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Etienne Chouard, négationnisme, antisémitisme rampant et responsabilités

par Jacques COTTA, le 23 juin 2019

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Sommaire :

Le 11 juin der­nier, Etienne Chouard était inter­viewé sur le pla­teau du MédiaTV. Etienne Chouard retient l’atten­tion comme ini­tia­teur -du moins est-il perçu comme tel- du RIC dont l’idée a fait fureur sur les dif­fé­rents sites de Gilets jaunes. Mais Etienne Chouard est un per­son­nage contro­versé et sur un cer­tain nombre de ques­tions cette inter­view devait lui donner l’occa­sion de « remet­tre les pen­du­les à l’heure ».

ITV catastrophe

Alors qu’il affir­mait que le racisme, l’anti­sé­mi­tisme et le néga­tion­nisme cons­ti­tuent à ses yeux des « opi­nions », Denis Robert qui mène l’inter­view lui demande à brûle-pour­point : « est-ce que tu as un doute per­son­nel sur l’exis­tence des cham­bres à gaz ? ».

Question que Chouard aurait pu balayer comme suit : « Pour me poser une telle ques­tion, cela signi­fie que vous-même doutez de l’évidence ! », et la cause aurait été enten­due, l’inter­viewé et l’iner­vie­weur pou­vant passer à autre chose.
Mais non, c’est tout autre­ment qu’Etienne Chouard prend la ques­tion.

« Mais qu’est-ce que c’est que cette ques­tion ? » sou­pire t’il avant d’affir­mer « ce n’est pas mon sujet, je n’y connais rien ». La Shoah, l’holo­causte, les cham­bres à gaz seraient donc le sujet de connais­san­ces atti­tré de quel­ques-uns, comme la bota­ni­que, l’ébénisterie ou la per­ma­culture ?
Puis il enfonce le clou : « Je vais te dire, oui j’ai un doute, parce que sinon je suis un cri­mi­nel de la pensée (…) Il y a un truc déconnant, tu vois, parce qu’on demande aux gens d’être sûrs sur un sujet qu’ils ne connais­sent pas » pour enfin décla­rer sous forme d’aveu n’avoir « jamais rien lu là-dessus » et s’inter­ro­ger : « si cette his­toire de cham­bre à gaz (…) c’est si grave d’en douter, est-ce qu’il ne suffit pas de pro­duire la démons­tra­tion contre ceux qui nient, et puis on passe à autre chose ? ».

Etienne Chouard en tant que tel a peu d’impor­tance. Ce qui est sans doute plus gênant est la réso­nance que ses propos peu­vent avoir, chez cer­tains Gilets jaunes, ou encore l’amal­game qui est fait entre le mou­ve­ment des Gilets jaunes basé sur des reven­di­ca­tions socia­les et démo­cra­ti­ques et quel­ques « chefs » pro­cla­més dont Chouard fait partie natio­na­le­ment depuis que le RIC ou encore ses bêti­ses sur le tirage au sort des repré­sen­tants lui ont donné une place, ou que d’autres occu­pent loca­le­ment.

Etienne Chouard s’est défendu après son inter­view d’avoir une vision révi­sion­niste de l’his­toire. Peut-être ses propos sont-ils sin­cè­res, mais la tac­ti­que est répan­due parmi les adep­tes du néga­tion­nisme qui dis­til­lent leurs « doutes » sur l’évidence avant de s’excu­ser ensuite, puis de recom­men­cer comme si de rien n’était. Mais peu importe l’indi­vidu. Ce sont les posi­tions qui méri­tent inté­rêt. Il demande « la démons­tra­tion contre ceux qui nient ». Au choix, Etienne Chouard trou­vera t’il satis­fac­tion avec les actes du procès d’Eichmann ? Les écrits d’Hannah Arendt ? La confes­sion de Rudolf Höss, com­man­dant d’Auschwitz ? Les archi­ves nazies, Les témoi­gna­ges des SS, ceux des vic­ti­mes ? Les let­tres des Sonderkommandos de Birkenau ? Ou de ceux d’Auschwitz qui le 7 octo­bre 1944 détrui­sent les cré­ma­toi­res III et IV du camp, évènement extra­or­di­naire à l’actif de ces résis­tants qui don­nent ainsi le signal de la révolte ?

