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Il est encore interdit d’interdire ?

par Jean-Paul DAMAGGIO, le 8 janvier 2020

« Jouir sans entra­ves », « il est inter­dit d’inter­dire » donc « CRS=SS » autant des slo­gans qui m’ont paru ridi­cu­les en 68 mais sans savoir pour­quoi.

Par la suite 68 a été accusé de tous les maux et de tous les mots par des éléments de la droite qui voyaient en cette source toute la remise en cause de l’auto­rité. Analyse qui m’est apparu ridi­cule mais sans savoir pour­quoi.

C’est à la fin des années 1970 Michel Clouscard qui a éclairé ma lan­terne.

En France plus qu’ailleurs la révolte de 68 n’avait pas mis face à face le capi­tal et le tra­vail, les réac­tion­nai­res et les révo­lu­tion­nai­res, les bour­geois et le peuple mais avait mais face à face, à l’inté­rieur de chaque camp deux cou­rants radi­ca­le­ment oppo­sés ! Et en France ils étaient plus qu’ailleurs for­te­ment repré­sen­tés.

A sein du pou­voir nous avions la bour­geoi­sie tra­di­tion­nelle dont De Gaulle pour­rait être une figure et la bour­geoi­sie néo­li­bé­rale avec Giscard, figure ayant grandi dans son ombre. Le inter­dit d’inter­dire étant bien anté­rieur à mai 68 puisqu’il tra­verse toute la révo­lu­tion du capi­ta­lisme.

Au sein des adver­sai­res du pou­voir nous avions la révolte tra­di­tion­nelle dont Duclos pour­rait être une figure et la révolte de la « deuxième gauche » avec Rocard en figure de proue.

Mitterrand ayant ses entrées dans tous les cou­rants de la société a su jon­gler en jouant Chirac contre Giscard, Rocard contre George Marchais etc. avec pour seule ambi­tion le pou­voir et en aucun cas le socia­lisme même si, je tiens à le pré­ci­ser, la vic­toire de 1981 a apporté beau­coup de mieux pour le peuple fran­çais.
Mais pour­quoi répé­ter aujourd’hui une ana­lyse ancienne même si elle est peu par­ta­gée ? Parce que, si la confi­gu­ra­tion a changé, le modèle reste le même.

Que sont les révo­lu­tions « face­book » ?

Elles dénon­cent un sys­tème qu’elles confor­tent ! Et il n’y a pas d’alter­na­tive… il faut confor­ter la puis­sance de la nou­velle « bour­geoi­sie numé­ri­que » (c’est le résul­tat pra­ti­que de l’uti­li­sa­tion de face­book, Uber…) pour aller dans la rue crier sa colère !

La bour­geoi­sie face­book, GAFA, Uber, ou disons la « bour­geoi­sie numé­ri­que », de la pla­te­forme a détrôné la bour­geoi­sie néo­li­bé­rale du fric pour le fric, des conven­tions col­lec­ti­ves etc. Et pour ce faire elle a besoin du peuple, un peuple qui a détrôné les ves­ti­ges de la révolte clas­si­que, partis, syn­di­cats etc.

Les myo­pies face à 68 se répè­tent à pré­sent.

Etrangement le néo-libé­ra­lisme a cher­ché à détruire tout ce qui était petit (petits arti­sans, petits com­mer­çants, peti­tes entre­pri­ses) au profit des mul­ti­na­tio­na­les de la banque et de l’indus­trie, et aujourd’hui la bour­geoi­sie numé­ri­que, s’appuyant sur ce gran­diose, sou­tient tout ce qui est petit, en fai­sant de la soli­tude l’hori­zon de chacun, pour que l’homme devienne plus que jamais un loup pour l’homme !

Mais quoi, ai-je si peu par­ti­cipé aux gilets jaunes pour ne pas avoir com­pris que sont nés autour des ronds-points des soli­da­ri­tés ? Ai-je si peu suivi les événements d’Algérie pour avoir com­pris que tous les Vendredis c’est un peuple qui se cons­ti­tue en peuple ?

Sauf que tout le monde peut aussi obser­ver qu’il était et est dif­fi­cile de passer d’une somme d’indi­vi­dus au coude à coude, à une force orga­ni­sée capa­ble de riva­li­ser avec la « bour­geoi­sie numé­ri­que », et ce phé­no­mène ne date pas d’aujourd’hui ! Les syn­di­ca­lis­mes, les partis poli­ti­ques, les asso­cia­tions ont débuté par de petits grou­pes à la base qui ensuite se sont fédé­rés pour attein­dre une enver­gure natio­nale (pour faire sou­rire je pense au Crédit agri­cole mutuel qui a perdu depuis long­temps l’aspect mutuel). A pré­sent nous avons d’entrée de jeu des mou­ve­ments natio­naux sans relais clairs à la base !
Comme je l’ai fait pour 68 puis-je donner quatre figu­res repré­sen­tant la nou­velle confi­gu­ra­tion ?

Du côté du pou­voir nous avons un duo bien connu qui s’appelle pour la bour­geoi­sie néo­li­bé­rale Marie Le Pen, et pour la bour­geoi­sie numé­ri­que Emmanuel Macron. Ils occu­pent tout l’espace en jouant de toutes les soli­tu­des.

Du côté des adver­sai­res du pou­voir les miet­tes sont deve­nues telles que je n’ai aucun nom pour la figure de la révolte clas­si­que (aujourd’hui Martinez) et pour la révolte des fanas de face­book (peut-être Mélenchon).
Dans tous les cas, nous savons que la sortie du piège mis en place par la bour­geoi­sie numé­ri­que sera dif­fi­cile, même si des pen­seurs d’aujourd’hui nous y aident sou­vent, en Algérie, en France et ailleurs. Bien sûr, comme tout outil, le numé­ri­que peut servir les inté­rêts de la bour­geoi­sie ou de ses oppo­sants, mais faut-il encore, pour les oppo­sants, saisir les bonnes stra­té­gies.

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