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La collaboration Staline-Hitler

Une contribution de Jean-Jacques Marie

par , le 21 décembre 2021

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Quelques nostalgiques des grandioses réalisations de Staline (le goulag, la peine de mort pour les petits larcins et pour les enfants de plus de douze ans, l’interdiction de l’avortement, les procès truqués, les purges à répétition, les déportations de peuples entiers, la traque des « cosmopolites »... etc), s’acharnent à rédiger, reproduire, imprimer et diffuser des pamphlets immondes visant à salir des acteurs de la révolution, en particulier Trotsky, qu’ils tentent de déguiser en complices ou agents d’Hitler et des nazis.

Ces déjections, dont les producteurs, privés de leur seul argument réel, les tueurs du NKVD, paraissent de grotesques perroquets, visent aussi à escamoter et à camoufler une réalité historique trop souvent gommée ou travestie : l’étroite collaboration politique, commerciale et même, à un moment, militaire entre Staline et Hitler pendant les 22 mois qui s’étendent du 23 août 1939 au 22 juin 1941.

En voici les moments les plus importants et les plus significatifs.

23 aout 1939 : le pacte de non-agression

Le 23 août 1939, le minis­tre des affai­res étrangères de l’Allemagne nazie, Joachim von Ribbentrop, atter­rit à Moscou et, le même jour, signe avec Molotov, alors pré­si­dent du conseil des com­mis­sai­res du peuple, gou­ver­ne­ment de l’URSS, un pacte de non-agres­sion, connu géné­ra­le­ment sous le nom de pacte Hitler–Staline.

La bour­geoi­sie bri­tan­ni­que et Munich

Le 30 octo­bre 1938, à Munich, les diri­geants bri­tan­ni­que et fran­çais, Neville Chamberlain et Edouard Daladier, avaient signé avec Adolf Hitler et Benito Mussolini, en l’absence d’un repré­sen­tant de l’URSS, non invité, un accord orga­ni­sant la pre­mière étape du déman­tè­le­ment de la Tchécoslovaquie. Cet accord incar­nait l’orien­ta­tion poli­ti­que de la bour­geoi­sie bri­tan­ni­que, dont le pre­mier souci était la défense de son gigan­tes­que empire colo­nial ébranlé par l’aspi­ra­tion des peu­ples colo­niaux à l’indé­pen­dance sus­ci­tée par la vic­toire de la révo­lu­tion en Russie. A ses yeux, l’URSS, en qui elle voit une incar­na­tion du bol­che­visme ennemi du colo­nia­lisme, est pour son empire un danger beau­coup plus mena­çant que le troi­sième Reich, bien loin de ses fron­tiè­res colo­nia­les. Aussi aspire-t-elle à pro­lon­ger plus loin vers l’Est les aspi­ra­tions expan­sion­nis­tes du régime nazi engagé en ce sens par le début de son déman­tè­le­ment de la Tchécoslovaquie. Les rituel­les invec­ti­ves hys­té­ri­ques d’Hitler contre le « judéo-bol­che­visme » sem­blent garan­tir le succès de cette orien­ta­tion.

Les gou­ver­ne­ments anglais et fran­çais (ce der­nier à la traîne du pre­mier) font donc, après Munich, traî­ner au maxi­mum les pour­par­lers d’accord éventuel avec le gou­ver­ne­ment sovié­ti­que évoqués depuis des années. Staline, bien placé pour savoir que la situa­tion économique, sociale et mili­taire de l’URSS est loin du tableau triom­phal des­siné par la pro­pa­gande et donc dési­reux de repous­ser le plus tard pos­si­ble la guerre que toute l’Europe sent venir, fait au XVIIIe congrès du PC de l’URSS un appel du pied à Hitler. L’inva­sion prévue de la Pologne, avec qui Hitler avait signé en 1934 un pacte de non-agres­sion, va entraî­ner dans la guerre les gou­ver­ne­ments anglais et fran­çais liés à elle par des trai­tés d’alliance défen­sive. Pour Hitler et son état-major, mieux vaut éviter autant que pos­si­ble une guerre sur deux fronts. Hitler se décide à répon­dre à l’appel du pied de Staline, qui faci­lite la mise en œuvre de sa déci­sion. Le 20 août 1939, un accord com­mer­cial ger­mano-sovié­ti­que est signé à Berlin. Dans la nuit du 20 au 21 l’ambas­sa­deur alle­mand à Moscou, Schulenburg, reçoit un appel de Berlin l’invi­tant à trans­met­tre d’urgence à Molotov un mes­sage d’Hitler à Staline, où Hitler insiste pour que Staline reçoive Ribbentrop à Moscou le 22 aout ou au plus tard le 23. Il s’appuie sur la signa­ture du traité de com­merce pour récla­mer la signa­ture d’un « pacte de non-agres­sion », dont il « accepte, écrit-il, le «  projet trans­mis par votre minis­tre des affai­res étrangères Molotov  ». Il ne ruse pas ; il sou­li­gne qu’il est pressé car, écrit-il, « la ten­sion entre l’Allemagne et la Pologne est deve­nue insup­por­ta­ble (...). La crise peut éclater à n’importe quel moment » [1].
Il le dit donc clai­re­ment : c’est pour pou­voir atta­quer la Pologne au plus vite qu’il veut signer un pacte avec Staline. Ce der­nier, qui répond oui par retour, sait donc par­fai­te­ment ce qu’il fait - c’est-à-dire ouvrir la voie à la guerre contre la Pologne - quand il répond aus­si­tôt posi­ti­ve­ment. Il fait un pas de plus qu’Hitler. Il se féli­cite dans une for­mule qui sou­li­gne que c’est bien lui qui est à l’ini­tia­tive de la démar­che : « L’accord du gou­ver­ne­ment alle­mand pour conclure un pacte de non-agres­sion per­met­tra de liqui­der la ten­sion poli­ti­que et d’établir la paix et la col­la­bo­ra­tion (sou­li­gné par moi) entre nos deux pays » [2] C’est donc Staline qui ajoute ainsi la « col­la­bo­ra­tion » entre l’Allemagne nazie et l’URSS. Elle va se maté­ria­li­ser bien­tôt.

De la non-agression à la (première) collaboration : Hitler et Staline : main dans la main pour se partager la Pologne.

Le 23 aout 1939, Staline et Hitler signent donc un pacte de non agres­sion de dix ans, pacte comme l’his­toire de la diplo­ma­tie en connait un nombre incal­cu­la­ble, sou­vent violés par l’un des signa­tai­res bien avant leur échéance. On pour­rait donc y voir la simple répé­ti­tion d’une manoeu­vre diplo­ma­ti­que cou­rante. Mais celui-ci a un pre­mier aspect par­ti­cu­lier : il est com­plété par un pro­to­cole secret défi­nis­sant une étroite col­la­bo­ra­tion entre la Wehrmacht et l’armée rouge, dont le gou­ver­ne­ment sovié­ti­que ne reconnaî­tra l’authen­ti­cité qu’à la veille de la dis­pa­ri­tion de l’URSS.

Le premier protocole secret germano-soviétique.