Au len­de­main de son inter­view, des mes­sa­ges -notam­ment sur les « réseaux sociaux »- se vou­laient curieu­se­ment bien­veillants à l’encontre d’un homme pathé­ti­que dont les silen­ces ou les affir­ma­tions font preuve soit de bêtise, soit de néga­tion­nisme ou encore de « sora­lisme » cons­cient. Pourquoi une petite poi­gnée sème t’elle ces grai­nes néga­tion­nis­tes qui ne deman­dent qu’à germer ? Comment et pour­quoi des posi­tions qui nient l’évidence his­to­ri­que peu­vent-elles avoir prise au sein d’une partie -petite mais bien réelle- de nos conci­toyens ? Comment donc et pour­quoi une vision com­plo­tiste, poli­cière et néga­tion­niste de l’his­toire trouve t’elle une oreille atten­tive dans une partie -là encore petite mais réelle- de nos conci­toyens qui sont par ailleurs mobi­li­sés sur la ques­tion sociale et démo­cra­ti­que ? Ces ques­tions nous condui­sent à faire un bref retour en arrière.

Surprise

Que la réponse à ces ques­tions concerne une frange d’extrême droite faite de nazillons aussi igna­res que stu­pi­des, cela n’étonne guère, même d’ailleurs si la méconnais­sance et la bêtise n’expli­quent pas tout. Il y a parmi eux la mani­fes­ta­tion d’un rejet géné­ral et d’une mar­gi­na­li­sa­tion qui tou­chent sur­tout de larges cou­ches socia­les, des cou­ches popu­lai­res qui subis­sent depuis des décen­nies. La situa­tion actuelle n’est pas nou­velle.

En 1992 j’avais passé de longs mois à enquê­ter, immergé au sein de mili­tants ou cadres du FN, pour tenter d’en décryp­ter la réa­lité pour le film « Front natio­nal la nébu­leuse » réa­lisé pour Antenne 2 et « Envoyé spé­cial ». C’était il y a 27 ans déjà.

Certains mem­bres du BP du FN fai­saient du néga­tion­nisme une ques­tion iden­ti­taire. J’ai en mémoire Pierre Vial, repré­sen­tant des « païens » du FN, décla­rant, dans la foulée de Robert Faurisson, avec sérieux devant ma caméra, qu’« Il n’y a pas d’évidence, les cham­bres à gaz, je demande à voir ». Ou Bernard Antony, alias Romain Marie, res­pon­sa­ble des catho­li­ques inté­gris­tes du FN, refu­sant la ques­tion, me ren­voyant aux « mil­lions de morts du com­mu­nisme ». J’ai en mémoire Jean-Marie Le Pen dans son salon de Montretout à Saint Cloud, rela­ti­vi­sant les « Durafour Crématoire » ou autres propos qu’il tenait régu­liè­re­ment avec convic­tion, his­toire « qu’on passe à autre chose »…

A l’époque déjà le pou­voir en place, François Mitterrand et le PS, n’en deman­daient pas tant, voyant en Jean Marie Le Pen la divi­sion de la « droite » et un repous­soir suf­fi­sant pour garder le pou­voir. C’est à cette époque d’ailleurs que la stra­té­gie du PS était res­sen­tie comme un lâchage en règle des cou­ches popu­lai­res. A la ques­tion sociale qui concer­nait des mil­lions de tra­vailleurs, le PS avec la com­pli­cité des trans­fu­ges de l’extrême gauche, Julien Dray par exem­ple, se lan­çait dans le socié­tal avec notam­ment l’asso­cia­tion « Touche pas à mon pote ». A cette époque déjà le « pote » était ins­tru­men­ta­lisé par le pou­voir, sem­blant digne d’un inté­rêt que le tra­vailleur ne sem­blait plus méri­ter… Emmanuel Macron, dans sa chasse aux « popu­lis­tes » et dans la dési­gna­tion de Marine Le Pen comme enne­mie prin­ci­pale, ne tente rien d’autre que ce que Mitterrand réa­li­sait voilà plus de 30 ans. En oubliant sans doute la leçon donnée par Marx dans le 18 Brumaire, « l’his­toire se répète tou­jours deux fois, la pre­mière comme une tra­gé­die, la seconde comme une farce ».

