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Antifascisme de pacotille et "Nique la police" irresponsable. 14 juillet 1995. Et aujourd’hui ?

par René MERLE, le 25 mai 2021

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De ma fenê­tre, je vois, de l’autre côté de la rade, La Seyne où j’ai vécu et tra­vaillé si long­temps. Je vois le grand phal­lus métal­li­que, pont-levis des anciens chan­tiers navals, planté à l’extré­mité de ce qui fut une entre­prise de 7000 sala­riés. Aujourd’hui pelouse. « Il n’y a plus que de l’herbe » s’exclama un ancien qui n’avait pas revu le site depuis sa fer­me­ture et sa des­truc­tion… Table rase. Le capi­ta­lisme a créé les Chantiers, quand la rive n’était que roseaux, sous Badinguet. Le capi­ta­lisme les a détruits. La vie conti­nue, et le capi­ta­lisme aussi.
Mais ce 14 juillet 1995, il n’y avait pas que l’herbe… Il y avait peut-être trente mille per­son­nes ras­sem­blées devant l’estrade géante de SOS racisme, appuyé par la logis­ti­que muni­ci­pale de La Seyne. Le Front natio­nal venait de rem­por­ter l’élection muni­ci­pale de Toulon, la ville d’en face, et ces trente mille per­son­nes étaient ras­sem­blées pour signi­fier leur atta­che­ment à la République et à ses valeurs… Je connais assez la région pour avoir pu reconnaî­tre dans cette foule des gens de tous âges et d’opi­nions bien diver­ses, tous res­pon­sa­bles ce soir là d’une République que d’aucuns vou­laient démo­cra­ti­que, d’autres démo­cra­ti­que et sociale, mais que tous vou­laient République, Res publica, le bien commun…
Et j’en ai vu partir beau­coup, sur la pointe des pieds, au fur et à mesure que se dérou­lait cette soirée qui se vou­lait mémo­ra­ble, et que la presse des bons sen­ti­ments salua comme mémo­ra­ble… Ils n’atten­daient certes pas une grande messe dis­cou­reuse, mais quel­que chose comme une fusion mobi­li­sa­trice, un élan, qui aurait scellé leur com­mu­nion et leur volonté de ne pas accep­ter. Quelques mots sim­ples aussi qui auraient rendu sa dignité à une région meur­trie et poin­tée du doigt par la France "de gauche". Mais per­sonne n’y pensa. Pas plus que per­sonne ne pensa à évoquer ceux qui tra­vaillaient quel­ques années aupa­ra­vant sur ce site, à leurs apports, à leurs luttes… L’heure n’était qu’à la musi­que et aux chan­sons. Les citoyens sont trop couillons pour qu’on ne les appâte pas avec du "son" et des "people", d’autant que ces "people" étaient venus béné­vo­le­ment témoi­gner et s’enga­ger... Que deman­der de plus ?
Après un bon­jour lancé en fran­çais, en hébreu et en arabe au nom de SOS racisme par Fodé Sylla, SOS racisme nous a servi en « concert des liber­tés » un panel inter­mi­na­ble d’artis­tes « anti­fas­cis­tes », Patrick Bruel, Michel Boujenah, Toure Kunda, Manu Di bango, et j’en passe... Avec en prime N.T.M qui, en dépha­sage total avec ces mil­liers de citoyens, demanda à la foule de l’accom­pa­gner dans ses lour­des insul­tes à la police [1] (insul­tes qui lui valu­rent les suites judi­ciai­res que l’on sait)… Beaucoup d’entre nous s’en allè­rent à cet ins­tant, acca­blés. J’ai failli faire comme eux et j’aurais bien fait. Car enfin, surgi comme un diable de sa boîte, l’incontour­na­ble, vous l’avez deviné, B.H.L en per­sonne s’empara de la scène, en bras­sette avec le maire (com­mu­niste) de la Seyne, (frais rem­pla­çant d’un édile de droite), et un troi­sième larron, je ne me sou­viens pas : était-ce Gérard Paquet, le direc­teur de Chateauvallon menacé par la nou­velle mairie FN de Toulon, ou Fode Sylla... ? Ou peut-être était-ce Djack ? (En tout cas, ça n’a pas porté chance au maire com­mu­niste, qui fut battu à l’élection sui­vante…)
"L’anti­fas­cisme" people venait de faire la preuve de sa vir­tuo­sité à surfer sur l’événement et à trans­for­mer les citoyens en grou­pies... J’ai perdu sur lui ce soir là le peu d’illu­sions qui me res­taient.
Mais pour­quoi évoquer cela si long­temps après, sinon parce que nous en sommes tou­jours au même point, parce que les idées du FN sont tou­jours aussi pré­sen­tes et aussi pré­gnan­tes. Et que les « anti­fas­cis­tes » pari­siens venus par trains entiers appren­dre aux beaufs que nous étions ce qu’il fal­lait penser du FN se sont pour beau­coup conver­tis à un macro­nisme qui fait du FN (pardon, du RN) son fond de com­merce pour assu­rer la réé­lec­tion… Ce qui ne les empê­che pas de trou­ver dans un danger fas­ciste pro­blé­ma­ti­que leur raison d’exis­ter et de se jus­ti­fier. Voir BHL, et les duet­tis­tes Cohn-Bendit et Goupil. Il existe doré­na­vant un immense parti de droite extrême qui croît sans mili­tants, du simple jeu sur l’insé­cu­rité et qui se nour­rit de l’oppo­si­tion à l’anti-police rudi­men­taire et irres­pon­sa­ble, tel que nous l’avions vu avec NTM et tel que nous l’avons vu res­sur­gir ces der­niers jours.
Le "vrai" fas­cisme, celui de la dic­ta­ture et de la répres­sion meur­trière, n’est pour le moment qu’en réserve pour les tenants du capi­tal, au cas où... Mais la frag­men­ta­tion et l’impuis­sance de la gauche, ou ce qu’il en reste, ne peut que ras­su­rer les tenants de l’ordre établi.