Selon ce « pro­to­cole stric­te­ment secret », comme le qua­li­fie le 4eme point de l’accord, les deux puis­san­ces signa­tai­res « ont dis­cuté dans des conver­sa­tions stric­te­ment confi­den­tiel­les la ques­tion de la défi­ni­tion de leurs sphè­res d’influence dans l’Europe de l’Est », bref elles ont dis­cuté des moda­li­tés d’un par­tage de l’Europe de l’Est. Le pro­to­cole secret contient donc un accord sur le par­tage à venir de la Pologne, une fois le pays envahi par la Wehrmacht et un par­tage des répu­bli­ques baltes et de la Finlande en zones d’influence... qui ont abouti au par­tage sui­vant :

1) En ce qui concerne les états rive­rains de la Baltique (Finlande, Estonie, Lettonie, Lituanie) « la fron­tière nord de la Lituanie ser­vira de ligne de par­tage entre la sphère d’influence de l’Allemagne et celle de l’URSS. En liai­son avec cela les deux par­ties reconnais­sent la pré­do­mi­nance de la Lituanie dans la région de Vilnius. »

2) En ce qui concerne les régions appar­te­nant à l’Etat polo­nais , « la ligne des riviè­res Narev, Vistule et San déli­mi­tera les sphè­res d’influence de l’Allemagne et de l’URSS ».

3) En ce qui concerne l’Europe du sud-est l’URSS se déclare inté­res­sée par la Bessarabie à laquelle l’Allemagne ne s’inté­resse pas. Enfin les deux puis­san­ces réser­vent leur posi­tion sur le main­tien ou non d’un Etat polo­nais « indé­pen­dant » (sic !) [3])

Ce pro­to­cole défi­nit bien le résul­tat d’une coo­pé­ra­tion pour se par­ta­ger un gâteau ter­ri­to­rial. Lors du gala qui réunit, le soir du 23 août, les nou­veaux alliés, Staline porte un toast à la santé du Führer : « Je sais l’amour que la nation alle­mande porte à son Führer. J’aime­rais donc boire à sa santé » [4].

A la fin de la soirée, Staline prend Ribbentrop par le bras et lui déclare : « Le gou­ver­ne­ment sovié­ti­que prend le nou­veau pacte très au sérieux. Je peux donner ma parole d’hon­neur que l’Union sovié­ti­que ne trom­pera pas son par­te­naire ». [5] Ce pour­rait n’être là que des phra­ses creu­ses, pure­ment diplo­ma­ti­ques, sans contenu réel mais il tien­dra parole.

Hitler annon­çant la signa­ture du pacte à une réu­nion d’offi­ciers leur déclare : «  L’annonce aujourd’hui du pacte de non-agres­sion avec la Russie a fait l’effet d’une bombe (...) Les consé­quen­ces sont incal­cu­la­bles. Nous n’avons pas à redou­ter un blocus : l’Est nous appro­vi­sion­nera en blé, bétail, char­bon, plomb et zinc. » [6] C’est bien là encore le signe concret d’une col­la­bo­ra­tion

L’invasion de la Pologne....

Après l’entrée en Pologne, le 1er sep­tem­bre 1939, de la Wehrmacht qui balaie l’armée polo­naise en trois semai­nes, l’armée rouge y pénè­tre à son tour en fran­chis­sant sa fron­tière orien­tale dans la nuit du 16 au 17 sep­tem­bre. Elle prend le contrôle de ter­ri­toi­res où vivent en majo­rité des popu­la­tions bié­lo­rus­ses et ukrai­nien­nes, mal­trai­tées par la cama­rilla ultra­na­tio­na­liste et ultra­réac­tion­naire qui dirige la Pologne et qui accueillent sou­vent d’abord l’armée rouge avec une sym­pa­thie mar­quée, que les rafles, les arres­ta­tions et les dépor­ta­tions effec­tuées par le NKVD effa­ce­ront vite. Dans son avan­cée fou­droyante, la Wehrmacht a dépassé la ligne de par­tage soviéto-alle­mande des­si­née dans le pro­to­cole secret. Staline le 18, demande à Hitler de la faire reve­nir en arrière sur la ligne de par­tage fixée. Hitler en donne l’ordre contre l’avis de son état-major, mécontent d‘avoir à rendre à l’armée rouge des ter­ri­toi­res occu­pés par ses trou­pes.

Un communiqué germano-soviétique dans la Pravda

A la mi-sep­tem­bre 1939 Ribbentrop atter­rit pour la seconde fois à Moscou. Il vient dis­cu­ter de la modi­fi­ca­tion du pro­to­cole secret, d’un accord com­mer­cial et d’une décla­ra­tion com­mune des gou­ver­ne­ments alle­mand et sovié­ti­que sou­li­gnant les efforts conjoints des gou­ver­ne­ments nazis et sovié­ti­que pour liqui­der la guerre en Europe occi­den­tale et donc y ins­tau­rer la paix. Le 19 sep­tem­bre 1939, la Pravda publie le texte d’un com­mu­ni­qué ger­mano-sovié­ti­que adopté la veille par les deux par­ties qui affirme : « la tâche des armées sovié­ti­ques et alle­man­des vise à réta­blir en Pologne l’ordre et le calme, brisés par l’effon­dre­ment de l’Etat polo­nais et à aider la popu­la­tion de la Pologne à recons­truire les condi­tions de son exis­tence comme Etat ».

Quand la Pravda confirme.

Le len­de­main 20 sep­tem­bre, la Pravda publie un com­mu­ni­qué encore plus atten­dris­sant de l’agence sovié­ti­que Tass affir­mant : « La popu­la­tion alle­mande salue una­ni­me­ment la déci­sion du gou­ver­ne­ment sovié­ti­que de pren­dre sous sa pro­tec­tion la popu­la­tion bié­lo­russe et ukrai­nienne de la Pologne que la fuite du gou­ver­ne­ment polo­nais aban­donne aux capri­ces du destin ». Le com­mu­ni­qué omet de rap­pe­ler la cause de cette « fuite » du dit gou­ver­ne­ment, qui s’est réfu­gié en Roumanie.

Dans son rap­port devant le Soviet suprême de l’URSS, Molotov don­nera une vision un peu moins idyl­li­que de l’entrée de l’Armée rouge en Pologne. Il y décla­rera : « Les cer­cles diri­geants de Pologne se tar­guaient beau­coup de la « soli­dité » de leur Etat et de la « puis­sance » de leur armée. Cependant il a suffi d’un coup assez bref porté contre la Pologne d’abord par l’armée alle­mande puis par l’Armée rouge (sou­li­gné par moi) pour qu’il ne reste rien de cet enfant mons­trueux du traité de Versailles ». Molotov évoque donc bien une coo­pé­ra­tion qui a débou­ché sur la liqui­da­tion de l’Etat polo­nais.

La satisfaction de Goebbels

Le 22 sep­tem­bre 1939, le minis­tre de la pro­pa­gande nazie, Joseph Goebbels, note dans ses car­nets : « Les Russes occu­pent, hélas, hélas, la zone pétro­lière polo­naise. Mais on ne peut rien y faire pour l’ins­tant. Pour le reste nous n’avons avec eux aucun point de fric­tion. » [7]. Quelques jours plus tard, le 1er octo­bre, il note le juge­ment posi­tif que porte Hitler sur la col­la­bo­ra­tion avec le Kremlin « Conférence en tête à tête avec le Führer(...) Il est per­suadé de la loyauté de la Russie » [8], qui fait effec­ti­ve­ment tout pour méri­ter un tel satis­fe­cit.