Quelles que soient les causes du révi­sion­nisme et du néga­tion­nisme, la cré­ti­ne­rie ou la pro­vo­ca­tion cons­ciente dans le but d’en tirer partie, les tenants de ces théo­ries ont tou­jours été très mino­ri­tai­res, leur impact, leurs dégâts étant sans com­mune mesure plus impor­tant que ce qu’ils repré­sen­tent. Un exclu du BP du FN, l’ancien député du parti de Jean Marie Le Pen, François Bachelot, le frère de Roselyne, me confiait en 1992 une réa­lité que je pou­vais alors cons­ta­ter sur le ter­rain : « Les propos de Le Pen étaient cal­cu­lés, dans le but de ral­lier les quel­ques 10% à 20% d’anti­sé­mi­tes convain­cus aux­quels il don­nait des signaux. Car il évaluait le nombre d’anti­sé­mi­tes, et il fal­lait les ral­lier ».

Une petite partie de convain­cus, une autre petite partie d’escrocs prêts à surfer sur toutes les vagues, les plus nau­séa­bon­des com­pri­ses, un pou­voir prêt à souf­fler sur les brai­ses pour se main­te­nir et en tirer partie, et une autre partie d’imbé­ci­les niant la réa­lité his­to­ri­ques, prêts à suivre dans leur igno­rance le chef suprême, voilà à l’époque la pho­to­gra­phie de l’anti­sé­mi­tisme ram­pant.

Le gros des trou­pes du FN était ailleurs, for­mées de citoyens délais­sés par une gauche mora­li­sa­trice, plus encline à se plon­ger dans les mou­ve­ments socié­taux que dans la réa­lité sociale qu’elle accom­pa­gnait d’ailleurs doci­le­ment, jetant dans la misère des mil­lions qui subis­saient la liqui­da­tion de la sidé­rur­gie, du tex­tile, de pans entiers de notre indus­trie.

Comme seule réponse à cette réa­lité, c’est Bernard Tapie fai­sant le show face à Le Pen qui reje­tait les électeurs du FN un peu plus dans le FN, les qua­li­fiant de « stu­pi­des » ou encore de « salauds » lorsqu’il suf­fi­sait d’appor­ter des répon­ses poli­ti­ques et socia­les qui étaient étrangères à un parti socia­liste ou com­mu­niste, à for­tiori à Bernard Tapie, qui accom­pa­gnaient, chacun à sa façon, la mon­dia­li­sa­tion capi­ta­liste.

Pauvre Chouard

Etienne Chouard est-il seu­le­ment cons­cient de la lignée dans laquelle il s’ins­crit aujourd’hui ? Pas sûr. Les sou­tiens qu’il trouve ne le sont sans doute pas plus que lui.

Mis à part quel­ques nazillons qui n’osent d’ailleurs pas avan­cer dra­peau déployé, c’est au sein d’une partie de la gauche, et de la gauche de gauche, de mili­tants contes­ta­tai­res, que la soli­da­rité pra­ti­que­ment incondi­tion­nelle se mani­feste à son encontre. Cela est d’autant plus étrange que les mêmes, il y a une ving­taine d’années, se seraient sans doute trou­vés en pre­mière ligne pour dénon­cer les dia­tri­bes de Jean-Marie Le Pen. « Les cham­bres à gaz sont un détail de l’his­toire de la seconde guerre mon­diale » disait alors le chef du FN qui n’en niait d’ailleurs pas l’exis­tence.

