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Stopper la finance ! Voilà l’urgence ! ...

par Denis LANGLET, le 17 janvier 2018

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Mille mil­liards de dol­lars » mets en évidence la nou­velle mais déjà impres­sion­nante puis­sance des mul­ti­na­tio­na­les.Il décrit avec pré­ci­sion les méca­nis­mes de direc­tion et les cri­tè­res de ges­tion de ces mons­tres trans­na­tio­naux, à tra­vers l’une d’entre elles, la « GTI ». Ce nom d’emprunt pour­rait être celui de Général Electric, General Motors...Avec raison, ce film insiste sur son prin­ci­pal cri­tère de ges­tion, le ROI (Return On Investissement). Le pré­si­dent de GTI annonce dans sa brève allo­cu­tion annuelle : chaque dollar investi dans GTI en a rap­porté trois. Malheur aux direc­teurs de filia­les qui ne rem­plis­sent pas leurs objec­tifs, mal­heur à ceux qui se dres­sent sur leur chemin. A tra­vers l’acti­vité de cette mul­ti­na­tio­nale en Allemagne et aux États Unis durant la seconde guerre mon­diale, dans le sec­teur de l’arme­ment,Le réa­li­sa­teur met en évidence qu’ils sont prêts à tout pour réa­li­ser leur profit.1982 est, aussi, l’année d’une intense dis­cus­sion au sein du pre­mier gou­ver­ne­ment Mitterrand, élu en mai 1981, sur la ques­tion « faut-il oui ou non quit­ter le SME ? (ser­pent moné­taire euro­péen) L’appar­te­nance au SME signi­fie le res­pect des règles com­mu­nes aux pays mem­bres de l’Union Européenne c’est à dire notam­ment celles ins­cri­tes dans le traité de Rome de 25 mars 1957. La perte de sou­ve­rai­neté dans le domaine moné­taire y est consa­cré dès cette date de 1957 notam­ment par les arti­cles 9 (inter­dic­tion de droits doua­niers), 110 (sup­pres­sion de toute res­tric­tions aux échanges inter­na­tio­naux), 67 (Liberté total de cir­cu­la­tion des capi­taux), l’arti­cle 92 (inter­dic­tion de toute aide d’Etat, quelqu’en soit la forme, en faveur d’une entre­prise ou d’une pro­duc­tion sis sur le ter­ri­toire natio­nal)... Rejoindre le SME se tra­duit, pour cet Etat membre, de l’aban­don de la conduite de la poli­ti­que moné­taire natio­nale. Malgré la gra­vité de ces règle­ments euro­péens, le gou­ver­ne­ment Miterrand décida de rejoin­dre le SME. La suite n’est que trop connu. plan de rigueur, cas­cade inin­ter­rom­pue de mesu­res d’aus­té­rité pour le tra­vail, et de faci­li­tés pour les action­nai­res.

Un des résul­tats de cette poli­ti­que de déré­gu­la­tion/déré­gle­men­ta­tion qui va frap­per tous les pays est l’annonce, en cette fin d’année 2017, de mille mil­liards de dol­lars d’aug­men­ta­tion de la for­tune des cinq cents plus riches du monde. (selon le clas­se­ment établi par le cabi­net Bloomberg).

Mille mil­liards de dol­lars, c’est quatre fois les gains de 2016, témoi­gnant de la pous­sée spé­cu­la­tive qui a saisi tous les mar­chés finan­ciers. Jeff Bezos est devenu l’homme le plus riche du monde, sa for­tune ayant aug­menté dans l’année de 34,2 mil­liards, soit un gain de 65 000 dol­lars par minute. Pour nous, sala­riés, si nous nous repor­tons à notre fiche de paie, le taux de base usuel défi­nis­sant notre salaire est le taux horaire. Chacun peut donc com­pa­rer son taux horaire à ce gain de 65 000 dol­lars par minute après, bien sur, l’avoir mul­ti­plié par 60 !Les action­nai­res amé­ri­cains conti­nuent de domi­ner ce clas­se­ment. Concernant la France, dans les trente pre­miers, figu­rent trois action­nai­res de ce pays. Toutes les places bour­siè­res du monde entier affi­chent des résul­tats spec­ta­cu­lai­res. Le CAC 40 indice de la bourse de Paris, ne fait pas défaut et trente ans après sa créa­tion en 1987, les auto­ri­tés peu­vent annon­cer que malgré une très faible crois­sance économique(+1% par an depuis 2011), le ren­de­ment annuel des divi­den­des, sur la même période, place la bourse de Paris en troi­sième posi­tion en Europe.avec plus de 9%.

Quelles sont donc les rai­sons de ces résul­tats finan­ciers excep­tion­nels ?

