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« Il nous faut un parti » réflexion entendue sur un barrage…

Programme, souveraineté, démocratie… La voie est tracée par le mouvement des Gilets jaunes

par Jacques COTTA, le 11 février 2019

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Sommaire :

Depuis plus de 12 semai­nes des cen­tai­nes de mil­liers de gilets jaunes défer­lent. Paradoxe, ils tien­nent par­tout à se pré­sen­ter comme apo­li­ti­ques pour ne pas poser les germes de diver­gen­ces qu’ils redou­tent pour la suite du mou­ve­ment, cou­rant le risque de lais­ser la poli­ti­que aux pro­fes­sion­nels qui depuis 40 ans vont de décla­ra­tion en décla­ra­tion pour être élus et qui une fois en place appli­quent en géné­ral le contraire des pro­mes­ses faites avant l’élection. Pourtant, quoi de plus poli­ti­que que le combat mené au grand jour par les Gilets jaunes. Le gou­ver­ne­ment d’Emmanuel Macron comme les défen­seurs du sys­tème, relayés par la plu­part des médias, ont tout fait pour limi­ter le sou­lè­ve­ment popu­laire à la seule ques­tion de l’essence, ce qui très vite est devenu le combat pour le pou­voir d’achat, le salaire, le tra­vail, les ser­vi­ces publics, bref, la volonté de pou­voir vivre sim­ple­ment et nor­ma­le­ment de son tra­vail. Non seu­le­ment le mou­ve­ment des gilets jaunes aborde des sujets qui pour être satis­faits posent évidemment l’orga­ni­sa­tion sociale et poli­ti­que de la société, la répar­ti­tion des riches­ses, mais de plus il pose la ques­tion de l’orga­ni­sa­tion du mou­ve­ment lui-même dans le temps pour que les res­pon­sa­bles poli­ti­ques pro­fes­sion­nels de tous bords ne puis­sent s’appro­prier et déna­tu­rer ce qui cons­ti­tue le plus fort mou­ve­ment social que le pays a connu depuis 1968.

Le mou­ve­ment des Gilets jaunes n’est pas apo­li­ti­que mais plutôt, selon les vieilles clas­si­fi­ca­tions, « trans-poli­ti­que ». On y trouve des citoyens dont les ori­gi­nes poli­ti­ques sont dif­fé­ren­tes, dont les convic­tions sur telle ou telle ques­tion peu­vent diver­ger. Mais ce qui le carac­té­rise, c’est sa pro­fonde unité sur l’essen­tiel, la néces­sité de trou­ver une issue à la ques­tion sociale, le res­pect de la démo­cra­tie, l’oppo­si­tion à la poli­ti­que du pré­si­dent de la répu­bli­que, de LREM, et le rejet de ce qui est res­senti comme un pro­fond mépris macro­nien au point de voir le mot d’ordre « Macron démis­sion » faire l’una­ni­mité aux quatre coins de l’hexa­gone. En cela, si on veut bien lais­ser de côté les vieilles carac­té­ri­sa­tions qui n’ont pas grand sens en l’espèce - « gauche », « droite », « extrême gauche », « extrême droite » - et si on rejoint le point de départ commun qui met au cœur de la situa­tion les clas­ses socia­les, le combat du peuple d’en bas contre l’oli­gar­chie du sommet, alors le mou­ve­ment des Gilets jaunes appa­rait assez homo­gène, por­teur d’aspi­ra­tions et de reven­di­ca­tions com­mu­nes.

Dans le cadre de l’asso­cia­tion « devoir de résis­tance-La sociale », Denis Collin, Christophe Miqueu et moi-même avions rédigé en février 2017 un mani­feste « pour un 21ème siècle plus heu­reux ». C’était à la veille des élections pré­si­den­tiel­les et rien ne lais­sait alors pré­voir le for­mi­da­ble mou­ve­ment social qui depuis a éclaté. Nous fai­sions un cer­tain nombre de pro­po­si­tions qu’il m’a semblé urgent de revi­si­ter à lumière de la situa­tion actuelle, et d’en tirer quel­ques consé­quen­ces.
Comme point de départ, il nous faut donc abor­der ce que les GJ révè­lent de la situa­tion dans laquelle nous nous trou­vons.

Vivre tout simplement !

La grande régres­sion contre laquelle les GJ se sont enga­gés au fil des jours affecte tous les domai­nes de la vie sociale. La volonté des capi­ta­lis­tes et de leurs repré­sen­tants de détruire les conquê­tes socia­les là où elles sont nées, dans la « vieille Europe », et sin­gu­liè­re­ment en France, où elles ont été par­ti­cu­liè­re­ment déve­lop­pées, pro­cède d’un double calcul qui cor­res­pond aux inté­rêts du capi­ta­lisme.