[1« Nique ta mère, je nique la police, j’encule et je pisse sur la justice. Où sont ces enculés de bleus et la justice qui nous emmerdent toute l’année ? Les fascistes ne sont pas qu’à Toulon, ils sont en général par trois, ils sont habillés en bleu, ils ne sont pas loin derrière vous, à l’entrée. Vous voyez de qui je veux parler. »

Messages

  • Ce commentaire s’adresse au regroupement politique que dessinent les textes paraissant sur ce site, "La Sociale". Et puisqu’il faut l’inscrire quelque part, ce sera dans le fil de ce texte-ci, qui porte sur la manière dont on peut se situer vis-à-vis des pratiques policières.

    Un texte auquel je n’ai rien de notable à opposer, le discours anti-police relevant bien, à mon sens, d’une forme de degré zéro de la conscience politique. Une idiotie laissant prise, par ailleurs, comme l’exemple en est ici montré, à toutes sortes de manipulations.

    Mais je m’interroge sur les raisons conduisant à ce que ce texte soit le seul qui fasse écho, à ce jour, en ce site, à ce qui s’est passé lors de la manifestation récente de syndicats de policiers devant l’Assemblée nationale. Est-ce vraiment tout ce que vous avez à dire à ce sujet ?

    Ou est-ce que votre rejet des positions de la France insoumise est tel que vous ne supportiez pas que cette force politique soit la seule, en cette occurrence, parmi les organisations ayant quelque importance dans le débat public, qui se soit clairement opposée à l’alignement des "gauches" sur le globiboulga sécuritaire de l’extrême-droite ?

    Un alignement dont je pense, pour ma part, qu’il n’est pas seulement insupportable et dégoûtant, il est inquiétant. Notamment au regard des temps troubles et agités que laissent prévoir la crise économique, sociale et politique qui monte.

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