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Les leçons de la guerre en Ukraine

par Jean-Michel Toulouse, le 30 mars 2022

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Il ne faut pas être grand clerc pour com­pren­dre que le pay­sage géo­po­li­ti­que du monde est en train de chan­ger de cycle. Le monde de 1945 est mort, celui du début de ce XXIe siècle est déjà né.

I- LE MONDE BIPOLAIRE A DISPARU

A la fin de la deuxième guerre mon­diale, en 1945, deux puis­san­ces incontes­tées se sont par­tagé l’influence mon­diale. Dans un pre­mier temps, les États-Unis ont seuls régné en maître tant sur le plan économique que mili­taire.
Du point de vue économique ils impo­sè­rent le plan Marshall pour écouler leurs pro­duits dans toute l’Europe "libé­rée" (en oubliant que l’effort prin­ci­pal de cette libé­ra­tion du nazisme était due à l’URSS qui, à Stalingrad a détruit la 6e armée de la Wehrmacht). Du point de vue mili­taire ils impo­sè­rent un cer­tain nombre de trai­tés mili­tai­res dont ils avaient le contrôle en tant que pre­mière - et seule- puis­sance nucléaire à l’époque (OTAN, OTASE, orga­ni­sa­tions de trai­tés de l’Atlantique nord et de l’Asie du sud-est par exem­ple).

Dès août 1949, l’URSS mit fin à ce mono­pole et un duo­pole nucléaire vit le jour. Ainsi, de 1949 à 1991(date de l’effon­dre­ment de l’URSS), ce duo­pole fit régner "l’équilibre de la ter­reur", c’est à dire la "mutual assu­red des­truc­tion"(MAD) qui garan­tis­sait la non uti­li­sa­tion de l’arme nucléaire sous peine de des­truc­tion mutuelle assu­rée. Les arse­naux nucléai­res se ren­for­cè­rent des deux côtés, malgré la signa­ture de trai­tés essayant de limi­ter la pro­li­fé­ra­tion de ce type d’armes (TNP -Traité de Non Prolifération-, Traités SALT-Strategic Arms Limitation Talks- de 1972 et 1979), ou limi­tant la pro­duc­tion de mis­si­les à têtes nucléai­res "mirvés" ou non (MIRV : Multiple Independently Targeted Reentry Vehicles, Missiles à têtes nucléai­res indé­pen­dam­ment gui­dées) ou de mis­si­les anti-mis­si­les-Traité ABM (Anti-Balistics Missiles-de 1972).
Or depuis la Présidence de Ronald Reagan, les États-Unis se sont mis en tête d’épuiser l’URSS dans cette course aux arme­ments. Tous les trai­tés cités ont été soit dénon­cés par les États-Unis, soit mis au réfri­gé­ra­teur. Et l’accord ABM qui déter­mi­nait deux sanc­tuai­res (Washington et Moscou) et 6000 têtes nucléai­res pour chacun des deux pays, a été anéanti par le retrait offi­ciel de la puis­sance amé­ri­caine en juin 2002. Aujourd’hui il est très dif­fi­cile de chif­frer avec exac­ti­tude l’arme­ment des deux pays.

Parallèlement d’autres États se sont équipés de l’arme nucléaire : Royaume-Uni, France, Israël, Inde, Chine, Pakistan, Corée du Nord. Certains autres essayent de le faire : l’Iran par exem­ple pour lequel de nou­vel­les négo­cia­tions sont en cours. Le duo­pole nucléaire n’existe donc plus et ce que les trai­tés TNP et SALT
vou­laient éviter est mal­heu­reu­se­ment en train de se mettre en place : la pro­li­fé­ra­tion incontrô­lée des armes nucléai­res.

Du côté de l’économie, la domi­na­tion sans par­tage des États-Unis est ter­mi­née. Ils pro­dui­saient 45 % du PMB (Produit Mondial Brut) en 1945, ils n’en pro­dui­sent plus que 23000 mil­liards de dol­lars pour un PMB de 80000 mil­liards de dol­lars, soit moins du quart. Des puis­san­ces émergentes comme la Chine (PIB de 16000 mil­liards de dol­lars en 2021), l’Inde, le Brésil, l’Afrique du Sud, ou des pays comme le Japon, l’Allemagne se ren­for­cent). L’Allemagne d’ailleurs devrait renon­cer à toute domi­na­tion en Europe et la France doit com­pren­dre que le pré- tendu « couple franco-alle­mand » n’est qu’un leurre et reconsi­dé­rer l’ensem­ble de ses poli­ti­ques économique, sociale, finan­cière, mili­taire et diplo­ma­ti­que.