Le 10 octo­bre 1939, Goebbels se déclare ravi par « un arti­cle très posi­tif et hos­tile à l’Entente dans les Izvestia, qui rend tout à fait jus­tice à notre point de vue (...). Il arrive à point nommé pour nous et il en est pris note avec gra­ti­tude. Jusqu’ici les Russes ont tenu toutes leurs pro­mes­ses  » [9] .

Le second protocole secret.

Entre temps, le 28 sep­tem­bre 1939 Ribbentrop est revenu une seconde fois à Moscou. Staline (par l’inter­mé­diaire de Molotov) et Hitler (par l’inter­mé­diaire de Ribbentrop) ont signé un pro­to­cole secret com­plé­men­taire qui modi­fie le par­tage ter­ri­to­rial effec­tué à la suite du pre­mier.

Ce second accord enre­gis­tre le fait que, depuis la signa­ture du pre­mier, « le ter­ri­toire de l’Etat litua­nien est passé dans la sphère d’influence de l’URSS alors que, de l’autre côté, le dis­trict de Llublin et une partie du dis­trict de Varsovie sont passés dans la sphère d’influence de l’Allemagne ». L’accord pré­voit enfin une modi­fi­ca­tion du par­tage prévu de la Lituanie entre les deux puis­san­ces visant à trans­fé­rer à l’Allemagne une partie sup­plé­men­taire de la Lituanie. Ribbentrop exige un tiers de la Lituanie. Staline lui accorde un mor­ceau de 398 km2 occupé par 184.000 habi­tants. Ribbentrop donne son accord à ce résul­tat d’une ami­cale coo­pé­ra­tion dans le par­tage d’un gâteau ter­ri­to­rial et soumet à la signa­ture de Staline une carte illus­trant concrè­te­ment les modi­fi­ca­tions du par­tage de la Pologne entre les deux puis­san­ces. Ribbentrop la signe au crayon rouge et Staline au crayon bleu. [10]

Le soir du 28 et du 29 sep­tem­bre une récep­tion cor­diale est orga­ni­sée au Kremlin. Les mem­bres du Bureau poli­ti­que du parti com­mu­niste y sont bien sûr invi­tés.... sauf un, Lazare Kaganovitch, qui n’évoque pas ce petit fait dans ses mornes mémoi­res. Staline ne veut pas heur­ter la sen­si­bi­lité des nazis en leur impo­sant la pré­sence d’un juif. Exit donc le pauvre Lazare. On ne sau­rait être plus déli­cat dans le souci d’une col­la­bo­ra­tion effi­cace.

La Pravda du 30 sep­tem­bre 1939 publie une décla­ra­tion triom­phale de Ribbentrop sur ce nouvel accord. Ribbentrop se féli­cite : « 1. L’amitié ger­mano-sovié­ti­que est main­te­nant défi­ni­ti­ve­ment établie. 2. Les deux par­ties n’admet­tront jamais l’ingé­rence de troi­siè­mes puis­san­ces dans les ques­tions de l’Europe de l’Est. »

Le même numéro du jour­nal évoque la manière dont la presse alle­mande a évoqué l’accueil fait à Ribbentrop au krem­lin. « Le cor­res­pon­dant, écrit la Pravda, sou­li­gne que le déjeu­ner au Kremlin s’est déroulé dans une atmo­sphère extra­or­di­nai­re­ment cor­diale.  »

Quand l’agence Tass confirme la « collaboration » Staline-Hitler.

Le 7 octo­bre 1939, l’agence Tass dif­fuse un com­mu­ni­qué inti­tulé « extrait du dis­cours d’Hitler au Reichstag » publié dans la Pravda du même jour. Après avoir sou­li­gné que l’Etat polo­nais s’était édifié « sur les osse­ments et le sang des alle­mands et des russes », Hitler déclare sans que la Pravda fasse le moin­dre com­men­taire : « La Russie ne voit aucune raison qui inter­di­rait l’ établissement d’une étroite col­la­bo­ra­tion entre nos Etats. La dif­fé­rence de régi­mes ne peut empê­cher la lutte com­mune active pour la paix. Le pacte avec l’URSS est un moment tour­nant dans le déve­lop­pe­ment de la poli­ti­que exté­rieure de l’Allemagne, la base d’une col­la­bo­ra­tion dura­ble et posi­tive entre l ’Allemagne et la Russie pour liqui­der les foyers de guerre et garan­tir la sécu­rité des peu­ples. »(...) A l’est de l’Europe les efforts de l’Allemagne et de la Russie ins­tau­rent la tran­quillité et la paix. Les inté­rêts de l’Allemagne et de la Russie coïn­ci­dent ici com­plè­te­ment »( sou­li­gné par moi) L’agence Tass n’ajoute, sou­li­gnons-le, aucun com­men­taire à ce résumé des décla­ra­tions d’Hitler établi par ses soins, qui, une fois encore, défi­nit une col­la­bo­ra­tion mani­feste et cela par la plume de l’agence sovié­ti­que.

Le même numéro du quo­ti­dien sovié­ti­que contient des extraits d’une conver­sa­tion entre Ribbentrop et un cor­res­pon­dant japo­nais où le minis­tre des affai­res étrangères alle­mand exprime les mêmes idées avec un enthou­siasme plus fort.

Un traité commercial...

Le 24 octo­bre 1939, l’URSS et l’Allemagne nazie signent un traité com­mer­cial qui pré­voit la four­ni­ture par l’URSS à Berlin dune longue série de matiè­res pre­miè­res indis­pen­sa­bles à l’effort de guerre alle­mand, et dont le blocus mari­time imposé par la marine bri­tan­ni­que empê­che l’Allemagne de les obte­nir auprès de ses nom­breux four­nis­seurs tra­di­tion­nels.

A la coopération commerciale Staline ajoute la coopération politique.

Une guerre pour détruire l’hit­lé­risme ? « insensé » et « cri­mi­nel » ! (Molotov)

Le 31 octo­bre 1939, pre­nant la parole devant le Soviet suprême, Molotov salue, on l’a vu, la dis­pa­ri­tion de la Pologne puis célè­bre la volonté de paix prêtée à l’Allemagne nazie :  « L’Allemagne se trouve dans la situa­tion d’un Etat qui aspire à la fin la plus rapide pos­si­ble de la guerre et à la paix, alors que l’Angleterre et la France ,qui, hier encore, se pro­non­çaient contre l’agres­sion, sont pour pro­lon­ger la guerre et contre la conclu­sion de la paix. Les rôles, vous le voyez, chan­gent » . Il dénonce l’Angleterre et la France comme fau­teurs de guerre pour défen­dre « leurs inté­rêt stric­te­ment maté­riels de forte puis­san­ces colo­nia­les... Ce sont les crain­tes de perdre leur domi­na­tion mon­diale qui dic­tent aux cer­cles diri­geants d’Angleterre et de France leur poli­ti­que d’exci­ta­tion à la guerre contre l’Allemagne. » Ainsi, pour Molotov, l’Allemagne nazie, non contente de mener une poli­ti­que de paix, mena­ce­rait l’ordre colo­nial mon­dial qui est l’un des fon­de­ments de la domi­na­tion bour­geoise

