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MeToo pour les autres, but not for me !

par Jacques COTTA, le 5 juillet 2022

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Je communique ci-dessous un papier que j’ai publié hier sur le site du journal « Marianne ». Il concerne les conceptions judiciaires, républicaines et démocratiques de la France Insoumise mise à jour par Eric Coquerel. Curieusement, le député nouvellement élu président de la commission des finances adhère à l’idéologie woke qui le met en cause sur la base de simples ragots. Tout y est. Patriarcat, homme de plus de 50 ans ramené au rang de prédateur sexuel, transformation de la présomption d’innocence en présomption de culpabilité et en fin de compte nouveau totalitarisme qui fait des ravages. Derrière l’affaire Coquerel, il s’agit de comprendre la folie idéologique dans laquelle est engagée la France Insoumise.

Dans une tri­bune parue dans le JDD Éric Coquerel, député LFI nou­vel­le­ment élu pré­si­dent de la Commission des finan­ces, prend la plume pour reve­nir sur les faits de har­cè­le­ment sexuel dont il est accusé. L’affaire, qui traî­ne­rait depuis 2018, a été remise aux goûts du jour par la mili­tante Rokhaya Diallo, pour­tant proche de la France Insoumise.

Comme attendu, Éric Coquerel dément les accu­sa­tions dont il est vic­time, basées sur un témoi­gnage qu’il dément caté­go­ri­que­ment. Mais les argu­ments qu’il uti­lise dépas­sent sa propre his­toire et jet­tent un éclairage pour le moins inquié­tant sur l’idéo­lo­gie qui domine au sein de la France insou­mise en géné­ral, et chez ses cadres diri­geants en par­ti­cu­lier.

Pour amor­cer sa défense, Éric Coquerel prend appui sur les propos de la dépu­tée EELV, Sandrine Rousseau. « Vendredi sur fran­ceinfo, la dépu­tée Sandrine Rousseau confir­mera elle aussi avoir mené une enquête avec ses pro­ches pour véri­fier, et débou­ché une fois encore sur l’absence de témoi­gna­ges ». Les propos de Sandrine Rousseau étaient plus précis et ne cho­quent visi­ble­ment pas le prin­ci­pal inté­ressé. « J’ai mis des fémi­nis­tes sur le coup, et on n’a rien trouvé », a-t-elle affirmé.

Ainsi, aujourd’hui, des grou­pes tels que ceux diri­gés par Sandrine Rousseau, peu­vent être « mis sur le coup » sur la base de dénon­cia­tions a priori infon­dées. Ce n’est rien d’autre qu’une vic­toire de la jus­tice paral­lèle. Ce mode de fonc­tion­ne­ment, au nom des meilleu­res inten­tions comme sou­vent, pose de gros soucis démo­cra­ti­ques. Il avait d’ailleurs déjà été mis en œuvre contre le can­di­dat Taha Bouhafs à Vénissieux. La FI n’avait rien eu à dire sur ses posi­tions indi­gé­nis­tes, racia­lis­tes et isla­mis­tes. Cela ne lui posait pas pro­blème pour le pré­sen­ter à la dépu­ta­tion. Mais lors­que des accu­sa­tions de « vio­len­ces sexuel­les » sont tom­bées et que la cel­lule interne à la FI a été saisie, la sanc­tion n’a pas tardé. Bouhafs a été démis et sa can­di­da­ture révo­quée. Jean-Luc Mélenchon, silen­cieux sur les posi­tions poli­ti­ques de Bouhafs, avait alors insisté sur « l’impor­tance de la parole des femmes ».

Éric Coquerel enfonce le clou. « Comment réagir à une rumeur qui n’est basée sur aucune plainte, aucun signa­le­ment à la cel­lule interne de LFI, aucun témoi­gnage public en plus de cinq ans, mais dont on expli­que que seuls le silence de LFI et son refus de mener une enquête l’expli­que­raient ? ». C’est donc de façon assu­mée que le nou­veau pré­si­dent de la Commission des finan­ces met sur le même plan la cel­lule enquête de LFI, et les ser­vi­ces de l’État, police et jus­tice, nor­ma­le­ment char­gés de ce type d’affai­res. LFI et Église catho­li­que se récla­ment de cel­lu­les inter­nes pour trou­ver la vérité. Cruelle ironie.

Il est d’ailleurs curieux de cons­ta­ter à quel point Éric Coquerel tente de com­po­ser entre sa propre défense et l’idéo­lo­gie à laquelle il est sommé d’adhé­rer pour ne pas se voir empor­ter par cette der­nière. Le voilà qui affirme son « entière soli­da­rité avec le mou­ve­ment #MeToo. Je ne place ici aucu­ne­ment sur un pied d’égalité ce type d’atta­ques concer­tées et les aler­tes ou relais de fémi­nis­tes sin­cè­res réa­gis­sant ou s’inter­ro­geant sur des com­por­te­ments inap­pro­priés ». Éric Coquerel va jusqu’à jus­ti­fier les pra­ti­ques et métho­des inad­mis­si­bles dont il a été l’objet : « Je ne consi­dère pas pour autant que seule la jus­tice, même si elle est tou­jours pré­fé­ra­ble, puisse être convo­quée pour déter­mi­ner une action pré­ven­tive, voir cura­tive sur une per­sonne soup­çon­née de vio­len­ces sexuel­les et sexis­tes. »

De fait, Coquerel se retrouve à sou­te­nir l’idéo­lo­gie qui le met en cause. De Rokhaya Diallo, ou de celle qui le menace « en met­tant des fémi­nis­tes sur le coup », de Sandrine Rousseau. « Le mou­ve­ment MeToo est aussi l’occa­sion de révo­lu­tion­ner les com­por­te­ments patriar­caux », écrit-il avant de pour­sui­vre : « Avant même la vague MeToo, une cama­rade m’a fait com­pren­dre qu’on ne pou­vait plus avoir les mêmes rap­ports avec les femmes, de séduc­tion ou sim­ple­ment rela­tion­nels, dès lors qu’on était devenu un homme de pou­voir de 50 ans, et ce, y com­pris dans le cadre d’échanges consen­tis et voulus res­pec­tueux, au risque d’entrer, même de façon incons­ciente, dans des rap­ports de domi­na­tion ». On songe une fois de plus aux mots de Pier Paolo Pasolini : « le fas­cisme peut reve­nir sur la scène à condi­tion qu’il s’appelle anti­fas­cisme. »

Jacques Cotta tient une chaîne YouTube acces­si­ble ici

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