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L’incendie de Notre-Dame de Paris

par Tony ANDREANI, le 17 avril 2019

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Dans le monde entier, sur tous les écrans, on a vu flam­ber l’un des deux monu­ments, avec la Tout Eiffel, emblé­ma­ti­ques de l’image de Paris, capi­tale de la France. Imaginons ce qu’ont pu se dire, les pre­miers ins­tants d’effroi et de com­pas­sion passés, ces mil­liards d’indi­vi­dus stu­pé­faits : com­ment se fait-il que, dans la 5° ou 6° puis­sance mon­diale, on ait pu lais­ser se pro­duire pareille chose, alors que le pou­voir poli­ti­que exclut, a priori, la thèse de la mal­veillance ou de l’atten­tat ? Qui sont les res­pon­sa­bles, quand on dis­pose de tous les moyens tech­ni­ques pour pré­ve­nir une telle catas­tro­phe ?

On en saura sans doute un peu plus sur la chaîne des res­pon­sa­bi­li­tés, et il y aura des archi­tec­tes pour poser les bonnes ques­tions. En voici quel­ques unes, déjà sou­le­vées. L’immense chan­tier de réno­va­tion de la flèche entre­pris était-il néces­saire, du moins sous cette forme ? Comment n’a-t-on pas ima­giné que le gigan­tes­que échafaudage, cons­truit à cet effet, pou­vait pré­sen­ter des ris­ques majeurs en cas d’effon­dre­ment (il a résisté, mais, si ce n’avait pas été le cas, il aurait achevé de détruire le monu­ment) ? Le sys­tème d’alarme au feu était-il suf­fi­sant (deux alar­mes, à ce qu’on sait, se sont déclen­chées, mais pour la deuxième il était déjà trop tard) ? Comment n’a-t-on pas prévu qu’un simple point chaud consé­cu­tif à une sou­dure (c’est l’hypo­thèse la plus pro­ba­ble) était sus­cep­ti­ble de mettre le feu à toute la char­pente ? Pourquoi des rondes sys­té­ma­ti­ques n’ont-elles pas été effec­tuées après le départ des ouvriers ? Quelle que soit la cause, il est clair qu’il y a eu une négli­gence quel­que part. D’où de nou­vel­les ques­tions.

L’archi­tecte des monu­ments his­to­ri­ques était-il à la hau­teur ? Une com­mis­sion s’était-t-elle pen­chée sur le sujet ? Quel était le cahier des char­ges des entre­pri­ses choi­sies pour la réno­va­tion ? Quelles garan­ties offraient-elles ? Et bien d’autres ques­tions que l’on lais­sera aux spé­cia­lis­tes.

Toujours est-il qu’on ne sau­rait invo­quer la fata­lité ou l’inexis­tence d’un risque zéro en la matière, car, s’il y avait le moin­dre risque, il ne fal­lait pas le pren­dre, ou du moins devait-on le cir­cons­crire au maxi­mum. En vérité l’Etat (le Ministère de la culture) a été au-des­sous de ses res­pon­sa­bi­li­tés, peut-être par manque de moyens, ou sim­ple­ment par négli­gence cou­pa­ble. Il ne s’agit pas ici d’ins­truire un faux procès, mais de cher­cher com­ment et pour­quoi a pu se pro­duire une défaillance aussi dra­ma­ti­que, alors que la cathé­drale avait échappé à l’incen­die pen­dant près de 10 siè­cles. Et l’on ne peut s’empê­cher de penser que l’Etat ne sait plus com­ment bien rem­plir ses mis­sions. Souvenons nous aussi qu’on a com­mencé à réduire les effec­tifs des pom­piers pro­fes­sion­nels dans le pays, en cher­chant à com­pen­ser cette dimi­nu­tion par le volon­ta­riat. Sans eux, la cathé­drale ne serait plus qu’un tas de cen­dres.