Molotov pro­meut enfin l’hit­lé­risme au rang d’une idéo­lo­gie et ajoute : « On peut aimer ou ne pas aimer l’hit­lé­risme. Mais toute per­sonne saine d’esprit com­pren­dra qu’une idéo­lo­gie ne peut pas être détruite par la force. Il est donc non seu­le­ment insensé mais encore cri­mi­nel de conti­nuer une guerre pour la des­truc­tion de l’hit­lé­risme sous la fausse ban­nière d’une lutte pour la démo­cra­tie. »

La fin de son dis­cours est un hymne enthou­siaste en faveur de l’amitié ger­mano–sovié­ti­que : « Les rela­tions entre l’Union sovié­ti­que et l’Allemagne, déclare-t-il, se sont cons­trui­tes sur une base ami­cale (...) Maintenant nos rap­ports avec l’Etat alle­mand repo­sent sur la base de rap­ports ami­caux, sur la volonté de sou­te­nir les aspi­ra­tions de l’Allemagne à la paix. » (sou­li­gné par moi), for­mu­la­tion qui sou­li­gne, une nou­velle fois, l’aspi­ra­tion à une col­la­bo­ra­tion entre les deux régi­mes, et il pré­cise cette der­nière affir­ma­tion en ajou­tant : « Nous avons tou­jours pensé qu’une Allemagne forte est une condi­tion indis­pen­sa­ble d’une paix solide en Europe. »  [11].

Staline livre des communistes allemands à Hitler.

Cette amitié nou­velle revêt une forme poli­ti­que inat­ten­due, même appa­rem­ment pour les diri­geants alle­mands, à en juger par le sou­tien crois­sant de Staline à la répres­sion orga­ni­sée contre les com­mu­nis­tes alle­mands par les nazis. En décem­bre 1939, Bogdan Koboulov, rési­dent du NKVD à Berlin, informe alors Molotov que la femme de l’ancien secré­taire géné­ral du parti com­mu­niste alle­mand Ernst Thaelman, en prison depuis avril 1933, s’est pré­sen­tée à l’ambas­sade sovié­ti­que dont l’ inter­prète, Pavlov, qui tra­duit l’entre­tien, racontera l’épisode plus tard : sans res­sour­ces, affa­mée, elle lui a demandé de l’aide. Koboulov lui a répondu que les ambas­sa­des sovié­ti­ques ne dis­po­sent pas de fonds pour aider les vic­ti­mes de la répres­sion. Elle lui demande alors que l’URSS inter­vienne pour faire sortir son mari du camp où il est interné. Koboulov l’éconduit. Rosa Thaelmann s’étonne : « il aurait donc fait pour rien tout son tra­vail en faveur du com­mu­nisme ? ». Peut-elle alors s’adres­ser à Goering demande-t-elle alors à Koboulov, qui lui répond sèche­ment : « C’est votre affaire ». [12]

Ce n’est là qu’une début, encore modeste, de l’aide que Staline apporte à Hitler contre les com­mu­nis­tes alle­mands. En février 1940, il livre à la Gestapo un pre­mier déta­che­ment de trente com­mu­nis­tes alle­mands émigrés en URSS pour échapper au nazisme, dont Margarete Buber-Neumann, femme de l’ancien diri­geant du PC alle­mand, et rédac­teur en chef de son quo­ti­dien Die Rote Fahne, Heinz Neumann, que Staline avait fait fusiller en 1937 - ce que Margarete ne sait pas encore - et ne put donc livrer à Hitler en février 1940. Au total selon elle, c’est cent cin­quante com­mu­nis­tes alle­mands ou sym­pa­thi­sants pro­ches que le NKVD livre alors à la Gestapo.

L’agent de cette der­nière qui l’inter­roge ne voit dans cette livrai­son qu’une manœu­vre et lui déclare : « Heinz Neumann est à Paris et il tra­vailler pour le Komintern. Et vous, qu’êtes-vous ? Un agent du Komintern et de la Guépéou. Vous ne croyez tout de même pas que les Russes vous auraient, vous, la femme de Heinz Neumann, livrée à l’Allemagne ? » [13] Cette atti­tude de la Gestapo avec les vic­ti­mes qui lui sont livrées sou­li­gne que Staline n’a pas répondu à une demande d’Hitler de lui envoyer les com­mu­nis­tes alle­mands réfu­giés chez lui, et que c’est lui qui a décidé de s’en débar­ras­ser en les livrant à leurs bour­reaux. La Gestapo et les SS, aveu­gles sur la réa­lité du sta­li­nisme ne com­pren­nent pas que Staline a liquidé l’écrasante majo­rité des sur­vi­vants de la révo­lu­tion, sus­pects d’en avoir gardé une étincelle, même s’ils étaient deve­nus de doci­les sta­li­niens... Aussi s’achar­nent-ils à convain­cre Margarete Buber-Neumann de cette accu­sa­tion : « On me tra­dui­sit devant je ne sais com­bien de poli­ciers. Tous s’effor­cè­rent de me prou­ver que j’étais un agent du Guépéou ou que j’avais été envoyée en mis­sion en Allemagne par le Komintern  », puis ils l’envoient dans le camp de concen­tra­tion de Ravensbrück où elle crou­pira jusqu’à la fin de la guerre. [14]

Une gaffe de Staline qui rend bien service à Hitler

Staline lance alors l’URSS dans une aven­ture cala­mi­teuse. Désireux de repous­ser d’une tren­taine de kilo­mè­tres la fron­tière au nord de Leningrad, avec la petite Finlande, qui rechi­gne, il fabri­que de toutes pièces un inci­dent de fron­tière puis atta­que le 1er décem­bre 1939 la Finlande, pro­té­gée der­rière sa fron­tière par une ligne de défense arti­sa­nale. L’armée rouge a une supé­rio­rité numé­ri­que et maté­rielle écrasante : 900 tanks contre 15 et 1 500 avions contre 158…

Pourtant l’armée rouge, lancée dans une offen­sive fron­tale où Staline voit l’essence de la stra­té­gie mili­taire, se fait déci­mer et pié­tine. Elle réus­sit néan­moins à pren­dre la ville de Terioki, où Staline ins­talle aus­si­tôt un pseudo « Gouvernement popu­laire de la République démo­cra­ti­que de Finlande », formé pour l’essen­tiel de Russes de Carélie au nom fin­lan­disé en hâte et que la majo­rité des com­mu­nis­tes elle-même fin­lan­dais rejette. Il met à sa tête le fin­lan­dais Otto Kuusinen membre du Comité exé­cu­tif du Comintern et dont Staline a fait arrê­ter le fils pour mieux le tenir. Cette ruse gros­sière permet à Molotov de décla­rer que l’URSS ne fait pas la guerre à la Finlande mais sou­tient, à sa demande, un gou­ver­ne­ment démo­cra­ti­que et popu­laire vic­time des assauts de la réac­tion. Nul n’y croit.

Les vœux d’Hitler et de Ribbentrop à Staline.

Le 23 décem­bre 1939 la Pravda publie les voeux d’anni­ver­saire d’Hitler et de Ribbentrop à Staline. Hitler écrit : « A l’occa­sion de votre soixan­tième anni­ver­saire je vous demande d’accep­ter mes féli­ci­ta­tions les plus sin­cè­res. J’y joins mes meilleu­res voeux, je vous sou­haite per­son­nel­le­ment une bonne santé, ainsi qu’un avenir heu­reux aux peu­ples de l’ami­cale Union sovié­ti­que.  » Ribbentrop para­phrase les vœux de son Führer.