Nous sommes donc bel et bien dans un autre monde, un monde mul­ti­po­laire qui se com­pose de puis­san­ces riva­les, toutes capi­ta­lis­tes (États-Unis, Allemagne France, Royaume-Uni, Inde, Brésil, Japon, Russie, Corée du Sud, Indonésie, Pa- kistan, Mexique...) ou de puis­san­ces se reven­di­quant d’un régime dif­fé­rent (Chine, Iran par exem­ple).

Enfin nous avons changé de capi­ta­lisme, nous sommes passés d’un capi­ta­lisme indus­triel et d’inves­tis­se­ment, dans lequel le mou­ve­ment ouvrier avait par ses luttes (et l’exis­tence de l’URSS et du "camp" socia­liste), tenu en res­pect les bour­geoi­sies inter­na­tio­na­les (les trente glo­rieuse), à un capi­ta­lisme mul­ti­na­tio­nal, finan­cia­risé, cos­mo­po­lite, qui a réussi pour l’ins­tant à détruire les appa­reils de défense du sala­riat en seg­men­tant les "chaî­nes de valeur" et en ayant recours à la sous-trai­tance tous azi­muts ainsi qu’à la recher­che du profit plus par la délo­ca­li­sa­tion et la cir­cu­la­tion du capi­tal à la vitesse de la lumière (liberté de cir­cu­la­tion des capi­taux) plutôt que par la pro­duc­tion maté­rielle. Nous sommes passés des "bataillons de fer du pro­lé­ta­riat" à l’ubé­ri­sa­tion et au pseudo - "auto- entre­pre­neu­riat" dis­persé et donc de moin­dre puis­sance.

Le capi­tal qui règne en maître ne ren­contre plus de résis­tance et a pris des mesu­res pour empê­cher la baisse ten­dan­cielle du taux de profit : délo­ca­li­sa­tions, spé­cu­la­tion sur les pro­duits déri­vés, vitesse de cir­cu­la­tion des capi­taux jamais atteinte jusqu’à pré­sent, ROE (return on equity) à 15 %, des­truc­tion des orga­ni­sa­tions de défense du sala­riat, domes­ti­ca­tion des États, enfer­me­ment du sala­riat dans la dette, domi­na­tion du capi­ta­lisme par une "hydre mon­diale" finan­cière d’un oli­go­pole de 16 ban­ques mon­dia­les sys­té­mi­ques (Cf. François Morin). Le condi­tion­ne­ment idéo­lo­gi­que sys­té­ma­ti­que dès l’école, l’invi­si­bi­li­sa­tion des bour­geoi­sies par une maî­trise et un contrôle total des médias, de l’école et des pro­gram­mes uni­ver­si­tai­res accom­pa­gnent ces mesu­res au détri­ment des liber­tés publi­ques et de la démo­cra­tie.

Cette situa­tion nou­velle n’est pas sans consé­quen­ces sur la géo­po­li­ti­que du monde en même temps qu’elle est sérieu­se­ment tra­vaillée par les forces mon­tan­tes.

II- LE NOUVEAU VISAGE DU MONDE

Plusieurs forces nou­vel­les ou qui se ren­for­cent sur­gis­sent sur la scène inter­na­tio­nale, et contes­tent le rôle domi­nant des États-Unis.

a-Sans vali­der la théo­rie de Mackinder de 1904, pour qui tenir le "heart­land"(en gros l’Eurasie et l’Afrique) ce serait tenir le monde, il nous faut bien consi­dé­rer que la Russie fait partie de l’Europe et qu’il est donc vain pour les États-Unis de conti­nuer leur poli­ti­que de "contain­ment" , de "roll back"et de "dépe­çage" de la Russie, tant désiré par Brzezinski. qu’on le veuille ou non, la Russie est un pays euro­péen et c’est l’Union Européenne qui est une "cons­truc­tion" arti­fi­cielle ; la diplo­ma­tie de l’avenir consiste donc a se débar­ras­ser de cette "Europe" du capi­tal limi­tée aux 27 pays actuels (sur 49 en Europe...) et d’ini­tia­li­ser une coo­pé­ra­tion inter­na­tio­nale "de l’atlan­ti­que a l ’Oural" voire de l’Atlantique au Kamtchatka.

