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Des vœux pour l’inconnu !

par Jean-Louis ERNIS, le 31 décembre 2020

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Sans aller trop loin dans la comparaison, on peut dire que les vœux de janvier 2020 furent assimilables à ceux de janvier 1939 et de janvier 1914, les bombes en moins et ce n’est pas rien.
Cependant, à l’image des périodes post-1918 et post-1945, l’après COVID 19 conduira incontestablement vers un monde nouveau.

Je ne polé­mi­que­rai pas sur la ges­tion économique et sociale, notam­ment les dépla­ce­ments des hommes et des femmes, dans cette période dite du COVID.
Sur le conti­nent euro­péen, les deux sys­tè­mes ont été uti­li­sés.
Les pays nor­di­ques, Suède en tête et la Grande-Bretagne, ont joué libé­ral, lais­sant les per­son­nes cir­cu­ler à leur guise.
Les pays du Sud, Italie, Espagne et la France entre autres, ont uti­lisé le confi­ne­ment et même le couvre-feu.
Dans un cas comme dans l’autre, les résul­tats sont insa­tis­fai­sants.
Même l’Allemagne qui, pour cer­tains com­men­ta­teurs, était au début consi­dé­rée comme un modèle, a dû chan­ger de méthode en cours de route.
Pour nous Français, l’incom­pré­hen­si­ble tient au sort fait à la culture. Que les méga-salles de spec­ta­cle soient inter­di­tes d’acti­vité, cela se com­prend, mais que les ciné­mas, les théâ­tres et autres peti­tes salles, soient fermés, c’est inad­mis­si­ble.
L’autre point condam­na­ble est la situa­tion faite aux per­son­nes pré­cai­res et aux étudiants que le gou­ver­ne­ment a négli­gés et néglige tou­jours.
De cette période, il faut d’ores et déjà mesu­rer l’impact sur le futur. Hélas peu d’énergie a été dépen­sée pour connaî­tre les ori­gi­nes de cette pan­dé­mie.
Je ne par­tage pas l’idée selon laquelle ce virus a été fabri­qué et dis­persé pour attein­dre plus rapi­de­ment le monde nou­veau, mais je suis convaincu que les ris­ques d’une pan­dé­mie consé­cu­tive au modèle économique ultra­li­bé­ral et mon­dia­lisé étaient évalués.
Il paraît impro­ba­ble que les scien­ti­fi­ques du monde entier n’aient pas alerté les « grands » de ce monde, le G20 par exem­ple, des ris­ques de cir­cu­la­tion des phé­no­mè­nes viraux.
Depuis de nom­breu­ses années, ils aler­tent sur les dan­gers de la défo­res­ta­tion :
  en Amazonie pour la culture et l’expor­ta­tion du soja au compte de l’agro-indus­trie,
  en Indonésie pour la culture des pal­miers spé­ci­fi­ques pour l’expor­ta­tion de l’huile au compte de l’agroa­li­men­taire
  en Afrique sub­sa­ha­rienne pour nour­rir les popu­la­tions loca­les en pleine expan­sion.
En 2018, la Plateforme inter­gou­ver­ne­men­tale sur la bio­di­ver­sité et les ser­vi­ces écosystémiques aler­tait :
« Nous (les socié­tés moder­nes) avons trans­formé une grande partie de nos forêts, de nos prai­ries, nous avons perdu 87 % de nos zones humi­des »
Cette ins­ti­tu­tion indi­quait que 50 mil­lions d’humains seront contraints de migrer, d’ici 2050, et même jusqu’à 700 mil­lions, si rien n’est fait.
Ce qui montre que les poli­ti­ques sont sourds aux aler­tes des scien­ti­fi­ques, plus enclins à donner satis­fac­tion aux busi­ness­mans.
On pour­rait y ajou­ter la fonte des gla­ciers, notam­ment au Pôle Nord. Des cher­cheurs du Laboratoire Information Génomique et Structurale du CNRS aler­tent sur les ris­ques de libé­rer des virus, notam­ment de l’anthrax. Une bac­té­rie mor­telle qui aurait tué 1500 rennes en Sibérie en 2016.
Une rumeur cir­cule selon laquelle la Chine aurait repéré un virus dès 2013, sans se préoc­cu­per outre mesure.
Il faut se rap­pe­ler le trai­te­ment des auto­ri­tés chi­noi­ses fait à l’adresse du méde­cin chi­nois qui avait osé aler­ter publi­que­ment, en décem­bre 2019, sur les ris­ques poten­tiels d’une épidémie à venir. Il avait été accusé de « pro­pa­ger des rumeurs » Il est décédé depuis, paraît-il du COVID 19 !
Une autre rumeur concerne l’Organisation Mondiale de la Santé qui serait sous influence de la Chine. Le cour­roux de Donald Trump pour­rait ne pas avoir été que carac­té­riel, pour une fois.