Tirer le maxi­mum d’avan­ta­ges au compte des inté­rêts privés et au détri­ment du bien col­lec­tif.
Gagner un calme dura­ble si une défaite est infli­gée aux tra­vailleurs, sala­riés, pay­sans, jeunes, retrai­tés, aux GJ aujourd’hui.
Aussi la volonté du capi­tal vise :

Les condi­tions élémentaires de la vie quo­ti­dienne, pou­voir d’achat, salaire, tra­vail…
Les droits sociaux (assu­rance mala­die, retraite, pro­tec­tion contre le chô­mage) qui sont en pleine régres­sion. En 1945, une France à genoux se payait la sécu­rité sociale ; aujourd’hui elle devien­drait un luxe !
Les ser­vi­ces publics et tout ce qui est gra­tuit et par­tagé entre les mem­bres de la com­mu­nauté poli­ti­que qui sont bradés et pri­va­ti­sés.
Le capi­ta­lisme répond à une loi qui condi­tionne son exis­tence. C’est en se révo­lu­tion­nant en per­ma­nence, en détrui­sant mas­si­ve­ment pour enga­ger des recons­truc­tions, qu’il par­vient à sur­mon­ter ses pro­pres crises. Ainsi a-t-il fallu les des­truc­tions de la seconde guerre mon­diale pour qu’il trouve un second souf­fle et sorte de la crise de 1929. Nous nous trou­vons aujourd’hui dans une situa­tion où pour sur­vi­vre le capi­ta­lisme liquide les sour­ces mêmes de la richesse, la terre, le tra­vail, les tra­vailleurs. Chômage, pré­ca­rité, SDF en sont l’expres­sion directe. C’est cette réa­lité que les Gilets jaunes font appa­rai­tre au grand jour.

L’alter­na­tive est claire. D’un côté, égoïsme, indi­vi­dua­lisme, loi du plus fort et bar­ba­rie… De l’autre par­tage des biens com­muns, res­pect de l’autre et liberté, répu­bli­que démo­cra­ti­que, sociale et laïque.

Le capitalisme aujourd’hui, c’est ça le problème

Au len­de­main de la der­nière guerre, comme consé­quence de la catas­tro­phe qu’il a lui-même pro­duite, le capi­ta­lisme à l’échelle inter­na­tio­nale et en France sin­gu­liè­re­ment a été contraint de céder beau­coup, de crainte de tout perdre sous le coup de la lutte des clas­ses et d’un rap­port de force marqué par la montée de la volonté popu­laire. Peur du peuple, peur de sa déter­mi­na­tion, peur de son enga­ge­ment voilà ce qui domi­nait. C’est ainsi que les conquê­tes ont pu se déve­lop­per, que la société a pu pro­gres­ser.

Aujourd’hui le mou­ve­ment est inverse. Chômeurs par mil­lions en Europe et en France, pré­ca­rité, des­truc­tion des emplois, désin­dus­tria­li­sa­tion, condi­tions impos­si­bles faites aux petits arti­sans et aux petits entre­pre­neurs, le capi­ta­lisme balaye tout sur son chemin. Nous assis­tons à une grande régres­sion, à un ter­ri­ble retour en arrière en France comme à l’échelle inter­na­tio­nale, au déve­lop­pe­ment de la pau­vreté, mani­fes­ta­tion entre autres des échecs à répé­ti­tion de toutes les ten­ta­ti­ves alter­na­ti­ves bap­ti­sées notam­ment alter­na­tive socia­liste ou com­mu­niste. La remise en cause orga­ni­sée par le capi­ta­lisme touche à la vie elle-même. Pour des mil­lions en France, les dif­fi­cultés se déve­lop­pent pour se nour­rir, se loger, se soi­gner, se vêtir, garan­tir l’éducation de ses enfants...

Alors que la com­mu­nauté poli­ti­que devrait venir au secours de chacun, c’est à rebours de cette soli­da­rité mini­male que s’engage aujourd’hui la France avec la poli­ti­que que reven­di­quent Emmanuel Macron, son gou­ver­ne­ment et LREM. Quatre ques­tions cen­tra­les au cœur des préoc­cu­pa­tions des Gilets jaunes vien­nent illus­trer la réa­lité d’une poli­ti­que anti sociale oppo­sée aux inté­rêts des sala­riés et béné­fi­ques aux capi­tal finan­cier :

 Le SMIC.

