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Coronavirus ou CoronaMacronus ?

par Jacques COTTA, le 13 mars 2020

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En quel­ques jours la mobi­li­sa­tion géné­rale est décré­tée à tra­vers la pla­nète contre le coro­na­vi­rus. Fermetures de fron­tiè­res, confi­ne­ment, dis­tan­ces à res­pec­ter, fer­me­tu­res d’écoles, lycées et facultés, iso­le­ment des per­son­nes âgées, fer­me­ture de régions entiè­res… Que l’on soit riche ou pauvre, puis­sant ou misé­ra­ble, nous serions tous logés à même ensei­gne. « Serrons-nous les coudes » nous a ainsi asséné durant plus de 27 minu­tes le pré­si­dent de la répu­bli­que dans un dis­cours répé­ti­tif qui était prévu pour la moitié de temps. Bref, dans le désar­roi, dans cette ambiance de fin du monde, tous nos dif­fé­rends ne seraient que subal­ter­nes.

Dans la popu­la­tion, par­tiel­le­ment, les dis­cours font leurs effets. La méfiance s’ins­talle. les super­mar­chés sont déva­li­sés. Les mas­ques de pro­tec­tion, les gels désin­fec­tants sont convoi­tés, sou­vent en vain pour cause de rup­ture de stock. Sauve qui peut !

La crise finan­cière, l’effon­dre­ment des bour­ses, la crise sociale qui s’annonce, la crise poli­ti­que qui se pro­file seraient la consé­quence de ce fameux Covid 19 contre lequel Emmanuel Macron nous appelle à la soli­da­rité, à faire Nation, à exer­cer notre sou­ve­rai­neté, réi­té­rant les confu­sions et incom­pré­hen­sions, notam­ment lorsqu’il mélange la sou­ve­rai­neté natio­nale et la sou­ve­rai­neté euro­péenne, absur­dité pas­sa­gère puisqu’il n’existe pas de peuple euro­péen. Mais pas­sons, la dis­cus­sion poli­ti­que serait dépla­cée en ces temps de cata­clysme.

Pourtant, c’est bien la poli­ti­que qui se trouve avant, pen­dant et après cette his­toire de coro­na­vi­rus.

La poli­ti­que avant le coro­na­vi­rus

  • C’est la politique qui est responsable de la situation de détresse actuelle qu’on nous présente comme mystérieuse, tombant du ciel. Témoin, Bruno Canard, directeur de recherche CNRS à Aix-Marseille qui travaille depuis plus de 10 ans avec son équipe sur les virus à ARN (acide ribonucléique), dont font partie les coronavirus. Selon lui, pour des motifs de budget et d’économie sans vision, la recherche fondamentale sur les coronavirus a été abandonnée. Comme lui, ils sont des centaines de spécialistes de premier plan à dénoncer l’urgence dans laquelle ils se trouvent aujourd’hui alors que les moyens ont été sacrifiés sur l’autel du libéralisme soit disant triomphant malgré les demandes répétées.
  • C’est la politique qui a décidé que serait sous-traitée en Chine notamment (ça ne s’invente pas) la fabrication de médicaments de première nécessité, parce que là-bas les contraintes, notamment salariales et environnementales, sont négligeables.
  • C’est la politique qui a réduit nos services publics de première nécessité à leur plus simple expression au nom des économies et cadeaux aux actionnaires de grands groupes.
  • C’est la politique qui a supprimé plus de 100 000 lits dans les hôpitaux publics, sous Hollande, Sarkozy et de façon redoublée sous Emmanuel Macron.
  • C’est la politique qui a organisé la privatisation de secteurs clés de la santé, démoralisé les médecins, pressurisé les personnels, infirmiers, aides soignants, brancardiers…

La poli­ti­que pen­dant le coro­na­vi­rus

  • C’est le politique (Emmanuel Macron en personne) qui annonce qu’il faut protéger les plus vulnérables contre le virus, les personnes âgées notamment, mais qui à travers la loi sur les retraites les expose comme jamais à l’insécurité, la précarité, et la mort rapprochée.
  • C’est le politique qui détruit l’état social, ce qui reste de l’état providence, avec minutie, acharnement. Emmanuel Macron et ses discours d’un soir, ses envolées empruntées à Ambroise Croizat, responsable de la CGT et créateur de la sécurité sociale, lorsqu’il dit « il est des biens et marchés qui doivent être placés en dehors des lois du marché » s’applique avec sa majorité LREM a faire exactement le contraire au détriment de l’intérêt général.
  • C’est la politique, Emmanuel Macron et son gouvernement, qui dans la « semaine du Coronavirus » a privatisé la moitié de la Poste comme si de rien n’était.

La poli­ti­que après le coro­na­vi­rus

  • Les bourses s’effondrent. La panique submerge la sphère financière. Des centaines de milliers d’emplois sont d’ores et déjà menacés avec des dépôts de bilan par centaines, par milliers. C’est la politique qui devra répondre…
  • La crise sociale et financière va sans aucun doute connaitre ses prolongements sur le plan politique. L’injection de milliards de dollars et d’euros pour sauver les banques a déjà eu lieu durant la crise de 2008. Les même recettes ne pourront avoir que des effets décuplés, notamment avec la création de bulles prêtes à exploser.

