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Referendum ADP : du dire au faire, il n’y a qu’un pas

par Jacques COTTA, le 1er septembre 2019

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Le G7 tenu par Emmanuel Macron à Paris aura cons­ti­tué une ren­trée poli­ti­que géné­rale. Pour le gou­ver­ne­ment évidemment, pour la presse qui a féli­cité la « per­for­mance », pour les oppo­sants et com­men­ta­teurs en tout genre.

Le gou­ver­ne­ment par la voix du chef de l’état s’est fait en quel­ques jours le meilleur défen­seur de l’écologie et de la lutte contre la pau­vreté. Qui n’ose rien n’a rien !

Comme s’il était vierge en la matière, Emmanuel Macron, homme de l’UE, des ban­ques, et repré­sen­tant de l’oli­gar­chie, a voulu appa­rai­tre vierge alors qu’il n’est que celui qui porte la poli­ti­que sociale la plus régres­sive, agres­sive et vio­lente depuis des décen­nies contre la grande majo­rité de la popu­la­tion, des retrai­tés, jeunes, tra­vailleurs, ouvriers, sala­riés, fonc­tion­nai­res, petits arti­sans ou petits patrons….

Ainsi dis­court-il contre les iné­ga­li­tés alors qu’il porte la poli­ti­que de déman­tè­le­ment du code du tra­vail, de réduc­tion des ser­vi­ces publics, de des­truc­tion de l’éducation à tra­vers la déna­tio­na­li­sa­tion du bac­ca­lau­réat, d’asphyxie de la santé, de réduc­tion des aides au loge­ment et de sup­pres­sion conco­mi­tante de l’ISF, de mise en place des retrai­tes par point contre la retraite par répar­ti­tion -malgré quel­ques ater­moie­ments dus aux crain­tes de réac­tions vio­len­tes- de liqui­da­tion du pacte social qui permet peu ou prou de vivre ensem­ble depuis plu­sieurs décen­nies.

En matière d’écologie, le chef de l’Etat donne des leçons à la pla­nète alors qu’il vient de faire rati­fier le CETA qui menace gra­ve­ment la santé de nos conci­toyens en ouvrant aux mono­po­les agroa­li­men­tai­res d’outre atlan­ti­que notre marché ali­men­taire, au détri­ment de nos agri­culteurs et éleveurs qui n’auront que leurs yeux pour pleu­rer, ou leur corde pour se pendre.
L’affaire ama­zo­nienne vaut d’ailleurs le détour. Les incen­dies visi­ble­ment allu­més par de gros pro­prié­tai­res qui veu­lent s’empa­rer des terres à des fins finan­ciè­res, au détri­ment des tribus, de la flore et de la faune, ont permis à Emmanuel Macron un cri d’alarme salué una­ni­me­ment par tout ce que com­prend la « ver­ti­tude » ambiante. Quand la mémoire fait défaut, tout est pos­si­ble. Le même Macron en effet orga­nise la pri­va­ti­sa­tion de l’office des forêts, res­treint les cré­dits publics aux caser­nes de pom­piers volon­tai­res qui fer­ment leurs portes, orga­nise le sous équipement des com­bat­tants du feu qui n’en peu­vent plus été après été, accepte l’urba­ni­sa­tion sau­vage qui frappe le ter­ri­toire dés lors que les amis ou la base sociale du pou­voir en prend l’ini­tia­tive.

Il y a pire sans doute dans le cynisme des der­niers jours. Voila que les auto­ri­tés fran­çai­ses s’insur­gent contre la vio­lence poli­cière qui sévit à Hong Kong ou encore à Moscou. Que ces vio­len­ces soient condam­na­bles et doi­vent cesser est un fait indis­cu­ta­ble. Mais que le chef de l’état se sai­sisse du sujet comme un grand démo­crate doit le faire rap­pelle l’adage selon lequel il est tou­jours plus confor­ta­ble de voir la paille dans l’oeil de son voisin que la poutre qui se trouve dans le sien. Des dizai­nes de bles­sés graves à Paris et dans toute la france depuis le début du mou­ve­ment des gilets jaunes le 17 novem­bre der­nier, des estro­piés à vie, Zineb Redouane ou Steve Maia Caniço morts par tir de gre­nade ou charge poli­cière, et cette réflexion du chef de l’état sur France 2, « les forces de l’ordre n’ont pas commis de vio­len­ces irré­pa­ra­bles » durant ce mou­ve­ment social. Sans blague ?

La cri­ti­que, voire dénon­cia­tion, des propos du chef de l’état est assez aisée. Et après ? Quelle action pour tous les « embro­cheurs » de Macronie réunis ?

Ce serait s’ali­gner sur le dis­cours offi­ciel que de ne pas mettre au centre de la dis­cus­sion la consé­quence logi­que du mou­ve­ment des gilets jaunes pour pour­sui­vre dans la lignée des exi­gen­ces de jus­tice sociale et de démo­cra­tie.

Alors ?

Il demeure un moyen de pour­sui­vre, qui exige déter­mi­na­tion et enga­ge­ment. Le refe­ren­dum sur la pri­va­ti­sa­tion d’ADP, qui pour­rait mar­quer un coup d’arrêt à l’ensem­ble de la poli­ti­que gou­ver­ne­men­tale, qui pour­rait se trans­for­mer en réfé­ren­dum pour ou contre Macron et son gou­ver­ne­ment, pié­tine. Nombreux sont les cau­seurs qui oublient qu’il faut aller sur les mar­chés, expli­quer, aider à rem­plir un for­mu­laire déli­bé­ré­ment com­pli­qué, ras­sem­bler, faire signer, gagner en tout point du ter­ri­toire les 10% néces­sai­res du corps électoral. Quel sens aurait aujourd’hui les appels sociaux qui en ordre dis­persé sont res­sen­tis comme des appels à la démo­bi­li­sa­tion alors que la volonté géné­rale est celle d’un mou­ve­ment d’ensem­ble, quel sens auraient tous les dis­cours de condam­na­tion de la Macronie si toutes les énergies n’étaient concen­trées sur la volonté de gagner les 10% ?

Causer est néces­saire pour com­pren­dre.
Agir est indis­pen­sa­ble pour trans­for­mer.