La France doit s’atte­ler à cette tâche et s’inter­ro­ger sur les rai­sons qui ont conduit la Russie à péné­trer en Ukraine. Il suffit pour le com­pren­dre de regar­der une carte des fron­tiè­res mili­tai­res de l’OTAN en 1991 et aujourd’hui. Sans cau­tion­ner l’inva­sion de ce pays par la Russie, peut-on deman­der aux « va-t-en guerre » en cha­ren­tai­ses ce que les États-Unis auraient fait si la Russie ou la Chine avaient ins­tallé des mis­si­les (nucléai­res ou non) aux fron­tiè­res du Mexique ou du Canada ?

Ce qui s’est passé en 1962 à Cuba le laisse penser. Par un curieux rai­son­ne­ment, ce qui était juste et "démo­cra­ti­que" pour les États-Unis en 1962, est devenu cri­mi­nel et dic­ta­to­rial pour la Russie en 2022. Et pour­tant il n’est pas com­pli­qué de com­pren­dre que les États-Unis béné­fi­cient d’un no man’s land com­mode avec les deux océans (Pacifique et atlan­ti­que) qui leur donne un champ stra­té­gi­que que la Russie n’a pas. Nous n’avons pas vu les pro­mo­teurs des émotions sélec­ti­ves s’api­toyer sur Belgrade bom­bar­dée, sur le Viet-Nam saigné à blanc lors des bom­bar­de­ments de Hanoï et Haiphong déci­dés par Richard Nixon, lors de la des­truc­tion de l’Irak, de la Yougoslavie, ou actuel­le­ment du Yémen. Et encore une fois, ces rap­pels ne valent pas appro­ba­tion de l’inter­ven­tion russe en Ukraine, ni le régime poli­ti­que ins­tauré par Vladimir Poutine.

La seule façon de sortir de la guerre en Ukraine passe par les points sui­vants :

  • 1-le retrait de l’OTAN sur ses frontières militaires de 1991, en attendant sa dissolution , après celle du Traité de Varsovie (en juillet 1991...)
  • 2-la neutralité de l’Ukraine et l’intangibilité des frontières (sauf consultation des populations concernées sous contrôle de l’ONU), négociées dans un traité de sécurité collective d’où seraient exclus les États-Unis qui n’ont aucune légitimité au sein de l’Europe.
  • 3- le retrait des armées russes d’Ukraine dont l’indépendance serait affirmée (même traitement que celui de l’Autriche dans le traité de 1955). L’OSCE (Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe mise en place en 1995 à la place de la CSCE) pourrait être l’organe adéquat de ces négociations qui pourraient démarrer sur la base des accords de Minsk 1 et 2, et des négociations dans le "format Normandie", superbement piétinés par l’OTAN sans que cela ne choque personne !

b- Les Amériques cen­trale et du Sud ne sont plus la chasse-gardée des États- Unis. La coo­pé­ra­tion économique, cultu­relle et scien­ti­fi­que de tous ces pays avec l’Europe, l’Asie et l’Afrique ne pourra plus être empê­chée par le tuteur nord- amé­ri­cain actuel. Incapable d’aider ce conti­nent à se déve­lop­per, les États-Unis ne pour­ront inter­dire à ses États de se tour­ner vers d’autres puis­san­ces dis­pen­sa­tri­ces d’aides et de concours. La doc­trine Monroe est morte (je rap­pelle d’ailleurs que cette "doc­trine " inter­di­sait aux États-Unis d’inter­ve­nir en Europe ...).

c- L’Afrique se réveille et n’accepte plus le néo-colo­nia­lisme des ancien­nes puis­san­ces "occi­den­ta­les" et notam­ment la "Francafrique" chère à la bour­geoi­sie fran­çaise. Des États comme le Nigéria, l’Afrique du Sud, l’Egypte, l’Algérie, le Congo Kinshasa ne tar­de­ront pas à s’émanciper des bour­geoi­sies com­pra­do­res qui les sté­ri­li­sent ni des puis­san­ces qui n’ont pas com­pris que nous avions changé de siècle. Comme les Amériques cen­trale et du Sud, ces États et ces peu­ples vont vou­loir accé­der au véri­ta­ble déve­lop­pe­ment et à la véri­ta­ble démo­cra­tie poli­ti­que.

d- L’Asie, nou­veau centre de gra­vité géo­po­li­ti­que du monde, frappe à la porte des grands événements mon­diaux.