Le débat en plein mou­ve­ment des Gilets jaunes sur l’aug­men­ta­tion du salaire et du SMIC est éclairant. Selon Emmanuel Macron, mais aussi Marine Le Pen en pas­sant par des res­pon­sa­bles du PS ou encore du PR qui n’ont d’oppo­si­tion que le nom, la solu­tion rési­de­rait dans la baisse des « char­ges » trans­fé­rées sur le salaire ins­crit au bas de la feuille de paye. L’arna­que est gros­sière. Car ce qu’ils nom­ment les char­ges est un salaire dif­féré, socia­lisé. Il s’agi­rait donc de pren­dre dans une poche pour le mettre dans une autre. Et le tour serait joué. Aucune aug­men­ta­tion de salaire en réa­lité, juste l’assè­che­ment des sour­ces de finan­ce­ment des retrai­tes, de la sécu­rité sociale, des ser­vi­ces publics.

 La sécu­rité sociale et l’assu­rance mala­die.

Aujourd’hui régie par le prin­cipe « chacun paye selon ses moyens, chacun reçoit selon ses besoins », la sécu­rité sociale qui selon les res­pon­sa­bles gou­ver­ne­men­taux d’aujourd’hui, comme ceux d’hier, cou­te­rait trop cher aux Français, se voit réduite régu­liè­re­ment au point qu’à terme celui qui n’aurait plus les moyens de se soi­gner n’aurait plus qu’à se rési­gner et accep­ter la fata­lité. Mais quel autre prin­cipe pour­rait être juste dans la pro­tec­tion contre la mala­die ? Les États-Unis avec le sys­tème d’assu­ran­ces pri­vées dépen­sent par habi­tant 50 % de plus que les Français … En réa­lité il s’agit d’offrir à quel­ques appé­tits amis et inté­rêts privés un marché qui pèse des mil­liards au détri­ment de l’inté­rêt géné­ral.

 Les retrai­tes.

Le sys­tème incarne la société dans laquelle nous déci­dons ou pas de vivre les uns avec les autres, ou les uns contre les autres. Les actifs per­met­tent aux plus anciens de vivre en coti­sant. Ou à l’inverse, la capi­ta­li­sa­tion (au risque de tout perdre selon les aléas de la Bourse) per­met­trait à ceux qui ont les moyens d’épargner d’assu­rer leur fin de vie, et tant pis pour les autres. Là encore tout nou­veau recul sur les droits à la retraite est en réa­lité une nou­velle baisse de salaire, plus facile à impo­ser car plus dis­crète que ne le serait la baisse du salaire direct touché en fin de mois. Les réfor­mes de la retraite (Balladur, Fillon, Ayrault et autres) ne sont qu’un hold-up sur les salai­res au profit du capi­tal. L’abro­ga­tion de ces réfor­mes est une exi­gence sociale et huma­ni­taire.

Les sour­ces de finan­ce­ment per­met­tant de répon­dre sérieu­se­ment aux reven­di­ca­tions popu­lai­res, au Gilets jaunes, exis­tent. Elles ne dépen­dent que d’une volonté poli­ti­que. En témoi­gne l’obs­ti­na­tion du gou­ver­ne­ment, repré­sen­tant des capi­ta­lis­tes, et défen­seur de leurs inté­rêts. Il s’oppose aux Gilets jaunes qui met­tent la soli­da­rité et la jus­tice sociale au coeur de leurs préoc­cu­pa­tions, comme l’illus­trent les prin­ci­pa­les reven­di­ca­tions mises en avant. Le réta­blis­se­ment de l’ISF que refuse Emmanuel Macron est éloquent.

Plus lar­ge­ment, c’est la ques­tion de la jus­tice sociale dans son ensem­ble qui est posée :

 Le réta­blis­se­ment du par­tage capi­tal/tra­vail des années pas­sées. Le capi­tal a en effet confis­qué 10% sup­plé­men­taire de la richesse créée au tra­vail en une tren­taine d’années.

 La modi­fi­ca­tion du tra­vail, en faire un objet non subi mais choisi, et des mil­lions vou­dront pour­sui­vre une vie pro­fes­sion­nelle des­ti­née au bien être col­lec­tif.

 L’écologie qui remet direc­te­ment en cause le mode de pro­duc­tion exis­tant lors­que la vie elle-même est en danger. La recher­che du profit maxi­mum et à court terme est en effet le moteur du mode de pro­duc­tion capi­ta­liste qui a que faire du gas­pillage des res­sour­ces natu­rel­les ou humai­nes.

Comme tous les sujets qui concer­nent l’orga­ni­sa­tion de la société et la vie en son sein,

l’écologie ne sau­rait être consi­dé­rée comme une simple ques­tion indi­vi­duelle, comme elle a été uti­li­sée par le gou­ver­ne­ment d’Emmanuel Macron et Edouard Philippe contre les Gilets jaunes. Elle demande une inter­ven­tion publi­que, une pla­ni­fi­ca­tion, qui exige que les inté­rêts privés n’aient pas le der­nier mot quand il s’agit du bien commun, cela tant d’un point de vue indus­triel qu’agri­cole où la recher­che sys­té­ma­ti­que du profit détruit la nature, détruit les hommes, liquide les exploi­ta­tions fami­lia­les à taille humaine pour remet­tre dans les mains d’indus­triels et finan­ciers ce qui relève de l’agri­culteur et du paysan. Là encore, c’est le capi­ta­lisme qui est en cause et non les vic­ti­mes du sys­tème qu’on vou­drait rendre res­pon­sa­ble du mal subi.