Au nord-est, l’armée fin­lan­daise résiste plus de trois mois, mais finit par plier sous le nombre. Staline qui comp­tait sur une vic­toire rapide en deux semai­nes et l’avait annoncé est furieux. Le bilan est lourd : l’armée rouge, dont Staline a lar­ge­ment étalé les fai­bles­ses­de­vant Hitler, a perdu 126 875 hommes tués, dis­pa­rus ou pri­son­niers, contre à peine plus de 20 000 hommes pour l’armée fin­lan­daise. L’avia­tion sovié­ti­que s’est mon­trée nulle face à un adver­saire pour­tant qua­si­ment dépourvu d’avia­tion. Hitler mettra à profit le moment venu ce ser­vice que Staline lui rend, bien invo­lon­tai­re­ment celui-là.

Du pacte anticomintern à la mise du Comintern sous l’éteignoir par Staline

Le 25 décem­bre 1936, l’Allemagne nazie et le Japon impé­rial ont signé un pacte anti­Co­min­tern auquel l’Italie de Mussolini s’asso­ciera l’année sui­vante puis l’Espagne fran­quiste en 1939. L’une des pre­miè­res conclu­sions pra­ti­ques que Staline tire de la signa­ture du pacte de non-agres­sion est la néces­sité pour lui de sou­met­tre l’Internationale com­mu­niste (ou plus exac­te­ment le fan­tôme qui porte encore et pour peu de temps ce nom) aux besoins de la col­la­bo­ra­tion avec Hitler. Ainsi au début de sep­tem­bre, Wilhelm Pieck, diri­geant du PC alle­mand et membre du Bureau poli­ti­que du PC alle­mand soumet à Manouilski, membre du secré­ta­riat du Comintern un projet de tract à dif­fu­ser en Allemagne, en Tchécoslovaquie et en Autriche. Si le tract vitu­père les impé­ria­lis­tes anglo-fran­çais, il dénonce aussi « le grand capi­tal finan­cier alle­mand » et, pire encore, invite les tra­vailleurs alle­mands à « libé­rer l’Allemagne du fas­cisme hit­lé­rien et de la domi­na­tion du capi­tal finan­cier par la révo­lu­tion socia­liste » et salue enfin « l’unité fra­ter­nelle des peu­ples dans la lutte contre le fas­cisme et l’impé­ria­lisme.  » [15]

Sur les ins­truc­tions de Jdanov, porte-parole de Staline, le secré­ta­riat du Comintern tente d’abord de cor­ri­ger toutes ces mala­dres­ses sus­cep­ti­bles d’irri­ter Hitler. Il efface les gros mots de « fas­cisme » et d’ « hit­lé­risme » mais laisse sub­sis­ter la dénon­cia­tion du « grand capi­tal alle­mand. » . C’est encore trop pour Staline, qui ser­monne le Secrétariat du Comintern. Ce der­nier, mis au pas, inter­dit la dif­fu­sion du tract maudit dans les trois pays concer­nés et l’envoie aux archi­ves. Ce n’est là qu’un début, encore modeste.

Un nouvel accord commercial...ou « le désir du gouvernement soviétique d’aider l’Allemagne est devenu de plus en plus évident »(Schnurre).

Le 11 février 1940, Staline signe un nouvel accord com­mer­cial avec l’Allemagne. Il promet de livrer à Hitler tous les métaux dont ce der­nier a besoin pour sa machine de guerre (cuivre, étain, nickel, cobalt, molyb­dène, wol­fram, fer) en échange de pro­to­ty­pes de machi­nes, bre­vets et plans, cher payés, et d’arme­ments et maté­riels moder­nes, dont des tou­rel­les de navi­res qu’Hitler livrera avec une len­teur inver­se­ment pro­por­tion­nelle à la rapi­dité avec laquelle l’URSS hono­rera ses livrai­sons jusqu’au der­nier jour.

La Pravda du 13 février 1940 publie un com­mu­ni­qué saluant cet accord qui, selon elle « répond aux désirs des gou­ver­ne­ments des deux pays sur l’élaboration d’un pro­gramme économique d’échange de mar­chan­di­ses entre l’Allemagne et l’URSS(...) Cet accord économique pré­voit l’expor­ta­tion de matiè­res pre­miè­res de l’URSS en Allemagne, com­pen­sée par des livrai­sons d’arti­cles indus­triels par l’Allemagne en URSS(...) L’inten­tion est d’aug­men­ter encore plus à l’avenir les four­ni­tu­res réci­pro­ques de mar­chan­di­ses  ».
Le négo­cia­teur alle­mand du minis­tère des Affaires étrangères, Schnurre détaille, dans un memo­ran­dum adressé à Berlin le 26 février, la liste des mar­chan­di­ses que l’URSS de Staline, en appli­ca­tion de l’accord signé, s’est enga­gée à livrer à l’Allemagne nazie au cours des douze pro­chains mois :

« 900.000 tonnes de pétrole,100.000 tonnes de coton ,500.000 tonnes de phos­pha­tes,100.000 tonnes de mine­rai de chrome,500.00 tonnes de mine­rai de fer,300 .000 tonnes de fer­raille et de fonte 2 400 kilos de pla­tine. » A quoi il ajoute, sans pré­ci­ser les volu­mes : du man­ga­nèse, des métaux, du bois et autres matiè­res pre­miè­res. Il ajoute enfin à cette liste une énumération de matiè­res pre­miè­res que l’URSS s’et enga­gée à four­nir à l’Allemagne nazie au cours des 18 mois à venir pour l’aider à pro­duire les maté­riels qu’elle doit lui livrer : « 3000 tonnes de cuivre, 950 tonnes d’étain,500 tonnes de molyb­dène,500 tonnes de tungs­tène, 40 tonnes de cobalt .. Schnurre ajoute : « L ’Union sovié­ti­que nous pro­pose ( ce n’est donc pas une réponse à une demande des nazis mais une avance du Kremlin lui-même ) le droit de tran­sit vers et en pro­ve­nance de Roumanie, l’ Iran, l’Afghanistan et les pays d’Extrême-Orient  » en uti­li­sant le trans­si­bé­rien, uti­li­sa­tion pour laquelle le Kremlin pro­pose de réduire les tarifs de trans­port de 50 %. Ouvrir ainsi à l’Allemagne nazie un accès direct aux four­nis­seurs du Proche Orient et de l’Asie pour lui per­met­tre ainsi d’échapper ainsi au blocus mari­time orga­nisé par l’Angleterre est un ser­vice appré­cia­ble rendu à Hitler. On ne sau­rait être plus cour­tois, plus aima­ble et sur­tout plus coo­pé­ra­tif.

Schnurre est d’ailleurs impres­sionné par l’extrême bonne volonté des négo­cia­teurs sovié­ti­ques : « Au cours des lon­gues négo­cia­tions le désir du gou­ver­ne­ment sovié­ti­que d’aider l’Allemagne est devenu de plus en plus évident ( sou­li­gné par moi) ainsi que le désir de ren­for­cer fer­me­ment la com­pré­hen­sion poli­ti­que mutuelle lors du règle­ment des ques­tions économiques » [16]

Goebbels de plus en plus satisfait...

