Accueil > Débats > Crédit de réduction de peine...

Crédit de réduction de peine...

par LA SOCIALE, le 10 mai 2021

Enregistrer au format PDF

Etienne Tarride, avocat hono­raire, ancien­ne­ment au bar­reau de Paris, ancien membre du conseil de l’ordre, est "gaul­liste de gauche" et par ailleurs engagé dans les acti­vi­tés de l’Académie du Gaullisme. Nous publions ci des­sous un billet qu’il nous a fait par­ve­nir sur un des aspects de la poli­ti­que gou­ver­ne­men­tale en matière de déten­tion, portée par le minis­tre Dupont Moretti. Dans le contexte actuel, les éléments qu’il livre nous sem­blent fort utiles à la dis­cus­sion poli­ti­que...

----------

Monsieur Dupond Moretti, avec l’appro­ba­tion de la majo­rité par­le­men­taire, va abro­ger le sys­tème du Crédit de réduc­tion de peine ( CRP) remon­tant à 2004.

Ce sys­tème est d’autant plus mal com­pris qu’il n’est pra­ti­que­ment jamais expli­qué et qu’il appa­rait par consé­quent comme une pure fai­blesse à l’égard de délin­quants ou de cri­mi­nels sans que la moin­dre raison soit jamais avan­cée. Il a pour­tant été créé à l’ini­tia­tive de Dominique Perben qui ne passe pas pour avoir été un Garde des Sceaux par­ti­cu­liè­re­ment laxiste.

Le CRP est un sys­tème qui accorde à tout détenu dès son entrée en prison des remi­ses de peine d’ores et déjà cal­cu­lée.

  • 7 jours par mois pour le peines inférieures ou égales à 12 mois dans la limite de 2 mois
  • 3 Mois pour la première année.
  • 2 mois pour chacune des années suivantes.

A titre d’exem­ple, un condamné à trois ans de prison pourra être libéré après 29 mois soit au bout de 2 ans et 5 mois. Toutefois, en cas d’infrac­tions au règle­ment péni­ten­tiaire, le Juge de L’Application des Peines ( JAP) peut réduire ces remi­ses de peine. Il ne s’agit donc pas d’un crédit cer­tain et défi­ni­tif.

L’ abro­ga­tion de ce sys­tème méri­te­rait d’être exa­mi­née à la lumière de la scène qui s’est dérou­lée dans le box et la salle de la Cour d’Assises lors du ver­dict dans l’affaire de Viry Chatillon quand les pré­ve­nus et leurs famil­les se sont sau­va­ge­ment battus, cer­tains d’entre eux repro­chant aux autres leur atti­tude à l’égard des auto­ri­tés. La sup­pres­sion du CRP va créer les condi­tions d’affron­te­ments infi­ni­ment plus vio­lents encore dans les pri­sons de la République. Des morts et des bles­sés graves sont à crain­dre. Qu’il s’agisse de per­son­nes condam­nées ne suffit pas à s’y résou­dre. Moins encore s’il s’agit de gar­diens.

Chacun sait que les remi­ses de peine sont une abso­lue néces­sité pour espé­rer main­te­nir l’ordre dans les pri­sons. Chacun sait aussi qu’il existe dans la popu­la­tion car­cé­rale une hié­rar­chie entre les mal­fai­teurs che­vron­nés et les déte­nus plus jeunes ou moins accou­tu­més à la délin­quance.

Le CRP n’est pas un sys­tème des­tiné à satis­faire on ne sait trop quelle cha­rité molle ou on ne sait quelle fai­blesse à l’égard de mal­heu­reux condam­nés. Il est un sys­tème qui permet d’accor­der des remi­ses de peine aux gens qui ne cher­chent d’his­toi­res ni aux autres déte­nus, ni aux gar­diens et font ce qu’on leur demande sans trop rous­pé­ter. C’est une toute autre démar­che que de cher­cher à plaire à l’enca­dre­ment en cher­chant à appa­rai­tre comme un détenu modèle.

Si le CRP est aban­donné au profit des seules réduc­tions de peine au mérite, il faudra que les déte­nus se com­por­tent de manière beau­coup plus active en vue de leur réin­ser­tion ou du moins de la réin­ser­tion telle que l’admi­nis­tra­tion péni­ten­tiaire la conçoit. Leurs cama­ra­des che­vron­nés et dont la réin­ser­tion n’est pas la préoc­cu­pa­tion pre­mière, qua­li­fie­ront ce com­por­te­ment de col­la­bo­ra­tion avec l’auto­rité péni­ten­tiaire. Les repré­sailles sont cer­tai­nes. Des repré­sailles qui res­te­ront lar­ge­ment impu­nies compte tenu de la sur-occu­pa­tion des cel­lu­les et des cou­loirs, de la loi du silence et par consé­quent de la dif­fi­culté à déter­mi­ner pré­ci­sé­ment les auteurs des mau­vais trai­te­ments.

Abroger le CRP signi­fie qu’on consi­dère la prison comme une sorte de col­lège ou de camp de vacan­ces peu­plés de gamins un peu agités. Ce serait une preuve de naï­veté de la part de n’importe qui. De n’importe qui, mais pas d’Eric Dupont Moretti.

Etienne Tarride

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.