C’est une concep­tion glo­bale de la vie sociale qui doit pro­gres­si­ve­ment être impul­sée, une vie en société qui encou­rage toutes les formes de la vie com­mune...

Des mesures d’urgence…

Le capi­ta­lisme est mor­ti­fère. Il déve­loppe ses effets sous nos yeux, d’abord dans les zones rura­les, puis peu à peu dans les villes moyen­nes et les gran­des métro­po­les avec la fer­me­ture d’hôpi­taux de proxi­mité, de bureaux de postes, de clas­ses, de gen­dar­me­ries, de lignes de trans­port…

Le mou­ve­ment des Gilets jaunes indi­que le refus de mil­lions de nos conci­toyens de deve­nir des citoyens de caté­go­ries infé­rieu­res qui n’ont plus les mêmes droits sur le ter­ri­toire natio­nal. C’est la com­mu­nauté natio­nale qui est atteinte, mena­cée de dis­lo­ca­tion et d’explo­sion par une poli­ti­que que les gou­ver­ne­ments suc­ces­sifs, de « droite » comme de « gauche », ont appli­quée en relayant la volonté, lorsqu’ils ne la devan­çaient pas, des ins­ti­tu­tions supra­na­tio­na­les, Union Européenne, banque cen­trale euro­péenne ou encore FMI, au ser­vice du capi­ta­lisme finan­cier. C’est le ter­ri­toire lui-même, c’est-à-dire ses habi­tants, qui se trouve mis en danger. C’est ce mou­ve­ment qu’il s’agit non seu­le­ment de stop­per mais d’inver­ser radi­ca­le­ment. Comme le mon­trent les Gilets jaunes, le rejet de la poli­ti­que qui sert les inté­rêt du capi­tal contre ceux du tra­vail est majo­ri­taire dans le pays car tous sen­tent bien qu’il s’agit en réa­lité d’une ques­tion de civi­li­sa­tion : assu­rer, pré­ser­ver et déve­lop­per une vie décente, digne d’être vécue, et où chacun est appelé à rem­plir ses devoirs sociaux et à faire valoir son mérite.

Pour cela quel­ques mesu­res d’urgence devraient être prise sans tarder :

res­tau­ra­tion et déve­lop­pe­ment de l’école publi­que mise à mal par les réfor­mes des minis­tres suc­ces­sifs, d’Allègre sous Jospin à Blanquer sous Macron.
réap­pro­pria­tion des biens com­muns de pre­mière néces­sité, l’eau, l’électricité, l’assai­nis­se­ment, les trans­ports publics, leurs infra­struc­tu­res, ou encore tout ce qui permet de se pro­té­ger des nui­san­ces, la lutte contre la pol­lu­tion par exem­ple, etc. Tout cela doit être, rester ou reve­nir dans la sphère du contrôle poli­ti­que des citoyens. Ce qui est à l’ordre du jour, ce n’est donc pas la pri­va­ti­sa­tion des ser­vi­ces publics, mais bien leur mise en commun, par exem­ple par la natio­na­li­sa­tion ou leur re natio­na­li­sa­tion.
réta­blis­se­ment et déve­lop­pe­ment de la pro­tec­tion sociale, et des ser­vi­ces publics.
Priorité au tra­vail alors que le chô­mage, qui n’est que le pro­duit d’une orga­ni­sa­tion déli­bé­rée de la société, est perçu comme une fata­lité. Outre le dum­ping social, la baisse des rému­né­ra­tions, l’orga­ni­sa­tion de la concur­rence mor­ti­fère au sein du monde du tra­vail, le chô­mage orga­nisé et entre­tenu sert les inté­rêts privés incar­nés par les fonds de pen­sion, fonds finan­ciers, ou autres gran­des com­pa­gnies d’assu­rance.
Il s’agit, dans les mesu­res d’urgence, de réaf­fir­mer un choix de société dans laquelle la dimen­sion humaine est supé­rieure à l’inté­rêt finan­cier. Il s’agit de réaf­fir­mer une déter­mi­na­tion col­lec­tive contre la volonté du capi­tal, expri­mée clai­re­ment par l’ancien vice-pré­si­dent du Medef, Denis Kessler, qui en octo­bre 2007 décla­rait dans le jour­nal Challenges , « Adieu 1945, rac­cro­chons notre pays au monde ! » et pro­po­sait la liqui­da­tion de toutes les réa­li­sa­tions socia­les qui datent du conseil natio­nal de la résis­tance, « le statut de la fonc­tion publi­que », « les régi­mes spé­ciaux de retraite », « la refonte de la Sécurité sociale », « le pari­ta­risme »...

