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La Grèce sombre dans le désastre

par Christina KOMI, le 19 février 2018

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L’usage du terme « Macédoine » et la ques­tion de la déno­mi­na­tion offi­cielle du petit pays situé au sud de l’ex-Yougoslavie est une situa­tion poli­ti­que –certes pas la seule— qui n’a pas pra­ti­que­ment pas été trai­tée par les médias en France. Si la ques­tion du nom de ce pays, com­posé en grande partie d’alba­nais, de bul­ga­res et de serbes, et de sa reconnais­sance de la part de la Grèce sous le même nom que la pro­vince limi­tro­phe grec­que, est reve­nue ces der­niers temps en pre­mière page de l’actua­lité en Grèce, c’est parce qu’il y a une urgente pres­sion de "l’Empire" qui sou­haite en finir rapi­de­ment afin de pou­voir inté­grer le nouvel État bal­ka­ni­que dans l’Otan. Ceci lui per­met­tra de fermer défi­ni­ti­ve­ment les portes à un éventuel accès de la Russie en Méditerranée.

Étant donné l’extrême fai­blesse de la Grèce en ce moment, pays sans sou­ve­rai­neté, hypo­thé­quée dans tous les sens, mise sous la main de la Troika et des vau­tours, et « gou­ver­née » par des marion­net­tes, des trai­tres qui sont prêts à tout jeter aux cha­ro­gnards, on peut sentir déjà le démem­bre­ment final venir : l’ampu­ta­tion ter­ri­to­riale.

Le régime grec actuel, pareille­ment aux pré­cé­dents, est com­plè­te­ment inca­pa­ble de se mon­trer à la hau­teur des cir­cons­tan­ces, pire encore, il bafoue sans cesse les indi­ca­tions que le peuple grec lui donne : du grand NON aux plans de la Troika du 5/7/15 (qui s’est trans­formé par Tsipras en oui en une nuit), au sabo­tage des gran­des mani­fes­ta­tions de Thessalonique du 21/1/18 (500.000 per­son­nes) et d’Athènes (4/2/18 : 1.500.000 per­son­nes) où le peuple s’est pro­noncé contre la ces­sion du nom « Macédoine », ce régime laisse aujourd’hui sans réponse les pro­vo­ca­tions de la Turquie. Dans le sud-est de la mer Égée : un nouvel épisode de pro­vo­ca­tion sur les îles rocheu­ses d’Imia, ainsi que la pira­te­rie des forces mari­nes tur­ques dans la Zone Économique Exclusive chy­priote… La Turquie, en même temps qu’elle fait la guerre en Syrie, atta­que les pays côté ouest, dans la pers­pec­tive de gagner de l’espace vital en mer.

Avec Tsipras et son minis­tre de défense (P. Kammenos) muets et, pire encore, dis­pa­rus aux jours où leur pré­sence était indis­pen­sa­ble, c’est l’ambas­sa­deur actuel des Etats Unis à Athènes, J. Piat –oui, ce même qui était ambas­sa­deur en Ukraine lors de la révolte, du coup d’État et de la prise du pou­voir par des nazis, qui a mené à la plus grande crise entre l’Ouest en la Russie des der­niers 30 ans– qui s’est déplacé à Ankara pour déci­der quel sera le sort des grecs et des chy­prio­tes...

Les deux arti­cles qui sui­vent mon­trent les enjeux géo-poli­ti­ques actuels dans les Balkans, région qui a été lle point de départ des 2 guer­res mon­dia­les ainsi que des atro­ci­tés du démem­bre­ment de la Yougoslavie. Apparemment, tout cela est loin d’être fini...

Christina Komi (ensei­gnante cher­cheur franco-grec­que)
Le 19 février 2018

Article 1 :

Qui se cache der­rière la dis­so­lu­tion des Balkans ?
Qui se cache der­rière Skopje ?

