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A propos du gaullisme et certains prétendus gaullistes

par LA SOCIALE, le 25 juin 2019

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Le débat dans le « monde souverainiste » qui comprend une série de groupes, associations, petites organisations, prend un tour étrange. Témoin le papier que nous avons publié sur notre site et les réponses inattendues qui ont été diffusées, notamment sur les réseaux sociaux. Le point de départ a été notre volonté de souligner les accords généraux en trompe l’oeil, ou encore les faux consensus, qui au nom de la souveraineté nationale font preuve souvent de perte de mémoire ou d’abandon de principes qui pourtant sont essentiels. Parmi ces accords de façade se trouve « le gaullisme » souvent vanté sur tous les toits au nom du CNR qui aurait réaliser l’unité des forces de la Nation pour opposer au lendemain de la guerre un modèle social au capital dans les efforts de reconstruction. Sans rien ôter au rôle historique du général De Gaulle, nous rappelons dans cet article du comité de rédaction de La Sociale les raisons pour lesquelles nous ne sommes pas gaullistes. C’est alors que la foudre s’est abattue.

Nous ne nous y atten­dions pas. Nous aurions parlé du « pro­phète », les coups venus d’ailleurs n’auraient pas été moin­dres. Etrange de la part de ceux qui se veu­lent héri­tiers de la recons­truc­tion démo­cra­ti­que de la France. Bref, nous pen­sons que cela a un mérite : éclairer la néces­sité de cette dis­cus­sion que nous pour­sui­vrons dans les temps qui vien­nent. Mais aujourd’hui nous vou­lons publier une vive cri­ti­que dont nous avons fait l’objet de la part de Claude Rochet qui se veut visi­ble­ment gar­dien du temple et qui curieu­se­ment au nom du gaul­lisme ne dit pas grand chose du gaul­lisme, de faits que nous sou­li­gnons et qui relè­vent de la réa­lité his­to­ri­que.

Message de Claude Rochet :

Denis Collin et Jacques Cotta, ani­ma­teurs du site La Sociale ont publié une ana­lyse que je trouve infan­tile sinon indé­cente de la poli­ti­que du Général Charles de Gaulle.
On peut et on doit cri­ti­quer, pour faire pro­gres­ser la science his­to­ri­que, la poli­ti­que menée par de Gaulle.

Bertrand Renouvin réta­blit dans ce papier les contre-vérité pro­fé­rées par­De­nis Collin.

Je trouve que Denis Collin est pro­fon­dé­ment gonflé de s’enga­ger sur ce ter­rain. Il a passé son exis­tence poli­ti­que dans des grou­pes marxis­tes d’obé­dience trots­kyste. Il a sou­tenu une idéo­lo­gie que l’on sait aujourd’hui être erro­née. Oui, oui, on va nous faire le coup clas­si­que du vrai Marx et de son inter­pré­ta­tion par les marxis­tes, mais que veut dire un théo­ri­cien dont les théo­ries ont été sys­té­ma­ti­que­ment "défor­mées" par les dis­ci­ples et dont l’appli­ca­tion a sys­té­ma­ti­que­ment mené à des catas­tro­phes ?
Quel est donc la légi­ti­mité de Denis Collin et de Jacques Cotta pour s’en pren­dre ainsi à de Gaulle ? Comme on disait au bon vieux temps "D’où parles tu, cama­rade ?". Collin et Cotta vien­nent de la nébu­leuse trots­kyste dont cer­tains se sont lais­sés aller vers le "défai­tisme révo­lu­tion­naire" au motif que le soldat alle­mand serait "un pro­lé­taire sous l’uni­forme".... Sont-ils les mieux placés pour nous donner a pos­te­riori de leçons de Résistance ?

Les deux com­pè­res repren­nent les antien­nes des années 1950 et 60 sur le carac­tère "bona­par­tiste" des ins­ti­tu­tions vou­lues par de Gaulle. De Gaulle n’a jamais été Bonaparte, il a tou­jours res­pecté les ins­ti­tu­tions démo­cra­ti­ques et s’est retiré quand l’alliance de la gauche et de la grande bour­geoi­sie, ces "forces du capi­tal", pour repren­dre le sabir de nos marxiens, se sont alliées avec celle de la gauche pour le faire partir à l’occa­sion du réfé­ren­dum de 1969. 
Ils s’en pren­nent à la Constitution de 1958 en igno­rant que celle-ci n’existe plus dans les faits et en droit : 24 révi­sions cons­ti­tu­tion­nel­les dont une seule légi­time puisse approu­vée par réfé­ren­dum. Quel rap­port entre l’esprit de la Constitution et l’intro­duc­tion d’arti­cles établissant sa sujé­tion à l’Union euro­péenne ? Il ne reste plus qu’une tren­tain d’arti­cle ori­gi­naux du texte de 1958, mineurs pour la plu­part....

