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Guerre et Paix

par Denis COLLIN, le 5 mai 2022

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Guerre et Paix

Il est une chose par­ti­cu­liè­re­ment étonnante dans la cam­pa­gne qui s’est enga­gée pour les élections légis­la­ti­ves des 12 et 19 juin pro­chains, c’est l’absence pres­que totale de toute dis­cus­sion sur la ques­tion la plus impor­tante aujourd’hui, la ques­tion de la guerre en Ukraine, com­men­cée en 2014 à « bas bruit » au Donbass et qui a fran­chi un pas déci­sif avec la déci­sion de Vladimir Poutine de faire entrer l’armée russe sur le ter­ri­toire ukrai­nien. Tous les chefs des partis poli­ti­ques en course pour l’élection seraient donc tel­le­ment d’accord sur l’atti­tude à obser­ver qu’il ne serait même pas néces­saire d’en parler ! Rappelons sim­ple­ment que le pro­chain gou­ver­ne­ment, quel qu’il soit, sera chargé au titre de l’arti­cle de déter­mi­ner et conduire la poli­ti­que de la nation et dis­pose ainsi de la force armée (art. 20). L’idée que la poli­ti­que étrangère est le « domaine réservé » de la pré­si­dence est une des âneries que vont répé­tant les médias et les ultras bona­par­tis­tes, mais qui est tota­le­ment dépour­vue de fon­de­ment légal. Ajoutons que si la France entre guerre, un vote du Parlement est néces­saire. On aime­rait bien connaî­tre les posi­tions des uns et des autres sur cette affaire.

Pour l’heure, sur le plan légal, nous ne sommes pas en guerre et l’Ukraine n’étant pas membre de l’OTAN, nous ne sommes pas tenus d’inter­ve­nir mili­tai­re­ment pour sou­te­nir son gou­ver­ne­ment face à la Russie. Comme il n’y a pas de réso­lu­tion du Conseil de Sécurité de l’ONU qui don­ne­rait légi­ti­mité à une inter­ven­tion mili­taire, la France est donc en paix avec la Russie. Elle peut seu­le­ment appor­ter une aide huma­ni­taire. Elle peut aussi récla­mer un cessez-le-feu — c’est tou­jours ainsi qu’on arrête une guerre, par un cessez-le feu. Ensuite on pour­rait ouvrir des négo­cia­tions avec quel­ques pays neu­tres, prêts à offrir leurs bons offi­ces. Tout cela est assez simple. Ajoutons que per­sonne ne peut vou­loir l’esca­lade avec la Russie. On le sait, Poutine a perdu et avec lui la Russie, même s’il cher­che encore à faire peur avec ses pro­to­ty­pes « Satan ». Mais la ten­ta­tion du pire pour­rait s’impo­ser. Il faut donc ména­ger à la Russie une recu­lade hono­ra­ble, car une Troisième Guerre mon­diale sur le théâ­tre euro­péen serait évidemment une catas­tro­phe abso­lue. Si une telle guerre éclatait, les sur­vi­vants envie­raient les morts.

Que cette ques­tion cru­ciale, relé­guant très loin beau­coup d’autres, soit absente de la cam­pa­gne électorale, voilà qui laisse pan­tois. L’atti­tude vis-à-vis de la guerre en Ukraine a d’évidentes impli­ca­tions. Pourquoi sommes-nous encore dans l’OTAN ? Pourquoi rester dans cette alliance qui ne sert que les inté­rêts des USA ? Pourquoi res­tons-nous de fidè­les tou­tous d’un « Union euro­péenne » qui n’est rien d’autre la conti­nua­tion de l’OTAN sous d’autres formes ? On peut n’être pas d’accord du tout avec ce que je dis ici, mais ce sont les ques­tions réel­les, les ques­tions déter­mi­nan­tes pour l’avenir de notre pays et de l’Europe. Même si la pers­pec­tive de la guerre en Europe s’éloigne ou du moins reste can­ton­née aux rives du Don, la crise économique qui a com­mencé risque de faire boule de neige. Que disent, que pen­sent nos poli­ti­ciens ? Que font-ils pour aler­ter nos conci­toyens ? Rien. Ils sont tout à leurs peti­tes manœu­vres pour sauver les postes des uns et des autres. Tout cela est pitoya­ble. Comment peut-on encore accor­der un soup­çon de confiance à ces tris­tes pitres employés dans un théâ­tre mina­ble pour tenter de dis­traire les citoyens en atten­dant la catas­tro­phe.

Denis Collin, le 5 mai 2022.