Le 15 mars 1940 Goebbels note avec satis­fac­tion : » Nous sommes désor­mais alliés à la Russie. Nous n’en avons jusqu’ici tiré que des avan­ta­ges  » ( p 104).On ne sau­rait être plus clair.

Le Comintern réduit au silence.

Le 1er octo­bre 1940, le même Goebbels note tou­jours avec autant de satis­fac­tion : « Staline publie dans la Pravda une décla­ra­tion sur le pacte tri­par­tite. Très posi­tive(...) On coupe ainsi l’herbe sous les pieds ces plou­to­cra­tes qui avaient spé­culé sur l’aide des bol­che­viks. (...)Le Führer accueille avec satis­fac­tion la décla­ra­tion de Staline. Elle nous aide à faire un petit pas de plus » ( p. 198-199).

Le 5 octo­bre 1940 la Pravda publie un com­mu­ni­qué « sur la signa­ture un accord sur les com­mu­ni­ca­tions fer­ro­viai­res entre l’URSS et l’Allemagne ».On y lit : « Le 1er octo­bre à Berlin a été signé un accord sur les com­mu­ni­ca­tions fer­ro­viai­res entre l’URSS et l’Allemagne. L’accord pré­voit une com­mu­ni­ca­tion directe à la fois pour les pas­sa­gers et les mar­chan­di­ses entre l’URSS et l’Allemagne. Les négo­cia­tions se sont dérou­lées dans une atmo­sphère bien­veillante » .

Barbarossa.

Le 18 décem­bre 1940, Hitler a ordonné à son état-major d’ache­ver les pré­pa­ra­tifs de l’inva­sion de l’URSS pour le 15 mai 1941. C’est le plan Barbarossa. L’atta­ché mili­taire sovié­ti­que à Berlin,le géné­ral Toupikov, informe Staline de la déci­sion et annonce l’inva­sion de l’URSS pour mars 1941. Malgré cette infor­ma­tion, Staline auto­rise l’atta­ché de l’air alle­mand, le géné­ral Ashenbrenner, à visi­ter les usines d’avia­tion sovié­ti­ques les plus moder­nes.

Un nouvel accord commercial.

Le 10 jan­vier 1941, l’URSS et l’Allemagne signent un nouvel accord com­mer­cial, dont les Allemands pro­po­sent qu’il couvre les dix-huit mois à venir jusqu’en août 1942. Un com­mu­ni­qué publié dans la Pravda du 11 jan­vier 1941 exprime la vive satis­fac­tion du Kremlin. On y lit : « Le nouvel accord (...) cons­ti­tue une nou­velle étape dans la réa­li­sa­tion du pro­gramme économique élaboré par les deux gou­ver­ne­ments en 1939. L’accord régule l’échange de mar­chan­di­ses entre l’URSS et l’Allemagne jusqu’au 1er aout 1942 » , date pro­po­sée par les repré­sen­tants alle­mands pour camou­fler le calen­drier du plan Barbarossa. La somme des livrai­sons four­nies par les deux par­ties dépasse net­te­ment les cadres défi­nis dans le pre­mier accord. L’URSS four­nit à l’Allemagne des matiè­res pre­miè­res indus­triel­les, des pro­duits pétro­liers et des pro­duits ali­men­tai­res, en par­ti­cu­lier du blé . L’Allemagne four­nit à l’URSS un outillage indus­triel.

« Les pour­par­lers, conti­nue la Pravda, se sont dérou­lés dans un esprit de com­pré­hen­sion et de confiance mutuel­les confor­mes aux rela­tions ami­ca­les qui exis­tent entre l’URSS et l’Allemagne.  » Même les pro­blè­mes liés à l’inclu­sion au sein de l’URSS des pays baltes, où pour­tant la pré­sence et les inté­rêts ger­ma­ni­ques sont grands, ont offi­ciel­le­ment été réglés har­mo­nieu­se­ment. Le texte pour­suit en effet : « Toutes les ques­tions économiques,y com­pris les ques­tions appa­rues à la suite de l’union de nou­veaux ter­ri­toi­res à l’URSS ont été réglées confor­mé­ment aux inté­rêts des deux pays. »

Défendre l’Allemagne nazie contre des rumeurs malveillantes ?

Le 13 jan­vier 1941 la Pravda publie un com­mu­ni­qué de l’agence Tass qui semble annon­cer le début d’un refroi­dis­se­ment entre les deux signa­tai­res du pacte du 23 août. Le com­mu­ni­qué réfute des bruits sur l’entrée de trou­pes de la Wehrmacht en Bulgarie. « Dans la presse étrangère ,affirme le com­mu­ni­qué, cir­cule l’infor­ma­tion ,venue de cer­tains cer­cles de la Bulgarie, affir­mant qu’ont déjà été envoyés en Bulgarie des déta­che­ments des trou­pes alle­man­des, que leur envoi en Bulgarie se pour­suit au su et avec l’accord du gou­ver­ne­ment sovié­ti­que et qu’en réponse à l’inter­pel­la­tion du gou­ver­ne­ment de la Bulgarie sur la péné­tra­tion de trou­pes alle­man­des en Bulgarie le gou­ver­ne­ment de l’URSS a confirmé son accord. » Selon le com­mu­ni­qué jamais le gou­ver­ne­ment alle­mand n’a sou­levé devant lui la ques­tion de l’envoi de trou­pes en Bulgarie et jamais le gou­ver­ne­ment bul­gare n’a sou­levé cette ques­tion auprès du gou­ver­ne­ment sovié­ti­que. Le len­de­main la Pravda publie un com­men­taire du bureau alle­mand d’infor­ma­tion par­lant d’un » pré­tendu  » envoi de trou­pes en Bulgarie et affir­mant qu’il n’y a dès lors rien d’étonnant à ce que l’agence Tass « ait jugé de son devoir de réfu­ter ces infor­ma­tions ».

Molotov demande à voir l’ambas­sa­deur alle­mand à Moscou ,Schulenburg, et lui déclare que l’URSS consi­dère la Bulgarie et les Détroits comme « une zone de sécu­rité de l’URSS » et dénoncé « l’appa­ri­tion de n’importe quel­les trou­pes étrangères » dans ces zones comme « une vio­la­tion des inté­rêts de l’URSS. » [17].

Mais lors­que la Wehrmacht entre en Bulgarie le 1er mars le com­mu­ni­qué de l’agence Tass publié par la Pravda du 3 mars 1941 se contente d’une infor­ma­tion laco­ni­que : « Le bureau alle­mand d’infor­ma­tion fait savoir de Sofia que les trou­pes alle­man­des sont entrées sur le ter­ri­toire de la Bulgarie avec l’accord du gou­ver­ne­ment bul­gare ».On ne sau­rait être plus dis­cret...

Malgré ce refroi­dis­se­ment, l’URSS conti­nue à livrer à l’Allemagne nazie les matiè­res pre­miè­res dont elle a besoin.

L’affaire yougoslave.