Alors que le capi­ta­lisme désire détruire ce qui a été le cœur de notre recons­truc­tion répu­bli­caine au len­de­main de la seconde guerre mon­diale, au motif que trop de réfor­mes « par­ta­geu­ses » auraient alors été mises en œuvre, alors qu’il ne s’agit de rien d’autre que de repren­dre au peuple ses droits sociaux fon­da­men­taux et briser son aspi­ra­tion démo­cra­ti­que essen­tielle, alors que le capi­ta­lisme inter­dit de vivre digne­ment en impo­sant la mise en com­pé­ti­tion per­ma­nente des uns avec les autres, les pre­miè­res mesu­res qui devraient être prises auraient pour but de faire pré­va­loir l’inté­rêt géné­ral sur les égoïsmes par­ti­cu­liers.

…Pour bâtir quelle société ?

Le com­mu­nisme du siècle passé prô­nait l’abo­li­tion de la pro­priété. Si l’échec a été patent, il n’en demeure pas moins que la ques­tion des rap­ports entre pro­priété privée, pro­priété col­lec­tive (coo­pé­ra­tive) et pro­priété de l’État demeure la ques­tion cen­trale. La réponse à cette ques­tion sur la pro­priété doit cor­res­pon­dre à la diver­sité des Gilets jaunes qui ras­sem­blent sala­riés, chô­meurs, jeunes, retrai­tés, petits patrons, arti­sans, com­mer­çants…

La pro­priété privée doit concer­ner les biens de consom­ma­tion et d’usage de chaque indi­vidu, acquis par le tra­vail.
Il existe une aspi­ra­tion répan­due à « se mettre à son compte » ou « créer sa boite ». Mais à grande échelle, le rêve confronté à la divi­sion du tra­vail et au déve­lop­pe­ment tech­ni­que ren­contre des bar­riè­res infran­chis­sa­bles. La pro­tec­tion du petit pro­duc­teur indé­pen­dant, notam­ment sur le plan finan­cier par un sys­tème ban­caire adé­quat, ne sau­rait suf­fire. Le modèle des coo­pé­ra­ti­ves mérite d’être déve­loppé et adapté aux sec­teurs concer­nés.
Les sec­teurs stra­té­gi­ques struc­tu­rant (com­mu­ni­ca­tions, défense, etc.) doi­vent être natio­na­li­sés. Parmi ces der­niers, le sys­tème ban­caire a une place cen­trale. Ce sont les ban­ques qui créent la mon­naie et direc­te­ment et indi­rec­te­ment orien­tent une large partie de l’économie. Une large natio­na­li­sa­tion et une ratio­na­li­sa­tion du sys­tème ban­caire mis au ser­vice de la Nation est donc un impé­ra­tif.
Les moyens de pro­duc­tion indis­pen­sa­bles aux besoins de la col­lec­ti­vité doi­vent être ôtés des mains du privé pour être remis dans celles de l’Etat pour per­met­tre à l’inté­rêt géné­ral de primer sur la satis­fac­tion de quel­ques inté­rêts par­ti­cu­liers.
De manière géné­rale, il s’agit de déve­lop­per par tous les moyens pos­si­bles les formes de la coo­pé­ra­tion au détri­ment de la mise en concur­rence géné­ra­li­sée. On sait qu’en 2005 la ques­tion de la « concur­rence libre et non faus­sée » a cons­ti­tué un élément déter­mi­nant dans la déci­sion du peuple fran­çais de reje­ter le traité cons­ti­tu­tion­nel euro­péen.

L’économie n’est pas une science natu­relle et ne relève en rien de la vérité révé­lée. Ce qui s’impose depuis plu­sieurs décen­nies en matière d’économie sous une forme si dog­ma­ti­que n’est qu’une manière parmi d’autres d’assu­rer la domi­na­tion d’une oli­gar­chie -pos­ses­seurs des gran­des entre­pri­ses, action­nai­res, fonds finan­ciers, ban­ques…- sur toute la société.

Le ren­ver­se­ment des valeurs qu’il s’agit d’opérer pose la ques­tion cen­trale de la sou­ve­rai­neté du peuple, son droit à déci­der lui-même de ses pro­pres affai­res pour expé­ri­men­ter les alter­na­ti­ves au capi­ta­lisme, et la concur­rence entre un sec­teur capi­ta­liste et un sec­teur qu’on pour­rait dire « socia­liste », per­met­tant de dire lequel est le meilleur.