Par Ioannis Mazis

Professeur de géo­gra­phie éco­no­mi­que et de géo­po­li­ti­que à l’Université d’Athènes
(Traduction en français : Christina Komi)

La cause actuelle de Skopje trouve ses appuis et son ins­pi­ra­tion dans des cir­cuits, sur­tout alle­mands et, en second lieu, ita­liens, pour des rai­sons ter­ri­to­ria­les mani­fes­tes, depuis le temps de la seconde guerre mon­diale. Dans l’Allemagne des années 1990, au len­de­main de l’écla­te­ment de la Yougoslavie, ont été créés une série de « cen­tres de recher­che » gé­né­reu­se­ment finan­cés, ayant comme but la frag­men­ta­tion et la dis­so­lu­tion des Balkans sur le prin­cipe —d’ins­pi­ra­tion nazie— de la « base bio­lo­gi­que » de l’ADN (une base active) des eth­nies. Ces eth­nies que les « cher­cheurs » alle­mands essaient de pré­sen­ter comme étant oppri­mées.

Un exem­ple frap­pant est le « Centre des mino­ri­tés euro­péen­nes », fondé en 1996, et des per­son­na­li­tés telles que son direc­teur d’alors, qui est devenu plus tard « Consul gé­né­ral » dans l’état mé­connu du Kosovo (!) Stefan Troebst.

J’ai ren­contré per­son­nel­le­ment Stefan Troebst, dans le cadre d’une ré­cente col­la­bo­ra­tion du Laboratoire de Géopolitique que je dirige à l’Université d’Athènes en coo­pé­ra­tion avec l’Université de Leipzig à propos d’un projet DAAD.

Ses posi­tions non scien­ti­fi­ques sur la Grèce et les Balkans m’ont causé une forte impres­sion et j’ai regar­dé son action de plus près. J’ai dé­cou­vert alors qu’il avait été à la direc­tion d’un centre alle­mand appe­lé « Centre euro­péen des mino­ri­tés ». Entre, autres, il a donné une confé­rence à la Fondation Karl Friedrich von Zimens à Munich à propos des « pro­blè­mes des eth­nies » et des « pé­ri­phé­ries » en Europe cen­trale et orien­tale, publiée dans la revue scien­ti­fi­que « d’auto­ri­té » Südosteuropa, 7-8 / 1992. A noter que l’ins­ti­tut porte le nom de l’indus­triel alle­mand, du « patriote » qui, entre autres a fabri­qué les cré­ma­toi­res de l’Holocauste dans les camps de concen­tra­tion nazis.

Dans sa confé­rence, Troebst a dé­cla­ré : « Dans cette ré­gion qui a été inté­grée à l’État grec seu­le­ment en 1912 (sic !), voyons qui de tous, les slaves du sud, les turcs res­tants, ou bien les Pomaks, les Aroumains, les Meglens, les Albanais, les Sarakatsans les Sefardeim, les Roms, les Tsiganes ou les Giourouks, ré­cla­me­ront-ils en pre­mier leurs droits en tant que mino­ri­tés, dans un stade préa­la­ble à la créa­tion de leurs pro­pres États ou à leur fusion avec l’un des pays voi­sins ? ».

Le but de ces « cen­tres de recher­che spé­ciaux » est de prou­ver l’exis­tence de 282 (!) grou­pes eth­ni­ques dffé­rents, but qui est dicté depuis plus de 100 ans par le capi­tal alle­mand (euro­péen) qui cher­che à créer les meilleu­res condi­tions pos­si­bles pour riva­li­ser avec le capi­tal amé­ri­cain. Ce der­nier avance depuis un moment vers le ver­rouillage de son camp propre, le conti­nent amé­ri­cain, de l’Alaska en jusqu’à l’Amérique latine.

Le mes­sage des ras­sem­ble­ments à Athènes et à Thessalonique

Les ras­sem­ble­ments font clai­re­ment savoir que le peuple grec, ne se prend pas au piège, et qu’il n’a pas l’inten­tion de sacri­fier sa mé­moire natio­nale glo­bale, ni son iden­ti­té ni son unité natio­nale à l’autel des inté­rêts sus­men­tion­nés. Le mé­ca­nisme de la frag­men­ta­tion et de la ré­duc­tion en bouillie des iden­ti­tés natio­na­les uti­li­sé par ces cen­tres est plus que clair.

