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Pour un XXIe siècle plus heureux ?

par Denis COLLIN, le 7 septembre 2019

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Les diver­ses ten­ta­ti­ves pour cons­truire de nou­veaux « partis du leader », bap­ti­sée « popu­lis­tes » on ne sait trop pour­quoi finis­sent en eau de boudin. Podemos, LFI, M5S, par des voies dif­fé­ren­tes, ils mon­trent qu’ils sont inca­pa­bles de réno­ver la vie poli­ti­que démo­cra­ti­que. L’inter­sec­tion­na­lité et le "chan­tal-mouf­fisme" (le péro­nisme ripo­liné pour les Européens) sont des impas­ses. Il n’y aura pas de mira­cle, pas de rac­courci. Soit se recons­trui­ront de véri­ta­bles partis socia­lis­tes ou com­mu­nis­tes (l’appel­la­tion est au choix, le contenu his­to­ri­que est le même), fondés sur la néces­sité de ren­ver­ser le capi­ta­lisme, soit il ne res­tera plus aux gens de ma géné­ra­tion que la conso­la­tion d’être morts (avec un peu de chance) quand le pire sera là.

Mais pour recons­truire quel­que chose de sérieux, il faut 1) agir sur une ligne uni­taire sans sec­ta­risme (comme sur le RIP) et 2) dis­cu­ter sérieu­se­ment du "mani­feste com­mu­niste" dont le XXIe siècle a besoin. Les que­rel­les de micro-bou­ti­ques entre les diver­ses grou­pus­cu­les « sou­ve­rai­nis­tes » sont évidemment déri­soi­res dans ce contexte. Aussi impor­tante que soit la ques­tion de la sou­ve­rai­neté natio­nale, elle n’a de sens que liée à une ligne stra­té­gi­que d’émancipation sociale. Que le liber­ta­rien Boris Johnson veuille uti­li­ser le « Brexit » pour mieux arri­mer le Royaume Uni au Léviathan trans­at­lan­ti­que, cela devrait être assez clair mais ne l’est pas pour tous et quand l’on voit force « sou­ve­rai­nis­tes » fran­çais cher­cher un sau­veur suprême chez ce porte-parole des tories les plus oppo­sés aux inté­rêts du peuple, voilà qui est plutôt déconcer­tant.
Si on en croit le regretté Wallerstein, le capi­ta­lisme ne devrait pas dépas­ser le demi-siècle. Ce qui vien­dra ensuite sera pire (si on conti­nue de lais­ser aller les choses comme en ce moment), soit meilleu­res si les hommes sont assez forts et assez rai­son­na­bles pour repren­dre leurs affai­res en main. La ques­tion du climat est là-dedans assez secondaire, en vérité, même si cer­tai­nes évolutions inquié­tan­tes pour l’avenir com­men­cent à se des­si­ner. La ques­tion du climat est moins dra­ma­ti­que que la ques­tion du mode de pro­duc­tion capi­ta­liste. Car c’est ce mode de pro­duc­tion qui gas­pille les res­sour­ces et conduit le monde au chaos. On connaît des tas de solu­tions qui per­met­traient d’être plus économes et de ména­ger non pas la pla­nète mais le milieu vital des humains, notre écoumène. Mais toutes ces solu­tions ne peu­vent être mises en œuvre qu’en renon­cer à l’impé­ra­tif de l’accu­mu­la­tion illi­mi­tée du capi­tal, mais aussi en bâtis­sant des socié­tés bien plus égalitaires qui ren­draient les sacri­fi­ces sur la consom­ma­tion plus accep­ta­bles.

Un chan­ge­ment radi­cal donc s’impo­se­rait. Dans les têtes d’abord. Et ensuite dans l’orga­ni­sa­tion d’une nou­velle culture popu­laire contre l’idéo­lo­gie du capi­tal et de la mar­chan­dise qui domine aujourd’hui même les recoins de la vie privée. Un tel chan­ge­ment ne peut pas se pro­cla­mer. Il faut créer des lieux de débat autour de ces objec­tifs et com­men­cer à chaque échelon à regrou­per en allant de bas en haut (exac­te­ment le contraire de cette absurde sou­mis­sion au chef cha­ris­ma­ti­que, qu’il s’appelle Iglesias, Mélenchon ou Grillo).

Le Manifeste pour un XXIe siècle plus heu­reux pro­duit par « La Sociale » en 2016 jetait les pre­miè­res bases. Il pour­rait cons­ti­tuer un brouillon ou une esquisse ce que nous devrions faire main­te­nant.