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Revenir au réel

par Denis COLLIN, le 19 octobre 2021

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Hausse conti­nue des prix des car­bu­rants, mais aussi hausse du gaz et de l’électricité, reprise de l’infla­tion, de « basses ques­tions d’argent » ris­quent bien de mettre à bas le scé­na­rio mis au point par la caste pour amuser la gale­rie jusqu’aux pré­si­den­tiel­les du prin­temps pro­chain. C’était entendu, on devait dis­cu­ter du « grand rem­pla­ce­ment », des pré­noms et de quel­ques autres affai­res du même genre, pen­dant que d’autres nous feraient des dis­cours apo­ca­lyp­ti­ques sur le « réchauf­fe­ment » et la fin du monde garan­tie si nous ne nous conver­tis­sions pas rapi­de­ment au nouvel évangile.

Ce n’est qu’un début. Personne ne sait exac­te­ment quand éclatera la nou­velle « bulle » qui pour­rait fort bien être plus grave que celle de 2007-2008. Mais le fait est qua­si­ment cer­tain. Les mar­chés finan­ciers ont été shoo­tés depuis des années au «  quantitative easing » (pognon à gogo déversé par les ban­ques cen­tra­les), ce qui a ali­menté la spé­cu­la­tion immo­bi­lière grâce à des taux très bas. La Chine donne des sueurs froi­des à tout le monde. En tout cas, dès le début de l’année pro­chaine, on risque de sentir le vent du boulet.

La belle époque de la « mon­dia­li­sa­tion heu­reuse », si chère à nos élites fran­çai­ses, est ter­mi­née. Trump l’avait annoncé, et Biden le confirme. La droite et la gauche sont main­te­nant face à la faillite de leur propre poli­ti­que. La gauche sans doute encore plus que la droite. Car c’est bien de gauche qu’est venue cette course folle au déman­tè­le­ment des poli­ti­ques anti­cy­cli­ques et des pos­si­bi­li­tés de l’action stra­té­gi­que pilo­tée par l’État. Rappelons que le grand bond en avant avait été lancé en 1983-1984 par le trio infer­nal Mitterrand-Delors-Mauroy, secondé par Fabius… et acces­soi­re­ment Tapie ou le jour­nal Libération avec Yves Montand et Laurent Joffrin lors de la fameuse émission « Vive la crise ». En 1989, c’est Bérégovoy qui libé­ra­lise com­plè­te­ment les mar­chés finan­ciers et conduit avec Delors à l’acte unique euro­péen. La pre­mière étape se ter­mine par le traité de Maastricht voulu par Mitterrand d’abord — c’est lui qui a imposé d’ailleurs cette absurde clause des 3 % pour limi­ter le défi­cit bud­gé­taire, clause qui a sauté avec l’action de Sarkozy dès 2008 et a été défi­ni­ti­ve­ment dyna­mi­tée par le Covid. Revenue au pou­voir en 1997, c’est la gauche plu­rielle (avec Mélenchon, mais oui !) qui a orga­nisé le plus grand pro­gramme de pri­va­ti­sa­tions et signé le traité de Barcelone qui per­met­tait le déman­tè­le­ment des prin­ci­paux ser­vi­ces publics, la pri­va­ti­sa­tion des auto­rou­tes et pré­co­ni­sait l’aug­men­ta­tion de l’âge de départ en retraite et la refonte des régi­mes de retraite. Non, la France n’est pas la pauvre vic­time des méchants Allemands — comme veut le faire croire l’auteur du pam­phlet assez répu­gnant qu’est Le Hareng de Bismarck. La France est vic­time de ses pro­pres élites et au pre­mier rang des élites « de gauche ».

Voilà qui expli­que pour­quoi la gauche est au fond du trou son­da­gier alors que les préoc­cu­pa­tions de la grande masse des Français s’appel­lent pou­voir d’achat, santé et avenir du sys­tème de santé, besoin d’un État fort et pro­tec­teur, et que c’était là, dans des temps très anciens main­te­nant, le « fonds de com­merce » de la gauche. Les appels à l’union de la gauche sont, dans ce contexte, par­fai­te­ment ridi­cu­les — le pompon reve­nant à l’appel pour une « gauche res­pon­sa­ble » lancé par Cambadélis, ce pro­to­type des appa­rat­chiks « socia­lis­tes » qui ont conduit ce parti à l’état lamen­ta­ble dans lequel il se trouve aujourd’hui.

La situa­tion est grave, mais pas déses­pé­rée. À condi­tion de ne pas se trom­per de bataille et de répon­dre clai­re­ment aux atten­tes du peuple, atten­tes qui concer­nent la situa­tion sociale au pre­mier chef : 80 % des Français gagnent moins de 2800 € et 30 % gagnent moins de 1500 €. Comment fait-on pour vivre avec moins de 1500 € par mois ? Comment vivent les 10 % qui sont en des­sous de 1200 € ? Ils tirent le diable par la queue, tout sim­ple­ment. Ils gar­dent leur vieille bagnole quand ils en ont une… Mais heu­reu­se­ment, les Verts et Hidalgo veillent au grain : ils veu­lent défi­ni­ti­ve­ment priver les pau­vres de leurs vieilles bagno­les. D’ailleurs, les pau­vres n’ont qu’à faire comme eux, habi­ter à Paris centre pour béné­fi­cier d’un dense réseau de trans­ports en commun… La bataille du numéro 1 est donc celle des salai­res. Les grands patrons qui se goin­frent doi­vent passer à la caisse. C’est facile à faire. Et il n’est pas pos­si­ble de sortir le bon vieux para­pluie « UE » pour se déro­ber. L’UE ne s’occupe ni de l’ISF ni des salai­res des grands patrons !

La rena­tio­na­li­sa­tion des auto­rou­tes, la relance du nucléaire civil, l’action pour le redres­se­ment de l’école et du sys­tème de santé, voilà encore des chan­tiers qui peu­vent être enga­gés sans atten­dre et on n’a pas besoin de la béné­dic­tion de Mme von der Leyen pour cela. Et même si elle exprime son méconten­te­ment, tout le monde s’en moque. Les gnomes de Bruxelles croient qu’ils détien­nent encore le pou­voir, mais ils ne l’ont pas. Ils font du vent avec leurs petits bras, mais le pou­voir réel appar­tient aux États, comme la Pologne vient de le rap­pe­ler bruyam­ment. Faire du « FREXIT » la condi­tion sine qua non du redres­se­ment du pays, comme le pro­cla­ment cer­tains sou­ve­rai­nis­tes, c’est s’enfer­mer dans le piège tendu par les euro­lâ­tres qui pré­ten­dent que l’on ne peut faire que ce que l’UE veut, alors que l’UE ne veut que ce que veu­lent les dif­fé­rents gou­ver­ne­ments !

Il est temps, grand temps de reve­nir au réel. Sous tous ses aspects. Il est temps de com­pren­dre les angois­ses de la grande majo­rité des Français qui voient le pays se déli­ter et toutes sortes de cin­glés ins­pi­rés du genre Sandrine Rousseau et autres « éveillés » ahuris tenir le haut du pavé de quel­ques quar­tiers pari­siens et de quel­ques céna­cles uni­ver­si­tai­res et média­ti­ques. Revenir au simple bon sens des « gens ordi­nai­res » qui for­ment la majo­rité et ne deman­dent rien d’autre qu’une vie décente.