Là où le sen­ti­ment natio­nal a été ré­duit, a aqui­té à la fois par le cos­mo­po­li­tisme capi­ta­liste inter­na­tio­na­liste ou bien par un « interna- ona­lisme néo­li­bé­ral » tordu, dit de gauche, les gens ont recours au local : au com­mu­nau­ta­risme ou au ré­gio­na­lisme, au sein des­quels quel­ques dé­tails sont sau­ve­gar­dés –un dia­lecte, par exem­ple– qui pour­rait dis­tin­guer le "nous" des "autres".

Ainsi, la spé­ci­fi­ci­té locale est pro­cla­mée en « iden­ti­té eth­ni­que / mino­ri­taire » et devient la bouée de sau­ve­tage des dé­ses­pé­rés au milieu de l’océan du « nouvel ordre » impo­sé par l’éco­no­mie mon­dia­li­sée. Et la façon plus per­ti­nente, moins dou­lou­reuse et mora­le­ment moins blâ­ma­ble pour la dés­ta­bi­li­sa­tion de l’Europe et des Etats non alle­mands au profit du « New Berlin » est main­te­nant le jeu malin des « mino­ri­tés eth­ni­ques » et « lin­guis­ti­ques », qu’elles soient arti­fi­ciel­les ou vé­ri­ta­bles. Par exem­ple, le grec dans sa ver­sion homé­ri­que, chy­priote ou pon­dia­que ou bien le dia­lecte cré­tois seront pré­sen­tés tôt ou tard par ces « cen­tres » inter­na­tio­naux, comme des « lan­gues eth­ni­ques ».
C’est la raison pour laquelle il est très impor­tant pour ces « cen­tres » qu’on perde la connais­sance du grec, que l’on perde la conti­nui­té de la langue qui va de l’anti­qui­té à l’Empire byzan­tin et qui mène au grec post-byzan­tin et moderne sous toutes ses formes. C’est pour­quoi le grec ancien devrait être consi­dé­ré comme une "langue morte" et ne pas être ensei­gné, en aucun moment, à un étu­diant grec. Telles sont les rai­sons pour les­quel­les se sont inten­si­fiées dans la nou­velle pé­riode que nous tra­ver­sons à l’échelle inter­na­tio­nale, après les chan­ge­ments consi­dé­ra­bles des années 1989 à 1992 (dis­so­lu­tion de l’URSS), les efforts visant à redes­si­ner la carte de l’Europe à la lumière des « mino­ri­tés ».

L’impli­ca­tion amé­ri­caine

Les Etats-Unis n’ont qu’une préoc­cu­pa­tion : l’entrée de l’Etat multi eth­ni­que de Skopje dans l’OTAN en juillet 2018 pour empê­cher la pro­jec­tion de puis­sance russe dans les Balkans par la voie de l’élé­ment slave de Skopje. Une pro­jec­tion de puis­sance russe dans la ré­gion bou­le­ver­se­rait la doc­trine de base de la per­cep­tion occi­den­tale et amé­ri­caine de la sé­cu­ri­té : la doc­trine de l’anneau dé­fen­sif (?).

La pos­si­bi­li­té d’État au sud de l’ex-Yougoslavie, de voca­tion slave-ortho­doxe et en proxi­mi­té de la mer Egée, en dehors de l’OTAN, repré­sente pour les amé­ri­cains, le risque de rup­ture d’équi­li­bre du pou­voir anglo-saxon dans l’aile sud-est de l’OTAN. Et ceci pen­dant une pé­riode où cette aile de l’OTAN ne tra­verse pas ses meilleurs moments. Étant donné le com­por­te­ment com­plè­te­ment sau­grenu de la Turquie vis-à-vis de Washington, le virage d’Erdogan vers Moscou, et, pire encore, vers Téhéran.

En outre, il est tout à fait rai­son­na­ble de croire que, dans ces nou­vel­les dyna­mi­ques géo­po­li­ti­ques dans l’aile sud de l’OTAN et au Moyen-Orient, les Etats-Unis crai­gnent qu’une force ter­res­tre de la Heartland (selon Spykman N.J.), telle l’Allemagne, qui géo­po­li­ti­que­ment et géo­gra­phi­que­ment pour­rait être un futur allié de Moscou, puisse un jour pro­fi­ter des ports de Thessalonique, de Kavala et d’Alexandroupolis pour son propre compte.