Le 25 mars 1941 le gou­ver­ne­ment you­go­slave pro-alle­mand de Tsvetkovitch s’asso­cie au pacte anti-Comintern. Deux jours plus tard il est ren­versé par le géné­ral anti­nazi Simovitch, proche des Anglais. Dans la nuit du 5 au 6 avril Staline signe un pacte de non-agres­sion avec ce nou­veau gou­ver­ne­ment Yougoslave. Dans la nuit du 6, un ban­quet doit réunir les signa­tai­res pour célé­brer l’accord. Avant l’ouver­ture prévue du ban­quet la Luftwaffe bom­barde Belgrade et en détruit une partie eu moment même où les trou­pes alle­man­des enva­his­sent le ter­ri­toire. Aussitôt informé Staline fait immé­dia­te­ment annu­ler le ban­quet dont la tenue aurait, dit-il, « un carac­tère de défi pro­vo­ca­teur ». [18] Certes la tenue du ban­quet n’aurait rien changé à la situa­tion en Yougoslavie, mais son annu­la­tion, qui sym­bo­lise l’annu­la­tion fac­tuelle du pacte soviéto-you­go­slave , mort-né, est un geste en direc­tion d ’Hitler qui ne peut qu’y voir un signe de la man­sué­tude de Staline.

Trois jours plus tôt, le 3 avril, il a signé un pacte de non-agres­sion avec le Japon, l’un des trois pays signa­tai­res du pacte anti-Comintern. Accompagnant à la gare le minis­tre des affai­res étrangères japo­nais, Matsuoka, il lui déclare dans l’inten­tion – suivie d’effet - que ce der­nier le répé­tera à ses alliés alle­mands : « Je suis un par­ti­san convaincu des puis­san­ces de l’axe et une ennemi de l’Angleterre et de l’Amérique. » Le Japonais se hâte de répé­ter ces propos à l’ambas­sa­deur alle­mand Schulenburg à qui, en plus, Staline déclare sur le quai de la gare : « Nous devons rester des amis » et il empoi­gne au pas­sage le colo­nel Krebs de l’ambas­sade alle­mande et lui déclare : « Nous avons été amis avec vous et nous res­te­rons tou­jours amis avec vous. » [19]

Peut-on consi­dé­rer ces décla­ra­tions comme rele­vant du simple bavar­dage diplo­ma­ti­que pla­to­ni­que ? Non. On va le voir en évoquant ci-après le memo­ran­dum du 15 mai la manière dont Staline rem­plit ses obli­ga­tions com­mer­cia­les envers l’Allemagne nazie – qui, elle, ne lui rend guère la mon­naie de sa pièce. Le docu­ment montre que Staline conti­nue à appor­ter une aide effec­tive à l’effort de guerre ger­ma­ni­que crois­sant, aide qui va bien­tôt se tour­ner bru­ta­le­ment contre l’Union sovié­ti­que.

Du pacte anti-Comintern à la dissolution du Comintern ?

Le 9 mars 1941 Jdanov, porte-parole de Staline, dis­cute avec Dimitrov, le secré­taire du Comintern, de la pré­pa­ra­tion( si l’on peut dire !) de la jour­née inter­na­tio­nale du 1er mai : « Nous consi­dé­rons tous deux , note Dimitrov,qu’il n’est pas utile d’inter­ve­nir dans la situa­tion actuelle avec un appel pour le1er mai. »(Pas d appel de l’Internationale com­mu­niste donc pour la jour­née inter­na­tio­nale des tra­vailleurs du monde entier, seu­le­ment des direc­ti­ves inter­nes envoyées aux secré­ta­riats des dif­fé­rents partis com­mu­nis­tes.

Onze jours plus tard, le 20 avril au soir, Staline dis­cute avec les mem­bres du bureau poli­ti­que et Dimitrov. Il leur expli­que la néces­site, à ses yeux, de dis­sou­dre le Comintern : « Ne vous atta­chez pas, leur dit-il,à ce qu’il y avait hier. Prenez stric­te­ment en compte la situa­tion qui est en train de se créer.(...) Du point de vue de l’inté­rêt pour les ins­ti­tu­tions du Comintern, raille-t-il, ce n’est peut-être pas agréa­ble, mais ce ne sont pas ces inté­rêts qui déci­dent « et il conclut : « La ques­tion de l’exis­tence du Comintern à court terme, des nou­vel­les formes de liens inter­na­tio­naux et de l’acti­vité inter­na­tio­nale dans les condi­tions d’une guerre mon­diale sont posées de manière forte et claire » [20] [21]Une réu­nion du secré­ta­riat du Comintern avec Jdanov le 12 mai est entiè­re­ment consa­crée à la pré­pa­ra­tion de la cette dis­so­lu­tion, dont les pré­sents sou­li­gnent qu’elle ne doit pas « faire naître une impres­sion d’enter­re­ment et de déso­rien­ta­tion » [22] .L’atta­que de l’URSS par Hitler le 22 juin va sauver. pro­vi­soi­re­ment - le Comintern.

Goebbels toujours content de Staline

Le 13 mai 1941, alors même que le plan Barbarossa est en cours d’aché­ve­ment Goebbels le répète une fois de plus : « Staline conti­nue d’agir à notre satis­fac­tion ». [23] 

Le 15 mai le minis­tère des affai­res étrangère de l’Allemagne rédige un memo­ran­dum sur les rela­tions économiques entre l’URSS et l’Allemagne. Le minis­tère sou­li­gne à la fois les « dif­fi­cultés » de l’Allemagne à rem­plir ses enga­ge­ments vis-à-vis de l’URSS alors que cette der­nière lui livre bien tout ce à quoi elle s’est enga­gée : « Comme dans le passé, écrit l’auteur du rap­port, Schnurre, des dif­fi­cultés sont appa­rues dans l’exé­cu­tion des enga­ge­ments alle­mands sur les four­ni­tu­res à l’URSS, en par­ti­cu­lier dans le domaine des arme­ments. Comme aupa­ra­vant nous ne pour­rons pas tenir les délais. » Schnurre, avec cynisme expli­que en quoi le pro­blème n’est pas bien grave : « La non-exé­cu­tion par l’Allemagne de ses enga­ge­ments ne com­men­cera à se faire sentir qu’après août 1941,car jusqu’à cette date la Russie est obli­gée de consi­dé­rer ses four­ni­tu­res comme une avance. »

Après août évidemment, vu le plan Barbarossa, pas de pro­blème : l’avance ne sera jamais rem­bour­sée.

Schnurre pré­cise : « Les com­pli­ca­tions sont appa­rues en par­ti­cu­lier dans la non-exé­cu­tion [par l’Allemagne]des contrats sur les livrai­sons dans le domaine des forces aérien­nes » .En revan­che la fabri­ca­tion d’un croi­seur alle­mand à Leningrad, avec la par­ti­ci­pa­tion de 70 ingé­nieurs alle­mands, va bon train et pour ce croi­seur les maté­riels promis arri­vent à l’heure !

De son côté l’URSS rem­plit ponc­tuel­le­ment ses enga­ge­ments. Schnurre le note : « La situa­tion concer­nant la livrai­son de matiè­res pre­miè­res par la Russie se pour­suit de façon satis­fai­sante  » et il cite une liste des résul­tats depuis le début de l’année ! 632.000 tonnes de blé 232.000 tonnes de pétrole ; 23.500 tonnes de coton, 50.000 tonnes de man­ga­nèse, 67.00 tonnes de phos­phate, 900 kilos de pla­tine. Et le mou­ve­ment s’accé­lère même puis­que, pour le seul mois d’avril, Schnurre comp­ta­bi­lise : 208.000 tonnes de blé, 90.000 tonnes de pétrole, 8 .300 tonnes de coton, 6.300 tonnes de cuivre, d’étain et de nickel.