Souveraineté et démocratie

La Souveraineté du peuple et le res­pect de la démo­cra­tie sont tou­jours, dans toute situa­tion révo­lu­tion­naire, les condi­tions du succès. Sans peuple sou­ve­rain, sans res­pect de la démo­cra­tie, ce sont tou­jours des inté­rêts étrangers qui s’immis­cent et finis­sent par s’impo­ser. L’exer­cice de la dis­cus­sion, les prises de déci­sion, la déter­mi­na­tion qui domine depuis des semai­nes dans les grou­pes de Gilets jaunes témoi­gnent d’un degré de cons­cience élevé sur ces ques­tions essen­tiel­les.

Démocratie en tout et pour tout, telle est la règle, encore résu­mée dans l’exi­gence affir­mée dans toute la France d’un « gou­ver­ne­ment du peuple, par le peuple, pour le peuple », for­mule reven­di­quée aujourd’hui par le mou­ve­ment popu­laire des Gilets jaunes qui se mobi­lise contre Emmanuel Macron et sa poli­ti­que. C’est pour­quoi la condam­na­tion de la 5ème répu­bli­que au sein du mou­ve­ment des Gilets jaunes est sans ambi­guïté, comme la volonté de voir la mise en place d’une cons­ti­tuante non pour amen­der la 5ème répu­bli­que anti-démo­cra­ti­que, mais pour lui sub­sti­tuer une autre répu­bli­que don­nant nais­sance au « gou­ver­ne­ment du peuple, par le peuple, pour le peuple ».

Un tel gou­ver­ne­ment doit inter­dire la confis­ca­tion du pou­voir de déci­sion par qui­conque se situe­rait au-dessus, à côté ou contre le peuple. La Nation doit ainsi pou­voir pré­ser­ver son bien le plus pré­cieux, déci­der par elle-même et pour elle-même en toute cir­cons­tance.

C’est au contraire que nous assis­tons avec l’union euro­péenne. Le mou­ve­ment des Gilets jaunes vient à nou­veau en faire la démons­tra­tion impa­ra­ble : toutes les reven­di­ca­tions trou­vent sur leur chemin l’obs­ta­cle de l’union euro­péenne qui en inter­dit la satis­fac­tion, et der­rière laquelle au nom de l’Europe vient se retran­cher le gou­ver­ne­ment fran­çais. L’union euro­péenne n’est pas l’Europe. Elle ne défend en rien les inté­rêts des peu­ples.

Selon l’arti­cle 3 du Traité sur l’Union euro­péenne imposé en 2008 au peuple fran­çais après le vote Non au réfé­ren­dum de 2005, l’Union dis­pose en effet d’une com­pé­tence exclu­sive dans les domai­nes essen­tiels que sont l’établissement des règles doua­niè­res, des règles de concur­rence rela­ti­ves au fonc­tion­ne­ment du marché inté­rieur, dans le domaine de la poli­ti­que moné­taire pour les Etats mem­bres dont la mon­naie est l’Euro, véri­ta­ble outil de domi­na­tion, de la conser­va­tion des res­sour­ces bio­lo­gi­ques de la mer dans le cadre de la poli­ti­que com­mune de la pèche, de la poli­ti­que com­mer­ciale com­mune...Qu’il s’agisse de poli­ti­que économique, moné­taire, sociale, ou diplo­ma­ti­que, les peu­ples ne sont plus mai­tres de leur destin. L’appar­te­nance à l’Union euro­péenne, dans son état d’exis­tence actuel, condamne à appli­quer les déci­sions de Bruxelles. Dans le domaine mili­taire, c’est direc­te­ment Washington qui tient le poste de com­mande, la poli­ti­que de défense de l’UE étant sou­mise à l’OTAN.
Les trai­tés euro­péens enchaî­nent les peu­ples aux inté­rêts exclu­sifs du capi­ta­lisme finan­cier. Travail, salai­res, ser­vi­ces publics, santé, éducation, sécu­rité, etc., sont soumis aux inté­rêts exclu­sifs d’une poi­gnée au détri­ment de l’inté­rêt géné­ral. L’arti­cle 48 du « traité sur l’Union l’euro­péenne » sti­pule que toute modi­fi­ca­tion de ces trai­tés exige l’una­ni­mité des Etats mem­bres de l’Union euro­péenne. En d’autres termes, dans le cadre actuel de l’Union euro­péenne, il est impos­si­ble de faire enten­dre la voix libre des peu­ples. En consé­quence, y a-t-il d’autres pos­si­bi­lité pour s’oppo­ser aux trai­tés euro­péens que de quit­ter l’Union euro­péenne, sortir de l’euro afin de redon­ner aux peu­ples la sou­ve­rai­neté qui aujourd’hui leur est confis­quée ? Le rap­port de force poli­ti­que interne à l’Union euro­péenne peut-il ouvrir une voie de négo­cia­tion pour modi­fier les trai­tés ? Est-il envi­sa­gea­ble que la voix de chaque peuple ne soit plus répri­mée ? Poser ces ques­tions à la lumière des faits, c’est y répon­dre.
Le mou­ve­ment des Gilets jaunes s’ins­crit dans les leçons récen­tes qui au niveau euro­péen indi­quent que toute réforme de l’union euro­péenne, toute ten­ta­tive d’huma­ni­sa­tion, est impos­si­ble.

