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TSIPRAS félicité par la finance et les europhiles de tout bord ...

par Jacques COTTA, le 9 juillet 2019

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Alexis Tsipras a parachevé son oeuvre. Après avoir été porté au pouvoir par le peuple grec pour s’opposer à la politique de l’UE et de la Troïka, après avoir appliqué une politique contraire à la volonté populaire et aux engagements qu’il avait pris devant les grecs, après avoir été le serviteur discipliné de l’oligarchie internationale et du capital, il remet aujourd’hui les clés dans les mains du parti conservateur "Nouvelle Démocratie" de Kyriakos Mitsotakis, grand vainqueur des législatives qui ont vu dimanche 7 juillet Syriza perdre des dizaines de sièges.

Bref retour sur une politique rejetée

Le jour de jan­vier 2015 où Syriza offrait avec plus de 35% des voix pour la pre­mière fois le pou­voir à la gauche et « gauche de la gauche » est bien loin­tain. Les der­niers argu­ments de cam­pa­gne -« Nous votons diman­che pour notre vie »- mar­telé par Syriza pour mettre en garde contre le retour de la droite grec­que au pou­voir, n’ont évidemment pas porté. Plus que les énièmes décla­ra­tions, c’est l’expé­rience des faits qui a joué.

Les prêts suc­ces­sifs faits à la Grèce ont sur­tout enri­chi ses créan­ciers et action­nai­res. De facto, la poli­ti­que à laquelle Tsipras s’est rangé a placé la Grèce sous tutelle jusqu’en 2060. Le leader de Syriza a fait du zèle, se van­tant de pré­sen­ter un excé­dent bud­gé­taire pri­maire record de 3,5%, au delà des exi­gen­ces de la Troïka, résul­tat dû à une pres­su­ri­sa­tion sans pré­cé­dent des clas­ses moyen­nes.

Tout cela s’est fait à l’écart de gran­des mobi­li­sa­tions popu­lai­res qui se sont estom­pées dans le temps, ce qui sans doute est un des résul­tats les plus pal­pa­bles de Syriza au pou­voir. Aux yeux de l’oli­gar­chie Alexis Tsipras avait réa­lisé un sans faute. Désarmant les masses, défai­sant le mou­ve­ment social, appli­quant la poli­ti­que de l’UE, ser­vant sur le fond les inté­rêts du capi­tal finan­cier et des grands capi­ta­lis­tes grecs, démo­ra­li­sant ses trou­pes, il avait rempli sa fonc­tion. Il ne lui res­tait donc plus qu’à lais­ser la place.

Tsipras et Syrisa responsables, mais pas qu’eux

Alexis Tsipras n’est pas une vic­time du peuple grec qui aurait manqué à son égard de reconnais­sance mini­male. Sa défaite est d’abord son oeuvre. Il paie la tra­hi­son de la parole donnée. Curieusement d’ailleurs c’est cet acte, ce déni des enga­ge­ments pris qui lui attire la sym­pa­thie et le sou­tien d’une bonne part de com­men­ta­teurs par­fois prompts à défen­dre les vertus, dont par exem­ple Laurent Joffrin dans « Libération ». Le patron de « Libé » écrit en effet : « « Trahison », donc. Mais c’est aussi sup­po­ser qu’il y avait une autre poli­ti­que évidente, plus pro­gres­siste, qu’il aurait écartée par dupli­cité cou­pa­ble. Or cette poli­ti­que consis­tait à sortir de l’Union, ce qu’il a refusé, en accord sur ce point avec la majo­rité des Grecs. Une fois lais­sée seule face à ses créan­ciers (qui n’auraient pas dis­paru par magie), la Grèce aurait-elle évité l’aus­té­rité ? Rien n’est moins sûr. »

Laurent Joffrin qui parle de Tsipras a le mérite de mettre au centre non le leader de Syriza mais la poli­ti­que à laquelle il s’est pliée et qu’il a impul­sée. C’est bien la ques­tion de l’UE qui est cen­trale, le main­tien dans le carcan euro­péen avec les consé­quen­ces connues pour la gauche grec­que mais aussi et sur­tout pour le peuple qui l’avait portée au pou­voir. « La Grèce aurait-elle évité l’aus­té­rité ? ». Sans doute pas, mais elle l’aurait déci­dée, assu­mée, subie aussi dans un but précis, celui de sa sou­ve­rai­neté, de son indé­pen­dance, de sa fierté.