  En pre­mier lieu, il est clair que la puis­sance capa­ble de contes­ter le mono­pole nord-amé­ri­cain sur le monde est la Chine. Cet État conti­nen­tal, de 1,4 mil­liard de citoyens et de citoyen­nes, avec un PIB se rap­pro­chant de celui des États-Unis - qu’il aura rejoint d’ici cinq à dix ans- ne tolè­rera pas qu’on croise le long de ses côtes impu­né­ment avec des armes nucléai­res. La Chine récu­pè­rera Taiwan, ter­ri­toire his­to­ri­que qui béné­fi­cie d’une indé­pen­dance admi­nis­tra­tive, poli­ti­que et mili­taire non reconnue offi­ciel­le­ment à ce jour. Elle n’accep­tera pas que tel ou tel ser­vice secret essaye de sub­ver­tir son unité natio­nale. Elle acquerra la parité nucléaire avec la Russie et les États-Unis d’ici une dizaine d’année mais béné­fi­cie d’ores et déjà des forces néces­sai­res pour empê­cher toute agres­sion, sous peine de repré­sailles inac­cep­ta­bles (Clinton l’avait com­pris, lui qui avait demandé un plan au Pentagone d’atta­que nucléaire de la Chine, mais per­sonne n’avait à l’époque cru bon de pro­tes­ter...). Elle n’a pas d’ambi­tion domi­na­trice mili­taire car elle n’a qu’une base mili­taire à Djibouti alors que les EU en ont ins­tallé envi­ron 600 par­tout dans le monde. L’Eurasie aurait tort de la reje­ter, notam­ment par sa capa­cité économique, cultu­relle et scien­ti­fi­que de contri­buer au déve­lop­pe­ment de l’ensem­ble de la zone sibé­rienne. La Russie devrait y être inté­res­sée, pour peu que le peuple russe réus­sisse à se débar­ras­ser de l’oli­gar­chie mafieuse de mil­liar­dai­res cor­rom­pus qui colo­nise son État et confis­que ses riches­ses à son seul profit, "à la russe" comme on dit. L’Eurasie de l’Ouest aurait inté­rêt à com­pren­dre qu’une col­la­bo­ra­tion ("entente, détente et coo­pé­ra­tion" comme le sou­hait De Gaulle) avec la Chine serait mutuel­le­ment avan­ta­geuse et propre à dis­si­per tout malen­tendu.

  De la même façon, la France devrait déve­lop­per sa coo­pé­ra­tion avec des pays comme la Corée du Sud, le Viet-Nam, l’Inde, le Pakistan, l’Indonésie, le Japon ... au lieu de sauter comme un cabri en criant "l’Europe ! L’Europe ! L’Europe !"comme le loca­taire actuel de l’Elysée, qui se com­porte plus comme un petit télé­gra­phiste de l’OTAN, de l’UE et du G 7 plutôt que comme le chef de l’État d’un grand pays telle que la France !

  La Chine-en bonne entente avec l’Inde, le Japon, le Pakistan, le Viet-Nam, l’Iran, l’Indonésie ...- est appe­lée à jouer un grand rôle dans le déve­lop­pe­ment économique, social cultu­rel et poli­ti­que de toute cette zone indo-paci­fi­que, en contre-pou­voir clair à toutes les misé­ra­bles ten­ta­ti­ves de dés­ta­bi­li­sa­tion fomen­tées par les États-Unis avec l’aide labo­rieuse de ses "alliés" aus­tra­liens, anglais ou autres (Affaire des sous-marins aus­tra­liens et de l’alliance d’affaire de l’AUKUS- Australie-Royaume-Uni-Etats-Unis -, alliance mili­taire censée s’oppo­ser à "l’expan­sion­nisme chi­nois dans l’indo-paci­fi­que"...) . Les États-Unis, n’ont rien à faire mili­tai­re­ment dans cette région, pas plus qu’en Europe, en Amérique du Sud ou en Afrique.

  On ne peut que regret­ter que les moyens de toutes ces puis­san­ces-Chine, Japon, Inde, Pakistan, Corée du Sud, Indonésie etc.- ne soient pas mis au ser­vice du déve­lop­pe­ment de cette région au profit des peu­ples plutôt que sté­ri­li­sés dans un sur-arme­ment pro­vo­qué par l’ingé­rence nord-amé­ri­caine.
Naturellement l’Inde est appe­lée à jouer un grand rôle dans ce déve­lop­pe­ment et nous ne pou­vons qu’espé­rer que ses diri­geants sau­ront voir quel est l’inté­rêt de leur peuple et ainsi se déta­cher de l’entre­prise de domi­na­tion nord-amé­ri­caine. Le peuple indien com­mence d’ailleurs à frap­per à la porte de l’his­toire ... Le Japon a tout inté­rêt également à coo­pé­rer avec ces États asia­ti­ques avec les­quels son avenir est lié, au lieu de cher­cher - comme l’Allemagne- à se réar­mer et à sup­pu­ter quelle stra­té­gie de "cava­lier seul" pour­rait lui per­met­tre d’être le seul à tirer les mar­rons du feu.