En Grèce, l’union euro­péenne a dicté la liqui­da­tion des moyens de sub­sis­tance les plus élémentaires– (tra­vail, salai­res, retrai­tes, santé, éducation…) en pri­va­ti­sant tous les biens com­muns.
En Grande Bretagne, les citoyens, et en pre­mier lieu les plus pau­vres, ceux qui n’appar­tien­nent pas au monde de la City, ont clai­re­ment mani­festé leur oppo­si­tion à l’UE en adop­tant le « Brexit » que l’oli­gar­chie tente de remet­tre en cause en niant le vote des bri­tan­ni­ques.
On peut ima­gi­ner que de nom­breux peu­ples sui­vraient sans doute la même voie... si l’on leur don­nait la parole. Et quand ils pren­nent la parole, on sait que les gou­ver­ne­ments ne res­pec­tent pas la volonté popu­laire, et la tra­his­sent, comme en France lorsqu’a été adopté par le Congrès ce que le peuple avait refusé dans les urnes en 2005.
L’Europe contre l’union euro­péenne sup­pose trois choses :

que les peu­ples établissent entre eux une véri­ta­ble société des nations d’Europe où chacun compte pour une voix, qui se fixe comme objec­tif essen­tiel la paix, au lieu de veiller jour après jour à main­te­nir la guerre économique ;
que chacun reste maître chez lui et que per­sonne ne songe à impo­ser à une nation des orien­ta­tions qui n’entrent pas dans le champ des clau­ses du traité de paix ;
que soient reconnus des droits com­muns à tous les citoyens de toutes les nations de ce pacte euro­péen.
Une telle union poli­ti­que des nations libres n’empê­che­rait nul­le­ment les coo­pé­ra­tions économiques, scien­ti­fi­ques, cultu­rel­les impli­quant tous les volon­tai­res. Au contraire, une telle union per­met­tant à chacun de déci­der libre­ment faci­li­te­rait toutes les coo­pé­ra­tions dans l’inté­rêt réci­pro­que des nations et des peu­ples.

La sortie de l’Euro pose sans nul doute des ques­tions d’ordre tech­ni­que qui méri­tent réflexion. Mais dans ce cadre pour­rait être mise en place une mon­naie com­mune dont la valeur serait fixée sur un panier de mon­naies natio­na­les, contrai­re­ment à l’euro, mon­naie unique, dont la valeur est fixée sur le niveau des économies les plus fortes et qui donc asphyxie la plu­part des nations et des peu­ples.

La sou­ve­rai­neté natio­nale n’est pas le natio­na­lisme ; elle est une manière de faire vivre la volonté popu­laire des citoyens, sans jamais exa­cer­ber les par­ti­cu­la­ris­mes, mais au contraire en met­tant tou­jours en valeur ce qui nous unit et nous est commun.

Au contraire, la com­pé­ti­tion économique géné­ra­li­sée au sein de l’UE satis­fait l’exa­cer­ba­tion de tous les par­ti­cu­la­ris­mes au détri­ment d’une vision de l’inté­rêt géné­ral, et conduit au déve­lop­pe­ment de plus en plus marqué des for­ma­tions d’extrême droite qui se com­plai­sent dans ce sys­tème au plus haut point iné­ga­li­taire où elles peu­vent jouer le double rôle d’alliés objec­tifs et d’idiots utiles des bureau­cra­tes de Bruxelles. Le FN sert l’UE et réci­pro­que­ment ! Comme la ser­vent toutes les for­ma­tions qui pré­sen­tent des listes aux élections euro­péen­nes, même si cela se fait avec les meilleu­res inten­tions, évidemment.

Souveraineté et démo­cra­tie sont les condi­tions de l’émancipation. Cette aspi­ra­tion qui domine à petite échelle sur les bar­ra­ges, les blo­ca­ges, les mani­fes­ta­tions de Gilets jaunes doit être géné­ra­li­sée en inter­di­sant à toute auto­rité supra­na­tio­nale de déci­der en lieu et place des peu­ples de ce qui les concerne. Cela au niveau euro­péen mais plus géné­ra­le­ment vis à vis de l’OMC, du FMI, ou encore de l’OTAN sur le plan mili­taire, qui avec les ins­ti­tu­tions de l’union euro­péenne et de la banque cen­trale sont les pro­to­ty­pes des ins­tan­ces contre les­quel­les s’impo­se­rait une action concer­tée des dif­fé­rents gou­ver­ne­ments de nations libres, déci­dant de coo­pé­rer libre­ment entre elles.