Rien en fait de bien sur­pre­nant de voir des cou­ches mili­tan­tes débous­so­lées prêtes à repren­dre les pires inep­ties com­plo­tis­tes, néga­tion­nis­tes ou anti­sé­mi­tes pour trou­ver une jus­ti­fi­ca­tion à leur exis­tence « poli­ti­que ». Les cli­chés les plus absur­des sont entre­te­nus, de ceux qui hier jus­ti­fiaient dans la bouche du « gang des bar­ba­res » le cal­vaire connu par Ilan Halimi, révé­la­teur d’une idéo­lo­gie pour laquelle « les juifs sont pleins d’argent » et donc « ils peu­vent et doi­vent payer, ou alors ils peu­vent crever ». Rothschild le ban­quier serait l’arché­type du juif. Du coup, le combat contre le capi­ta­lisme serait en toute logi­que le combat pour éradiquer les juifs ? Ne sont-ils pas ces mar­chands du temple, eux si avides, ceux qui ont trahi le Christ en le condui­sant sur la croix ? L’Existence des juifs irait de pair avec une cer­taine « chris­tia­no­pho­bie ». L’anti­sé­mi­tisme ne recule devant rien pour jus­ti­fier cette haine et les exac­tions qui vont avec. L’uti­li­sa­tion du conflit israélo-arabe vient para­che­ver le tableau. L’occu­pa­tion des ter­ri­toi­res pales­ti­niens, l’exten­sion des colo­nies, la poli­ti­que sio­niste menée contre toutes les réso­lu­tions de l’ONU est cou­pa­ble et com­plice de l’anti­sé­mi­tisme qu’elle nour­rit, qui se pro­page, dans l’igno­rance des com­bats qui au sein même d’Israel sont menés contre la guerre faite aux pales­ti­niens, dans l’igno­rance aussi et sur­tout de la res­pon­sa­bi­lité des états arabes dans la situa­tion du moyen orient.

« Les cham­bres à gaz ? Pourquoi donc en parler sans aucune cer­ti­tude lorsqu’on se tait sur les pales­ti­niens, les indiens, ou tout autre peuple per­sé­cuté ? ». Voila une des réac­tions sus­ci­tée par les hési­ta­tions ou propos d’Etienne Chouard. Comme si l’évocation du géno­cide des juifs, pro­duit de la théo­rie de « l’exter­mi­na­tion finale » des nazis, venait ôter quoi que ce soit à tout autre géno­cide, tout autre crime de masse ? Là encore, et c’est sans doute une des tou­ches fina­les de cet anti­sé­mi­tisme ram­pant, les juifs seraient res­pon­sa­bles par la dou­leur connue par 6 mil­lions d’exter­mi­nés du silence concer­nant d’autres atro­ci­tés.

Mais là n’est pas l’essen­tiel. En lais­sant cette stu­pi­dité qui confine à l’escro­que­rie de côté, il nous faut inter­ro­ger la réa­lité telle qu’elle est. Ces idées trou­vent une exis­ten­ces là où à priori on ne les attend pas, parmi les jeunes, parmi les cou­ches les plus vul­né­ra­bles, parmi les plus exploi­tés.

Dans la jeu­nesse, notam­ment dans les quar­tiers popu­lai­res, l’isla­misme poli­ti­que qui s’appuie sur une idéo­lo­gie fas­ci­sante fait de la femme, du juif, du « pédé », du « blanc » l’ennemi à abat­tre. Au coeur de cette idéo­lo­gie, la dif­fé­rence des droits selon le sexe, le tra­vail, la cou­leur, la reli­gion.

L’Education natio­nale ne dit mot au nom de la « paix sco­laire », mais les cas s’addi­tion­nent d’injonc­tions faites aux profs dans de nom­breux établissements contre les cours pro­fes­sés, notam­ment dans les matiè­res qui met­tent en doute le dogme reli­gieux. « Charlie Hebdo » atta­qué avec les consé­quen­ces dra­ma­ti­ques que l’on connait, « cou­pa­ble d’avoir cari­ca­turé le pro­phète », n’était que le pré­lude idéo­lo­gi­que à un mou­ve­ment d’ensem­ble qui pénè­tre la société. Les cas d’agres­sions de jeunes por­tant la Kippa ne sont pas un fan­tasme. La démis­sion des pou­voirs publics sur les prin­ci­pes répu­bli­cains, la démis­sion dans les quar­tiers qui se vident des ser­vi­ces publics et qui sont livrés aux « frères musul­mans » ou quel­ques Imams d’occa­sion comme « fac­teur d’ordre » est un encou­ra­ge­ment à cette idéo­lo­gie mor­ti­fère. Le com­mu­nau­ta­risme qui donne une place de choix au CRIF pour trai­ter le sujet ne peut que ren­for­cer un sen­ti­ment de rejet de la com­mu­nauté qu’il déclare repré­sen­ter. Et les propos d’un député du parti au pou­voir en Israël, le Likoud, selon qui la « race juive » était la plus intel­li­gente du monde et pos­sé­dait le « capi­tal humain le plus élevé » ne peu­vent que géné­rer l’incom­pré­hen­sion et la haine.