Bertrand Renouvin fait jus­tice d’argu­ments infan­ti­les expo­sés par Collin comme celui d’avoir empé­ché une "révo­lu­tion socia­liste" à la Libération. Ils oublient que per­sonne ne vou­lait de révo­lu­tion socia­liste à com­men­cer par celui qui aurait pu la faire, le PCF.
L’heure était à la recons­truc­tion du pays et à la jus­tice sociale, ce qui fut fait. Seulement l’extreme gauche et le PCF n’ont jamais admis que ce soit de Gaulle qui fut, par exem­ple, à l’ori­gine de la Sécurité sociale : il leur piquait leur "part de marché" : les méchants n’étaient plus les méchants....

De Gaulle a laissé une France deve­nue la 4° puis­sance indus­trielle mon­diale, empê­ché qu’elle ne soit sous la botte amé­ri­caine, repoussé les ten­ta­ti­ves de prise de pou­voir des grou­pes fas­cis­tes liés à l’OAS...
On sait ses pro­jets sur la fin de sa vie : donner plus de pou­voir au peuple pour contrer les forces de la bour­geoi­sie conser­va­trice. Ceux qui ont étudié la pensée du Général font aujourd’hui l’hypo­thèse qu’il aurait été par­ti­sans du RIC. Ayant tra­vaillé l’his­toire du gaul­lisme, je pense cette hypo­thèse valide.

Mais c’est sans doute un argu­ment de plus pour notre tandem de révo­lu­tion­nai­res authen­ti­ques puisqu’ils publient au même moment un papier condam­nant Etienne Chouard, bête­ment tombé dans le piège tendu par deux inqui­si­teurs, dans des termes qua­si­ment ordu­riers, mais on nous en donne la raison : Chouard pro­meut "ses bêti­ses sur le tirage au sort des repré­sen­tants" Et voilà nos deux révo­lu­tion­nai­res pre­nant la défense de la "démo­cra­tie par­le­men­taire", la forme ache­vée de la "démo­cra­tie bour­geoise". "Choisis ton camp, cama­rade", comme on disait au bon vieux temps. La bar­ri­cade n’a que deux côtés. Nous ne sommes visi­ble­ment pas du même.

Avoir tou­jours tout raté et s’être tou­jours trompé ne donne pas des droits à cri­ti­quer ceux qui ont accom­pli de gran­des choses pour le pays.

Je n’enga­ge­rai aucun débat ni aucun échange sur la ques­tion du gaul­lisme avec Jacques Cotta et Denis Collin pour une raison simple : ils n’ont ni la légi­ti­mité ni la com­pé­tence pour ce faire.

Réponse du CR de la sociale ou tentative de débat que refuse Claude Rochet

Dans un billet qui se veut une réponse à un papier du CR de la Sociale inti­tulé « pour­quoi nous ne sommes pas gaul­lis­tes », Claude Rochet a le mérite de poser le pro­blème en des termes que je nous ne contes­te­rons pas. Il dit : « Choisis ton camp, cama­rade, comme on disait au bon vieux temps. La bar­ri­cade n’a que deux côtés. Nous ne sommes visi­ble­ment pas du même. Avoir tou­jours tout raté et s’être tou­jours trompé ne donne pas des droits à cri­ti­quer ceux qui ont accom­pli de gran­des choses pour le pays. Je n’enga­ge­rai aucun débat ni aucun échange sur la ques­tion du gaul­lisme avec Jacques Cotta et Denis Collin pour une raison simple : ils n’ont ni la légi­ti­mité ni la com­pé­tence pour ce faire ».

Comme il l’indi­que lui-même, nous ne sommes pas du même côté de la bar­ri­cade. Il est dif­fi­cile de le com­pren­dre à la lec­ture de Rochet, car il ne débat pas. Nous allons donc donner ici quel­ques rai­sons pour les­quel­les nous sommes oppo­sés sur l’essen­tiel.

Nous ne sommes pas du même côté de la bar­ri­cade pour une ques­tion très actuelle que concen­tre cette non dis­cus­sion. Si nom­breux se récla­ment de la sou­ve­rai­neté natio­nale, dont Claude Roche, peu -et pas lui en l’occu­rence- n’assi­gnent clai­re­ment l’objec­tif pour lequel il s’agit de reconqué­rir notre sou­ve­rai­neté. Les tra­vaux que nous avons effec­tués depuis des années et qu’on trou­vera sur notre site, notre his­toire liée au combat du trots­kisme contre le capi­ta­lisme et le sta­li­nisme lors­que les « belles âmes » se vau­traient dans l’un et se sou­met­taient à l’autre, notre passé condam­na­ble dans la bouche de Rochet, nous condui­sent à com­bat­tre aujourd’hui pour la reconquête de la sou­ve­rai­neté natio­nale comme moyen de régler les comp­tes avec la domi­na­tion du capi­tal, nul­le­ment le moyen de mettre en place l’alliance capi­tal-tra­vail, c’est-à-dire la subor­di­na­tion du mou­ve­ment ouvrier aux inté­rêts du capi­tal, ce qui fut la ligne cons­tante du gaul­lisme. Là est la ques­tion cen­trale qui rend bien secondaire les lon­gues lignes que consa­cre Rochet à déni­grer Collin et Cotta pour leur passé mili­tant, leur enga­ge­ment dans la sociale, leurs écrits sans savoir vrai­ment d’ailleurs ce qu’il leur repro­che. Quant à De Gaulle -puis­que notre papier concerne le gaul­lisme- on notera seu­le­ment l’amour qu’il lui porte, au point d’inter­dire à qui­conque n’a pas été gaul­liste, ou n’avoir pas été com­pa­gnon de route du gaul­lisme, d’en dire un mot. Chacun com­pren­dra que la dis­cus­sion indis­pen­sa­ble -que refuse Rochet- néces­site une ouver­ture per­met­tant d’abor­der tous les sujets, le gaul­lisme com­pris.

