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Comment ce pouvoir arrive-t-il à tenir ?

par René MERLE, le 22 janvier 2020

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Que dira l’historien d’après-demain des péripéties que nous vivons ? Comme il est toujours plus facile d’expliquer a posteriori que de le faire le nez sur la vitre, nul doute qu’il démêlera dans cette lutte - qu’il faut bien appeler une vraie lutte de classes -, ce qui tenait à l’écume des choses et ce qui en était le ressort profond.
Mais nous ne pourrons pas lire l’historien de l’avenir, et il faut nous en tenir, engagés que nous sommes dans l’action, à ce que nous ressentons et à ce que nous essayons de comprendre à chaud. En enfonçant des portes grandement ouvertes…

En bref, la ques­tion cen­trale, dou­ble­ment for­mu­lée, tient en ces quel­ques mots :
Pourquoi des mou­ve­ments aussi puis­sants que celui des Gilets jaunes et celui de l’actuelle pro­tes­ta­tion ne l’empor­tent-ils pas sur ce pou­voir ?
Comment ce pou­voir arrive-t-il à tenir, et peut-être à s’en sortir ?
Vous vous doutez bien que je n’ai pas la réponse, et que je m’en tiens à la ques­tion, au fil de nos mani­fes­ta­tions dans les rues de Toulon, et au vu de ce que m’appor­tent les infor­ma­tions et les réseaux sociaux.
Le pou­voir, dont le mépris mal contenu à l’égard de « ceux qui ne sont rien » n’a d’égal que la vio­lence poli­cière et judi­ciaire exer­cée sur ces mêmes inexis­tants quand ils se rebif­fent, a depuis deux ans et plus la même tac­ti­que, qui n’a rien d’une vraie stra­té­gie : jouer sur le pour­ris­se­ment du mou­ve­ment et dans le même temps pro­po­ser un exu­toire de pseudo-démo­cra­tie, dont le Grand Débat a été la concré­ti­sa­tion bouf­fonne, pro­lon­gée main­te­nant par la soi-disant concer­ta­tion avec les forces soi-disant réfor­mis­tes…
Il paraît évident que cette tac­ti­que ne peut être effi­cace que si l’appa­reil d’État, et au pre­mier chef son bras répres­sif l’appli­que sans états d’âme (ce qui jusqu’à pré­sent a été le cas de la police), et si, d’autre part, elle ren­contre un cer­tain écho dans l’opi­nion. Ce qui est le cas de cette partie des électeurs de droite effrayés par les mena­ces sur « l’Ordre », et de cette mou­vance low middle class, gen­ti­ment apo­li­ti­que, tou­jours prête à thé­lé­to­ner et à mani­fes­ter ses bons sen­ti­ments, qui ne pou­vait man­quer de les appor­ter au Débat…
Pourtant, nous disent les son­da­ges, une majo­rité de l’opi­nion a sou­tenu les gré­vis­tes et condamne la réforme des retrai­tes – mais sans pour autant amener dans la rue la défer­lante qu’annon­çait l’oracle pythien J.-L.M…
Situation para­doxale qui voit des sec­teurs entiers de la middle class des­cen­dre théâ­tra­le­ment dans la rue pour leurs reven­di­ca­tions caté­go­riel­les (je n’en croyais pas mes yeux en voyant le massif défilé des avo­cats à Toulon), et la réserve, pour ne pas dire le désin­té­rêt d’une partie des cou­ches dites popu­lai­res et por­teu­ses de la fameuse « dif­fé­rence » eth­ni­que, pas celles que les Gilets jaunes mobi­li­sent, mais cette plèbe (le mot pour moi n’est pas péjo­ra­tif, au contraire) que les chai­nes info en continu nous pré­sen­taient avec insis­tance se pres­sant sur les quais des rares RER. Une plèbe dont l’hori­zon immé­diat est la survie dans une société qu’elle ne conteste pas (encore ?) dans l’action col­lec­tive.
Situation para­doxale encore d’une jeu­nesse lycéenne et étudiante que l’on a vu mani­fes­ter en masse pour le climat, mais qui, bien que pro­fon­dé­ment inquiète sur son avenir, n’a pas vrai­ment rejoint les cor­tè­ges anti-réforme des retrai­tes.
Alors que le RN et ses pro­ba­bles alliés de droite voient un bou­le­vard s’ouvrir devant eux, on peut bien sûr, et à juste titre, poin­ter l’absence d’un vrai pro­lon­ge­ment poli­ti­que au mou­ve­ment social, les gau­ches dites de gou­ver­ne­ment ayant défi­ni­ti­ve­ment fait sauter la dis­tinc­tion droite-gauche.
En fait, me semble-t-il, mais je prends peut-être mes désirs pour des réa­li­tés, avec les reven­di­ca­tions défen­si­ves immé­dia­tes et au-delà de ce à quoi elles se tien­nent, (c’est-à-dire mieux vivre dans la société actuelle, ou à tout le moins ne pas vivre plus mal), la ques­tion se pose confu­sé­ment au plus grand nombre, et l’on com­prend qu’elle puisse le faire hési­ter avant de mettre le pied en avant : com­ment mettre à bas cette société où, comme l’écrit la phi­lo­so­phe ita­lien Preve, « il n’y a plus de place que pour l’unique auto­rité légi­time, l’Autorité de la mar­chan­dise qui n’a ni race, ni langue, ni reli­gion, ni phi­lo­so­phie ».
À cet égard, je demeure très reconnais­sant à La Sociale d’avoir tou­jours pointé avec réa­lisme la vertu d’un répu­bli­ca­nisme radi­cal, dans le cadre natio­nal si vili­pendé par nos Belles Âmes, pre­mière étape concrète et réa­liste sur le chemin de l’émancipation.


Voir en ligne : Points de vue & Documents. René Merle

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