L’idéo­lo­gie ultra libé­rale qui fait de son voisin un ennemi dans la concur­rence de tous contre tous, l’indi­vi­dua­lisme qui passe par la néga­tion de tout lien de soli­da­rité, le com­mu­nau­ta­risme étranger aux règles de la répu­bli­que, por­tent leur res­pon­sa­bi­lité dans le déve­lop­pe­ment de cette idéo­lo­gie. Cela dépasse la ques­tion de l’anti­sé­mi­tisme. Les lob­bies qui se sont cons­ti­tués mobi­li­sent de fait contre les caté­go­ries qu’ils sont censés défen­dre. Le CRIF, ou les porte paro­les israé­liens pour les juifs, mais pas seu­le­ment. Nous sommes à l’heure des LGBTQIA+.

Des LGBTQIA+… aux HB+50H

Ce qui relève de l’intime est devenu une règle reven­di­quée, mili­tante, dis­cri­mi­nante. La sphère privée est uti­li­sée pour nier tout ce qui relève du col­lec­tif. Des asso­cia­tions se créent et sont encou­ra­gées au nom de l’ouver­ture d’esprit, ce qui indi­que d’ailleurs que celui qui n’en fait pas partie a un esprit par­ti­cu­liè­re­ment étriqué. Ces asso­cia­tions font du socié­tal la ques­tion cen­trale qui sup­plante la ques­tion sociale. Le sys­tème y trouve son compte en refu­sant, au nom du vécu dif­fé­rent de chacun, et de la dis­cri­mi­na­tion dont chaque caté­go­rie serait l’objet, de se pen­cher sur les reven­di­ca­tions socia­les qui pour­tant sont les seules uni­fi­ca­tri­ces puisqu’elles concer­nent sans dis­tinc­tion de cou­leur de peau, de sexe, de pré­fé­rence sexuelle celui qui pour vivre doit vendre sa force de tra­vail.

C’est la vic­toire du com­mu­nau­ta­risme. Chacun en fonc­tion de ses pra­ti­ques, ses affi­ni­tés, ses pré­fé­ren­ces peut trou­ver sa bonne auberge. Les L comme les­bien­nes, G comme gay, B comme bi, T comme trans (ou encore homme ou femme qui ne se reconnait pas dans son genre de nais­sance, trans opérés ou tran­genre), Q comme queer (c’est à dire qui ne se reconnait pas dans la sexua­lité hété­ro­sexuelle, ou qui ne se reconnait pas dans un genre défini), I comme inter­sexe (les nés sans sexe défini, ce qui concerne envi­ron 200 enfants sur 800 000 nais­san­ces par an), les A comme asexuel (les per­son­nes qui ne res­sen­tent aucun besoin de s’enga­ger dans des rela­tions sexuel­les), et + pour tous les autres…

L’effet est immé­diat. Le com­mu­nau­ta­risme exclut et dresse les uns contre les autres des citoyens qui se sen­tent agres­sés, dis­cri­mi­nés. Déjà reje­tés par la mon­dia­li­sa­tion capi­ta­liste, des mil­lions de nos conci­toyens le sont en plus par l’idéo­lo­gie et les valeurs pro­pa­gées. Les médias jouent à plein le jeu des com­mu­nau­tés. Ce sont curieu­se­ment ceux qui cor­res­pon­dent à la norme - un homme ou une femme tout sim­ple­ment- qui subi­te­ment dans l’idéo­lo­gie ultra libé­rale, bien que majo­ri­tai­res, se sen­tent mar­gi­na­li­sés. Eux et les pro­blè­mes qui les occu­pent, qui sem­blent tel­le­ment éloignés des préoc­cu­pa­tions offi­ciel­le­ment pro­pul­sées sur le devant de la scène, la pos­si­bi­lité de finir le mois, de se nour­rir, de se loger, se soi­gner, élever leurs enfants, vivre tout sim­ple­ment.