Si une telle alliance se réa­li­sait, en coo­pé­ra­tion avec la Chine émer­gente, allié ré­gu­lière de la Russie, Elle met­trait la main sur tout le com­merce inter­na­tio­nal, du Pacifique aux ports d’Amsterdam et de Rotererdam. Et c’est ce que le pre­mier secré­taire gé­né­ral de l’OTAN, Lord Ismey, a déjà pré­ci­sé. Lorsqu’on lui a deman­dé pour­quoi l’OTAN a été créé, avec le cé­lè­bre flegme bri­tan­ni­que, il a ré­pondu : « Pour garder l’Amérique dedans [dans l’Europe], la Russie dehors et l’Allemagne sou­mise » !.

Article 2

Affaiblissement des États Nations dans les Balkans via la "dé­cou­verte" d’eth­nies par les alle­mands

Par Ioannis Mazis
Prof. de géo­gra­phie et géo­poli que de l’Univ. d’Athènes
(Traduc on en français : Chris na Komi)

LE NAZISME, APPARTIENT- IL VRAIMENT AU PASSÉ ?

Des camps nazi d’exter­mi­na­tion mas­sive au « Centre pour la pro­tec­tion des mino­ri­tés racia­les et eth­ni­ques » (ECMI)

Si en 1940 les « mé­chants » alle­mands s’employaient à redes­si­ner la carte de l’Europe par l’exter­mi­na­tion des mino­ri­tés racia­les et eth­ni­ques, aujourd’hui ils sont deve­nus des « gen­tils », ils se s’emploient à la même tâche tout en s’étant auto-pro­cla­més « pro­tec­teurs » de ces mino­ri­tés.
Les gênes et l’ADN sont dé­ti­ni­ti­ve­ment leur grande affaire !
Sauf que pour nous, peu­ples de ce conti­nent, ceci a des consé­quen­ces très lour­des...

L’arti­cle qui suit en ré­vèle les dimen­sions...

D’après les conclu­sions de l’his­to­rien éru­dit Dr H. Iliopoulos qui a étu­dié, entre autres, le phé­no­mène, d’ins­pi­ra­tion alle­mande de la dés­ta­bi­li­sa­tion des Etats Nations, je sou­tiens que les éli­tes alle­man­des et leurs com­pli­ces — les­di­tes « éli­tes euro­péen­nes »— concer­nant la pé­nin­sule des Balkans, optent pour une poli­ti­que par­ti­cu­lière. Celle-ci consiste en la frag­men­ta­tion extrême et en la ré­duc­tion des iden­ti­tés natio­na­les.

Ce choix poli­ti­que a été sou­tenu par les intel­lec­tuels « orga­ni­ques » —gé­né­reu­se­ment finan­cés évi­de­ment— de l’actuelle Open Society Fonds de M. Soros. Mais aussi par les mé­ca­nis­mes de l’esta­blish­ment idéo­lo­gi­que, tels l’intem­po­rel ins­ti­tut néo-conser­va­teur American Enterprise Institut (fon­dée en 1938 par des mem­bres émi­nents comme l’« illu­mi­né » ancien trots­kiste Irving Kristol et d’autres per­son­nes de la même ten­dance idéo­lo­gi­que) lié à Bush, à Clinton et à Obama.
Le choix poli­ti­que de l’écra­se­ment et de la pul­vé­ri­sa­tion des Etats Nations nous a sou­vent été servi comme un « impé­ra­tif de notre temps », comme une « évo­lu­tion iné­luc­ta­ble » liée à la « mon­dia­li­sa­tion » ce pro­ces­sus qui entraîne para­doxa­le­ment, l’« exa­cer­ba­tion inex­pli­ca­ble et étrange des natio­na­lis­mes, des ré­gio­na­lis­mes et des inté­gris­mes reli­gieux ».