Par contre, ce qui n’est pas une rumeur, c’est l’état de quasi indi­gence de nos Universités, accen­tué par la loi « Libertés et Responsabilités des Universités » de 2007 et son recours aux fonds privés.
Dans les cir­cons­tan­ces actuel­les, l’heure ne devrait pas être à la pin­gre­rie gou­ver­ne­men­tale, mais au contraire, il fau­drait donner les moyens à la recher­che publi­que pour pro­té­ger les popu­la­tions.
Il est donc vrai­sem­bla­ble qu’en cou­lisse les inté­rêts des labo­ra­toi­res phar­ma­ceu­ti­ques du monde entier et ceux de l’économie numé­ri­que ont convergé pour faire silence et se pré­pa­rer à cueillir le fruit quand celui-ci serait mûr.
Nous y sommes.
Aux pre­miers jours de l’épidémie, l’état de l’Hôpital public fut connu de tous.
Il est à regret­ter que malgré les actions mili­tan­tes des per­son­nels de santé au cours des der­niè­res années et les aler­tes lan­cées, cou­rant 2019, par les méde­cins et les pro­fes­seurs, le peuple soit resté insen­si­ble à la dégra­da­tion de ce qui, his­to­ri­que­ment, était reconnu dans le monde entier, comme un fleu­ron.
Enfin, après quel­ques semai­nes de pré­sence du COVID-19, la popu­la­tion se mobi­lisa. Et quelle mobi­li­sa­tion !!!
Elle se donna rendez-vous, tous les soirs à 20 H, pour applau­dir aux fenê­tres les per­son­nels hos­pi­ta­liers.
On peut s’inter­ro­ger sur la pro­fon­deur de cette mobi­li­sa­tion ! Il est peu pro­ba­ble qu’en règle­ment d’un achat dans un com­merce quel­conque, une infir­mière, un aide-soi­gnant, un agent d’entre­tien …… puis­sent satis­faire la cais­sière en lui pré­sen­tant, pour solde de tout compte, les applau­dis­se­ments reçus la veille à 20 H !!!
Mais, qu’à cela ne tienne, en matière son­nante et tré­bu­chante, le peuple ne manque pas d’idée.
Les cagnot­tes en ligne font florès, très sou­vent sou­te­nues, pro­mo­tion­nées par le show­biz et le sport-busi­ness, qu’en retour le peuple adule et vénère !
Progressivement, le prin­cipe de « Dame patron­nesse » s’orga­nise autour du numé­ri­que. On ne compte plus les appels aux dons relayés par les spots télé­vi­sés et radio­pho­ni­ques.
Parallèlement, au nom de l’impé­rieuse com­pé­ti­ti­vité, l’Etat ne cesse d’allé­ger, d’exo­né­rer les coti­sa­tions patro­na­les, hon­teu­se­ment appe­lées char­ges.
Progressivement, la cha­rité entre dans la comp­ta­bi­lité du ser­vice public.
Le coup de grâce fut donné par les syn­di­cats signa­tai­res du « Ségur de la Santé »
Alors qu’un regain de mobi­li­sa­tion des per­son­nels de ter­rain se pro­fi­lait, des syn­di­cats signè­rent des accords de salai­res ne cou­vrant pas l’ensem­ble des per­son­nels, ne garan­tis­sant pas le niveau de l’emploi et ne s’oppo­sant pas à de nou­vel­les fer­me­tu­res de ser­vi­ces et même d’établissements.
C’est l’acte 1 de l’après COVID, l’acte 2 s’arti­cule autour de l’accé­lé­ra­tion du numé­ri­que.
Précédemment au COVID 19, le numé­ri­que s’était sur­tout déve­loppé dans le sec­teur ter­tiaire et des ser­vi­ces. La pan­dé­mie a donné au com­merce l’occa­sion d’entrer mas­si­ve­ment dans le sys­tème y com­pris le com­merce de proxi­mité, aidé en cela par les cadors de l’e-com­merce.
Au plan local, les struc­tu­res publi­ques (conseils muni­ci­paux – conseil inter­com­mu­naux …) n’ont pas ménagé leur peine pour nouer des par­te­na­riats afin de créer des pla­te­for­mes.
Pour sauver l’acti­vité du com­merce local, ces ini­tia­ti­ves étaient com­pré­hen­si­bles, mais la ques­tion est de savoir si, après la période du COVID-19, le com­merce, sur­tout local, retrou­vera son fonc­tion­ne­ment his­to­ri­que avec du per­son­nel, ven­deu­ses, ven­deurs, cais­siè­res, cais­siers … ?
Le COVID-19 a permis au numé­ri­que de s’intro­duire dans tous les sec­teurs de la vie humaine.
  Le télé­tra­vail, dont on ne mesure pas aujourd’hui les effets néga­tifs, à court terme, sur le droit du tra­vail dans une économie glo­ba­li­sée et donc sans fron­tière.
  L’ins­truc­tion publi­que à dis­tance – col­lè­ges, lycées – uni­ver­si­tés – avec des ris­ques pour la péda­go­gie et l’emploi.
Dans un avenir proche, il faudra comp­ter avec les trans­ports col­lec­tifs et privés, dotés de véhi­cu­les sans conduc­teurs.
L’agri­culture ne sera pas oubliée, puisqu’il est prévu des engins diri­gés à dis­tance.
Ne cher­chons pas les rai­sons du déve­lop­pe­ment anar­chi­que de la 5G. Le Président de la République n’a d’ailleurs pas hésité à s’inves­tir, insul­tant celles et ceux qui sou­hai­tent une étude d’impact de cette nou­velle tech­no­lo­gie, les qua­li­fiant de par­ti­sans du « retour à la lampe à huile » Il a même osé les com­pa­rer à la com­mu­nauté « amish » qui refuse tout pro­grès !
Cette 5G contri­buera à cette révo­lu­tion pos­si­ble­ment mor­ti­fère.

