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Mercosur et Union européenne

par Jean-Paul DAMAGGIO, le 27 février 2018

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Je pense l’avoir déjà écrit, l’Union euro­péenne a signé des trai­tés de libre échange avec la face paci­fi­que de l’Amérique latine dans le plus grand silence (l’Equateur de Correa a tardé un peu à s’ali­gner mais a signé).

Voilà qu’à pré­sent, le traité depuis long­temps en négo­cia­tion avec le Mercosur (la face atlan­ti­que de l’Amérique latine) sort de l’ombre sous pres­sion des diri­geants agri­co­les pay­sans.

J’étais en Argentine au moment où, Macri, le pré­si­dent de ce pays, ren­contrait Macron à Paris. Les jour­naux argen­tins ont donné deux ver­sions de la ren­contre : en public Macron a refusé de plier devant les exi­gen­ces de Macri, au nom de la défense des agri­culteurs fran­çais, mais en privé il aurait donné des gages.

Il se trouve que les poli­ti­ques des deux pré­si­dents se res­sem­blent comme deux gout­tes d’eau : atta­que contre les droits des tra­vailleurs (ce qui a causé une manif mons­tre le 21 février), atta­que en règle contre les retrai­tes, atta­que en règle contre les salai­res donc un pays où l’infla­tion a été de 26% l’an der­nier. Janvier et Février sont les mois des vacan­ces sco­lai­res d’été aussi les ensei­gnants ont promis une ren­trée chaude.

La ques­tion agri­cole com­porte deux volets : la viande et les céréa­les. Les condi­tions tech­ni­ques font que dès 1900 l’Argentine est devenu un pays puis­sant finan­ciè­re­ment en four­nis­sant ces deux den­rées sur­tout à la Grande Bretagne (il faut y ajou­ter la laine). La crise de 1929 a dimi­nué la demande et l’Argentine a connu une pre­mière réces­sion consi­dé­ra­ble. Mais les moyens tech­ni­ques res­taient en place pour ali­men­ter les mar­chés dès qu’ils devien­draient sol­va­bles. Et aujourd’hui l’agri­culture argen­tine repré­sente 8,3% du PIB tandis qu’en France c’est 1,7% (sauf que la France exporte deux fois plus que l’Argentine).

Pour com­pren­dre voici quel­ques don­nées : à l’échelle du pays, la taille moyenne est passée de 470 hec­ta­res en 1988, à 587 en 2002, et à 634 hec­ta­res par exploi­ta­tion en 2008. Pour aujourd’hui je ne sais mais nous savons qu’elle a dû for­te­ment aug­men­ter.

Ceci étant, par rap­port au Brésil, cette agri­culture est fra­gile quant à l’accès à l’eau. Il suffit d’une sèche­resse s’ajou­tant aux habi­tu­des cli­ma­ti­ques, pour pro­vo­quer une crise agri­cole.

Et ce climat joue des mau­vais tours à l’agri­culture OGM. La région de Neuquén (Rio negro) est une des plus affec­tés par l’avan­cée de la déser­ti­fi­ca­tion (mais c’est vrai aussi dans toute la Pampa et la région de Mendoza). Donc il s’agit de replan­ter en arbres pour au moins limi­ter l’avan­cée du désert sur une zone de plus d’un mil­lion d’hec­ta­res. Il avance de 650 000 hec­ta­res par an. Après des cultu­res OGM qui tuent la terre, le vent enlève le reste d’éléments utiles, et le désert devient irré­ver­si­ble.

A cause des OGMs il y aurait entre 500 000 et 600 000 hec­ta­res qui seraient deve­nues inculti­va­bles. Ailleurs comme à Mendoza le déve­lop­pe­ment massif de la culture de la vigne a néces­sité des piquets donc une défo­res­ta­tion d’algar­ro­bos. En Patagonie au moment de l’explo­sion du com­merce de la viande avec l’Angleterre il y a eu jusqu’à 22 mil­lions de mou­tons qui ont pro­vo­qué des des­truc­tions qui font qu’aujourd’hui, le trou­peau a été réduit de moitié.

La course à l’exploi­ta­tion du bois n’est pas le moin­dre danger d’un équilibre fra­gile.

Tout comme les pro­duits agri­co­les fran­çais déver­sés en Afrique tuent l’agri­culture locale, les pro­duits du Brésil et de l’Argentine vont tuer l’agri­culture fran­çaise au détri­ment de la vie locale de ces deux pays car on ne compte plus les vic­ti­mes humai­nes des prin­ci­pes uti­li­sés. Pour tout savoir sur les effets du gly­pho­sate rien de tel que de regar­der en Argentine (sur inter­net il y a plu­sieurs repor­ta­ges). Ceci étant le soja trans­gé­ni­que pro­duit dans les immen­ses plai­nes de ce pays ser­vent à faire de la viande ailleurs que chez eux car pour la viande (je ne parle pas des pou­lets et porcs) les vastes espa­ces qu’ils pos­sè­dent les dis­pen­sent d’en servir à leurs bovins qui de ce fait sont plus bios que ceux de France.

Les vigne­rons ne sem­blent pas réagir or eux aussi ris­quent gros.