e- Enfin on ne sau­rait parler de géo­po­li­ti­que sans évoquer le Moyen-Orient, dont la plaie prin­ci­pale est la dic­ta­ture des émirs et autres clas­ses pri­vi­lé­giées qui confis­quent la rente pétro­lière- jusqu’à son épuisement pro­chain- sans que les peu­ples n’en pro­fi­tent. Rien de nou­veau et de pro­gres­siste ne se pro­duira dans ces États, tant que les peu­ples ne se seront pas débar­ras­sés de ces clas­ses para­si­tai­res, que ce soit en Arabie Saoudite-dont on connaît les agis­se­ments de son "chef d’Etat"- ou en Egypte, en Iran, dans les "émirats", en Syrie ou dans le Magreb et le Machrek.

Notons pour finir sur cette région que l’Etat d’Israël doit cesser ses agis­se­ments et qu’une paix dura­ble ne peut inter­ve­nir un jour que lors­que les droits du peuple pales­ti­nien seront reconnus et assu­rés. Cela signi­fie un retour d’Israël dans ses fron­tiè­res d’avant "la guerre des six jours", et la pleine reconnais­sance pour le peuple pales­ti­nien à un État viable, la Jordanie qui com­prend 50 % de pales­ti­niens dans sa popu­la­tion étant asso­ciée à des négo­cia­tions patron­nées par l’ONU.

f- L’ensem­ble de ces évolutions montre bien qu’une réforme fon­da­men­tale de l’ONU est néces­saire pour tenir compte de ces nou­veaux équilibres géo­po­li­ti­ques qui n’ont plus rien à voir avec la situa­tion d’après- guerre. Les grands prin­ci­pes de cette réforme com­plète devraient être :

  • suppression des G7, G8 et G20 au seul profit de l’ONU refondue. L’Assemblée Générale de l’ONU doit être le seul forum universel représentant tous les États, chacun comptant pour une voix.
  • Le Conseil de Sécurité doit être adapté aux réalités du XXIe siècle et être élargi aux États émergents ou ayant un rôle important. Tous les États dont le PIB représente 2,5 % du PMB doivent en être membres (Inde, Pakistan, Brésil, Indonésie, Mexique, Nigéria, Japon, Allemagne, Italie, Canada). Pourraient y être ajoutés les États qui bénéficient d’une représentativité régionale comme par exemple l’Iran, l’Egypte et l’Afrique du Sud. Avec les actuels membres permanents, l’ensemble de ces États représenteraient 75 % du PMB (Produit Mondial Brut) et de la population mondiale et l’ONU serait bien plus représentative de la communauté internationale qu’aujourd’hui. Le droit de véto serait supprimé et toute décision ne pourrait être prise qu’à la majorité simple ou qualifiée (notamment les décisions concernant les opérations de maintien de la paix- chapitre 7 de la Charte de l’ONU-). Durant la période de transition la France doit conserver son siège de permanent au Conseil de Sécurité aussi longtemps que les autres États en bénéficieront. Il n’est pas question qu’elle le cède à une "UE" fantasmagorique, comme l’envisage Emmanuel Macron, ce qui reviendrait à le donner à l’Allemagne !
  • Le Secrétaire Général serait élu par l’Assemblée Générale à la majorité qualifiée ;
  • Le Conseil économique et social de l’ONU devrait avoir compétence sur les trois organes qui lui échappent actuellement : le Fonds monétaire international, la Banque internationale pour la reconstruction et le développement, et l’Organisation mondiale du commerce (ces organes sont soumis au G8, et donc à l’hydre bancaire internationale). Ces organisations doivent être au service de l’Assemblée Générale des Nations Unies et non de la finance internationale.
    Ainsi l’ONU refondue serait mieux à même de gérer la sécurité internationale qui redeviendrait l’affaire des peuples et non celle des seuls Etats.

Voila le nou­veau visage de notre monde. C’est un monde mul­ti­po­laire, appe­lant la coo­pé­ra­tion en tous les domai­nes, sur un pied d’égalité, et sur la base d’une Charte de La Havane actua­li­sée. Un monde géré par une ONU refon­dée, pour le déve­lop­pe­ment, la paix et la sortie des peu­ples du Sud -mais aussi d’une grande partie des peu­ples du Nord-, de la misère économique, sociale et cultu­relle.