Mais la ques­tion qui s’impose, et notre res­pon­sa­bi­lité est enga­gée, est de savoir si ce type de société basée sur l’intel­li­gence arti­fi­cielle est com­pa­ti­ble avec un sys­tème démo­cra­ti­que dont l’humain est la prio­rité.
Pour moi, et sans hési­ta­tion, la réponse est non.
La délo­ca­li­sa­tion de notre indus­trie, de la fin des années 80 à nos jours, nous a fait perdre la moitié de nos emplois.
Il nous en reste aujourd’hui envi­ron 3 mil­lions. Conséquemment, la France compte aujourd’hui près de 10 mil­lions de per­son­nes sous le seuil de pau­vreté.
La révo­lu­tion numé­ri­que ampli­fiera le phé­no­mène sans pou­voir, à ce jour, en mesu­rer l’ampleur.
Mais les ris­ques sont tan­gi­bles, l’emploi s’en trou­vant affecté, la pau­vreté et l’exclu­sion attein­dront des som­mets insup­por­ta­bles avec des ris­ques majeurs pour notre démo­cra­tie.
L’absence de syn­di­cats com­ba­tifs et une gauche engluée dans le social libé­ra­lisme conduira les exclus à uti­li­ser des moyens d’action plus ou moins vio­lents.
Les pré­mi­ces de ce déve­lop­pe­ment sont connues depuis plus de deux ans.
Et puis­que c’est la période des vœux, sou­hai­tons vive­ment qu’un sur­saut popu­laire inter­vienne rapi­de­ment pour sauver notre République et réha­bi­li­ter son carac­tère social et laïc.
Il y a urgence car le réser­voir des citoyens convain­cus, sans les­quels rien n’est pos­si­ble, de l’huma­nisme et de l’Etat/Nation, se vide dan­ge­reu­se­ment.
Une partie se déverse dans le camp de l’écœurement, du déses­poir, du renon­ce­ment, refu­sant même d’aller voter.
L’autre partie consi­dère que la solu­tion passe par la vio­lence.
Les deux années qui vien­nent de s’écouler attes­tent de cette funeste option.
C’est le pire qui puisse nous arri­ver, car il enclen­che le cycle infer­nal, vio­lence du peuple, répres­sion de l’Etat.
Des poli­ti­ques atten­dent cet alibi, avec impa­tience, pour pro­duire des lois liber­ti­ci­des qui au final seront accep­tées par le peuple lassé du désor­dre.
2021 devra être l’année du sur­saut répu­bli­cain, ou …… !

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