Nul ne les trou­vera dans l’acti­vité économique elle-même. Une fois de plus est démon­tré que le ren­de­ment annuel des capi­taux placés dans les entre­pri­ses cotées en bourse a une rela­tive auto­no­mie vis à vis de l’économie de pro­duc­tion, la source est essen­tiel­le­ment la spé­cu­la­tion. Il suffit d’ailleurs de cons­ta­ter qu’aujourd’hui les cin­quante pre­miè­res socié­tés trans­na­tio­na­les sont des ban­ques. Contrairement à la fable servie régu­liè­re­ment par les « experts » économiques qui han­tent les pla­teaux des médias, les places bour­siè­res ne sont pas le lieu de ren­contre entre les déten­teurs de capi­taux, inves­tis­seurs poten­tiels, et des entre­pri­ses à la recher­che de ces capi­taux inves­tis­seurs. Ce sont tout sim­ple­ment les lieux pri­vi­lé­giés de la spé­cu­la­tion finan­ciers, orches­trée par les mar­ches finan­ciers. Ainsi seu­le­ment 2 à 3 % du total des capi­taux en cir­cu­la­tion concerne des échanges de mar­chan­di­ses. Il n’y a en appa­rence plus néces­sité pour la créa­tion de la valeur de tran­si­ter par la pro­duc­tion et la vente de mar­chan­di­ses. Mais en appa­rence seu­le­ment. La masse moné­taire en cir­cu­la­tion doit cor­res­pon­dre à la valeur moné­taire glo­bale des biens et pro­duits réa­li­sés dans les pro­cess de pro­duc­tion. Chaque crise « moné­taire » le rap­pelle. Il ne peut y avoir de déve­lop­pe­ment arti­fi­ciel de ces immen­ses capi­ta­li­sa­tions.Y com­pris ces mille mil­liards annon­cés sont lar­ge­ment « fic­tifs » puisqu’ils ne repré­sen­tent qu’une valo­ri­sa­tion bour­sière à un ins­tant donné et concer­nant ces annon­ces la mul­ti­pli­ca­tion des dif­fé­rents pro­duits bour­siers, en pos­ses­sion de chacun des 500, par leur valeur non­mi­nale au 31.12.2017. Que les 500 déci­dent simul­ta­né­ment de vendre leur patri­moine bour­sier et « crac, boum, hue » comme dirait l’ami Jacques DUTRONC.

Depuis la déci­sion uni­la­té­rale prise par les États Unis en 1971 de non conver­ti­bi­lité du dollar en or, ce sont les ban­ques et les orga­nis­mes de crédit privés qui créent la mon­naie en cir­cu­la­tion à l’échelle inter­na­tio­nale. Cette créa­tion échappe aux États et permet aux fonds prives par leur fonc­tion de cré­di­teurs de réa­li­ser d’immen­ses pro­fits par le simple rem­bour­se­ment des prêts octroyés. Par exem­ple la France a elle même gagné, depuis l’ouver­ture de la crise en Grèce, neuf mil­liards d’euros repré­sen­tant les inté­rêts du crédit accordé à la Grèce, dans le cadre de son plan de sau­ve­tage. La nature des plans euro­péens de sau­ve­tage est net­te­ment mis en évidence dans le livre de Frédéric Lordon « on achève bien les Grecs » (éditions LLL-2015.)

Tous les experts économiques bien pen­sants s’excla­ment devant ces records de ren­ta­bi­li­tés finan­ciers, tout en déplo­rant pour cer­tain des iné­ga­li­tés. Mais la gra­vité de la situa­tion ne réside pas seu­le­ment dans le creu­se­ment des iné­ga­li­tés. Ces mil­liers de mil­liards tran­si­tent en quel­ques milli-secondes de place bour­sière en place bour­sière (Trading à haute fré­quence).
A aucun moment ces gigan­tes­ques sommes ne sont inves­ties dans la pro­duc­tion, mais essen­tiel­le­ment dans la spé­cu­la­tion c’est-à-dire la cap­ta­tion des gains en divi­den­des dont l’ori­gine sont les gains de la pro­duc­ti­vité et rachat des actions. Ces deux pro­ces­sus repo­sent pour le pre­mier sur la réduc­tion des coûts dont la source pre­mière est la des­truc­tion des emplois, pour le deuxième dans la des­truc­tion du capi­tal par le rachat des actions.

Nous ne sommes pas seu­le­ment dans l’anti-cham­bre d’une nou­velle crise finan­cière mais dans une crise économique sys­té­mi­que. La finance privée, malgré les obs­ta­cles ren­contrés, a réussi à bais­ser le coût du tra­vail dans le monde entier et fort de ces résul­tats est encou­ra­gée à pour­sui­vre ces des­truc­tions.

N’est-il pas temps de réaf­fir­mer que :

· la résis­tance à l’offen­sive actuelle du capi­tal exige que la mon­naie et sa cir­cu­la­tion soient reti­rées des mains du privé

· cette prise du contrôle des ban­ques & assu­ran­ces néces­site le contrôle par les auto­ri­tés publi­ques de la régu­la­tion/régle­men­ta­tion, fonc­tion­nant en toute démo­cra­tie à l’inté­rieur des fron­tiè­res natio­na­les.