Le gaul­lisme n’est évidemment pas le pri­vi­lège des gaul­lis­tes vu la portée et l’impor­tance du rôle qu’il a joué. Contrairement à une vision idyl­li­que qui per­met­trait des consen­sus à moin­dre frais, un cer­tain nombre d’éléments sur les­quels nous reve­nons très vite expli­quent la posi­tion que nous reven­di­quons.

  • La nature de la constitution de 1958, bonapartiste, bâtarde car introduisant une dose de parlementarisme (article 20 et 49) que Jospin et Chirac par leur double forfait de 2002 ont éliminée (mandat de 5 ans du président et inversion du calendrier électoral). Cette constitution bien que remaniée largement est celle qui a permis « l’introduction d’articles établissant sa sujétion à l’UE ». Elle se signale pour son caractère anti-démocratique depuis maintenant des décennies dans chaque consultation.
  • Le rôle partagé dans une division du travail permettant la répartition des tâches entre Gaullistes, communistes et socialistes pour s’opposer à la montée révolutionnaire à la libération. Une sainte alliance structurée autour du gaullisme pour contrer la montée révolutionnaire des masses que le PCF principalement s’est employé à casser. Chacune des composantes de cette alliance contre révolutionnaire a pris ses responsabilités dans ce moment crucial de la lutte des classes qui posait la question du pouvoir. Nous avons exprimé dans les temps passés une série de travaux expliquant le rôle joué par la social démocratie et le stalinisme dans le maintien de l’ordre capitaliste en France et à l’échelle internationale. Ce n’est évidemment pas pour exonérer le gaullisme de ses propres actes et responsabilités.
  • La volonté affirmée par De Gaulle dès la libération, pour combattre la situation révolutionnaire, de permettre aux hauts fonctionnaires frappés d’indignité nationale de retrouver leur place, condition qui permet à l’état de se reconstituer contre les dangers que la mobilisation ouvrière fait courir à la bourgeoisie.
  • Les conquêtes sociales, le programme du CNR, la sécurité sociale, qu’on voudrait nous faire passer comme produit de la générosité gaulliste d’hier, alors qu’elles étaient les concessions nécessaires de la bourgeoisie, contrainte de céder beaucoup pour ne pas tout perdre sous le coup de la lutte des classes.
  • La sortie du commandement de l’OTAN tout en maintenant la france dans l’OTAN et l’alliance atlantique, dans des relations privilégiées de fait avec les USA.
  • La cohérence politique et sociale du gaullisme -ce qui n’enlève rien au rôle historique joué par de De Gaulle- apparait notamment dans les ordonnances de 1966, première attaques contre la sécurité sociale, dans les lois anti laïques de Debrè de 1959, dans les premières mesures de déréglementation bancaire avec les lois Debré-Haberer de 1966 et 1969.

Claude Rochet cite un papier récent de notre site dans lequel nous reve­nons sur les silen­ces et propos d’Etienne Chouard, sur l’anti­sé­mi­tisme, le com­mu­nau­ta­risme qui dis­lo­quent la Nation et pré­sa­gent du pire. De cela il ne dit mot. Claude Rochet étant par­ti­san du tirage au sort, vieux dada de Chouard que nous qua­li­fions de bêtise, il se retrouve dans la même barque que Chouard et nous apos­tro­phe : « Et voilà nos deux révo­lu­tion­nai­res pre­nant la défense de la "démo­cra­tie par­le­men­taire", la forme ache­vée de la "démo­cra­tie bour­geoise ». »

Est ce par dégoût du débat ou par pré­ser­va­tion d’un pré­tendu Bonaparte à la tête de l’Etat que Claude Rochet en est à pré­fé­rer le tirage au sort en lieu et place d’un des seuls droits démo­cra­ti­ques qui demeure, la dis­cus­sion et la pos­si­bi­lité de déci­der pour dési­gner des repré­sen­tants élus et révo­ca­bles, sur des pro­gram­mes, et non tirés au sort comme à la lote­rie ?