Ce qui se passe en réa­li­té est le sui­vant :

● Tout d’abord, afin d’attein­dre ses objec­tifs stra­té­gi­ques essen­tiels, le puis­sant sys­tème finan­cier inter­na­tio­nal, au ser­vice du capi­tal mon­dia­li­sé, doit raser les États-Nations Westphaliens car ils font obs­ta­cle à leurs inté­rêts.
● En second lieu, les larges cou­ches socia­les, qui doi­vent payer le coût oné­reux de leur adap­ta­tion aux « ordres rigou­reux » de la mon­dia­li­sa­tion, cher­chent une pro­tec­tion psy­cho­lo­gi­que, qui peut leur être four­nie par le sen­ti­ment d’un « nous » au sein d’un groupe ré­duit.
Pourtant, aujourd’hui arrive « ino­pi­né­ment » le ren­ver­se­ment d’une telle situa­tion par l’élec­tion de Trump, qui s’oppose à cette ten­dance inter­na­tio­na­liste et mon­dia­liste du capi­tal et qui, depuis la posi­tion pri­vi­lé­giée de l’occu­pant de la Maison-Blanche, sou­tient la notion d’État-nation.
La ré­sis­tance bri­tan­ni­que expri­mée par le Brexit va dans le même sens vis-à-vis de l’Europe alle­mande. Ce sont là des signes de peu­ples qui se ré­veillent. Et c’est de cet éveil que té­moi­gne les ras­sem­ble­ments de Thessalonique et d’Athènes, avec des cen­tai­nes de mil­liers de mani­fes­tants. Mais ces deux évè­ne­ments se sont mys­té­rieu­se­ment « éva­po­rés » des chaî­nes de té­lé­vi­sion tant natio­na­les que pri­vées, comme s’ils n’avaient jamais exis­té !

Les mé­ca­nis­mes de dés­ta­bi­li­sa­tion des Balkans

Quel est le but ultime de ce e dés­ta­bi­li­sa­tion d’ins­pi­ra­tion alle­mande ? Connu et avoué : sou­te­nir les mino­ri­tés ! Selon l’éva­lua­tiuon offi­cielle du « front » néo-fas­ciste de l’ « Union fé­dé­ra­liste des grou­pes eth­ni­ques euro­péens raciaux », dans tout le conti­nent euro­péen, de la France à la Grande-Bretagne à la Grèce, à Chypre, vivent 101.412.000 per­son­nes « mino­ri­tai­res ».
Ces « mino­ri­tés oppri­mées » ont le « droit sacré » à la pro­tec­tion de leur « iden­ti­té eth­ni­que / lin­guis­ti­que », ce qui est inter­pré­tée par les « experts » alle­mands comme don­nant droit à une très ample auto­no­mie. Dans ce cadre et seu­le­ment dans le cas d’une très ample auto­no­mie concé­dée par l’État sou­ve­rain, les mem­bres de ces com­mu­nau­tés « eth­ni­ques » sont auto­ri­sés à conser­ver en même temps leur qua­li­té de citoyens. Par exem­ple, pour les français, ce sont du point de vue « eth­ni­que » des bour­gui­gnons, des nor­mands, des occi­tans, etc. Pour les grecs ils sont eth­ni­que­ment des macé­do­niens, des vlachs, des alba­nais, des turcs, des giou­rouks, des sara­kat­sans, etc.

D’après l’« auto­ri­té » des experts alle­mands, au cas où il y aurait une crise dans la rela­tion de la « mino­ri­té eth­ni­que » avec l’Etat-nation sou­ve­rain, la « mino­ri­té » aura le « droit à l’auto­dé­ter­mi­na­tion » et à la sé­ces­sion, même par la force. Cette posi­tion a été pro­cla­mée par le secré­taire gé­né­ral de l’OTAN de l’épo­que et ancien marxiste « éclai­ré », Javier Solana. Il avait alors dé­cla­ré que la pro­tec­tion des droits des
mino­ri­tés serait prio­ri­taire par rap­port au res­pect de la sou­ve­rai­ne­té natio­nale. En consé­quence la poudre à canon est gé­né­reu­se­ment dis­tri­buée, étant donné que les « pro­tec­teurs » auto-pro­cla­més des mino­ri­tés par­lent de 282 « grou­pes eth­ni­ques » sup­po­sé­ment étouf­fés dans les fron­tiè­res étroi­tes des 36 États-nations euro­péens.
Le rôle du « Centre euro­péen des mino­ri­tés »