En Seine Saint-Denis par exem­ple, dépar­te­ment par­ti­cu­liè­re­ment touché par le chô­mage, la pré­ca­rité, la pau­vreté, les orga­ni­sa­tions dites de « gauche » ne trou­vent pas mieux au len­de­main de 7 mois de mobi­li­sa­tion sociale des GJ que d’orga­ni­ser une Gay Pride dans les rues Saint Denis. Nul doute qu’une petite mino­rité des habi­tan­tes et habi­tants y a trouvé objet de satis­fac­tion. Mais com­ment ne pas voir à terme les rava­ges de telles ini­tia­ti­ves qui rejet­tent de fait l’homme blanc de plus de 50 ans hété­ro­sexuel ? Dés lors ses réac­tions sont des réac­tions de défense, de survie. Le piège se referme dou­ce­ment. Ce n’est pas le sys­tème qui est mis en cause par la majo­rité qui se sent reje­tée, mais la mino­rité des LGBTQIA+ a qui on déroule le tapis rouge pen­dant que les tra­vailleurs et sala­riés sont niés, igno­rés, vio­len­tés.

L’opé­ra­tion gou­ver­ne­men­tale qui consiste à poser la ques­tion de la PMA aujourd’hui, en toute fin du mou­ve­ment des Gilets jaunes, n’a d’autre fonc­tion que d’enfon­cer le clou vis à vis de popu­la­tion des villes et sur­tout des cam­pa­gnes qui ont été mobi­li­sées et qui se trou­vent aujourd’hui mépri­sées. Car quel est le mes­sage ? La PMA pour toutes affirme le droit à l’enfant sans se préoc­cu­per d’ailleurs des droits de l’enfant. C’est évidemment la porte ouverte à la GPA pour de sim­ples rai­sons cons­ti­tu­tion­nel­les d’égalité concer­nant les cou­ples homo­sexuels mas­cu­lins mariés ou pas. Avec la PMA et la GPA est ins­crite la des­truc­tion de la famille au sens où nous l’enten­dions jusque là. Destruction de la famille, des­truc­tion de la Nation sont des moyens adap­tés à la pro­mo­tion de l’indi­vi­dua­lisme qui est au coeur de l’ultra-libé­ra­lisme qui domine. Contrairement à la loi de Simone Weil sur l’IVG qui per­met­tait d’abord que des femmes puis­sent pra­ti­quer l’avor­te­ment dans un cadre sécu­risé, hos­pi­ta­lier, à l’écart des « fai­seu­ses d’ange », la PMA comme la GPA enga­gent une trans­for­ma­tion radi­cale de notre société. Alors, l’homme blanc hété­ro­sexuel de plus de 50 ans ? Où est sa place. Après tout comme les bovins, l’insé­mi­na­tion arti­fi­cielle peut fort bien se sub­sti­tuer aux rela­tions de cou­ples et à l’acte sexuel qui donne lieu à la nais­sance. L’homme blanc de plus de 50 ans hété­ro­sexuel n’aurait donc plus aucune fonc­tion. Un géni­teur dont le sperme serait recueilli en pipette ferait l’affaire.

Nous ne sommes plus seu­le­ment dans un sen­ti­ment de rejet, mais dans l’orga­ni­sa­tion d’une mar­gi­na­li­sa­tion cons­ciente. Dés lors rien de sur­pre­nant aux réac­tions de survie qui dres­sent une caté­go­rie contre une autre. C’est la dis­lo­ca­tion de la société qui est visée à terme si les lois de la lutte des clas­ses, seules sus­cep­ti­bles d’uni­fier pour des inté­rêts et des valeurs com­mu­nes, ne pren­nent pas le dessus.