La ques­tion que pose Joffrin en appelle quel­ques autres. La tra­hi­son serait-elle signe de luci­dité ? d’intel­li­gence ? de réa­lisme ? Un mode de conduite pour qui veut réus­sir ? Car sans pro­met­tre pas de vic­toire pos­si­ble, et sans trahir pas de casse mini­male. « Traître ou homme d’Etat ? » ques­tionne le direc­teur de « Libération ». L’homme d’état serait donc celui qui aurait la sagesse de se taire avant les élections sur les dan­gers à affron­ter, et qui une fois au pou­voir serait capa­ble de se plier pour faire le contraire de ce qu’il avait promis avant d’avoir été élu ? On ne peut à la fois se mor­fon­dre du « divorce » des masses avec la poli­ti­que, et vanter au nom d’un pré­tendu réa­lisme la tra­hi­son de la parole donnée.

Les choses auraient-elles été dif­fé­ren­tes si Tsipras avait fait un autre choix ? Nul ne peut le dire, sinon en se per­dant dans des spé­cu­la­tions qui sou­vent font l’économie de res­pon­sa­bi­li­tés par­ta­gées.

  • Les responsabilités partagées dans la situation grecque, ce sont d’abord celles de du gouvernement français et de François Hollande en 2015, du premier ministre Manuel Valls et du ministre de l’économie Emmanuel Macron qui dans un jeu de rôle bien rôdé avec Angela Merkel vont pousser Tsipras dans la nasse, jouant comme dans un commissariat les « gentils flics » lorsque Merkel occupait le rôle de la « violente ».
  • Les responsabilités partagées, ce sont aussi les encouragements et les soutiens apportés à Tsipras de la part d’une « gauche » française, parti communiste en tête, qui n’a cessé de le conforter dans cette voie sans issue, celle de la soumission à l’union européenne au nom du réalisme et de la raison. Les partisans d’une « autre Europe », d’une « Europe sociale », d’une « Europe plus humaine » qui soumettent toute orientation à la discipline de l’UE et de l’Euro, ont aussi joué leur rôle à distance dans la déconfiture grecque.

Leçon générale

Cela appelle deux remar­ques qui nous concer­nent direc­te­ment :

1/Lorsque les repré­sen­tants de "gauche" ou "gauche radi­cale" une fois portés au pou­voir appli­quent la poli­ti­que aus­té­ri­taire qu’ils condam­nent offi­ciel­le­ment et qu’ils sont censés com­bat­tre, ils pré­pa­rent le pire... Ils ne sont pas vic­ti­mes mais res­pon­sa­bles de la catas­tro­phe qui s’ensuit. Ce qui est arrivé à Tsipras et à Syriza n’est mal­heu­reu­se­ment pas très ori­gi­nal. Comme repré­sen­tant momen­tané des cou­ches exploi­tées, des ouvriers, des sala­riés, il a été « une des der­niè­res res­sour­ces poli­ti­ques de l’impé­ria­lisme dans la lutte contre la révo­lu­tion pro­lé­ta­rienne ».

Comme lui avant l’expé­rience qui vient de s’ache­ver, les partis socia­lis­tes et les partis com­mu­nis­tes ont joué le même rôle, ce qui expli­que d’ailleurs le niveau auquel ils se trou­vent dans la plu­part des pays euro­péens.

2/Alors que Geoffrey Pyatt, ambas­sa­deur des USA en Grèce, féli­ci­tait Tsipras "pour l’excel­lent tra­vail effec­tué par Syriza qui sera pour­suivi par la Nouvelle Démocratie", voila une partie de la "gauche" fran­çaise -le PCF en tête- qui a sou­tenu Tsipras sans faillir, jusqu’à cette cou­ver­ture de l’Humanité diman­che indi­quant "Syriza rem­part face à la droite" ?

Quel rem­part !


Servilité vis à vis de l’UE, res­pect des ins­ti­tu­tions euro­péen­nes, de l’Euro et des dik­tats qui nient la sou­ve­rai­neté des peu­ples, appli­ca­tion de mesu­res contrai­res aux inté­rêts des sala­riés, des ouvriers, de jeunes, des retrai­tés, des exploi­tés, tout un pro­gramme qui nous concerne et dont on voit en Grèce où il mène.