L’ « Union fé­dé­ra­liste des grou­pes eth­ni­ques et raciaux euro­péens » est repré­sen­tée au sein du Conseil du « Centre euro­péen pour les mino­ri­tés », ré­cem­ment fondé à la fin de 1996, dans la petite ville de Flensburg en Allemagne du Nord et géré par le « macé­doi­niste » M. Stefan Troebst. La créa­tion de ce centre très moderne, trois ans avant les bom­bar­de­ments de Yougoslavie par l’OTAN en Mars 1999, marque un chan­ge­ment qua­li­ta­tif impor­tant dans la façon d’agir.
En outre, le début du projet de dés­ta­bi­li­sa­tion des états nations se trou­vait en Europe du Sud-Est et de l’Est : La dis­so­lu­tion de l’ex-Yougoslavie, par la sé­ces­sion des Slovènes, des Croates, des Musulmans et des soi- disant « Macédoniens » de Skopje, suivie par l’atta­que fron­tale contre la Serbie. Son ampu­ta­tion par la sé­ces­sion du Kosovo /Metohija, et l’appa­ri­tion de la ques­tion de la Voïvodine (mino­ri­té hon­groise) et Satzak (mino­ri­té musul­mane).
Par ailleurs, le Monténégro est devenu indé­pen­dant en 2017 et a rejoint l’OTAN tout de suite.

L’étape sui­vante sera la ré­gion de Thrace, pour laquelle les ins­ti­tu­tions alle­man­des com­pé­ten­tes tra­vaillent depuis des années. Déjà nos voi­sins les émi­nents turcs qui nous ren­dent visite (tels Çavusoglou, Erdogan, etc.) nous assu­rent que pour eux la ques­tion d’une Thrace qui se dé­ta­chera de la Grèce est quel­que chose d’abso­lu­ment clair et évi­dent.

Partout la muta­tion vio­lente des fron­tiè­res. L’Europe de l’Ouest.

Mais il y a aussi l’Europe de l’Ouest ! Donnons la parole au nou­veau au direc­teur du European Centre for Minorities M. Troebst : « Nous allons accor­der une atten­tion par­ti­cu­lière à l’Europe de l’Est », dit cet « expert » qui a été envoyé comme obser­va­teur de la part du minis­tère alle­mand des Affaires étran­gè­res à FYROM (Former Yougoslavian Republic of Macedonia) pen­dant les années 1992-93 dans le but de tisser, d’après ses pro­pres mots, un « ré­seau infor­mel de contacts » !
Il est clair que der­rière les mots ras­su­rants et astu­cieu­se­ment choi­sis de « pro­tec­tion des mino­ri­tés » se cache la prio­ri­té de la poli­ti­que étran­gère alle­mande, qui exprime ses dimen­sions conti­nen­ta­les et rend né­ces­saire l’inter­ven­tion active des « experts » alle­mands de l’Est à l’Ouest du conti­nent afin de dés­ta­bi­li­ser les États euro­péens forts jusqu’à aujourd’hui.

La France. Pour illus­trer cet argu­ment : se ré­fé­rant à l’« iden­ti­té eth­ni­que » des habi­tants du sud de la France, M. Troebst n’hé­site pas à ima­gi­ner la pos­si­bi­li­té que cer­tai­nes mino­ri­tés - que lui-même a dé­cou­ver­tes - dé­si­rent éta­blir à un moment donné leurs pro­pres États ! Avec cet air modé­ré, dont un bon scien­ti­fi­que alle­mand ne doit jamais se dé­par­tir, le direc­teur du Centre for Minorities observe : « L’éven­tua­li­té que les occi­tans, par exem­ple, dé­po­sent un jour leur propre projet d’État ou orga­ni­sent un mou­ve­ment qui reven­di­que leur indé­pen­dance par rap­port à la France, en fin de compte, s’ils sou­hai­tent fonder leur propre État natio­nal et qu’ils se bat­tent ou non pour cela, la ques­tion est dif­fi­cile, mais dans cer­tains cas il faut une ré­ponse urgente ».
Donc d’après cet expert, les 90 mil­lions de « mino­ri­tai­res » du conti­nent qui s’étend de l’Espagne à la Belgique, à la Grèce, à la Bulgarie, ont le « droit » de sé­ces­sion même par la force, quand l’État sou­ve­rain ne leur permet pas de « pro­té­ger suf­fi­sam­ment » leur « iden­ti­té eth­ni­que ». Cette posi­tion n’est conforme à aucun des prin­ci­pes de l’ONU, mais c’est la doc­trine dé­cla­rée de ces « experts ».
Les cas ré­cents du Kosovo et de la Catalogne met­tent en lumière s’il le fal­lait cette réa­li­té.

