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Le mot et la chose : communisme

par Denis COLLIN, le 12 novembre 2019

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Comme dit l’autre, les mots sont impor­tants. Commençons par le mot com­mu­nisme.

Un com­mu­niste est tout sim­ple­ment un par­ti­san du commun. Et le commun est ce qui existe dans une com­mune et dans toute asso­cia­tion plus large qui regrou­pe­rait de nom­breu­ses com­mu­nes. Le commun est le bien commun : par exem­ple, l’air que nous res­pi­rons, les pay­sa­ges dont nous jouis­sons, les che­mins et les routes que nous emprun­tons, la langue et la culture que nous par­ta­geons. Le commun est aussi l’assu­rance (autant que faire se peut !) que ceux que nous ren­controns ne nous agres­se­rons pas, res­pec­te­rons comme nous les règles de base de la civi­lité. Le commun consiste aussi à par­ta­ger quand cela est néces­saire et donner à chacun selon ses besoins, sachant que chacun œuvrera au bien commun selon ses capa­ci­tés. Celui qui meurt de faim sera nourri et l’enfant sera dis­pensé du tra­vail. Dans toute société, il y a du commun et dans toute société des gens pour défen­dre ce commun et qu’on pour­rait appe­ler des com­mu­nis­tes. Une société sans commun est tout sim­ple­ment invi­va­ble et pour tout dire impos­si­ble. Ce serait le monde de l’état de nature que décrit Hobbes, la guerre de chacun contre chacun.

On peut établir une loi : plus la vie sociale se déve­loppe, plus la mora­lité des indi­vi­dus se per­fec­tionne, plus il y a de commun. Quand on établit des lois qui fixent la durée maxi­male de la jour­née ou de la semaine de tra­vail, on fait du com­mu­nisme puisqu’on abolit la concur­rence que les ven­deurs de tra­vail se font entre eux en établissant une loi com­mune. Quand on rend l’école gra­tuite et obli­ga­toire, on fait encore du com­mu­nisme : voilà un bien qui appar­tient à tous et dont chacun peut jouir selon ses besoins. C’est la même chose quand on ins­ti­tue des cais­ses de retrai­tes, quand on fonde la sécu­rité sociale, etc.

Le com­mu­nisme n’est donc pas un projet uto­pi­que. C’est le mou­ve­ment his­to­ri­que réel que nous avons sous nos yeux, mou­ve­ment qui a pu subir des reculs et des défai­tes mais qui reste au cœur de nos socié­tés. Mouvement aussi que l’on peut voir dans les socié­tés où l’on ne dis­pose pas encore de lois socia­les étendues, de dis­po­si­tions de pro­tec­tion sociale, etc.

Le com­mu­nisme est un mou­ve­ment. Rien d’autre. Un mou­ve­ment qui va vers l’élargissement des biens com­muns. Comment lutter pour la défense de l’envi­ron­ne­ment sans faire de l’eau, de la nature, de l’habi­tat global des hommes un bien commun qui doit être pro­tégé des attein­tes par la force com­mune ? Comment faire sans coor­don­ner les efforts, sans fixer un plan ?

Mais le com­mu­nisme n’est pas qu’un mou­ve­ment. Il est aussi une pers­pec­tive : celle d’une huma­nité paci­fiée, d’une huma­nité débar­ras­sée non pas des iné­ga­li­tés en géné­ral – comme le croient ou fei­gnent de le croire les enne­mis du com­mu­nisme – mais des iné­ga­li­tés socia­les, celles qui sont liées aux posi­tions de classe. C’est aussi la marche vers une société où le pro­duit de l’effort commun ne sera pas capté par quel­ques-uns mais pro­fi­tera à tous et où chacun trou­vera les moyens de son épanouissement per­son­nel. D’une société aussi où, une vie décente étant garan­tie à tous, on pourra pri­vi­lé­gier l’être sur l’avoir, le plai­sir de la vie com­mune sur la fré­né­sie de la consom­ma­tion.

Rien de tout cela n’est uto­pi­que. C’était déjà, en partie, dans le pro­gramme du Conseil National de la Résistance, sym­bo­li­que­ment inti­tulé « Les jours heu­reux ». Rien de tout cela n’est uto­pi­que puis­que c’est pré­ci­sé­ment ce qui est au cœur des avan­cées socia­les des « trente glo­rieu­ses ».