La crise qui nous assaille sous le nom de Coronavirus ou Covid 19 révèle une crise beau­coup plus dévas­ta­trice, la crise du sys­tème capi­ta­liste qui expose des popu­la­tions entiè­res aux dégâts de la crise sani­taire. N’est-ce pas en réa­lité l’orien­ta­tion poli­ti­que qui domine depuis des décen­nies, accen­tuée et accé­lé­rée dans les deux der­niè­res années par Emmanuel Macron et sa majo­rité, qui est res­pon­sa­ble de notre vul­né­ra­bi­lité face à la pan­dé­mie qui nous frappe ? Confondre la cause et les effets, la crise poli­ti­que, le libé­ra­lisme d’une part, la crise sani­taire, le coro­na­vi­rus d’autre part, ne peut pro­duire que l’impuis­sance face à l’urgence.

Emmanuel Macron exprime à mots cou­verts la dif­fi­culté qui est la sienne face à cette situa­tion iné­dite. Lorsqu’il déclare son atta­che­ment à la « santé gra­tuite, sans condi­tions de res­sour­ces ou de par­cours », lorsqu’il semble décou­vrir sou­dai­ne­ment « notre État-pro­vi­dence », lorsqu’il se laisse aller à une décla­ra­tion d’amour en affir­mant que ce « ne sont pas des coûts ou des char­ges mais des biens pré­cieux, des atouts indis­pen­sa­bles quand le Destin frappe », il affirme dés main­te­nant non une convic­tion révé­lée, mais une dif­fi­culté à pour­sui­vre dans la voie qu’il incarne, celle de la des­truc­tion du bien commun, de la société, de la soli­da­rité.

Certains veu­lent y voir les bien­faits de la crise sani­taire qui ramè­ne­rait à la raison les plus dérai­son­na­bles. Le sani­taire vien­drait là se sub­sti­tuer au poli­ti­que comme dans d’autres domai­nes le socié­tal pren­drait la place du social.

La crise sani­taire modi­fie en réa­lité les termes dans les­quels les mêmes affron­te­ments que nous connais­sons depuis plus de deux ans vont devoir se pour­sui­vre. Imaginons que les retrai­tes par répar­ti­tion soient aujourd’hui liqui­dées comme la macro­nie le pro­pose et que la capi­ta­li­sa­tion l’ait déjà emporté. Avec la chute de la bourse on voit ce qui serait advenu des pen­sions des fran­çais. Et ce que vau­draient tous les dis­cours pré­si­den­tiels « sur les plus fra­gi­les d’entre nous ».

Le gou­ver­ne­ment a reculé sur la pri­va­ti­sa­tion d’ADP. Pour jus­ti­fier son recul, il se cache der­rière la conjonc­ture. Foutaise. Les fonds finan­ciers sont sou­vent aptes à inves­tir lors­que la situa­tion va très mal, lors­que les actions sont à la baisse, pour deux rai­sons essen­tiel­les : d’abord ils n’inves­tis­sent pas leur argent per­son­nel (ce qui compte), ensuite ils inves­tis­sent dans une pers­pec­tive assu­rée de reprise, de remon­tée des cours. Les avions ne dis­pa­rai­tront pas demain, quoi qu’il arrive avec le Coronavirus. L’affaire « Aéroports de Paris » demeure une bonne affaire. Si le gou­ver­ne­ment a reculé, c’est uni­que­ment parce que dans le contexte de révolte géné­rale, il ne tient pas, à juste titre, à ajou­ter à ses dif­fi­cultés la pri­va­ti­sa­tion d’ADP que la majo­rité des fran­çais rejette.

Ce n’est pas le coro­na­vi­rus qui vien­drait « sauver" l’huma­nité des méfaits du libé­ra­lisme. Lorsque le capi­ta­lisme recule, ce sont les forces vives qui lui sont oppo­sées, qui se mobi­li­sent et com­bat­tent, qui le font recu­ler. Le capi­ta­lisme et la recher­che sans limite du profit sont les rai­sons de notre fra­gi­lité col­lec­tive face à la pan­dé­mie. Se pré­mu­nir contre le virus est une néces­sité comme en com­bat­tre les causes est affaire de res­pon­sa­bi­lité.

Jacques Cotta
Le 13 mars 2020

Messages

  • Quand j’ai titré le blog "Immondialisation : peuples en solde !" c’est essentiellement le cancer du capitalisme absolu que je visais. Mais la pandémie nous en révèle un des aspects particuliers ainsi que bien d’autres. Comme le souligne l’article, comment en effet peut-on espérer se soigner quand les médicaments proviennent d’une région devenue "interdite" ? J’avais tenté d’expliquer en quoi la division planétaire de travail dictée par la loi du profit conduisant à concentrer des productions particulières dans des régions déterminées était une agression contre tous les peuples de la Terre et permettait l’arrivée de catastrophes : sanitaires, sociales, économiques, alimentaires, industrielles,...C’est-à-dire touchant toutes les activités humaines. Il paraît "con" (c’est de l’humour ?...) vient de découvrir que "la santé n’a pas de prix" et que tout citoyen doit "être soigné gratuitement". Si, si, on me l’a dit. Je vais peut-être pouvoir avoir accès à la complémentaire CMU ? Si c’était le cas : merci virus...si je m’en sors vivant...
    Méc-créant.
    (Blog : "Immondialisation : peuples en solde !" )

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