Ce nou­veau monde est en train de naître. Il ne sera sta­bi­lisé que si les peu­ples empê­chent les invo­lu­tions qui les font recu­ler à la situa­tion qui rap­pelle 1914, aux temps du choc des impé­ria­lis­mes. Si les peu­ples sont capa­bles de mener une lutte des clas­ses natio­nale et inter­na­tio­nale déter­mi­née et consé­quente.

Jean-Michel Toulouse -
Le 21 mars 2022

Messages

  • Voilà une contribution qui donne un salubre éclairage quant à la situation générée par la guerre en Ukraine et a le mérite d’ouvrir des pistes pour l’avenir. Ce conflit, en effet, rebat les cartes de la géopolitique : réagencement des alliances politiques, des rapports de force internationaux, des intrications d’ordre économique voire une reconfiguration de l’ordre mondial.
    N’y en aurait-il qu’un seul que ce serait déjà un mort de trop ! C’est peu dire qu’hélas, cent fois hélas, les morts s’additionnent en Ukraine, comme ils se sont additionnés en d’autres lieux et temps (encore récents et en Europe même) comme le rappelle judicieusement Jean-Michel Toulouse. Un rappel que les « grands médias » s’empressent surtout de ne pas évoquer tant depuis plus d’un mois, ces derniers - avec certains intellectuels de plateaux -, semblent être beaucoup plus mus, par la diffusion de ce qui s’apparente à une propagande de guerre que par une mise en perspective propre à donner des clés de compréhension aux gens, aux citoyens. Il est légitime, normal, tout simplement humain, que l’on éprouve de la compassion pour celles et ceux qui subissent les drames, les souffrances, les chagrins que génère toute guerre. De la compassion ? Certes mais pas à géométrie variable. Un exemple parmi d’autres. Aujourd’hui 30 mars, est pour les Palestiniens, la journée de la Terre, commémorant leur grève et leurs mobilisations du 30 mars 1976, face à l’Etat israélien qui annexa 2 500 hectares en Galilée avec les drames (entre autres depuis 75 ans de conflit) qui s’ensuivirent. La maire de Paris va-t-elle décider d’illuminer les monuments de la capitale aux couleurs de la Palestine ?
    Seulement voilà. La morale, les bons sentiments, ne font pas bon ménage, pour le moins, avec la géopolitique qui n’est affaire que de rapports de force au travers desquels les puissances n’agissent qu’en fonction de leurs intérêts. Et encore devrait-on aussi analyser ce conflit (en l’occurrence) en termes de rapports de force entre États impérialistes et luttes de classe.
    La déploration ? Soit. Mais depuis plus d’un mois, le courant d’une certaine bien-pensance s’évertue à ne solliciter que les affects, à focaliser l’énergie mentale des gens que sur les seuls effets sans que soient explicitées les causes qui les génèrent, quand d’aucuns ne chérissent pas ces dernières, ouvertement ou non. Or, dans le discours de la doxa dominante, émerge une curieuse topique : l’Occident produit des causes sans effets (les interventions militaires en Irak, en Libye, en Yougoslavie, etc.) et les Russes porteraient l’insigne et belliciste tare de produire des effets sans cause (le conflit en cours). En rester au stade de la déploration, agir sur le seul plan des affects, ne résout rien si ce n’est que laisser le champ à toute sorte de manipulation et récupération politicienne. L’Histoire nous apprend jusqu’où cela peut mener.
    Aujourd’hui, dans le champ politique, médiatique, dans notre pays, celui dit des Lumières, aucune discussion, aucun débat n’ont droit de cité. Il en fut ainsi pour la politique dite sanitaire, il en est de même (voire pire) pour le conflit en cours russo-ukrainien. Or, quiconque veut se donner la moindre peine, faire preuve d’un minimum d’effort de réflexion, de probité intellectuelle en somme, est à même de comprendre ce qui ne veut en aucun cas, comme le dit Jacques (Cotta), excuser ou cautionner, en l’occurrence l’entreprise de Vladimir Poutine. Seules devraient importer les deux questions suivantes : comment et pourquoi en sommes-nous arrivés là ? Apparemment, pour l’heure dans l’air ambiant, quiconque pose ces deux questions est voué à rester inaudible quand il n’est pas couvert d’opprobre. Avec cela, on va aller loin.
    GR

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