Un parti pour la souveraineté et la justice sociale

Le mou­ve­ment des Gilets jaunes ne fai­blit pas. Fait abso­lu­ment unique dans les gran­des mobi­li­sa­tions socia­les qui posent ouver­te­ment la ques­tion du pou­voir, de semaine en semaine des dizai­nes de mil­liers dans toute la France conti­nuent de des­cen­dre dans la rue, au risque de subir une vio­lence poli­cière et une vin­dicte judi­ciaire sans rete­nue, au ser­vice du pou­voir aux abois.

Une ques­tion est posée par cette déter­mi­na­tion popu­laire : com­ment et par quels moyens pré­ser­ver la force qui s’exprime et ne pas voir s’étioler ce mou­ve­ment comme le vou­drait le pou­voir en place ?

Le gou­ver­ne­ment, repré­sen­tant des inté­rêts finan­ciers dictés par l’union euro­péenne, béné­fi­cie de l’absence de solu­tion de rechange. Emmanuel Macron, héri­tier direct de la « gauche », est par­venu à ras­sem­bler ce qui reste de la « droite ». Il réa­lise une syn­thèse que le peuple a bien com­prise. Entre la « gauche » et la « droite » qui depuis les années 1980 ont joué l’alter­nance, aucune diver­gence de fond ne permet d’offrir la moin­dre alter­na­tive à la poli­ti­que contre laquelle se mobi­li­sent les citoyens dans toute la France. Réclamer la « gauche » contre la « droite » n’a aujourd’hui pas de sens. « Gauche » et « droite » sont inter­chan­gea­bles, ou plus exac­te­ment super­po­sa­bles dans la poli­ti­que que mène le gou­ver­ne­ment macro­nien contre le peuple. « Gauche » et « droite » sont aujourd’hui au pou­voir.

« Un gou­ver­ne­ment du peuple, par le peuple, pour le peuple » telle est l’exi­gence qui passe par la réa­li­sa­tion du mot d’ordre qui fait l’una­ni­mité, « Macron démis­sion ». Mais nul ne sait si cette volonté sera réa­li­sée et nul ne connait les ryth­mes et les voies qui seront uti­li­sées pour attein­dre cet objec­tif.

Dans ce cadre, la ques­tion de l’orga­ni­sa­tion est posée pour durer, pour assu­rer les bases arriè­res d’un mou­ve­ment per­met­tant d’assu­rer l’avenir.

Toute orga­ni­sa­tion doit se défi­nir par son pro­gramme et ses règles.

Le pro­gramme, recen­sion des exi­gen­ces expri­mées par le mou­ve­ment des Gilets jaunes, exprimé ici même rapi­de­ment, met au centre les ques­tions socia­les qui unis­sent des citoyens d’ori­gi­nes et d’expé­rien­ces dif­fé­ren­tes, mais aux inté­rêts com­muns.
Les règles, condi­tions de l’appli­ca­tion du pro­gramme, sont résu­mées par la double exi­gence de sou­ve­rai­neté et de démo­cra­tie expri­mée dans tout le pays par les Gilets jaunes. Elles défi­nis­sent l’action de la France et sa place dans les rela­tions inter­na­tio­na­les.
Plusieurs ten­ta­ti­ves se sont sol­dées par un échec patent. La plus récente est celle de la France Insoumise dont le pro­gramme en bien des points est à géo­mé­trie varia­ble, dépen­dant de l’humeur du moment et dont les règles ne res­pec­tent ni les prin­ci­pes de sou­ve­rai­neté - voir la ques­tion euro­péenne - ni de démo­cra­tie - voir les prises de déci­sions - pour­tant cen­tra­les dans toute ten­ta­tive sérieuse.

C’est un parti qu’il faut au peuple pour unir et pré­ser­ver les forces néces­sai­res au combat qui se mène et qui sans nul doute est appelé à se pour­sui­vre. Un parti qui notam­ment per­met­tra d’affron­ter les échéances futu­res, socia­les, poli­ti­ques et électorales au niveau natio­nal en fonc­tion du déve­lop­pe­ment de la situa­tion.

Un nou­veau parti pour la sou­ve­rai­neté, pour la sociale, pour la répu­bli­que… C’est cette dis­cus­sion qui devrait être ouverte, sans faux sem­blant, sans rete­nue avec comme seule volonté celle d’abou­tir.