Schnurre sou­li­gne un pro­blème poli­ti­que : « De graves dif­fi­cultés sont créées par les bruits qui ne ces­sent de courir sur le carac­tère iné­vi­ta­ble du choc entre l’Allemagne et la Russie », et qui nour­ris­sent, écrit-il « une inquié­tude sérieuse dans l’indus­trie alle­mande qui s’efforce de refu­ser d ’hono­rer les tran­sac­tions pas­sées avec la Russie et dans cer­tains cas refuse même d’envoyer à Moscou les per­son­nels indis­pen­sa­bles pour la réa­li­sa­tion des contrats. »

L’atti­tude des Soviétiques lui parait en revan­che favo­ra­ble. Il sou­li­gne d’abord leur ponc­tua­lité dans les livrai­sons : « Bien sur cela exige pour eux de grands efforts Les Russes livrent ponc­tuel­le­ment le volume de matiè­res pre­miè­res qui est fixé par l’accord. » Cette ponc­tua­lité, tout à fait inha­bi­tuelle dans la vie économique de l’URSS où les retards de livrai­son – sans parler des man­ques - sont fré­quents, est le pro­duit d’une déci­sion poli­ti­que au plus haut niveau. Elle pousse Schnurre à affir­mer : « J’ai le sen­ti­ment que nous pour­rions pré­sen­ter à Moscou des exi­gen­ces économiques, dépas­sant même le cadre des accords du 10 jan­vier 1941 et qui pour­raient rem­plir les besoins économiques dans des dimen­sions plus gran­des que ce que l’accord a défini  » [24]

Une contribution de Staline à l’attaque de l’URSS par l’Allemagne nazie..

Le 26 mai Staline informe les géné­raux Joukov et Timochenko que l’ambas­sa­deur alle­mand Schulenburg a demandé au gou­ver­ne­ment sovié­ti­que d’auto­ri­ser plu­sieurs grou­pes d’enquê­teurs alle­mands à recher­cher dans les sec­teurs fron­ta­liers les tombes des sol­dats alle­mands inhu­més lors de la pre­mière guerre mon­diale. Ce souci d’hono­rer les morts ne trou­ble guère Staline qui donne son accord en exi­geant sim­ple­ment que ces recher­ches soient limi­tées aux lieux mêmes de sépul­ture ce que les pas­sion­nés de la mémoire accep­tent sans rechi­gner. Les deux gradés sovié­ti­ques, stu­pé­faits, n’osent pas pro­tes­ter. [25]

Les rele­vés topo­gra­phi­ques précis que ces ama­teurs de tombes récol­tent ainsi com­plè­tent ceux obte­nus par les avions alle­mands lors des 324 vio­la­tions de l’espace aérien sovié­ti­que qu’ils ont effec­tuées entre le 1er jan­vier et le 22 juin et contre les­quel­les Staline n’a pas réagi.

Mais il a tort de mon­trer à Hitler qu’il a peur. Un com­mu­ni­qué de l’agence de presse offi­cielle Tass du 14 juin affir­mant que les rela­tions entre Moscou et Berlin sont excel­len­tes pro­duit le résul­tat inverse. Goebbels note : « Du point de vue du Führer le démenti de Tass n’est qu’un fruit de la peur. Staline trem­ble devant ce qui s’annonce. » [26]

Staline tente de pro­lon­ger un pacte mori­bond et d’ama­douer Hitler, qui juge n’avoir plus besoin de lui, par sa pas­si­vité et par la ponc­tua­lité avec laquelle, par une ultime contri­bu­tion à l’effort de guerre nazi, il fait livrer jusqu’au 21 août au soir toutes les com­man­des de l’Allemagne .

Le 22 juin 1941 à 0h 30 le soldat com­mu­niste alle­mand Alfred Liskov déserte et fran­chit la fron­tière sovié­ti­que au péril de sa vie pour aver­tir l’armée rouge que la Wehrmacht va atta­quer à 3 heures du matin. Staline, pré­venu alors qu’il ban­quette au Kremlin, ordonne de le fusiller ce «  pro­vo­ca­teur ». Sitôt dit, sitôt fait. C’est le der­nier ser­vice rendu à Hitler par Staline pour pro­lon­ger l’exis­tence d’une col­la­bo­ra­tion ago­ni­sante. Le ban­quet se pour­suit dans l’insou­ciance et la vodka jusqu’à deux heures du matin, puis Staline va se cou­cher. La Wehrmacht atta­que une heure plus tard, pen­dant son som­meil.

Jean-Jacques Marie

Lire sur le site Cahiersdumouvementouvrier.org les arti­cles sui­vants des Cahiers du mou­ve­ment ouvrier (CMO) :

CMO n° 2 Un bloc pour ren­ver­ser Staline

CMO n° 3 : Un crime du sta­li­nisme :l’évacuation du goulag en 1941-1942.

CMO n° 2et 3 : Vadim Rogovine : La Grande ter­reur.

CMO n° 4 : Le tract du PC ita­lien du 1er août 1936 en direc­tion des fas­cis­tes ita­liens.

CMO n° 7 : Le tract du PC alle­mand inter­dit par Staline

CMO n° 8 : L’affaire de la pla­te­forme Rioutine

CMO n° 11 ; Les pré­pa­ra­tifs des purges de l’armée rouge et la pro­vo­ca­tion Hitler-Staline

CMO n° 14 : Quand les fas­cis­tes russes applau­dis­saient Staline


Voir en ligne : Cahiers du Mouvement Ouvrier


[1Dmitri Volkogonov, Stalin polititcheski portret, t.2 , p 29.

[2Ibid, p.30

[3SSSR-Germania 1939-1941, Vilnius, p 62-63.

[4V Berejkov, Kak ia stal perevodtchikom stalina( Comment je suis devenu l’interprète de Staline), p. 48

[5Ibid. p 47.

[6Allan Bullock, Hitler-Staline,tome 2, p 63.

[7Joseph Goebbels, Journal 1939-1942, p 25.

[8Ibdi, p 37.

[9Ibid,p 45.

[10Ibid, 109-110.

[11Pravda 1er novembre 1939

[12Novaia i noveichaia istioria,n° 4,2000,p 100.

[13Margarete Buber-Neumann, Déportée en Sibérie, p. 222.

[14Ibid, p213,222 et 241.

[15Comintern i vtoraia morovaia voîna,,t.1, p 127-131

[16SSSR-Germania 1939-1941, t 2 , pp 36-39.

[17Ibid, t.2 , p 143-144

[18G Gorodetsky.Le grand jeu de dupes,p 226..

[19Dokoumenty vnechneï politiki t.23,livre 2 pp 560-565.

[20G Dimitrov, p 454.

[21Ibid,p 459.

[22Ibid, p 471

[23Joseph Goebbels, Ibid, p 290

[24SSSR-Germania 1939-1941 , t 2 , p 36-39.

[25Ivzestia TsK KPSS,1995,n°2,pp 4-22 et G Joukov,Vospominania i razmychlenia t 1,p 346-347. La défense de Staline exige trucages et falsifications de tous ordres, repris par les dévoués ministres de son culte, lors de la publication des Mémoires de Joukov sous Brejnev... les deux pages où Joukov évoque cet épisode ont été supprimés sans que le lecteur en soit bien entendu averti.

[26Joseph Goebbels, Ibid, p 290.