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La leçon d’Allemagne

par Denis COLLIN, le 13 février 2018

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IG Metall s’est empres­sée de signer un accord avec le patro­nat qui, moyen­nant une aug­men­ta­tion non négli­gea­ble des salai­res et la pos­si­bi­lité d’une réduc­tion du temps de tra­vail à 28 heures heb­do­ma­dai­res pen­dant deux ans, met­tait fin à un conflit qui mena­çait l’ordre poli­ti­que outre-Rhin. Au pre­mier abord on peut penser que les tra­vailleurs ont gagné, mais les détails (et le diable est dans les détails) mon­trent qu’il pour­rait s’agir d’une vic­toire empoi­son­née. La direc­tion du plus puis­sant syn­di­cat alle­mand ne vou­lait pas gêner les négo­cia­tions entre la CDU et la SPD et elle a fait de la grève de la métal­lur­gie une simple sou­pape de sécu­rité pour cana­li­ser la pres­sion d’une base qui fait depuis des années les frais de la poli­ti­que d’aus­té­rité qui rem­plit les poches des capi­ta­lis­tes alle­mands. Mais la leçon est évidente : la classe ouvrière reste une force sociale auto­nome qui pour­rait mettre en cause l’ordo­li­bé­ra­lisme triom­phant.

La SPD a réa­lisé aux der­niè­res élections les pires résul­tats de son his­toire et des élections anti­ci­pées lui pro­met­taient bien pire encore. Ce parti, les­sivé par Schröder et par la « grande coa­li­tion » n’est plus que l’ombre de lui-même et on voit mal pour­quoi il ne sui­vrait pas vers l’abîme le chemin du PS fran­çais, du PASOK grec ou de la gauche ita­lienne. Mais cette désa­gré­ga­tion de la « gauche » ne signi­fie par la mise hors-jeu de la classe ouvrière. Leçon pré­cieuse que l’on pourra bien­tôt véri­fier en Italie.

Ce serait donc une faute de tirer un trait sur la lutte des clas­ses pour se concen­trer sur des luttes « post-clas­sis­tes » : défense des pau­vres, sortie du nucléaire ou toutes sortes de luttes « inter­sec­tion­na­bles ». La décom­po­si­tion de la gauche ne doit pas être vue comme la fin de la classe ouvrière. Sans doute, le « vieux mou­ve­ment ouvrier » est-il à bout de souf­fle. Sans aucun doute, les vieux partis de gauche sont en train de quit­ter sans gloire la scène his­to­ri­que. Mais la lutte de clas­ses conti­nue d’être le sou­bas­se­ment de toute la vie sociale pour une raison évidente : nos socié­tés sont aujourd’hui et plus que jamais domi­nées par le mode de pro­duc­tion capi­ta­liste et le moteur du capi­tal est l’extrac­tion de la plus-value, l’extor­sion du tra­vail gra­tuit. Les luttes du type Notre Dame des Landes, les luttes des « mino­ri­tés », les luttes contre la dis­cri­mi­na­tion peu­vent avoir leur légi­ti­mité, mais elles n’attei­gnent pas le sys­tème lui-même ; elles peu­vent et sont aisé­ment récu­pé­rées et réin­té­grées dans le fonc­tion­ne­ment d’ensem­ble de la machine du capi­tal. Même les luttes écologistes rédui­tes à l’envi­ron­ne­men­ta­lisme ordi­naire peu­vent être absor­bées – le capi­ta­lisme vert se déve­loppe et une prise en compte sérieuse des ques­tions écologiques pour­rait four­nir un nou­veau champ d’accu­mu­la­tion du capi­tal. Mais la lutte irré­cu­pé­ra­ble fon­da­men­ta­le­ment, c’est la lutte des ouvriers pour le salaire et pour la limi­ta­tion du temps de tra­vail.