Accueil > Editoriaux > Retourner aux sources de la république

Retourner aux sources de la république

par Denis COLLIN, le 2 octobre 2021

Enregistrer au format PDF

Retourner aux sour­ces de la répu­bli­que

Machiavel sou­tient que, face à la cor­rup­tion de la répu­bli­que, il n’est pas d’autre solu­tion qu’un retour régu­lier au com­men­ce­ment aux prin­ci­pes. Nous y sommes et depuis un moment. La cor­rup­tion du régime est trop éclatante.

Que veut dire ce retour aux prin­ci­pes pour nous, aujourd’hui en France ?

Tout d’abord, en finir avec le pou­voir auto­cra­ti­que du pré­si­dent. Les répu­bli­cains se sont tou­jours méfiés des pou­voirs accor­dés à un seul homme. Dans la Ve République, le pré­sent cumule tous les pou­voirs, et le Parlement est réduit au rôle de cham­bre d’enre­gis­tre­ment, sur­tout depuis le quin­quen­nat et l’inver­sion du calen­drier électoral, voulus par le couple infer­nal Chirac-Jospin. Le pré­si­dent ne peut incar­ner la nation, car il est néces­sai­re­ment le pré­si­dent d’une majo­rité (de plus en plus rela­tive). Seul le Parlement, dans la mesure où il peut repré­sen­ter la diver­sité du peuple sou­ve­rain a la légi­ti­mité suprême. Et comme la repré­sen­ta­tion est tou­jours une alié­na­tion du pou­voir du peuple, on doit admet­tre la pos­si­bi­lité du recours à un réfé­ren­dum d’ini­tia­tive popu­laire ou citoyenne (le mot importe peu ici).

Le retour aux prin­ci­pes sup­pose que les citoyens ne peu­vent être libres que dans une répu­bli­que libre, comme le disait déjà Machiavel. Cela signi­fie que la volonté du peuple fran­çais doit, en toutes choses, primer sur les règle­ments et direc­ti­ves venues de l’UE. Cette inver­sion de la pyra­mide de normes cons­ti­tue­rait un pre­mier pas en avant réel contre la machine bureau­cra­ti­que que les gou­ver­ne­ments ont érigée contre les peu­ples à tra­vers les trai­tés suc­ces­sifs.

Le retour aux prin­ci­pes est aussi le retour à la laï­cité stricte. La liberté de cons­cience et donc la liberté de pra­ti­quer le culte de son choix tant que ce culte ne trou­ble pas l’ordre public établi par la loi a pour corol­laire la laï­cité de l’espace public, le refus des signes osten­ta­toi­res à l’école ou dans les ser­vi­ces publics et la stricte sépa­ra­tion de l’État et des églises. Il faudra bien un jour ou l’autre poser le pro­blème du statut des dépar­te­ments concor­da­tai­res (Alsace-Moselle) et du finan­ce­ment de l’école privée par l’État.

Le retour aux prin­ci­pes, c’est aussi la sépa­ra­tion abso­lue des pou­voirs, alors que la Ve répu­bli­que bafoue cette sépa­ra­tion en subor­don­nant de fait tous les pou­voirs à l’exé­cu­tif. La sépa­ra­tion des pou­voirs consiste aussi à mettre un terme à ce concu­bi­nage notoire des médias et des gou­ver­nants, des puis­san­ces d’argent et des médias. C’est aussi l’égalité de tous les citoyens devant la loi : com­bien de temps encore tolé­rera-t-on que les puis­san­tes délin­quants mul­ti­ré­ci­di­vis­tes, condam­nés, conti­nuent d’admi­nis­trer des villes ou de siéger dans les plus hautes ins­tan­ces de l’État ?

La répu­bli­que doit enfin pren­dre au sérieux ses pro­pres prin­ci­pes. Par une déci­sion du Conseil cons­ti­tu­tion­nel de 1972, la Déclaration des droits de 1789 et le préam­bule de 1946 ont été annexés au bloc cons­ti­tu­tion­nel. À cette aune, com­bien de lois de pri­va­ti­sa­tions sont ainsi contrai­res à la lettre et à l’esprit de ce préam­bule de 1946 ? Toutes les atta­ques contre les droits sociaux sont radi­ca­le­ment anti­cons­ti­tu­tion­nel­les, tout comme l’est la ces­sion à des entre­pri­ses pri­vées des pré­ro­ga­ti­ves de l’État.

La répu­bli­que laïque, démo­cra­ti­que et sociale, une et indi­vi­si­ble dit l’arti­cle I de la Constitution. C’est un vrai pro­gramme pour un ras­sem­ble­ment majo­ri­taire.