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Sept thèses sur la nation

par Denis COLLIN, le 12 février 2022

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Sept thèses sur la nation

Cette cam­pa­gne électorale est la plus déplo­ra­ble que j’ai pu connaî­tre. Parmi les prin­ci­paux can­di­dats, il n’y en a pas un pour rache­ter l’autre. Roussel est « moins pire » et peut-être Kuzmanovic pourra-t-il faire enten­dre sa voix. En atten­dant, je vais pré­ci­ser ma posi­tion sur une ques­tion qui occupe pas mal de place, celle de l’immi­gra­tion et, cor­ré­la­ti­ve­ment, celle de l’iden­tité de la France. Pour l’iden­tité de la France, il serait de bon conseil d’aller lire ou même relire le livre éponyme de Fernand Braudel. On devrait aussi ouvrir les livres de Claude Nicolet, comme La fabri­que d’une nation. Ça nous chan­ge­rait du zem­mou­risme ambiant ! Mais dans un monde où les igno­rants font masse der­rière des demi-ins­truits et des impos­teurs média­ti­ques, com­ment en appe­ler à la réflexion et au tra­vail ? Je pro­pose de défi­nir ici ma posi­tion en sept thèses.

1. La nation est le seul cadre per­ti­nent qui per­mette à la démo­cra­tie, c’est-à-dire à la sou­ve­rai­neté du peuple d’exis­ter. La sou­ve­rai­neté de la nation et la sou­ve­rai­neté popu­laire sont la même chose, consi­dé­rée sous deux angles dif­fé­rents. Il est impos­si­ble de défen­dre la démo­cra­tie dans le cadre d’Union euro­péenne ou d’allian­ces sous la direc­tion états-unienne, comme l’Otan. Voilà le point essen­tiel. Comme les défen­seurs appoin­tés du pré­tendu « camp natio­nal » ne posent aucune de ces ques­tions, il s’ensuit que ces gens ne défen­dent pas la nation fran­çaise, mais sont seu­le­ment des exploi­teurs de la mala­die de la nation.

2. Toutes les nations sont égales en droit et en dignité ! La paix uni­ver­selle est l’objec­tif que doit pour­sui­vre tout citoyen qui veut défen­dre sa patrie. La défense de la nation impose la condam­na­tion de toute poli­ti­que impé­riale, impé­ria­liste ou néo-impé­ria­liste. Toutes les nations ont le droit de défen­dre leur inté­grité sur tous les plans.

3. Une nation est une com­mu­nauté de vie et de destin. Elle a une iden­tité et une culture et le citoyen n’est pas seu­le­ment celui qui jouit d’un cer­tain nombre de droits. Le citoyen est celui qui jouit des biens que pro­cure la culture de la nation, de son patri­moine, de sa langue et de la dou­ceur de ses mœurs. Une nation peut accueillir des « mou­ve­ments migra­toi­res », mais elle doit se donner pour objec­tif d’assi­mi­ler ces étrangers qui veu­lent s’ins­tal­ler dura­ble­ment. Le simple droit n’est rien sans les « bonnes mœurs », cette « éthicité » dont parle Hegel. Les citoyens sont des frères (fra­ter­nité) et donc ils peu­vent s’entre-épouser et par­ta­ger les mêmes repas. Le com­mu­nau­ta­risme sépa­ra­tiste, quel­les qu’en soient les formes peut être inter­prété comme un acte de guerre contre la nation.

4. L’immi­gra­tion n’est un droit pour per­sonne. La nation décide elle-même qui seront ses hôtes. Aucun étranger ne doit être consi­déré a priori comme un ennemi, il doit jouir des garan­ties per­son­nel­les de tout homme, mais il n’a aucun droit à séjour­ner, tant que ce droit ne lui a pas été accordé par un acte juri­di­que qui découle de la sou­ve­rai­neté natio­nale. Tout cela est l’ABC du droit inter­na­tio­nal. S’il y avait un droit à séjour­ner où on en a le désir, tous les enva­his­seurs seraient légi­ti­més !

5. Il en découle que toute nation a le droit de pren­dre toutes les mesu­res qu’elle jugera bonnes pour défen­dre son iden­tité natio­nale. On a intro­duit le fran­çais comme langue de la République fran­çaise pré­ci­sé­ment dans ce but : défen­dre le carac­tère propre de notre pays. Cela n’empê­che en rien d’appré­cier la culture et le carac­tère des autres nations. Mais cela inter­dit les apo­lo­gies de « créo­li­sa­tion » qui n’est pas autre chose que le rabo­tage de toute diver­sité par le déve­lop­pe­ment de la mon­dia­li­sa­tion capi­ta­liste. On peut aimer l’Italie ou la Grande-Bretagne, mais pré­ci­sé­ment parce qu’ils sont dif­fé­rents des Français et enten­dent rester dif­fé­rents. L’indif­fé­ren­cia­tion géné­ra­li­sée est une des mani­fes­ta­tions de l’hor­reur capi­ta­liste.

6. La défense de la nation est incom­pa­ti­ble avec le mode de pro­duc­tion capi­ta­liste qui est, par nature, mon­dia­liste. Toutes les fron­tiè­res, qu’elles soient natio­na­les, mora­les, cultu­rel­les, sexuel­les, sont autant d’obs­ta­cles à l’accu­mu­la­tion illi­mi­tée du capi­tal et il cher­che à les faire sauter. Le supra­na­tio­nal est son mode d’exis­tence, qu’il s’agisse de cons­ti­tuer un empire, comme jadis les empi­res colo­niaux et aujourd’hui l’empire amé­ri­cain, ou qu’il s’agisse d’enti­tés supra­na­tio­na­les comme l’UE, qui est une sorte de fan­tôme du Saint Empire romain ger­ma­ni­que. On ne peut être maître chez soi sans avoir rejeté la domi­na­tion du capi­tal, c’est une pure escro­que­rie. Inversement, pré­ten­dre être « anti­ca­pi­ta­liste » tout en accep­tant le mon­dia­lisme capi­ta­liste, c’est se condam­ner à rester l’extrême gauche du capi­tal.

7. La nation ne s’oppose pas à l’uni­ver­sa­lisme, mais l’exprime. Elle est l’uni­ver­sa­lisme concret, tant est-il que l’uni­ver­sel ne peut exis­ter que dans la par­ti­cu­la­rité. La nation est un juste milieu entre le cos­mo­po­li­tisme des mon­dia­lis­tes et la loi du sang tri­bale, l’unité du par­ti­cu­lier et du géné­ral. Comme tout pro­duit his­to­ri­que, elle peut évoluer. Mais seule une société des nations sou­ve­rai­nes peut être le cadre de cette évolution.