’est pas le cas, et pas seu­le­ment parce que les gou­ver­ne­ments ont hon­teu­se­ment réduit le per­son­nel chargé des ins­pec­tions sur le lieu de tra­vail. Mais parce que les ins­pec­tions ne sont pas faites ou sont faus­ses, parce que les auto­ri­tés le veu­lent, pour ne pas nuire à la pro­duc­tion. Par contre, celui qui dénonce le risque de la vie au tra­vail est licen­cié, comme à l’ancienne Ilva, et la majo­rité du monde syn­di­cal, accepte, subit ou est com­plice. Les liber­tés cons­ti­tu­tion­nel­les qui sont encore for­mel­le­ment pro­cla­mées et dont les gens ont besoin pour se défen­dre ont été reti­rées au tra­vail ; la sup­pres­sion de l’arti­cle 18 a été un crime contre la santé et la vie de ceux qui tra­vaillent. Vous avez un tra­vail, faites-le, vous ne pouvez pas aussi vous atten­dre à avoir des droits. Soit tu manges la soupe, soit tu sautes par la fenê­tre. Et la fenê­tre est une machine qui vous dévore.
C’est un sys­tème qui tue ceux qui tra­vaillent, et qui après les habi­tuel­les larmes de cro­co­dile pour Luana, retour­nera au mas­sa­cre comme avant.

Le PIB avant tout. Draghi a déclaré que le prin­ci­pal pro­blème est la pro­duc­ti­vité du tra­vail et que, par consé­quent, pas un cen­time du mil­liar­daire PNRR n’est consa­cré à la sécu­rité des usines. Pas les hyper-tech­no­lo­gies du futur, mais celles d’aujourd’hui où un ouvrier du tex­tile meurt comme au XIXe siècle. La Confindustria est tou­jours là pour deman­der une dimi­nu­tion des règles, sinon nous ne pou­vons pas pro­duire de manière com­pé­ti­tive. Et patience si des vieux meu­rent, l’un d’eux dit. Luana avait 22 ans et était mère d’un garçon de cinq ans. Il n’y a que deux mots à dire main­te­nant : mau­dits assas­sins.
Giorgio Cremaschi - 05/05/2021 (tra­duit de l’ita­lien. Ce texte a été publié dans la lettre la Micromega)

Messages

  • Ce drame illustre de triste manière l’un des aspects de la logique capitaliste selon laquelle la protection des travailleurs reste encore trop souvent perçue comme une contrainte qui affecte les frais généraux, comme un mal nécessaire en somme, surtout si elle a pour effet d’entŕaver un tant soit peu les cadences de production.

    Dans le monde de l’entreprise, la pression des actionnaires aidant, on pense l’investissement d’abord et avant tout comme le moyen d’accroître la productivité, la protection du capital humain n’étant qu’une préoccupation secondaire.

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