Pour que le pro­fes­seur alle­mand Troebst, direc­teur du Centre pour les mino­ri­tés, puisse jus­ti­fier la « né­ces­si­té » d’une « muta­tion vio­lente des fron­tiè­res », il a évo­qué l’exem­ple du Kosovo, où il a été nommé Consul d’Allemagne.
Le cas du Kosovo est cepen­dant seu­le­ment une partie de la « ques­tion alba­naise », qui est, selon le direc­teur de l’Institut de Flensburg, « la ques­tion ethno-poli­ti­que la plus impor­tante dans les
Balkans. »

Des mé­tho­des nazies

Cependant, per­sonne ne peut accu­ser les alle­mands de par­tia­li­té ; car dans la Thrace grec­que il semble y avoir pour eux aussi une mino­ri­té grec­que, qui est mar­quée par la lettre "G" !
Dans le com­men­taire d’une carte publiée en Avril 1999, les alle­mands pro­tec­teurs des mino­ri­tés, admet­tent que d’un point de vue formel, les 10,5 mil­lions d’habi­tants de la Grèce sont grecs, à l’excep­tion d’une mino­ri­té musul­mane de 100.000 « turcs ».

Néanmoins, les alle­mands « savent » que « les bul­ga­res, les macé­do­niens (sic) et les alba­nais se plai­gnent de la ré­pres­sion com­plète de leur culture et leur langue. »

Ces « pro­tec­teurs » des « mino­ri­tés eth­ni­ques » à tra­vers le monde cher­chent à res­sus­ci­ter la mosaï­que archaï­que des races et des tribus du temps d’avant les Lumières, du temps d’avant la nais­sance des nou­veaux États-nations cons­ti­tu­tion­nels et dé­mo­cra­ti­ques. Ils sou­hai­tent nous faire ré­gres­ser au Moyen Age, avec le grand Reich alle­mand au milieu du conti­nent et une cen­taine de duchés et de prin­ci­pau­tés « indé­pen­dants » tout autour.

Voici quel­ques-uns des « plus grands grou­pes eth­ni­ques en Europe » tels qu’ils ont été dé­tec­tés et enre­gis­trés, au prin­temps 1992, par la très « sé­rieuse » ré­dac­tion du maga­zine alle­mand sur les mino­ri­tés Pogrom (qu’on peut trou­ver dans la biblio­thè­que du Centre cultu­rel de Munich « Gkastaigk » mais aussi dans toutes les biblio­thè­ques des ins­ti­tuts de bal­ka­no­lo­gie, dans toutes les biblio­thè­ques de scien­ces poli­ti­ques, etc., ainsi que dans toutes les librai­ries sé­rieu­ses).

D’après la per­cep­tion de ces alle­mands « racia­lis­tes » (ou « ama­teurs des races ») qui, pour le reste, se dé­fi­nis­sent comme étant « de gauche », la nation est seu­le­ment une affaire d’ADN. Si ceci n’est du nazisme, alors qu’est-ce que c’est ? Selon ces concep­tions racia­les, la volon­té des citoyens ou leur cons­cience his­to­ri­que ne comp­tent pour rien devant les gènes qui, eux, dé­fi­nis­sent la vé­ri­ta­ble nation.

Ainsi, selon cette per­cep­tion bio­lo­giste, si parmi les serbes, les grecs ou les français, qui se sen­tent aujourd’hui serbes, grecs ou français, cer­tains ont eu une arrière-grand-mère qui, par un coup du hasard – réel ou ima­gi­naire—, est pas­sée un jour par le lit d’un ostro­goth des hordes d’Alaric, ils font donc auto­ma­ti­que­ment partie d’une « mino­ri­té alle­mande » quoi qu’ils en disent ! D’après cette même per­cep­tion « pro­gres­siste » alle­mande, le grec vla­cho­phone ou le grec arva­ni­to­phone —qui sont deve­nus des héros natio­naux car ils ont sacri­fié leurs vies pour la liber­té de la Grèce— ne sont pas des grecs, mais le pre­mier est un « arou­main » et le second est un « alba­nais ».